L’histoire a retenu que c’est en contemplant les oiseaux des îles Galápagos que le jeune Charles Darwin (1809-1882) commença à pressentir que les espèces n’étaient peut-être pas immuables. Il lui fallut cependant de nombreuses années de réflexion et de recherches avant d’aboutir à une théorie satisfaisante. En plus de ses observations sur le terrain, Darwin s’inspira des théories de Thomas Malthus (1766-1834) qui mettait en évidence le principe de la sélection naturelle et de la survie du plus adapté.
En 1859, Darwin publia le fruit de ses recherches dans un livre, L’Origine des espèces, où il soutint que les espèces, loin d’être fixes, se transforment au fil du temps à partir d’ancêtres communs. Cette transformation est guidée par la sélection naturelle, les variations les plus adaptées à l’environnement étant conservées. Ce processus graduel, cumulatif et non dirigé expliquerait la diversité du vivant. L’Origine des espèces connut un retentissement phénoménal qui poussa son auteur à poursuivre ses recherches.
Dans La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, publié pour la première fois en 1871, Darwin appliqua pour la première fois sa théorie à l’espèce humaine en affirmant que l’homme possède un ancêtre commun avec les animaux, notamment les primates. L’être humain serait donc le fruit d’une lente évolution qui s’expliquerait par la sélection naturelle ainsi que la sélection sexuelle, c’est-à-dire la préférence des partenaires. Dès lors, les facultés morales, intellectuelles et sociales des humains viennent de processus évolutifs continus.
Cette thèse de l’ancêtre commun fut rapidement adoptée par la majorité de la communauté scientifique en raison des progrès de la biologie et de la paléontologie, mais aussi des découvertes de fossiles. Une première ligne de clivage se dessina toutefois entre, d’une part, les scientifiques évolutionnistes qui estimaient que la sélection obéissait à un dessein, ce qui laissait la possibilité d’une croyance en un Dieu providentiel, comme Asa Gray (1810-1888) ou George Jackson Mivart (1827-1900) et, d’autre part, leurs collègues qui pensaient que l’évolution était aléatoire comme Charles Darwin et August Weismann (1834-1914).
Alors que les théologiens chrétiens débattaient de la compatibilité entre foi chrétienne et évolution des espèces, le terrain des sciences dures connaissait lui aussi des avancées décisives. En effet, la biologie entra dans une nouvelle ère grâce aux travaux de Gregor Mendel (1822-1884), un ecclésiastique catholique autrichien, qui jeta les premières bases de la génétique. La redécouverte des travaux de Mendel au XXe siècle donna naissance au néo-darwinisme ou théorie synthétique de l’évolution[1]. Cette synthèse a prévalu pendant la majeure partie du siècle dernier ; elle est aujourd’hui complétée et amendée par la Synthèse évolutive étendue (EES).
Le projet Génome humain, lancé en 1988 et achevé en 2003, a mis en évidence que l’espèce humaine actuelle (Homo sapiens) serait née en Afrique et remonterait à environ 300 000 ans. Elle serait le fruit de métissages avec d’autres espèces comme les Néandertaliens et les Dénisoviens et ne serait jamais descendue en dessous de quelques milliers d’individus, ce qui exclut le monogénisme. En outre, ses conclusions estiment que les différences entre populations humaines sont superficielles (les races n’existent donc pas) et que l’humanité continue d’évoluer encore aujourd’hui, l’être humain s’adaptant à son environnement pour survivre et perpétuer l’espèce.
Ces affirmations scientifiques obligent les théologiens évangéliques, attachés à l’autorité du texte biblique en matière de vie et de foi, à se poser des questions cruciales et ardues : comment comprendre les textes bibliques relatant l’origine de l’humanité ? Les premiers chapitres de la Genèse forment-ils un récit historique à interpréter de manière littérale ? Un récit des origines avec un fond historique mais fortement marqué par le symbolisme ? Ou bien de la « mytho-histoire » ?
De même, comment penser une juste articulation entre la Bible et la science ? Faut-il rejeter en bloc la théorie de l’évolution, jugée incompatible avec l’inerrance ? Ou, au contraire, la théorie de l’évolution est-elle un faux problème ? En France, ces lignes de fractures ont donné naissance à des associations aux positionnements divers comme Sciences et Foi, le Réseau des Scientifiques Évangéliques ou encore Bible et science.
D’un point de vue évangélique, la question la plus pressante demeure celle de l’Adam historique, nous forçant à clarifier ce que nous entendons communément par « Adam » : le premier homme créé directement par Dieu à partir de la poussière de la terre ? Un représentant de l’humanité ? À moins qu’Adam ne désigne un groupe d’humains ? Ou encore une création littéraire ?
Cette question en entraîne d’autres en cascade : sommes-nous réellement les descendants d’Adam et Ève ? Si oui, cela signifie-t-il que les scientifiques se trompent sur le polygénisme ? Si non, existait-il d’autres humains à l’époque d’Adam, non issus de sa lignée ? Comment penser leur statut théologique ? Il va sans dire que les enjeux sont gigantesques : la dignité de l’être humain, créé à l’image de Dieu, et sa place au sein de l’ordre créationnel (Genèse 1.26-28), mais aussi l’origine du mal sont en cause.
C’est à cette jonction complexe entre exégèse, science et doctrine que se situent les débats actuels. Si le débat fait rage outre-Atlantique, la francophonie n’est pas en reste puisque des théologiens de renom comme Henri Blocher, Pierre Berthoud ou Lydia Jaeger ont produit quantité d’articles et de livres sur la question d’Adam par le passé. Cependant, jusqu’à présent, aucun ouvrage francophone n’avait fait débattre les principales interprétations sur l’Adam historique de manière étayée et irénique. C’est désormais chose faite avec la publication de Trois perspectives sur Adam que j’ai dirigé aux Éditions Clé. Cet ouvrage met en dialogue trois positions sur « le problème de l’Adam historique » qui se veulent représentatives de la variété des options évangéliques actuelles en francophonie, sans prétendre à l’exhaustivité.
La première position, défendue par Philippe Perrilliat, enseignant à l’IBG, voit en Adam le premier homme littéralement créé par Dieu à partir de la poussière de la terre. La deuxième position, défendue par Matthieu Gangloff, enseignant à l’IBN, conçoit Adam comme un personnage historique qui aurait été le représentant de l’humanité mais pas nécessairement le premier homme. La troisième position, promue par des auteurs de Science et Foi (Marc Fiquet, Pascal Touzet et David Vincent), voit en Adam une figure littéraire. Dans un monde de plus en plus polarisé où le débat se réduit souvent au pugilat, il est important de réfléchir à ces questions épineuses à tête reposée. Cet ouvrage peut vous aider à y voir plus clair et, si possible, à apporter des réponses, définitives ou provisoires, à vos questions. Alors n’hésitez pas à vous le procurer !

