À l’église, il arrive souvent que l’on exprime des paroles maladroites, voire blessantes, à ceux qui traversent un deuil. On entend régulièrement :
« Si j’étais toi… »
« Au moins tu as encore… »
« Juste [prie, lis ta Bible, continue à louer le Seigneur, etc…] »
« Qu’est-ce que Dieu essaye de t’enseigner ? »
A chaque fois que l’on dit « juste », nous sommes des conseillers qui donnons des conseils simplistes.
Les deux dernières phrases peuvent sembler pleines de bonne volonté. La prière est une bonne chose, après tout. Cependant, c’est l’adverbe « juste » qui pose problème. En l’utilisant, nous devenons des conseillers simplistes. Nous partons du principe que la personne endeuillée ne prie pas déjà, ou que sa douleur peut être réglée par une simple technique spirituelle.
Quant à la question « Qu’est-ce que Dieu essaie de t’enseigner ? », elle est tout aussi délicate. Certes, Dieu agit à travers nos souffrances, mais cette interrogation suggère que nous devrions décoder Ses intentions mystérieuses comme s’il s’agissait d’une devinette. C’est, d’une certaine manière, imiter les amis de Job : suggérer qu’il existe un péché caché ou une leçon spécifique derrière chaque tragédie.
Face à de tels propos, certains choisissent d’ignorer l’offense mais décident, en silence, de ne plus jamais ouvrir leur cœur à ces interlocuteurs. D’autres concluent que la culture chrétienne exige une gratitude constante et interdit la plainte. Dans les deux cas, nous isolons ceux qui se sentent déjà seuls et nous déformons l’image du Royaume de Dieu.
II est impossible de dire comment ces paroles se sont introduites parmi nous, car notre Dieu nous a enseigné une autre voie. Il nous invite à Lui parler avec les mots que Jésus a Lui-même utilisé.
Pourquoi, Éternel, te tiens-tu éloigné ? (Psaumes 10.1)
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Psaume 22.2)
Pourquoi dors-tu, Seigneur ? (Psaume 44.24)
Pourquoi, Éternel, me rejettes-tu ? (Psaume 88.15)
En réponse à ces cris, le Seigneur ne minimise jamais la souffrance. Il ne lance pas de platitude avant de passer à quelqu’un d’autre. Il est le Dieu compatissant qui invite à dire : « S’il te plaît, dis-m’en plus ».
Comment transformer notre approche ? En mettant l’accent sur la compassion et l’humilité.
La compassion imite la compassion de Jésus Christ. Elle est touchée par le deuil des autres.
1. La compassion : Elle imite celle de Jésus. Elle consiste à être véritablement touché par le deuil de l’autre. Dire simplement : « Je suis vraiment désolé. Mon cœur est lourd quand j’entends ce que tu traverses » suffit souvent. Tout ce qui part d’une empathie sincère sera reçu comme un encouragement.
2. L’humilité : C’est l’appel du Seigneur à marcher « en toute humilité et douceur » (Éphésiens 4.2). Cela signifie écouter et entourer la personne plutôt que d’étaler son expertise. L’humilité consiste à dire : « Voici comment j’ai prié pour toi. Y a-t-il une autre manière spécifique dont je peux te soutenir ? »
L’humilité est l’appel du Seigneur pour toute l’humanité.
Remarquez combien la compassion et l’humilité corrigent le problème récurrent de prodiguer des conseils à ceux qui sont en difficulté. Un ami traversait une épreuve physique très difficile et grave qui finalement a été la cause de son décès. Il avait envoyé ce message à ses proches :
« Beaucoup d’entre vous ont entendu parler de mes problèmes de santé récents. Ça n’a pas été facile, mais ma famille a été d’une aide immense et l’équipe médicale a été réactive et compétente. Comme je dispose d’une telle équipe d’expert, je vous demanderais de vous abstenir de m’envoyer vos conseils sur les traitements médicaux. »
Le message poursuivait en présentant d’autres façons dont les gens pouvaient aider. Dans la semaine qui a suivie, il était inondé de textos, e-mails, livres et remèdes concrets, tous implorants d’adopter leur conseil médical.
Si beaucoup de ces réponses visaient à bénir, la compassion se manifeste par l’écoute attentive de l’être cher. L’humilité, quant à elle, reconnaît la complexité des problèmes et la difficulté de trouver des solutions simples.
Ensemble, ils prendraient soin de cet homme et de sa famille, dans les limites qu’il avait définies. Si votre compassion vous poussait à aller plus loin, vous pourriez proposer de nouvelles idées pour les aider. L’humilité vous inciterait alors à consulter ceux qui connaissent bien la famille pour valider ces propositions.
Le premier pas vers le changement est de reconnaître : « J’ai un problème. Je n’ai pas toujours pris soin des autres avec assez de compassion et d’humilité. » C’est seulement avec une humilité plus solide que la sagesse et l’amour peuvent s’épanouir dans notre façon de prendre soin les uns des autres. La preuve ? Commençons par demander à nos amis et à notre famille : « Qu’est-ce qui t’a aidé dans ton deuil ou ta douleur ? » ou encore « Qu’est-ce qui t’a blessé ? »
L’apôtre Paul soulignait souvent combien les actes et les paroles des Églises le réconfortaient. Il y a, forcément, de sages consolateurs dans l’Église aujourd’hui, tout comme il y en avait dans l’Église primitive. Si nous cultivons cette écoute humble, notre génération pourra peut-être faire de l’Église ce qu’elle doit être : un véritable lieu de réconfort et un refuge pour les cœurs brisés.

