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Encore et encore, cette affirmation ressort dans les conversations et les prédications évangéliques : « Pour aimer mon prochain comme moi-même, je dois d’abord apprendre à m’aimer plus. » Cette formulation me met toujours profondément mal-à-l’aise. Je vois la logique derrière le raisonnement, mais la conclusion est simplement…l’opposé du message de l’Évangile. L’amour qui commence par notre nombril, ce n’est tout simplement pas l’amour biblique.

L’apôtre Paul le dit clairement : « En effet, jamais personne n’a détesté son propre corps » (Eph 5.29). Jamais personne n’a manqué de s’aimer, nous dit Paul. Comment peut-on arriver à affirmer le contraire en citant le commandement central de la Bible de l’amour du prochain ?

Amour propre et estime de soi  

Une des raisons pour lesquelles cette affirmations erronée nous séduit facilement est que nous confondons amour propre et estime de soi. Alors que la Bible affirme clairement que nous ne manquons pas d’amour propre, nous pouvons facilement être handicapés par notre manque de confiance en nous-mêmes et en Dieu. Il ne s’agit pas de ne pas penser suffisamment à nous-mêmes –notre personne et nos désirs sont constamment au centre de notre attention–, mais plutôt de mal penser de nous-mêmes.

Dieu est profondément engagé pour que nous soyons bien dans notre peau. Mais ironiquement cela ne passe pas par le processus de s’aimer plus, mais d’aimer Christ plus.

L’apôtre Paul nous encourage à plusieurs reprises à être fiers. Lui est fier de son Sauveur (1 Cor 15.22), fier de la croix (Gal 6.14), fier de l’Église (2 Cor 9.2,13), fier de la vérité (2 Cor 11.10) fier de ses faiblesses même par lesquelles Dieu manifeste sa grandeur (2 Cor 12.9). L’appel que nous recevons de Dieu est un appel digne (Eph 4.1) qui nous encourage à marcher la tête haute, sachant que nous sommes les porteurs de l’image et de la gloire de Dieu, lorsque nous nous trouvons en Christ et dépendons de lui.

En étant ancrés en Christ nous trouvons la version la plus glorieuse de ce que nous pouvons être, l’épanouissement, le bien être spirituel ; nous devenons conformes au potentiel merveilleux pensé par Dieu pour ses enfants. Dieu est profondément engagé pour que nous soyons bien dans notre peau. Mais ironiquement cela ne passe pas par le processus de s’aimer plus, mais d’aimer Christ plus.

Amour propre et idolâtrie

Alors peut-être quelqu’un répondra-t-il : « Paul dit que personne ne déteste son propre corps mais moi je me déteste. Comment expliques-tu cela ? »

Avoir du mal à accepter qui nous sommes ne résulte pas d’un manque d’amour propre, mais plutôt d’un excédent d’amour propre. Ne pas s’accepter tels que nous sommes revient à dire : « Je mérite mieux que ce que je suis. Je ne pourrais accepter qu’une meilleure version de moi-même. » Nous voulons être plus beaux, plus forts, plus populaires, plus doués et avec plus de succès parce que nous nous aimons trop et pensons que nous méritons mieux.

Adam et Ève n’ont pas goûté du fruit pour combler un manque d’amour propre, mais par excès d’amour propre. Ils voulaient encore plus. Ils s’aimaient trop.

La tentation du Jardin d’Eden est la séduction de l’amour propre : « Vous serez meilleurs, vous serez comme Dieu ».  Adam et Ève n’ont pas goûté du fruit pour combler un manque d’amour propre, mais par excès d’amour propre. Ils voulaient encore plus. Ils s’aimaient trop.

L’égocentrisme est le contraire de l’Évangile, le contraire de l’amour divin révélé à la croix, le contraire de ce que Dieu fait et nous demande d’imiter. Par contre, c’est une des croyances centrales du satanisme, comme le décrit l’Église de Satan : « Nous voyons l’univers comme nous étant indifférent, et donc toutes les morales et valeurs sont des constructions humaines subjectives. Notre position est d’être égocentrique, nous-mêmes étant la personne la plus importante (le « Dieu ») de notre univers subjectif, on dit donc parfois que nous nous adorons nous-mêmes. ».

Timothée Keller dans son excellent livre « La liberté dans l’oubli de soi » nous rappelle au contraire le cœur de l’humilité selon l’Évangile : la « bénédiction de l’oubli de soi : ne pas se penser plus important, comme dans les cultures modernes, ou se penser moins important, comme dans les cultures traditionnelles. Simplement moins penser à soi ». (p.34)

En bien ou en mal, nous pensons constamment à nous-mêmes. L’encouragement de la Bible est de penser plus à Dieu et aux autres, moins à nous-mêmes.

Conclusion

Dieu nous a donné des corps qui nous rappellent constamment nos besoins : la faim, la fatigue, le besoin de bouger. Toutes sortes d’hormones nous travaillent. Nous avons en chacun de nous bien assez de rappels centrés sur nos propres personnes pour nous assurer que notre cerveau est bien informé de notre condition. L’exercice surnaturel du christianisme n’est pas de rechercher plus de ces signaux visant à nous aimer davantage, mais d’imiter cette intensité et cette continuité dans notre amour et notre attention pour les autres.

Quand mes oreilles entendent les rires de mon prochain, est-ce que je réjouis avec lui ? Quand mon estomac me commande de manger, est-ce que je pense à ceux qui manquent de nourriture ? Quand ma nuque devient tendue dans les bouchons, suis-je conscient des opportunités de montrer de la bienveillance autour de moi ? Quand mon cœur est en peine, est-ce que je pense à ceux qui souffrent encore plus ? Quand mes pieds se lassent, est-ce que je pense à ceux que je peux bénir par mon labeur, au-delà de ma propre personne ? Quand mes yeux fatiguent, est-ce que je pense à ceux dont les yeux s’éteignent loin de Christ ? Quand une vérité biblique touche mon âme, suis-je prompt de trouver une personne à qui transmettre cette richesse ?

Aimer son prochain comme soi-même est un commandement tellement prenant, engageant et stimulant, qu’il ne devrait pas nous laisser le temps de s’apitoyer sur notre propre sort !

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