Il y a quelques années de cela, les États-Unis, le Canada, le Royaume Uni et l’Union européenne ont annoncé qu’ils prenaient des sanctions contre les personnalités chinoises impliquées dans la violation des droits humains contre les musulmans Ouighours. Comme le dit Axios, « Il s’agit d’une action coordonnée du monde occidental pour demander des comptes à Beijing sur sa campagne généralisée de détentions arbitraires, de travail forcé et de stérilisation forcée à l’encontre des minorités ethniques dans la région occidentale du Xinjiang, que le département d’État américain et plusieurs organes législatifs ont qualifiée de génocide. »
Voici neuf choses à savoir sur la manière dont les droits de l’homme sont devenus un sujet de préoccupation internationale.
1. Tous les droits des humains ne sont pas classés dans la catégorie « droits de l’homme ».
La notion de « droits de l’homme » fait référence à une catégorie étroite et particulière de droits détenus par les êtres humains. Comme William A. Edmundson l’explique dans son livre, Une introduction aux droits, « La meilleure façon de comprendre l’importance accordée à l’être humain dans l’expression ‘droits de l’homme’ est peut-être la suivante : les droits de l’homme reconnaissent des intérêts fondamentaux extrêmement particuliers, ce qui les distingue des droits, même des droits moraux en général » (italique dans l’original).
2. Les droits de l’homme internationaux prennent leurs racines dans le christianisme moderne.
Certains universitaires, comme le professeur à Harvard Samuel Moyn, déclarent que le mouvement moderne pour les droits de l’homme a été « préfiguré et inspiré par la défense de la dignité de la personne humaine qui apparut premièrement dans les églises chrétiennes et la pensée religieuse dans les années qui ont tout juste précédé l’éclatement de la guerre ».
Comme Moyn le fait remarquer, « Il s’avère assez difficile de trouver des non-chrétiens qui se passionnaient pour les droits de l’homme, et plus particulièrement pour leur fondement dans la dignité humaine, à l’époque [avant les années 40]. »
« La réalité inconfortable [pour les laïcs] est que le christianisme et les droits de l’homme sont beaucoup plus étroitement liés que ne l’imaginent leurs détracteurs respectifs », souligne Nick Spencer, ajoutant :
« Le fait est que le christianisme et les droits de l’homme sont en quelque sorte cousins. Très différents en apparence- l’un étant une religion ancienne, l’autre un système juridique bien élaboré- ils partagent non seulement des ancêtres intellectuels, mais aussi une vision particulière de la nature humaine et du bien humain, ainsi qu’une attitude particulière envers la faiblesse et le pouvoir. »
3. La reconnaissance et l’application des droits de l’homme internationaux ont commencé au XXème siècle.
Alors que des événements importants dans l’histoire des droits de l’homme se sont produits avant le XXème siècle, la fondation de la loi contemporaine sur les droits de l’homme s’est premièrement développée au cours des trente années qui séparent la fin de la première guerre mondiale en 1918 et la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948.
L’effort le plus fructueux pour faire progresser les droits de l’homme au niveau international, nous dit Seth Mohney, a été le développement du système de traités sur les minorités. Les puissances alliées ont exigé que les traités et déclarations de plusieurs pays européens contiennent des clauses relatives aux minorités sous diverses formes. Ces traités garantissaient des garanties telles que la protection totale et complète de la vie et de la liberté de tous les habitants du pays ou de la région concernés, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou de religion.
« Ces traités ont représenté les premiers efforts multilatéraux pour protéger les droits de groupes de personnes spécifiques au niveau international », écrit Andrew Clapham dans Les droits humains : une très courte introduction.
4. La reconnaissance universelle des droits humains s’est accélérée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Avant les années 40, peu de documents étaient reconnus au niveau international comme s’appliquant à tous les peuples en tout temps et dans toutes les nations. Pendant la seconde guerre mondiale, une poussée vers la reconnaissance universelle de droits humains inaliénables a reçu une grande aide sous la forme de la Charte de l’Atlantique et du discours sur les quatre libertés prononcé par le président Franklin D. Roosevelt devant le Congrès des États-Unis en 1941. Ces idéaux furent aussi publiés dans un tract : « Les nations unies combattent pour les quatre libertés ».
Les atrocités nazies ont mis en évidence le besoin d’établir les droits de l’homme sous la forme d’un statut légal international. Plus de 1 300 organisations non gouvernementales américaines se sont associées pour publier des annonces dans les journaux appelant à ce que les droits de l’homme fassent partie intégrante de toute future organisation internationale et demandant que la Charte des Nations Unies inclue un engagement clair et substantiel en faveur des droits humains.
5. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par l’ONU est devenue le document fondamental.
Le 25 avril 1945, les représentants de 46 nations se sont réunis à San Francisco pour former les Nations Unies. Ils ont répondu à la demande ci-dessus en mentionnant les droits de l’homme à cinq reprises dans la Charte des Nations Unies. La charte a également créé une commission « pour la promotion des droits de l’homme ». Cette Commission des droits de l’homme nouvellement créée a passé trois ans à rédiger la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Une fois le travail du comité terminé, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a été soumise à la Troisième Commission de l’Assemblée générale, qui a tenu 81 réunions et examiné 168 résolutions officielles sur la déclaration. Quarante-huit nations ont voté en faveur de la Déclaration, huit pays se sont abstenus (les pays du bloc soviétique, l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite) et deux pays étaient absents.
6. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme reconnaît une liste de 55 droits humains.
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les personnes ont au moins 55 droits qui comprennent les droits à :
- La vie.
- La liberté.
- La sécurité de la personne.
- La libération de l’esclavage.
- La libération de la servitude involontaire.
- La libération de la torture.
- La libération des traitements ou peines cruels, inhumains ou dégradants.
- La libération de l’interférence arbitraire avec la vie privée, la famille, le domicile ou la correspondance d’une personne.
- La libération des attaques contre l’honneur et la réputation d’une personne.
- La protection de la loi contre une telle interférence avec la vie privée, l’honneur et la réputation d’une personne ou une attaque contre eux.
- Le droit de se marier.
- Le droit de fonder une famille.
- Le droit au plein et libre consentement dans le choix de son conjoint.
- La liberté de pensée, de conscience et de religion.
- La liberté de changer de religion ou de croyance.
- La liberté, que ce soit seul ou en communauté avec d’autres et en public ou en privé, de manifester sa propre religion ou croyance par l’enseignement, la pratique, le culte et l’observance.
7. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a inspiré le système légal des droits humains, mais elle n’est pas juridiquement contraignante.
Bien que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne soit pas juridiquement contraignante, ce document a inspiré plus de 80 traités et déclarations, de nombreuses conventions régionales, des projets de loi nationaux et des dispositions constitutionnelles, qui constituent ensemble un système complet et juridiquement contraignant pour la promotion et la protection des droits de l’homme.
8. Les États-Unis n’ont commencé à faire des droits humains une pleine priorité de leur politique étrangère qu’au milieu des années 70.
En 1974, un sous-comité du Congrès a publié un rapport : « Les droits de l’homme dans la communauté mondiale : un appel aux États-Unis à en prendre le leadership ». Ce rapport critiquait l’approche qu’avait alors la politique étrangère américaine et plaidait en faveur d’une meilleure prise en compte des droits de l’homme :
La politique des droits de l’homme ne bénéficie pas de la priorité qu’elle mérite dans la politique étrangère de notre pays. Trop souvent, elle devient invisible dans le vaste horizon de la politique étrangère, dominé par les affaires politiques, économiques et militaires … Nous avons négligé les droits de l’homme au profit de nos intérêts supposés … Les droits de l’homme ne devraient pas être le seul facteur, ni même toujours le facteur principal, dans la prise de décision en matière de politique étrangère. Mais il est urgent de leur accorder une plus grande priorité si l’on veut que le leadership américain dans le monde continue à avoir le sens qu’il a traditionnellement eu, à savoir encourager les hommes et les femmes du monde entier qui chérissent la liberté individuelle.
Dans les quelques années qui suivirent, le Congrès adopta une série de lois qui furent regroupées dans la Section 502B de la loi sur l’assistance étrangère [Foreign Assistance Act (1961)]. Cette loi établissait que ce devait être « un but principal de la politique étrangère des États-Unis que de promouvoir une observation accrue des droits de l’homme reconnus internationalement par tous les pays ». Cette loi a pour effet que les considérations relatives aux droits de l’homme doivent être prises en compte dans le cadre du processus décisionnel en matière de politique étrangère.
9. Pourquoi les États-Unis donnent-ils une priorité à la liberté religieuse comme droit humain ?
En 2019, le Secrétaire d’État Michael Pompeo établissait la Commission pour les droits inaliénables, une institution consultative indépendante et non-partisane. Son objectif n’était « pas de découvrir de nouveaux principes, mais de fournir des conseils au Secrétaire d’État afin de promouvoir la liberté individuelle, l’égalité humaine et la démocratie à travers la politique étrangère américaine ». Dans son rapport, la commission explique pourquoi les États-Unis devraient donner la priorité à certains droits humains, et pourquoi la liberté religieuse devrait en faire partie :
Les gouvernements qui respectent ces droits inaliénables [c’est à dire : les droits de l’homme] protègent la capacité de ceux qui vivent sous leur tutelle de choisir et de mener à bien, en plein accord avec les droits des autres, ce qui est convenable, juste et bon. Certains supposent à tort qu’une conception aussi généreuse de la liberté doit reposer sur un scepticisme quant au salut et à la justice. Pourquoi donner aux gens la liberté de choisir si la volonté de Dieu et les impératifs de la justice sont connaissables ? En fait, cela implique un certain scepticisme, qui ne vise pas la foi et la justice, mais la capacité des responsables gouvernementaux à statuer avec autorité sur les questions les plus profondes et les plus importantes. La conception madisonienne de la liberté religieuse- à l’instar de celle exprimée par Jefferson dans son projet de loi sur la liberté religieuse en Virginie- part d’un postulat théiste sur les sources de la dignité humaine, tout en refusant à l’État le pouvoir de dicter des réponses définitives sur les questions fondamentales.

