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Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de craquer ? Un trop-plein de stress, de contrariété, de frustration, et vous vous êtes effondré. Une douleur trop grande—physique ou émotionnelle, une angoisse qui vous a submergé, une crise de panique ou de colère, et votre système nerveux a saturé. Vous avez peut-être éclaté en sanglots, vous avez peut-être crié, vous êtes peut-être même tombé dans les pommes ! Ou peut-être que vous avez donné un coup de poing dans le mur, vous avez laissé échapper des paroles vulgaires ou blessantes, peut-être même que vous avez songé à vous faire du mal.

Trop, c’est trop. Quand notre organisme n’arrive plus à gérer les assauts du stress, il disjoncte. Ça vous est déjà arrivé ? Peut-être pas de manière très spectaculaire. Ou peut-être pas encore. Mais en tout cas, on peut tous imaginer combien il peut être difficile pour un être humain normalement constitué de supporter une accumulation d’agressions nerveuses—tant sur le plan physique qu’émotionnel ou psychique. Une surcharge de souffrance, et on craque.

Qu’est-ce qu’on devrait penser de ça ? Est-ce que la foi y change quelque chose, ou devrait y changer quelque chose ? Est-ce qu’un bon chrétien ne devrait jamais craquer ?

C’est la question qui est soulevée dans le texte qu’on va lire dans un instant. Et c’est un des chapitres les plus noirs de toute la Bible. Si noir qu’un des commentateurs que j’ai lus cette semaine, raconte que le dimanche où il a prêché sur ce passage, il avait préféré qu’il n’y ait pas de chants dans le culte. Ça lui semblait approprié à l’expression de la douleur et du désarroi de l’auteur.

Alors on n’a pas suivi cet exemple aujourd’hui, et on a eu des chants, mais quoi qu’il en soit, il y a des tourments psychologiques profonds qu’on doit percevoir dans ce texte. C’est la suite de l’histoire de Job, et la semaine dernière, on s’était arrêté à la fin du 2ème chapitre, où Job, un homme parfaitement fidèle à Dieu, a été incroyablement affligé, il a tout perdu, y compris ses enfants et sa santé, et il est maintenant isolé, enfermé dans sa souffrance, et pratiquement déshumanisé. Des amis lui rendent visite, mais ils ne trouvent pas un seul mot à lui dire, et pendant sept jours ils se tiennent à côté de lui, dans le silence.

Mais maintenant, Job, qui est demeuré fidèle à Dieu jusqu’ici, va prendre la parole. Et l’auteur veut qu’on se dise : « OK, Job, le juste, va rompre le silence ! Il est demeuré ferme dans son intégrité ; qu’est-ce qu’il va dire ? Qu’est-ce qu’il va exprimer ? »

Et la suite devrait nous toucher profondément. Parce qu’on va découvrir l’homme le plus intègre de la terre qui se lamente en des termes incroyablement violents. On est censé être bousculé, en fait. On est censé se dire : « Mais attends… est-ce que Job a le droit de dire des choses pareilles ? Est-ce qu’il est encore en train d’être fidèle à Dieu, là ? » Et le texte ne nous donne pas explicitement la réponse—en tout cas pas encore. Mais ce que fait le texte en tout cas, c’est qu’il nous donne un compagnon dans notre douleur.

On est censé se dire : « Ouah, je ne sais pas si c’est juste, ce qu’il fait, là, Job, mais je vois en tout cas que ça peut arriver aux plus fidèles d’entre nous. » Et ce constat devrait nous rassurer. Il arrive aux gens fidèles de se lamenter, et même de se lamenter à l’extrême.

Et ce qu’on va découvrir aujourd’hui, c’est que ce n’est pas une mauvaise chose, en fait, de se lamenter. Rappelez-vous que les amis de Job étaient venus littéralement pour « le plaindre » (2.11), mais qu’ils n’ont pas trouvé les mots. Job, lui, va trouver les mots pour se plaindre. Et ses paroles vont nous montrer que les croyants fidèles et mûrs ne sont pas des stoïciens—des gens qui auraient développé une insensibilité au malheur ! Ce sont des gens vrais, qui peuvent, et même qui devraient, manifester leur peine et leur fragilité quand ils souffrent.

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