Les épreuves communes sont toujours des épreuves

Image par StockSnap de Pixabay

L’an passé, je disais à une amie combien je me sentais fatiguée et démotivée. Alors que j’étais physiquement par terre, je souhaitais au moins pouvoir réussir à lire et à prier. Mais mes échecs dans ces tentatives me rappelaient que ma souffrance atteignait toute ma personne – corps, pensée et esprit. J’étais improductive et je m’en sentais coupable. J’étais épuisée et maussade.

Pire que tout, mon improductivité d’alors avait une explication tout à fait ordinaire : un premier trimestre de grossesse en bonne santé. Je ne pouvais pas affirmer que quelque chose d’inhabituel avait sapé ma force et embrumé ma pensée. Je vivais simplement ce que des milliers de femmes endurent aussi.

À cela mon amie répondit : « Ce n’est pas parce que c’est ordinaire que ce n’est pas dur. »

Ses paroles m’ont aidée à nommer un type de souffrances auquel moi, et d’autres comme moi, avons souvent de la peine à répondre : des choses ordinaires et difficiles – des situations difficiles mais qui semblent mineures. Les nausées matinales, les examens universitaires, les tensions relationnelles, les soucis financiers, l’anxiété de bas niveau. Ces choses et bien d’autres épreuves semblent des troubles mondains, ordinaires. Et, alors que certains sont tentés de faire trop de cas de leurs propres problèmes, d’autres parmi nous, luttent pour appeler ces combats des « épreuves ».

Quelle idée nous faisons-nous des choses difficiles mais ordinaires ? Et qu’est-ce que Dieu, lui, en pense ?

Dieu se soucie des choses difficiles et « ordinaires »

Une des raisons pour lesquelles de nombreux chrétiens ne savent pas comment s’y prendre avec les choses ordinaires difficiles, c’est que nous désirons avoir une bonne perspective quant à nos épreuves. Nous entendons parler des guerres au loin, nous voyons l’injustice dans notre pays et nous observons comment des personnes de nos églises affrontent la phase terminale de la maladie. Devant de telles souffrances profondes, nous avons du mal à concevoir que Dieu puisse sympathiser avec nos fardeaux quotidiens relativement légers.

La bonne nouvelle que nous avons besoin d’entendre, c’est que Jésus se soucie des choses difficiles ordinaires, et qu’il l’a montré quand il marchait sur cette terre. Après des jours passés à servir les foules – guérissant les boiteux, les aveugles, les infirmes et les muets — Jésus aborde ses disciples au sujet de la nourriture qu’il faut obtenir pour la foule. Les disciples protestent en disant que cette tâche est impossible, mais Jésus accomplit un miracle, nourrissant plus de 4000 personnes et laissant sept corbeilles pleines de restes.

J’ai entendu cette histoire un nombre incalculable de fois avant que, faisant l’expérience d’un chagrin difficile pourtant ordinaire, j’aie relevé la motivation qu’avait Jésus en multipliant le pain et les poissons : « J’ai compassion de cette foule parce que voilà trois jours qu’ils sont avec moi et qu’ils n’ont rien à manger. Et je ne veux pas les renvoyer affamés de peur qu’ils ne défaillent en chemin » (Matt. 15:32).

Jésus, qui avait jeûné pendant 40 jours au début de son ministère, était en souci au sujet de la foule qui n’avait pas mangé, elle, depuis trois jours. Il n’a pas comparé sa propre épreuve avec celle à laquelle la foule devait alors faire face. Il savait que certains d’entre eux ne seraient pas capables de faire le voyage jusque chez eux et, dans sa bonté, il ne voulait pas les renvoyer à jeun. Notez le fait que Jésus n’a pas dit : « Je fais des choses importantes comme guérir les maladies et apporter le royaume de Dieu. Trouvez de la nourriture par vous-mêmes. » Il ne les a pas réprimandés rudement en disant : « Je n’ai pas mangé durant 40 jours ; vous devriez être capables de survivre trois jours sans nourriture. » Il a eu compassion d’eux. Et, de la même manière, il a compassion de nous.

Dieu se sert des choses « ordinaires » difficiles

Dieu ne se contente pas de se soucier profondément de nos épreuves ; il s’en sert pour nous attirer à lui et nous faire davantage lui ressembler. Voici trois façons dont il se sert des choses difficiles et ordinaires dans nos vies.

1. Elles nous rappellent la miséricorde et la puissance infinies de Dieu.

Si Dieu était fini, il devrait diviser son attention entre les crises globales et les requêtes personnelles. En tant que créatures finies, nous ressentons cette tension. Les cycles d’informations et notre « fatigue compassionnelle » qui en résulte, montrent notre capacité humaine limitée de nous occuper des autres, et encore moins d’agir, en réponse aux souffrances dont nous sommes les témoins dans le monde.

Souvent, nous supposons – à tort – que Dieu est comme nous, faisant le tri parmi les besoins de milliards de personnes et mettant les plus urgents en premier. Mais notre Père céleste est suffisamment grand pour traiter les requêtes concernant son royaume et notre pain quotidien. Il est suffisamment puissant pour porter nos détresses et les fardeaux du monde.

J’ai entendu des personnes dire qu’elles ne prient pas parce qu’il y a tant de nombreux autres problèmes importants dans le monde dont Dieu doit s’occuper. Je sais ce que l’on ressent. Souvent il pourvoit dans des petites questions qui comptent pour moi et, tout en le remerciant, je me sens un petit peu embarrassée. J’ai même appelé ces requêtes « stupides » dans ma tête. Pourtant, récemment, j’ai essayé de cesser de penser à ces choses comme des stupidités, mais plutôt comme des demandes de « passereau », auxquelles répond le Père qui se soucie des petits passereaux et compte les cheveux sur ma tête (Matt. 10:29–31).

Parce que Dieu est infiniment puissant, aucun fardeau n’est trop lourd. Parce qu’il est infiniment miséricordieux, rien n’est insignifiant. Il sait nos limitations, il sait quand il y a des choses qui vont nous laisser dans un état de trop grande faiblesse pour pouvoir retourner à la maison, et il veut nous pourvoir du pain et des poissons dont nous avons besoin et il en est capable.

Apprendre à venir à lui avec nos choses difficiles et ordinaires nous rappelle la grandeur de sa compassion et sa puissance illimitée.

2. Elles approfondissent notre sympathie pour les autres.

Le problème quand on a une échelle de mesure qui relativise nos propres souffrances, c’est que cela nous empêche de servir les autres dont nous estimons les épreuves moins difficiles. Il y a des épreuves que tous nous reconnaissons comme légitimes : une maladie sérieuse, la mort d’une personne aimée, la persécution et tout ce qui est de cet ordre. Mais par moments, il peut être plus difficile de servir des personnes quand elles ne sont pas aussi fortes que nous le sommes, quand elles ne parviennent pas à « surmonter » les choses aussi rapidement que nous le ferions, ou quand elles n’adoptent pas l’attitude que nous pensons qu’elles devraient avoir.

Nous devenons impatients avec de telles personnes qui souffrent. Peut-être sommes-nous tentés de rouler de gros yeux face au chagrin d’amour d’un adolescent ou de mépriser le combat d’une jeune mère avec le manque de sommeil. Heureusement, Jésus n’est pas comme nous.

Jésus a supporté tout ce que nous connaissons : la solitude, le rejet, la tentation, la peine, la perte, la fatigue et plus encore. Il connaît toutes ces choses, depuis des souffrances de la taille de l’Everest jusqu’à la gêne d’un caillou dans la chaussure. Pourtant, il ne méprise pas nos problèmes relativement petits. Bien au contraire, du fait qu’il a été tenté en toutes manières comme nous le sommes, notre Grand Prêtre sympathise avec nous dans nos faiblesses (Héb. 4:15).

3. Elles nous humilient de sorte que nous pouvons recevoir la grâce et lui rendre la gloire.

Les épreuves ordinaires de la parentalité m’ont montré combien je pouvais être impatiente, sans miséricorde, pas gentille et pratiquer tout ce qui relève de la méchanceté. Mais la chose la plus humiliante n’a pas été de voir mon péché ; cela a été de réaliser combien j’avais jugé avec orgueil les autres parents qui paraissaient impatients, sans miséricorde, pas gentils et se comportant dans le registre de la méchanceté.

Si mes épreuves n’étaient pas ordinaires et si ma souffrance était extrême, j’aurais alors de quoi excuser mon comportement. Mais de me trouver placée dans les tentations ordinaires auxquelles les autres font face – et de chuter de manière répétée – cela m’a humiliée.

Les choses ordinaires et difficiles ont mis en évidence mon orgueil, placé dans ma capacité à résister à la tentation. Je ne pensais pas que je pourrais être la maman de l’enfant qui hurle dans le magasin, me souciant plus de mon image que de mon enfant. Jusqu’à ce que je connaisse les nausées matinales de ma cinquième grossesse, je ne me suis jamais sentie tentée de me distraire avec un écran. Je ne pensais pas que ma capacité à être raisonnable et patiente était enracinée dans ma bonne santé. Et je ne pensais pas qu’il y avait tant d’orgueil et de capacité à juger les autres rôdant dans mon cœur.

Mais la chose la plus humiliante n’a pas été de voir mon péché ; cela a été de réaliser combien j’avais jugé avec orgueil les autres parents.

« Dieu résiste aux orgueilleux, » écrit Pierre, « mais il fait grâce aux humbles » (1 Pi. 5:5). Il est effrayant de penser que Dieu est en opposition face à nous. Mais en tant qu’enfants de Dieu, nous pouvons trouver une consolation dans le fait que notre Père nous aime assez pour nous humilier. Il ne nous discipline pas seulement pour nous remettre à notre place, mais aussi pour nous donner la grâce : la grâce de dépendre de lui, la grâce de chercher son pardon, la grâce de grandir dans la sainteté. Et comme nous recevons sa grâce, il reçoit toute la gloire.

Quand nous ne pensons pas que nous avons besoin de Dieu dans nos difficultés ordinaires de chaque jour, nous manquons le don de sa proximité, de ses soins et de son pardon. Quand nous nous poussons dans la vie avec notre propre force, nous manquons les chances de recevoir sa grâce et le déploiement, par lui-même, de sa puissance (2 Cor. 12:9). Nous ratons l’occasion de montrer à ceux qui nous entourent que tout ce qui est bon en nous ne vient pas de nous, mais de Christ.

Êtes-vous en train de faire face à quelque difficulté ordinaire aujourd’hui ? Apportez vos fardeaux à Dieu et soyez témoins de la compassion sans borne et de la puissance infinie d’un Père céleste. Écoutez la voix compatissante de Jésus. Il ne veut pas vous renvoyer affamés.

Note de l’éditeur :

Une version de cet article a d’abord paru dans Reformed Margins. Utilisé avec permission.

Partager
EN VOIR PLUS
Chargement