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1. Ce qui caractérise le livre

Etes-vous cessassioniste, charismatique, pour ou contre les délivrances « ekbalistiques », parlez-vous en langues, croyez-vous même au Saint-Esprit ?

On pourrait multiplier les catégories, les désignations obscures, quitte à diviser les chrétiens à propos du Saint-Esprit, alors que l’un de ses ministères est de les unir (Ep 4.3) !

Et si on revenait à l’Ecriture ? Le livre de Florent Varak, « Saint-Esprit & dons spirituels », choisit de parcourir plusieurs sujets difficiles (prophétie, parler en langues, dons, miracles, délivrance), premièrement sous l’angle de l’enseignement biblique sans pour autant déconnecter ce dernier des réalités de l’existence.

Saint-Esprit & dons spirituels - Les enjeux actuels

Saint-Esprit & dons spirituels - Les enjeux actuels

Éditions Clé. 408 pages.

Quel est le rôle du Saint-Esprit ? Pourquoi le « parler en langues » n’est-il pas pratiqué dans certaines Églises ? Quelle est la fonction de la prophétie aujourd’hui ? Dieu fait-il toujours des miracles ? Quel ministère de délivrance exercer au 21e siècle ? Les Églises ont besoin de réfléchir à leur position sur ces questions contemporaines.

Dans le respect des positions charismatiques et de manière paisible, Florent Varak présente l’œuvre du Saint-Esprit dans la vie du chrétien et développe avec clarté et transparence une perspective cessasionniste sur les dons miraculeux du Saint-Esprit (parler en langues, prophétie, miracles et délivrance). En examinant la Bible et avec pédagogie, il montre l’ancrage de cette position dans les Écritures et dans l’histoire chrétienne. De nombreux résumés, des études de cas, des questions permettent de compléter cette réflexion afin de se forger ou revisiter ses convictions personnelles.

Éditions Clé. 408 pages.

Près de 30 ans après un premier ouvrage à l’expression qualifiée de « maladroite »[1] par son auteur, Florent Varak traite une nouvelle fois le sujet controversé du Saint-Esprit et de ses dons. Il parcourt chaque thème en exposant directement sa pensée, puis énonce les raisons bibliques de sa position, sans oublier de mentionner les textes plus difficiles à interpréter.

2. Les points forts

2.1. La forme

L’auteur défend ses positions avec force et conviction, tout en reconnaissant que d’autres chers frères en Christ peuvent penser différemment. Le respect manifesté est exemplaire et encourage les chrétiens à débattre de leur compréhension de l’Ecriture tout en reconnaissant la réalité de leur unité en Christ.

L’auteur présente plusieurs fois d’autres positions que la sienne, citant notamment des auteurs charismatiques ou pentecôtistes. Ce choix permet d’examiner les différentes manières de comprendre les textes au sein du monde évangélique. Le lecteur peut ainsi se référer à l’enseignement d’autres auteurs. La bibliographie, soignée et bien documentée, est un outil appréciable pour évaluer les différents points de vue. Celui qui veut creuser un sujet précis, pour ses études ou sa curiosité personnelle, trouve plus facilement les textes qui présentent les autres interprétations.

Outre de précieuses références bibliographiques, les notes explicatives de bas de page enrichissent le texte sans l’alourdir. Les lecteurs ayant besoin d’un éclairage supplémentaire, comme ceux qui désirent une précision particulière sur un thème abordé, peuvent ainsi se référer directement aux commentaires de l’auteur.

2.2. Le contenu

Il est possible de croire aux miracles et à l’action providentielle de Dieu tout en affirmant, Bible à l’appui, que les miracles du livre des Actes étaient liés à une époque particulière et révolue.

Florent Varak défend clairement la position cessassioniste, sans tomber dans la caricature d’un Dieu qui se serait retiré du monde. Il est possible de croire aux miracles et à l’action providentielle de Dieu tout en affirmant, Bible à l’appui, que les miracles du livre des Actes étaient liés à une époque particulière et révolue.

L’auteur montre également la place importante du parler en langues dans le plan divin et donne des pistes utiles pour évaluer les pratiques actuelles. Il éclaire les propos, un peu étranges, de 1 Corinthiens 14.20-22 et montre le lien entre parler en langues et jugement.

Il souligne avec clarté que le statut unique de l’Écriture comme révélation de Dieu n’est pas compatible avec certaines compréhensions de la prophétie. Le « Sola Scriptura », cher aux Réformateurs et à de très nombreux évangéliques, teinte nécessairement notre manière de comprendre la prophétie aujourd’hui.

Le chapitre sur le combat spirituel est particulièrement bienvenu pour souligner la nécessité de résister en s’appuyant sur les principes bibliques. Les expériences de l’auteur montrent la pertinence de l’enseignement biblique, mais ne se substituent pas à ce dernier. Alors que je travaille ce sujet depuis plus de 10 ans, j’ai été édifié à la lecture de ce chapitre. Des textes comme 2 Timothée 2.24-26 ou Actes 26.17-18 nous conduisent à entrer dans ce que Dieu demande de vivre, sans mener des combats qui nous détournent du Dieu vivant. Les sept pratiques fondamentales concernant la délivrance (p. 301-302) mériteraient à elles seules au moins un article entier. Elles sont vraiment à découvrir, en remarquant à quel point elles sont ancrées dans l’enseignement scripturaire.

L’ensemble du livre est une très belle application de 2 Timothée 3.16-17 qui souligne la nécessité et la suffisance de l’Écriture. Quel privilège de pouvoir s’appuyer non sur des impressions personnelles subjectives, mais sur la révélation objective que Dieu nous a laissée… par son Esprit !

3. Quelques réflexions supplémentaires

Florent Varak admet que certaines de ses positions ne font pas l’unanimité parmi les théologiens reconnus au sein du monde évangélique (en p. 44, il s’oppose à Carson et Romerowski sur « le baptême de feu » annoncé par Jean). Sa définition de la « prophétie » n’est pas partagée par tous les évangéliques cessassionistes et peut porter à confusion en désignant deux réalités différentes par le même nom. Le lecteur a toutes les données pour se faire son propre avis.

On se demande si une présentation du Saint-Esprit, personne et œuvre, n’aurait pas apporté un éclairage supplémentaire bienvenu. L’examen des chapitres 14 à 16 de l’évangile de Jean permet par exemple de mieux comprendre le rôle du Saint-Esprit et justifie le choix de ne pas le mettre lui-même en valeur. Je reconnais volontiers que l’auteur évoque ces sujets tout au long du livre, maintenant par ce choix le nombre de pages dans des limites raisonnables. Les plus courageux pourront associer ce livre à un ouvrage de référence sur la personne du Saint-Esprit.

4. Conclusion

Merci Florent pour ce livre !

  • Il nous montre comment débattre sereinement tout en défendant très clairement ses propres positions.
  • Il souligne la place première de la révélation biblique. L’Écriture est notre ultime source d’autorité. Notre évaluation des dons spirituels et du ministère actuel du Saint-Esprit doit s’appuyer sur cette réalité et mettre en valeur l’Écriture, inspirée par l’Esprit !
  • Il permet de clarifier les différentes manières de comprendre l’Écriture, références bibliographiques à l’appui. C’est un ouvrage de référence pour celui qui désire approfondir le sujet, tout en restant véritablement accessible et parfaitement lisible sans formation théologique préalable.
  • Il combat les caricatures qui font tellement de mal au sein du mouvement évangélique :que l’on soit charismatique ou non, chaque courant de pensée risque de mal comprendre ses frères et sœurs et de les tourner en dérision par une méconnaissance dommageable.
  • Il valorise un Dieu souverain, la victoire de Christ à la croix et l’action actuelle du Saint-Esprit dans la vie du croyant.
  • Bonus : des annexes riches, une vraie mine d’informations pour ceux qui veulent aller plus loin. Pour une réponse rapide, la dernière résume au contraire la position de l’auteur (il ne manque que les numéros de page où la question est traitée).

Je ne peux donc que recommander ce livre, malgré quelques points de désaccord mineurs. L’auteur encourage d’ailleurs le lecteur à creuser lui-même le sujet pour vérifier si ce qui y est écrit est biblique (p. 35). Nous avons besoin d’étayer nos convictions par ce que Dieu nous a révélé dans sa Parole. Ce livre nous y aide grandement.

5. Phrases à relever

« Face à l’expérience, même la plus intense, la plus juste et la plus formidable…, l’Écriture prime » (p. 31 qui s’appuie… sur l’Écriture, 2 Pierre 1.6-21).

(Moins fort) « J’avoue regretter que les discussions sur l’Esprit se focalisent trop souvent sur les dons et moins sur le fruit de l’Esprit ! » (p. 41).

« L’Écriture distingue nettement le fondement historique et révolu que nous laissent les apôtres et les prophètes, de la construction qui a suivi. » (p. 183 en lien avec Ep 2.20 ; 3 :5).

« Je soutiens plutôt une approche de délivrance centrée sur l’Évangile, qui met en avant la repentance personnelle pour “se dégager des pièges du diable“ » (2Tim 2.24-26) » (p. 270).

« Nous renversons l’influence oppressante du diable dans la société par la confrontation à l’Évangile, sagesse et puissance de Dieu » (p. 281).

 

[1] Page 21, note de bas de page.

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