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En voiture avec un collègue pasteur, j’anticipe mal et prends un virage un peu trop vite. « Tu conduis comme Jéhu ! » me lance-t-il en riant. Je souris à l’allusion à 2 Rois 9.20.

La Bible emploie régulièrement un langage imagé pour véhiculer des vérités difficiles à entendre. Dans leur contexte les « insultes » bibliques sont surtout des appels subtils qui cherchent à transpercer l’épaisseur de cœurs durs ; ce sont des invitations à la repentance et au changement, pas la recherche de l’humiliation du prochain.

Jésus n’a pas hésité à employer des termes provocateurs : « Espèces de fous aveugles ! » (Mt 23.17), « Serpents, race de vipères! » (Mt 23.33), « tombeaux blanchis » (Mt 23.27). À prendre au 2e degré, certaines formulations sont pleines d’humour et d’ironie, pourtant en plein dans le mille : « Attention, tu as une poutre dans l’œil gauche ! » (Mt 7.3)

« Réponds à un homme stupide suivant sa folie, si tu ne veux pas qu’il se considère comme sage ! » nous avertit le proverbe (Prov 26.5). Il y a un temps pour les paroles « sèches », en particulier dans les situations d’égarements profonds. Et c’est exactement le contexte dans lequel les petits prophètes écrivent. Messagers du jugement de Dieu contre Israël, ceux-ci prédisent non pas la fin du monde mais la fin d’un monde, de leur monde. Petit résumé de leurs livres en 12 insultes.

« Espèce de gâteau pas retourné ! » (Osée 7.8)

Les gâteaux du Moyen-Orient, à l’époque, se cuisinaient un peu comme des crêpes, en les retournant au feu pour faire cuire la pâte. Imaginez qu’on vous serve un pancake bien cuit d’un côté mais complètement cru de l’autre. Voici l’image qu’Osée communique de sa génération. Elle a deux visages : un semblant de moralité et de foi, mais avec un fond dégoûtant. Le gâteau peut avoir une belle apparence mais la consistance est infecte.

Osée épouse une femme de prostitution pour illustrer l’infidélité d’Israël. Malgré des vœux externes de mariage, il n’y a pas de vraie relation. La foi hypocrite de cette génération se retournera contre elle. Sans fondement solide et voué à l’autodestruction, Israël se comporte comme « une colombe stupide » (7.11) et un « arc trompeur » (7.16).

« Ivrognes ! » (Joël 1.5)

Joël prédit l’arrivée d’une famine, un jugement de Dieu contre un peuple devenu ingrat et décadent, prélude d’un jugement plus grand à venir lors du Jour de l’Éternel. Le prophète écrit à un peuple distrait par les plaisirs du monde, incapable de discerner les signes du jugement à venir. L’ironie est grande. La destruction est imminente et totale, et cela inclut en particulier les vignes des ivrognes. La décadence va cesser dans tous les cas, mais mieux vaut anticiper en écoutant Dieu aujourd’hui.

« Génisses de Basan ! » (Amos 4.1)

Basan, situé au nord-est d’Israël, était une terre fertile où encore de nos jours du bétail est élevé. À l’époque du prophète, les vaches de cette région sont connues pour leur taille et leur facilité à s’engraisser (Ez 39.18).

Amos, le berger/éleveur devenu prophète accuse la dégradation morale et spirituelle de sa génération dans cette période d’abondance matérielle.

« Tu es l’objet du plus grand mépris ! » (Abdias 1.2)

Abdias écrit concernant la chute d’Édom, le peuple issu d’Ésaü qui perpétue une haine intense contre Israël. Édom est, en particulier, condamné pour son orgueil : « Même si tu places ton nid aussi haut que celui de l’aigle, même si tu le places parmi les étoiles, je t’en ferai tomber, déclare l’Éternel » (1.4). Édom est la star d’un jour qui est méprisé au lendemain. La belle ville de Pétra dans toute sa gloire ne pourra pas arrêter le jugement de Dieu contre cette nation qui se lève contre lui. Laide est la fleur qui bourgeonne de l’orgueil.

« 120 000 êtres humains incapables de distinguer leur droite de leur gauche » (Jonas 4.11)

L’image est tellement frappante. Vous imaginez la confusion d’un stade rempli de dizaines de milliers d’individus incapables de connaître leur droite de leur gauche ? Le livre de Jonas est rempli d’ironie du début jusqu’à la fin. Un prophète qui fait les mauvais choix est envoyé vers un peuple, les Ninivites, incapables de discernement.

« Cannibales ! » (Michée 3.2-3)

Michée s’adresse en particulier aux leaders d’Israël qui pratiquent de nombreuses injustices. Le résultat est désastreux : au lieu d’aider et servir le peuple, les leaders politiques et religieux le consomment, comme des cannibales « « ils mangent la chair de mon peuple ». Un réel avertissement à tous les responsables qui abusent de leur pouvoir. La voie de Dieu est celle de l’humilité : « ce que l’Éternel demande de toi: c’est que tu mettes en pratique le droit, que tu aimes la bonté et que tu marches humblement avec ton Dieu. » (6.7)

« Buissons d’épines entrelacés ! » (Nahum 1.10)

Nahum écrit contre les Assyriens, en prophétisant sur la destruction imminente de leur capitale, Ninive. Leur cruauté exaspérante va toucher à sa fin. Dieu va les détruire une fois pour toutes : « Je t’ai humilié pour ne plus avoir à t’humilier » (1.12). Comme des buissons d’épines entrelacés, les Assyriens sont complètement coincés. Ils ne pourront pas se détacher du jugement qui arrive.

« Guerrier pleurnichard » (Sophonie 1.14)  

Face au grand jour de l’Éternel, aucun adversaire de Dieu ne peut tenir. Même les plus forts ne pourront que trembler face à la grandeur de Dieu : « Le grand jour de l’Éternel est proche, il est proche, il arrive très vite; le jour de l’Éternel fait entendre sa voix, et le héros pousse des cris amers ». Sophonie écrit du temps du roi Josias, probablement un peu avant ses réformes. Alors que le peuple du nord a été jugé et détruit, le royaume du sud, par son manque de fidélité, joue littéralement avec le feu.

« Ton portefeuille est troué » (Aggée 1.6)

La génération d’Aggée est revenue de l’exil, mais avec les mauvaises priorités. Les maisons ont été reconstruites, mais le Temple est délaissé. Aggée avertit Israël de l’incohérence de ceci : Dieu mérite la première place, pas la dernière. En méprisant la primauté de Dieu le peuple ne récoltera plus sa bénédiction :« le salaire de celui qui travaille tombe dans un sac percé ».

« Ils ont rendu leur cœur dur comme le diamant » (Zacharie 7.12)

Zacharie exerce son ministère en même temps qu’Aggée, à une période où le Temple a besoin d’être reconstruit. Après la déportation, on pourrait s’attendre à ce que le peuple ait appris ses leçons. Mais l’endurcissement persiste, à la plus grande tristesse de Dieu. Au moment où Zacharie écrit le témoignage d’Israël est au plus bas : « vous avez été une malédiction parmi les nations » (8.13). Pourtant Zacharie reste plein d’espoir, malgré la faiblesse d’Israël, un jour « ceux qui méprisaient le jour des petits commencements se réjouiront » (4.10).

« Je vous jetterai des excréments au visage » (Malachie 2.3)

Si Dieu devait faire un « retour à l’envoyeur » de la qualité de notre adoration, à quoi cela ressemblerait-il ? Pour la génération de Michée, cette expérience serait forte déplaisante : les animaux offerts en sacrifice à Dieu par des cœurs corrompus ne valent pas plus que leurs excréments.

Dans une génération où il est devenu coutume d’offrir à Dieu les animaux les plus chétifs et malades, une génération portée au divorces précipités, aux mariages mixtes (entre croyants et non-croyants) et à l’hypocrisie religieuse, Dieu n’est pas impressionné. Sans réforme de cœur, notre adoration ne vaut pas plus pour Dieu que des excréments. Au moins comme cela c’est clair !

Conclusion

Bien entendu les petits prophètes ne se résument pas qu’à des paroles de réprimandes. Chaque livre contient son pesant de promesses. Malgré les faiblesses humaines, Dieu n’abandonne pas, jusqu’à s’incarner lui-même pour venir sauver.

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