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Dans les deux articles précédents, j’ai mis en lumière des dangers auxquels nous pouvons être confrontés lorsque nous lisons la Bible et que nous cherchons à la comprendre.

  • Le premier est de faire sienne une vision des Écritures influencée par la théorie post-moderne du point de vue, une herméneutique qui met tellement l’accent sur l’influence de notre position socio-culturelle ou sur l’ « expérience » ou le « vécu » de certaines communautés, que nous sommes parfois la proie d’une approche relativiste de l’interprétation, une approche selon laquelle une exégèse méticuleuse n’est pas nécessaire.
  • Le second est de réagir à cette herméneutique en se tournant vers des philosophies modernes, ou des philosophies de l’ère des Lumières, qui minimisent l’impact de la « précompréhension » que nous apportons au texte, et qui rendent superflue toute tentative de diversifier nos interlocuteurs dès lors que nous cherchons à interpréter la Bible de la bonne manière.

Dans le premier article, je proposais ce principe : Nous ne devrions ni minimiser ni exagérer les domaines de distanciation (l’époque, la culture, le lieu et la langue) qui affectent notre capacité à comprendre la Bible. À ce moment-là, je me concentrais principalement sur la raison pour laquelle nous ne devrions pas minimaliser la distance qui nous sépare de la Bible, mais il est important aujourd’hui de prendre en considération le danger d’exagérer cette distance, ce qui pourrait jeter le doute sur notre capacité à, tout simplement, comprendre la Bible.

Comment pouvons-nous prendre conscience que nous sommes influencés par notre « précompréhension » de ce que nous lisons dans la Bible, et comment pouvons-nous nous efforcer de chercher à comprendre la signification authentique du texte ?

1) Reconnaître la différence entre une connaissance authentique et une connaissance omnisciente.

Nous devons distinguer qu’il existe une connaissance « authentique » et une connaissance « omnisciente », de la même manière qu’il existe bien une vraie humilité et une fausse humilité. Certains lecteurs de la Bible, convaincus par les certitudes de l’ère des Lumières et sa critique post-moderne (un point de vue « objectif » de la réalité, le « point de vue de Dieu »), prétendent que la posture d’humilité consiste à lever les bras au ciel [1], en admettant que l’on ne peut véritablement rien connaître. Mais ce n’est pas là, la vraie humilité. Ce n’est pas simplement parce que nous ne pouvons pas tout connaître que nous ne pouvons rien connaître. Nous n’avons pas besoin de chercher à détenir une connaissance omnisciente lorsque nous souhaitons obtenir une connaissance authentique. Il est tout à fait possible de connaître partiellement quelque chose de véritable (authentique), même si l’on ne connaît pas intégralement (de manière omnisciente) cette vérité.

Donald Arthur Carson écrit :

« La Bible démontre, souvent d’une manière implicite mais parfois aussi de façon explicite, que les êtres humains peuvent acquérir davantage de sagesse, ainsi qu’une certitude appropriée, en répondant à la révélation divine avec une réflexion, une foi active et une soumission obéissante à notre créateur et rédempteur ».[2]

Nier qu’il est possible de grandir dans la connaissance, ou insister sur ce que nous ne pouvons pas savoir, c’est rendre la révélation de Dieu inintelligible. Nous abandonnons la possibilité d’atteindre une connaissance authentique en nous réfugiant derrière l’« humilité », une excuse souvent pratique, que l’on utilise afin de boucher nos oreilles lorsque nous ne voulons pas recevoir ce que sa Parole nous enseigne.

2) Reconnaître l’influence de notre culture sur notre interprétation de la Bible, sans pour autant réduire l’interprétation de la Bible à la culture.

Comme nous l’avons vu, il est important de prendre en considération notre lieu de vie sociale et culturelle, afin de pouvoir reconnaître les différents aspects que notre « précompréhension » apporte au texte. En ce qui concerne l’étude biblique, aucun d’entre nous n’est neutre. Notre culture informe notre interprétation.

Mais le post-modernisme a une influence sur l’herméneutique, et il tendrait à tout réduire à la culture. Kevin Vanhoozer avertit : tout devient alors « lieu géographique, lieu géographique, lieu géographique ». La tâche herméneutique glisse de l’universalité d’une connaissance authentique, à la compréhension situationnelle et à la relativité du lecteur de la Bible.

Le document de Lausanne rédigé au Kenya, dont j’ai mentionné l’existence dans l’article précédent, décrit le principal problème de cette approche, un déni fonctionnel de l’autorité de la Bible :

« Si toutes les revendications d’universalité sont relatives aux contextes sociaux dans lesquels elles surgissent, et s’il n’y a pas de base neutre et objective selon laquelle des points de vue différents peuvent être arbitrés, alors on se retrouve avec de multiples perspectives habilement manipulées afin d’acquérir la suprématie, sans qu’aucune perspective ne bénéficie d’un statut privilégié. La diversité des points de vue est célébrée. Lorsque chacun a le droit d’avoir ses propres opinions, et quand, en principe, ces opinions ne peuvent être remises en question, alors aucune opinion n’est mauvaise. Ainsi, la Bible n’est pas plus autoritaire que n’importe quel autre texte sacré. Chaque texte sacré est pertinent dans le contexte des différentes religions, et aucun ne peut prétendre être une voie exclusive vers la vérité. »[3]

Oui, nous devons reconnaître l’influence que le lieu géographique de notre vie sociale a sur notre compréhension de la Bible. Oui, nous avons conscience que le dialogue avec des chrétiens fidèles venus d’autres cultures sont bénéfiques, dans le but que tous acquièrent une compréhension du texte biblique meilleure et plus authentique. Néanmoins, nous devrions lutter contre l’idée selon laquelle la vérité dépend de notre point de vue. Le document de Lausanne poursuit :

« Un tel égalitarisme signifie que les critères de vérité sont strictement immanents à la manière de vivre, ou aux contextes sociaux dans lesquels résident les différents individus qui se réclament de la vérité. Sans aucune pression pour se conformer à une norme commune, la porte est ouverte à une pluralité de points de vue et à l’approbation des différences. »[4]

3) Réjouissons-nous qu’il existe des zones dans lesquels l’accord est généralisé, malgré les clivages culturels connus.

Encore une fois, nous ne devrions ni sous-estimer ni surestimer l’importance de notre emplacement social quant à notre capacité à comprendre la Bible. Une des manières pour nous d’éviter de maximiser les domaines de distanciation, est de reconnaître et de nous réjouir parce qu’il existe réellement un accord généralisé, partagé, entre les gens qui aiment Jésus et se soumettent à sa Parole.

Donald Arthur Carson fait une remarque pertinente :

« Il est surprenant de voir à quel point nous pouvons être d’accord quant à ce que la Bible dit, dès lors que nous sommes d’accord sur le fait que la Bible est l’autorité ultime, et que nous sommes prêts à nous laisser corriger par elle. Par ailleurs, j’ai déjà raconté qu’au cours de mes dix heureuses années passées, dans ce qu’on appelait alors la World Evangelical Fellowship (Communauté Évangélique Mondiale), à coordonner des groupes d’étude très divers, j’ai toujours été agréablement surpris par le niveau d’unanimité que l’on pouvait atteindre, à la suite d’un travail acharné, de discussions patientes, d’une critique mutuelle, d’une humilité dans l’Esprit, et d’une plus grande soif d’être fidèle au texte que d’une envie d’avoir raison. »

La clef, bien entendu, est que les interprètes doivent tous être d’accord sur le fait que la Bible est l’autorité ultime. En d’autres termes, leur posture est une posture de soumission aux Écritures, étant ouverts de manière appropriée aux éclairages proposés par des frères et sœurs qui partagent le même amour, et examinent attentivement les mêmes textes. Le résultat est généralement beaucoup plus l’accord que le désaccord. Voici à nouveau une affirmation de Carson, avec un exemple révélateur :

“Quand le Commentaire Biblique contemporain[5] a été publié, il y a quelques années, ses éditeurs et ses promoteurs ne cessaient d’insister sur le fait que, finalement, nous étions en mesure d’entendre les voix des chrétiens qui vivent sur un autre continent, et qui arrivent à leurs propres conclusions quant à la signification des Écritures, contribuant ainsi à un enrichissement mutuel mondial des chrétiens. D’une certaine mesure, bien entendu, c’est merveilleusement vrai. Par rapport aux commentaires de la Bible en un volume publiés par des occidentaux, le Commentaire Biblique contemporain s’attarde davantage sur l’exorcisme, sur les questions du culte des ancêtres et sur la remise en cause de l’ « évangile de la prospérité, de la richesse et de la santé ». Mais ce qu’il y a de plus singulier dans cet ouvrage est que 90 ou 95% pourraient être lus, compris et pourraient même avoir été écrits par des chrétiens croyants venus de presque n’importe quelle autre partie du monde. Cela ne devrait pas nous surprendre : après tout, nous partageons tous le même Livre. Avant que nous ne devenions trop épris d’une conception étroitement liée au lecteur de l’herméneutique, nous devrions nous demander de quelles manières le Commentaire Biblique contemporain n’est pas innovant, et ne devrait pas l’être. »

Comment, alors, devrions-nous lire ? Dans le prochain article, je vais vous proposer quelques suggestions concernant la façon dont nous pouvons lire et étudier les Écritures avec une humilité épistémique, en ayant conscience que nous pouvons tirer des bénéficies d’autres voix venues d’autres cultures et d’autres arrière-plans, tout en gardant une confiance, pleine d’humilité, dans les connaissances que nous glanons au fur et à mesure que nous lisons les Écritures.

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[1] Il s’agit ici d’un signe de frustration qui souligne l’incapacité.

[2] Citation originale en anglais : “The Bible demonstrates, often implicitly but sometimes explicitly, that human beings can grow in knowledge, with appropriate certainty, responding to God’s revelation with thought and active faith and obedient submission to our Maker and Redeemer.”

[3] Traduction non-officielle

[4] Traduction non-officielle

[5] Il s’agit d’un ouvrage écrit par 70 théologiens africains sous la direction de Tokunboh Adeyemo, dont le titre anglais est « Africa Bible Commentary: A One-Volume Commentary Written by 70 African Scholars  ».

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