Il y a quelques mois, l’Inde a dépassé la Chine en tant que pays du monde à la population la plus nombreuse. Les chrétiens ne représentent que 2.4 % de l’énorme population indienne, mais le nombre de croyants est encore suffisamment important pour que l’Inde soit classée parmi les 25 pays comptant le plus de chrétiens, dépassant des « pays chrétiens » tels que l’Ouganda et la Grèce.
Le Christianisme en Inde, bien qu’il ne soit pas aussi largement pratiqué que l’Hindouisme ou l’Islam, a une histoire riche et fascinante qui remonte à près de 2000 ans. Ses origines, son influence et ses contributions à la société indienne sont profondes, bien que moins connues. Voici neuf choses à savoir sur le christianisme en Inde.
1. Le « disciple qui doutait » est réputé avoir répandu la foi jusqu’en Inde.
L’arrivée du Christianisme en Inde est traditionnellement mise sur le compte de l’apôtre Thomas, un des 12 disciples originels de Jésus. Selon la tradition populaire, Thomas a voyagé jusqu’à la côte de Malabar, une région de la partie sud-ouest du subcontinent. C’est dans cette région qu’il est réputé avoir établi sept églises, posant les fondations d’une communauté connue sous le nom de Chrétiens de saint Thomas ou chrétiens syriens. Cette communauté chrétienne est parmi les plus anciennes au monde et fait tomber l’argument que le Christianisme indien n’est qu’un produit de l’influence occidentale coloniale.
2. Les efforts missionnaires chrétiens ont eu une influence pendant plus de 400 ans.
L’histoire du Christianisme en Inde est profondément liée à la saga des missions chrétiennes. La ferveur missionnaire de l’ère coloniale européenne, en particulier, a marqué un tournant dans l’histoire du Christianisme indien. Des missionnaires catholiques portugais sont arrivés au XVIe siècle, établissant des missions jésuites et introduisant la foi catholique romaine dans de nouvelles régions. D’autres puissances coloniales, notamment les Britanniques, les Néerlandais et les Danois, ont envoyé des missionnaires protestants qui ont établi des églises et étendu l’influence de la foi. Ces efforts ont été déployés par différentes confessions, notamment les missions anglicanes, luthériennes et méthodistes.
Le plus remarquable de ces missionnaires a été William Carey, un missionnaire britannique baptiste qui débarqua à Serampore, au Bengale, en 1793. Carey, ainsi que ses collègues Joshua Marshman et William Ward, apporta d’importantes contributions à l’éducation, aux réformes sociales et au développement des langues de la région. Leur œuvre, connue comme la Mission de Serampore, a donné l’impulsion aux missions protestantes futures en Inde.
3. Le « père des missions modernes » a transformé les langues indiennes.
Les missionnaires chrétiens n’ont pas seulement répandu leur foi, ils ont aussi transformé les langues vernaculaires indiennes. Leurs efforts pour traduire la Bible dans les différentes langues indiennes ont conduit à la standardisation de la grammaire et du vocabulaire, contribuant ainsi à façonner ces langues.
En 1801, Carey est chargé d’enseigner le bengali, le sanskrit et le marathi au Fort William College. Ses compétences linguistiques l’amènent à traduire la Bible en plusieurs langues, dont le bengali, l’oriya, le marathi, l’hindi, l’assamais et le sanskrit. Il a travaillé à la traduction de parties de la Bible dans 29 autres langues et dialectes. Aux côtés de Marshman, il a édité une grammaire bhotia et élaboré des grammaires pour six autres langues. Carey et Marshman ont également créé des dictionnaires pour le bengali, le sanskrit et le marathi et ont entrepris la tâche colossale de traduire trois volumes du poème épique sanskrit Ramayana.
4. Les missionnaires chrétiens ont eu des contributions significatives à l’éducation en Inde.
Les missionnaires ont fondé certaines des plus anciennes institutions éducatives modernes en Inde, des écoles, des collèges et des universités. Ces institutions offraient une éducation de type occidental jusque là inexistante. Des institutions comme St. Xavier Collège à Mumbai, le Collège Loyola à Chennai et le St. Stephen’s College à Delhi furent fondées par les missionnaires chrétiens et on continue à reconnaître leur excellence académique. À une époque où l’éducation des femmes n’était pas considérée comme importante, les missionnaires chrétiens ont joué un rôle crucial dans la promotion de l’éducation des femmes en Inde. Ils ont créé de nombreuses écoles pour filles, prônant l’égalité des sexes et remettant en cause les normes sociétales.
5. Les missionnaires ont initié une réforme sociale dans toute la société.
Les missionnaires établirent des écoles dans des régions éloignées et ont pourvu à l’éducation dans des communautés délaissées, y compris pour les groupes tribaux et les basses castes auxquels souvent on refusait l’éducation dans la société courante. Cela a représenté une avancée significative vers l’inclusion et la réforme sociale. Les missionnaires ont mené une campagne active contre les pratiques sociales abusives telles que le système des castes, l’intouchabilité, le mariage des enfants et le « sati », un rituel selon lequel une veuve s’immolait sur le bûcher funéraire de son mari.
Les missionnaires ont apporté leur soutien aux veuves et aux femmes exclues, qui étaient souvent marginalisées dans la société. Ils ont créé des refuges et des maisons, offrant à ces femmes un abri sûr et les moyens de gagner leur vie. Les chrétiens ont défendu les droits des femmes et les ont encouragées à jouer un rôle actif dans l’église, notamment en tant qu’éducatrices, agents de santé et évangélistes. Il s’agit là d’une étape importante vers l’autonomisation des femmes et la promotion de leur participation active à la vie publique.
6. Le Christianisme a influencé l’art, la littérature et l’architecture indiens.
Le Christianisme en Inde s’est adapté aux cultures et traditions locales, ce qui a eu pour résultat un mélange unique de pratiques indiennes et chrétiennes. Cette intégration apparaît à l’évidence dans l’architecture des églises, la musique liturgique et les coutumes locales. Par exemple, au Kérala, la tradition du Puthen Pana comprend le chant d’un poème narratif au sujet de la vie de Jésus au cours de la semaine sainte. Les auteurs indiens ont écrit des nouvelles et de courtes histoires qui explorent les thèmes chrétiens et les expériences de personnages chrétiens. The God of Small Things, d’Arundhati Roy, en est un exemple frappant. Cet ouvrage plonge dans la vie d’une famille chrétienne du Kérala et explore les thèmes de la caste, de l’amour et de la transformation sociale.
L’Inde compte de nombreux monuments chrétiens, comme la basilique du Bom Jésus à Goa, qui abrite les restes de François Xavier. Le Mont St. Thomas à Chennai, censé être le lieu où l’apôtre Thomas a été martyrisé, est un autre site religieux important.
7. Le Christianisme en Inde est diversifié aussi bien en ce qui concerne les régions que les dénominations.
Bien que le Christianisme soit répandu partout dans le pays, l’Inde du sud contient près de la moitié des chrétiens du pays, avec une communauté chrétienne particulièrement vivante dans les états du sud. Dans le nord-est, moins peuplé, les chrétiens représentent une part relativement importante de la population, la grande majorité d’entre eux appartenant à des communautés tribales. On trouve également des populations chrétiennes dans d’autres régions de l’Inde, telles que le Kérala, le Tamil Nadu et Goa.
Cependant, la concentration de chrétiens varie d’une région à l’autre, en fonction de facteurs tels que le rite et la tradition dominants et l’ancienneté du christianisme dans ces régions. Les anciens chrétiens de saint Thomas du Kérala, par exemple, ont une culture différente de celle des chrétiens d’autres régions du pays. Si de nombreux chrétiens indiens se déclarent catholiques (37 %), de nombreuses autres dénominations sont présentes en Inde. Par exemple, 13 % des chrétiens indiens sont baptistes, 7 % se réclament de l’église de l’Inde du nord et 7 % de celle de l’Inde du sud.
8. Une partie importante des chrétiens indiens est impliquée dans le syncrétisme.
Le syncrétisme religieux, c’est à dire le mélange de traditions de foi différentes et souvent incompatibles, est une pratique bien trop répandue en Inde (tout comme c’est le cas aux États-Unis). Une part importante des chrétiens indiens incorpore des croyances et des pratiques d’autres religions, la majorité d’entre eux (54 %) croyant au concept de karma. De nombreux chrétiens indiens croient en la réincarnation (29 %) et attribuent un pouvoir purificateur au Gange (32 %), deux croyances fondamentales de l’hindouisme. Il n’est pas rare que les chrétiens indiens participent à des coutumes d’autres religions, comme la célébration du festival de Diwali (31 %) ou le port d’un bindi sur le front (22 %), une pratique typiquement observée par les femmes hindoues, bouddhistes et jaïnistes.
9. La persécution demeure une menace persistante.
La persécution des chrétiens en Inde a augmenté au cours des dernières années, les groupes extrémistes hindous, les gouvernements locaux et les hindous nationalistes cherchant à « purifier » l’Inde en la rendant entièrement hindoue. Ces persécuteurs considèrent les convertis au Christianisme comme des traîtres à la patrie hindoue et cherchent à les éliminer pour apaiser les divinités hindoues. Les chrétiens en Inde sont confrontés à diverses formes de persécution, notamment des attaques contre des églises, des arrestations et des détentions sur la base de fausses accusations de conversions forcées. Par exemple, dans de nombreux villages, des informateurs nationalistes hindous signalent les activités des chrétiens, ce qui entraîne des attaques et des arrestations. Dans certains cas, les chrétiens ont été contraints de quitter leur village et des centaines d’entre eux ont été emprisonnés pour avoir pratiqué leur foi.
Les lois anti-conversion dans certains états de l’Inde ont encore alimenté la persécution et servent souvent de prétexte aux attaques contre les chrétiens, accusés d’essayer de convertir les hindous au christianisme. Malgré les protections constitutionnelles de la liberté de religion, l’acte de culte est devenu dangereux pour de nombreux chrétiens en Inde qui restent fermes et fidèles malgré la persécution.

