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Quand j’étais jeune parent, j’ai un jour regardé par la fenêtre de la cuisine et j’ai vu l’un de nos garçons assis seul sur le trottoir. J’avais peur qu’il se soit blessé ou qu’il se sente seul, alors je suis sorti et je lui ai demandé : « Pourquoi est-ce que tu es là tout seul ? »

« Je ne suis pas seul, papa, a-t-il répondu, je suis avec Joe. »

Comme je ne voyais personne avec lui, j’ai rétorqué : « Joe ? Joe qui ? »

« Mon meilleur ami. Joe Fakeny. » (Oui, c’est vraiment le nom qu’il a donné à son ami imaginaire.)

En discutant davantage avec mon fils, j’ai réalisé qu’il ne s’était pas limité à inventer son ami Joe. En fait, il y avait toute une famille Fakeny qui vivait, travaillait et jouait dans un quartier imaginaire.

Est-ce que ce n’est pas incroyable ? Ne minimisons pas et ne méprisons pas notre capacité à imaginer. L’une des choses qui nous distingue du reste de la création, c’est notre faculté d’imaginer. Les êtres humains ne sont pas mus par leur instinct ou de simples causes biologiques. Bien plus, notre esprit possède la faculté incroyable de se représenter des images qui n’existent pas.

C’est une chose complexe qui touche au cœur de ce que nous sommes et de la manière dont nous fonctionnons. Ce n’est pas un hasard si nous avons été faits ainsi.

Même si les porteurs de l’image de Dieu ont été créés pour vivre dans une relation avec Dieu, il subsiste un fossé entre nous et le divin. Notre monde est un monde sensoriel que nous appréhendons par la vue, le toucher, l’ouïe, etc. Dieu, lui, vit dans un monde impalpable pour nous. C’est pour cette raison qu’il nous a donné un esprit : pour que nous puissions entrer en communion avec lui et faire ce pour quoi nous avons été créés.

L’une des fonctions primaires de l’esprit – l’homme intérieur – c’est la capacité d’imaginer ou « voir » Dieu. Dans ce sens, l’imagination ne consiste pas à se représenter ce qui n’est pas réel, mais à se représenter ce qui existe mais n’a jamais été vu. Dieu nous a donné la capacité à « voir » ce qui ne peut être vu, à communier avec quelqu’un qui n’a pas de corps physique et à aimer quelqu’un que nous ne pouvons pas toucher. Nous sommes des créatures faites pour imaginer.

L’imagination a un côté sacré et mystérieux, mais elle est en même temps banale, pragmatique et finalement nécessaire. Dans son livre Subversive Spirituality, Eugene Peterson dit que l’imagination est primordiale, car pour un chrétien, l’essentiel se passe dans l’invisible.

Toutefois, comme la plupart des choses merveilleuses que Dieu a créées, la chute a perverti l’imagination. À cause du péché, de nombreuses choses mauvaises et impies peuvent s’emparer de notre imagination et nous détourner du bon chemin.

Quand notre imagination se superpose aux désirs de notre cœurs, elle gagne en précision et prend de plus en plus le contrôle sur nos vies. Elle peut certes servir une vision et un ministère centrés sur l’évangile, mais souvent, elle est domptée par notre égoïsme et ce qui était autrefois un espoir vague pour le futur se transforme en vraie obsession.

Quand cela arrive, nous sommes convaincus que nous ne pouvons pas vivre sans cette chose que nous avons imaginée. Il en résulte que notre compréhension de notre identité, du sens de notre vie, de notre bien-être, de notre contentement et de notre satisfaction devient directement liée à la réalisation de ce qui était autrefois dans notre imagination.

Il s’est passé là quelque chose de très dangereux : notre imagination a été capturée et rendue esclave de la création. L’imagination peut vite se transformer en idolâtrie.

Êtes-vous conscients de votre capacité à imaginer ou est-ce que cela vous toujours paru normal ? Et plus important encore, réalisez-vous à quel point cette capacité extraordinaire peut dominer vos cœurs et contrôler vos vies ?

Alors répondez honnêtement : qu’est-ce qui a pris le contrôle sur votre imagination et est-ce devenu une idole ?

« Les idoles des nations, ce n’est que de l’argent et de l’or ; elles sont faites par la main des hommes. Elles ont une bouche mais ne parlent pas, elles ont des yeux mais ne voient pas, elles ont des oreilles mais n’entendent pas, elles n’ont pas de souffle dans leur bouche. Ils leur ressemblent, ceux qui les fabriquent, tous ceux qui se confient en elles. » (Psaume 135 : 15-18)

Que Dieu vous bénisse,

Paul David Tripp


Pour aller plus loin

  1. Rappelez-vous votre enfance. À quand remontent vos souvenirs d’avoir imaginé quelque chose ? Qu’imaginiez-vous quand vous étiez enfants ?
  2. Repensez à votre adolescence et au début de votre vie d’adulte. Que voyiez-vous quand vous imaginiez le futur ? Comment ces désirs ont-ils façonné le cours de votre vie ? Avez-vous des regrets à propos de choses que vous avez imaginées ?
  3. Est-ce que quelque chose que vous avez imaginé pendant votre jeunesse s’est réalisé ? Ces rêves ont-ils été en accord avec le royaume de Dieu ou étaient-ils de nature plus égoïste ? Comment Dieu a-t-il retourné la situation ?
  4. Quels rêves ne se sont pas réalisés ? Comment avez-vous réagi à cela ? Avez-vous surmonté la frustration ou êtes-vous encore amers, en colère et insatisfaits ?
  5. De quelles manières êtes-vous encore aujourd’hui en train d’imaginer votre futur ? Êtes-vous conscients que cette capacité a le pouvoir de dominer sur vos cœurs et de contrôler vos vie ? À quoi votre imagination est-elle assujettie et est-ce devenu une idole ?
  6. Comment pouvez-vous utiliser cette capacité créée par Dieu pour former une vision centrée sur l’éternité et axée sur le Royaume de Dieu ? Quels dons, capacités et compétences avez-vous reçus de Dieu que vous pouvez utiliser à sa gloire ? Soyez précis. Que pouvez-vous faire concrètement pour que cette vision se réalise ?
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