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Crise grecque : le message des fenêtres brisées

Note éditoriale : Panagiotis Kantartzis est le pasteur de la plus vieille église évangélique à Athènes en Grèce. La violence a éclaté à Athènes récemment à la suite du déclin abrupt de l’économie et en réponse à ce que beaucoup considèrent comme un système politique corrompu qui aggrave la crise. Une nouvelle série d’émeutes a éclaté la semaine dernière après un vote controversé du Parlement grec d’une liste de mesures d’austérité. Le pasteur Kantartzis a écrit la lettre suivante pour encourager son assemblée au milieu de cette récente agitation.


Pour la troisième fois, les fenêtres de notre église ont été brisées — cette fois durant les émeutes de mercredi, peu après notre réunion de prières hebdomadaire. Encore une fois, les projectiles ont atterri sur notre palier; pendant l’escarmouche entre les émeutiers et la police, plusieurs pierres perdues ont fini par voler dans notre direction et à travers les fenêtres de notre bâtiment.

Quel genre de sentiment cela évoque-t-il ? Dans mon bureau, j’ai gardé une pièce de marbre qui est passée à travers la fenêtre la première fois que c’est arrivé au cours des émeutes de décembre 2008. Je l’ai gardée parce que je la considère comme un dépôt précieux. Plus tôt dans l’année 2008, nous avions commencé à parler plus résolument du besoin de devenir plus ouverts à notre cité. Nous avions même commencé à planifier de nouveaux « noeuds de témoignages » (implantation d’Églises). Nous étions en train de prier en particulier pour le quartier de Exarcheia, cependant, nous n’avions pas encore osé sortir. En rentrant dans l’Église  peu après le passage des émeutiers et en voyant le verre brisé, le marbre fracassé, la fumée et le gaz lacrymogène, j’ai ressenti un genre d’émerveillement saint. Peut-être était-ce le moyen de Dieu pour nous pousser à sortir enfin de nos murs. Cela m’a rappelé la scène du livre de Jonas quand les marins réveillent le prophète descendu au fond du bateau, étendu et profondément endormi. 

Comment est-ce que je me sens aujourd’hui ? Alors que notre pays est tombé en chute libre  sur le plan économique ces dernières semaines, je me rends compte, avec beaucoup de tristesse, que la première réaction de chacun d’entre nous a été de penser à lui-même et au moyen de maintenir un niveau de vie qui était menacé. J’ai commencé à craindre pour notre Église la grande tentation de battre en retraite pour nous préserver et nous mettre en sécurité. Mais en regardant le verre brisé mercredi dernier, j’ai senti que Dieu nous montrait encore qu’il ne permettrait pas que nous nous cachions au fond du bateau. Il nous confrontait encore avec nos responsabilités et il nous rappelait que notre place demeure au sein de la ville. Frères et sœurs, en tant qu’Église, je crois que nous sommes appelés à être radicalement généreux. Nous en discutions de plus en plus ces derniers jours. Au lieu de nous retirer dans nos tranchées poussés par la peur, nous avons besoin de nous lever courageusement et de servir. 

Apprenons du message de la fenêtre brisée. Que cette image puisse se graver dans nos esprits et nos coeurs dès aujourd’hui. Comprenons qu’il n’est pas possible pour notre ville de saigner sans que nous ressentions aucune douleur. Ses blessures sont nos blessures. Alors que nous regardons la fenêtre brisée, contemplons la majesté de l’Évangile. Le Fils de Dieu daigne être touché par nos péchés et nos brisements. Le temple est détruit, Jésus l’a dit, en parlant de sa propre mort sur la croix (Jean 2:19-21). C’est le lieu où le saint s’est identifié lui-même avec les impures afin que cet échange glorieux salvateur puisse avoir lieu, que tout ce qui est nôtre devienne sien et que tout ce qui est sien devienne nôtre (2 Corinthiens 5:21). 

L’Église n’offre pas cette Parole de vie d’un lieu de refuge et de sécurité; elle le fait par son identification avec le pécheur, en étant touchée par les douleurs de la cité. Alors que nous rassemblons les morceaux de verre et les pierres de notre salle de culte, prenons aussi notre croix et suivons Jésus, peu importe où il nous mène. 

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