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Le psaume 119 n’est pas une série de 176 déclarations indépendantes

Le Psaume 119 est l’un des chapitres les plus célèbres de la Bible—principalement parce qu’il est très long. Les chrétiens l’ont trouvé fascinant, édifiant et beau. Mais l’un des défis de l’étude et de la compréhension du Psaume 119 est qu’il semble ne mener nulle part.

Ce psaume a une structure ; il est organisé en 22 strophes correspondant aux lettres de l’alphabet hébreu. Mais il ne semble pas suivre un fil de pensée cohérent. Il manque quelque chose comme les intrigues que nous trouvons dans des récits historiques comme dans les livres de Samuel et des Rois, ou les arguments logiques que nous trouvons dans des épîtres comme Hébreux et Romains. De nombreux lecteurs se sont résignés à interpréter chaque verset du Psaume 119 comme s’il s’agissait d’une déclaration indépendante sans aucun lien avec ce qui vient avant et après.

Bien que cette façon de lire le texte puisse quand même être édifiante, je suggère qu’il y a un courant de pensée cohérent dans le Psaume 119. Si les lecteurs gardent à l’esprit le mouvement plus large de ce chapitre, ils étudieront le psaume avec de nouveaux yeux, l’apprécieront davantage et le trouveront plus enrichissant.

L’image idéale de l’obéissance et de la bénédiction

Si les lecteurs gardent à l’esprit le mouvement plus large de ce chapitre, ils étudieront le psaume avec de nouveaux yeux, l’apprécieront davantage et le trouveront plus enrichissant.

Le Psaume 119 commence en grande pompe, comme on pouvait s’y attendre. Dans les strophes Aleph א et Beth ב, le psalmiste décrit comment la loi de Dieu exige une obéissance parfaite et une dévotion holistique. La personne bénie est « intègre » (v. 1), ne commet « aucune injustice » (v. 3), et obéit de tout son « cœur » (vv. 2, 7, 10, 11).

Dans ces premières strophes, le psalmiste se décrit comme dévoué à la loi de Dieu. Les lecteurs chrétiens pensent aussi au Seigneur Jésus, le seul Israélite qui a accompli toute justice (Mt 3:15) et qui était sans péché (He 4:15).

Ce début en grande pompe présente une image idéale de l’obéissance et de la bénédiction. Mais le psalmiste nous alerte rapidement sur le fait que quelque chose ne va pas.

Étranger et en souffrance

 Dans la troisième strophe (Gimel ג ), le psalmiste s’appelle un « étranger » (v. 19). Les Israélites justes n’étaient pas censés être des étrangers, donc cette expression devrait attirer notre attention. Abraham était un étranger, comme le note fréquemment Genèse, car il n’avait pas de véritable maison et se déplaçait d’un endroit à l’autre. Mais, par l’entremise de Josué, Dieu a amené Israël dans la terre promise et a donné aux tribus et aux différentes familles leurs propres propriétés permanentes qu’elles devaient transmettre de génération en génération.

Notre psalmiste, alors, devrait être installé, pas être un étranger. Il est vrai que Dieu, dans la loi mosaïque, a menacé d’exiler les gens de leur terre s’ils se rebellaient contre lui. Mais notre psalmiste s’est décrit comme un homme respectueux de la loi dans les strophes d’ouverture, alors pourquoi souffrirait-il une telle punition ? Quelque chose de déroutant se passe, alors poursuivons notre lecture.

À travers le reste de Gimel puis de Daleth ד, le psalmiste décrit sa terrible souffrance en tant qu’étranger. Les princes le persécutent (v. 23) et son âme « est attachée à la poussière » (v. 25 LSG). Néanmoins, dans Daleth, il commence aussi à exprimer sa confiance dans la délivrance du Seigneur, et cette confiance grandit au cours des quatre strophes suivantes (He ה , Vav ו , Zayin ז, Heth ה), même s’il mentionne à plusieurs reprises combien son affliction est grande. Il réitère qu’il est un étranger (v. 54).

Mais il n’a toujours pas expliqué pourquoi lui, un homme juste, a apparemment été exilé de la terre promise.

Tournez-vous vers la repentance et l’espoir

 Le psalmiste fournit finalement cette explication dans les deux strophes suivantes (Teth ט et Yod י ) : il s’était autrefois rebellé contre Dieu, et Dieu l’avait puni, mais le voilà repenti et en mesure d’apprécier la loi de Dieu. Il était même un encouragement pour d’autres Israélites qui voyaient son repentir.

C’est une percée théologique dans le psaume, mais le psalmiste ne nous laisse pas en profiter longtemps, car la strophe suivante (Kaph ק) est le point le plus sombre du psaume. Le psalmiste nous rappelle que, bien qu’il soit en règle avec Dieu à nouveau, il continue de languir en tant qu’étranger.

Pourtant, la fin de cette strophe marque le point à mi-chemin du psaume, et elle fait un virage à 180 degrés. Les deux premières strophes de la seconde moitié (Lamed ל et Mem מ), se poursuivant dans Nun נ, sont les plus positives. La loi de Dieu est fixe, vraie et profonde. Il instille la sagesse et l’illumination.

Peut-être le psalmiste souligne-t-il ces vérités ici parce qu’il en vient à réaliser, par son expérience du péché et de la repentance, que la loi (dans ce cas, les livres de la Genèse au Deutéronome) révèle non seulement le jugement de Dieu contre son péché mais aussi son espoir de salut.

Le psalmiste est maintenant en sécurité et confiant devant Dieu, mais il est toujours un étranger souffrant. Les strophes suivantes apportent des éléments de réflexion sur ce que cela signifie pour sa vie spirituelle. Samekh ס et Ayin עappellent Dieu à juger ses ennemis, ce qui est nécessaire pour sa pleine délivrance. Pe פ et Tsade צ décrivent comment les étrangers souffrants devraient éprouver plusieurs passions—le désir, la tristesse et le zèle. Dans Qoph ק, le psalmiste réfléchit à la prière ; puis dans Resh ר , il prie.

L’avant-dernière strophe (Shin שׂ) montre peut-être le psalmiste dans sa plus grande maturité spirituelle—un homme injustement persécuté mais plein de joie, de louanges et d’espoir. Ensuite, la dernière strophe (Tav תַ ) nous amène vers un final majestueux rempli de louanges répétées à Dieu.

Un cri de foi approprié

La belle fin du psaume nous invite, nous, chrétiens de la nouvelle alliance, à continuer à lire nos Bibles et à nous émerveiller de la façon dont Dieu a répondu à la dernière requête du psalmiste.

Nous aimerions que le psaume se termine sur cette note, mais au lieu de cela, le psalmiste conclut en déplorant qu’il soit « errant comme une brebis perdue » et en demandant à Dieu de le chercher (v. 176). A la base, cela semble décevant, mais c’est un cri de foi approprié. À plusieurs reprises, l’Ancien Testament parle des exilés israélites, en besoin de restauration, comme des brebis ayant un besoin urgent de Dieu lui-même pour qu’il soit leur Berger (par exemple, Psaume 80 ; Ésaïe 40:9–11 ; Ézéchiel 34). Ceci est la condition du psalmiste et c’est donc là qu’il termine.

La belle fin du psaume nous invite, nous chrétiens de la nouvelle alliance, à continuer à lire nos Bibles et à nous émerveiller de la façon dont Dieu a répondu à la dernière requête du psalmiste. Dieu a envoyé le Christ comme « bon berger » (Jean 10:14), le « grand berger des brebis » (Hébreux 13:20).

Il a rassemblé dans sa bergerie non seulement les brebis perdues d’Israël mais aussi une moisson de païens (Jean 10:16). De là, l’apôtre Pierre dit aux croyants de la nouvelle alliance : «Vous étiez en effet comme des brebis égarées, mais maintenant vous êtes retournés vers le berger et le protecteur de votre âme.» (1 Pi 2:25).

Le Psaume 119 n’est pas une succession de 176 déclarations indépendantes. Il nous conduit à travers l’expérience du psalmiste : celle du péché et de la souffrance, de la foi et de la repentance, et celle de l’attente ardente de la venue du Bon Berger. Nous faisons bien de le lire sous cet angle-là.

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