La vie missionnaire : Pas de raccourcis

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Que diriez-vous à un futur missionnaire? Un de mes amis proches, qui est pasteur de longue date, missionnaire et directeur des services aux membres pour l’assemblée dans laquelle je sers actuellement, m’a dit que ces dernières années, on a observé une recrudescence de jeunes adultes missionnaires. Ceux-ci débarquent sur le terrain, enthousiastes à l’idée de racheter les nations et de rendre justice aux opprimés, mais ils ne restent pas plus de deux ans. Ils finissent épuisés, découragés, et ils perdent même la foi ! Le personnel du service aux membres appelle cela « l’effet radical » : de jeunes adultes au cœur gros, qui cherchent à accomplir quelque chose de radical pour Jésus et le monde, mais qui ne poursuivent pas leurs impulsions initiales jusqu’au bout. Souvent, l’idée de recevoir une formation théologique avant de s’attaquer à la mission semble insignifiante et démoralisante.

Face à ce défi, et en considérant mon expérience, j’ai récemment conçu ces deux conseils clés que je donnerais à chaque missionnaire potentiel.

1. L’importance de la doctrine

Je ne soupçonnais guère que certaines de mes plus grandes batailles pour la vérité biblique se dérouleraient non seulement contre des musulmans, des athées et des bouddhistes, mais également contre des gens qui prétendaient servir le Christ à mes côtés. D’après mon expérience de nombreuses années à l’étranger, les fronts de la bataille ont été tracés sur des questions qui incluent : l’inerrance et la suffisance des Écritures, l’étendue et l’intention de la révélation spéciale de Dieu, la nature et la mission de l’Église, le message de l’Évangile et les moyens de le proclamer, les aptitudes des anciens au sens biblique, la souveraineté de Dieu et la seigneurie de Christ, et aussi, la nature des cœurs perdus ou régénérés. J’ai commencé à observer une philosophie implicite de non-théologie dans le monde des missions; en effet, dans de nombreux cas, le minimalisme théologique règne. Les efforts de mobilisation des futurs missionnaires se concentrent souvent sur les perspectives de découvrir des cultures passionnantes, de vivre des passions idéalistes, de combler ses besoins immédiats et de se servir de plateformes créatives; souvent, des équipes entières de missionnaires s’unissent autour de telles priorités.

Le pragmatisme demeure souvent la doctrine de choix : « Si ça fonctionne, alors ça doit être vrai. » Le respect de la doctrine fondamentale est souvent d’importance minime pour l’ensemble du groupe. Dans notre hâte, on s’impatiente devant le lent travail de semence et devant le travail encore plus lent de formation d’anciens bibliquement qualifiés. Souvent, les méthodes axées sur la rapidité et l’obtention de résultats à tout prix court-circuitent les efforts de former des pasteurs locaux forts dans les Écritures. Pourtant, notre méthodologie missionnaire révèle toujours notre théologie, ou plutôt l’absence de cette dernière. Par exemple, si l’on conçoit mal les Écritures, on peut les ignorer ou les abuser durant l’évangélisation et le discipulat. Aussi, un point de vue défectueux sur la dépravation de l’humanité et sur la régénération entraîne l’usage de méthodes qui ne requièrent ni la repentance ni la soumission à l’autorité de Christ. Une ecclésiologie défaillante mène à enseigner aux nouveaux convertis pleins d’espoir qu’ils n’ont ni besoin de quitter leurs structures religieuses natales, ni d’abandonner leurs textes religieux précédents.

Dans son livre « Paul the Missionary : Realities, Strategies, and Methods » (InterVarsity, 2008), Eckhard Schnabel nous aide en expliquant :

Les missionnaires, les évangélistes et les enseignants qui ont compris à la fois le scandale de la croix et la signification fondamentale et irremplaçable de la nouvelle de Jésus le Messie et Sauveur crucifié et ressuscité ne s’appuient pas sur des stratégies, des modèles, des méthodes ou des techniques. Ils s’appuient sur la présence de Dieu et sur le pouvoir efficace du Saint-Esprit lorsqu’ils proclament Jésus-Christ. Cette dépendance en Dieu plutôt qu’en des méthodes les rend libres de ne plus suivre chaque nouvelle mode, de n’utiliser qu’une méthode particulière, de toujours utiliser les mêmes techniques et de copier les méthodes et techniques des gens dont on a qualifié le ministère de « succès ».

Nous devons tenir compte de l’appel « à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3). Une des plus vieilles astuces de l’ennemi est de nous persuader de laisser tomber notre garde et de supposer que l’on connaît l’Évangile. Lorsque l’on croit pleinement connaître l’Évangile, c’est alors qu’on risque de l’oublier; la mission est alors abandonnée.

2. La douleur fait partie du Plan

J’ai grandi avec un problème de santé qui m’aurait empêché d’aller à l’université, d’obtenir un emploi ou de mener une vie normale s’il n’avait pas été traité. Avant que Dieu m’en délivre dans sa miséricorde, il ma délivré à travers lui. Bien des jours et des nuits, j’étais couché dans les ténèbres de ma chambre avec beaucoup de douleurs et de nausées et je priais dans le silence que Dieu me donne la grâce qui me permettrait de prêcher l’Évangile aux nations. J’ai commencé mes études de préparation au séminaire à l’âge de 5 ans lorsque Dieu m’a envoyé mon enseignant le plus sage et le plus influent : l’affliction. Par sa discipline aimante, Dieu m’a enseigné sa bonté souveraine et sa sagesse impénétrable.

Ayant grandi dans de grandes afflictions et ayant bien appris la théologie de la souffrance sous un Dieu souverain, je ne comprenais toujours pas, naïvement, à quel point les épreuves de la vie missionnaire étaient implacables et inexplicables. Si ce n’était de la doctrine de la sage souveraineté de Dieu dans la souffrance, je n’aurais pas survécu. Les missions à long terme peuvent en effet être des lieux d’excitation et d’aventure; or, elles sont aussi inévitablement des lieux d’adversités et de tribulations. De plus, ce sont les lieux où l’on se dépouille de soi et où l’on va apprendre le rire autodérisoire; apprendre à penser, ressentir, rêver et raisonner dans une langue étrangère; apprendre à jouir de la famille adoptive du Christ dans des relations à longue distance avec sa terre natale; apprendre à rester silencieux face aux critiques acerbes de ceux et celles qui nous ont soutenus jadis; apprendre à se nourrir de la Parole de Dieu quotidiennement; apprendre à prier pour notre femme et nos enfants parce que leur vie en dépend littéralement; et apprendre à naviguer sagement sur le chemin du renoncement à soi-même dans une culture mondiale plongée dans l’indulgence, l’autopromotion et la préservation de soi.

J’avertis sobrement tout missionnaire potentiel que le champ de la mission n’est pas qu’un roman d’aventure radicale, il est également mêlé de chagrins, de pertes et d’abnégations. Par contre, nous y découvrons l’amour infini de Dieu et sa sage providence. C.S. Lewis a dit dans son poème « As the Ruin Falls » : « Les douleurs que tu me donnes sont plus précieuses que tout autre gain. » Don Carson le dit probablement le mieux dans son excellent livre sur la souffrance, « Jusqu’à quand ? Réflexions sur le mal et la souffrance » :

Plus les dirigeants sont affligés de faiblesses, de souffrances, de perplexités et de persécutions, plus il est évident que leur vie n’est autre que celle de Jésus. Cela produit des effets spirituels extrêmement positifs sur le reste de l’Église. La mort des dirigeants entraîne la vie de l’Église. C’est pourquoi les meilleurs dirigeants chrétiens ne peuvent tout simplement pas être sélectionnés. Ils sont forgés par Dieu lui-même dans les feux de la souffrance, enseignés à l’école des larmes. Il n’existe pas de raccourcis.

Dieu aime tellement ses serviteurs qu’il leur permet de souffrir. Ainsi, sa grâce les soutiendra afin que sa gloire se fasse reconnaître. Notre faiblesse est l’instrument choisi par Dieu à travers lequel le Saint-Esprit nous remplit de la puissance de Christ.

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