Choc, drame, catastrophe, tragédie : ces mots sont sur toutes les lèvres en Suisse (et même bien au-delà) suite à l’incendie de Crans-Montana, qui a causé la mort de quarante personnes et blessé grièvement plus d’une centaine d’autres. En tant que chrétiens, comment sommes-nous censés réagir à un tel événement ? Voici 10 pistes de réflexion.
1. La mort est un horrible ennemi
Nous avons tous été choqués et atterrés par ce qui s’est passé dans ce bar, et cette réaction est saine et légitime : la mort est un terrible ennemi. Et lorsqu’elle frappe, a fortiori de manière si inattendue et sauvage, le cœur humain est révolté. Créé à l’image de Dieu, l’être humain a une inestimable valeur, il est le chef-d’œuvre de sa création et sa vie est précieuse. Il est très probable que même les antispécistes sont davantage choqués par le drame de Crans-Montana que par la mise à mort de troupeaux de vaches en France. Nous ne supportons pas que la mort fauche des vies humaines et nous sommes indignés en imaginant ce que les victimes ont dû subir avant de mourir.
2. Il y a encore de la compassion et de la solidarité dans le cœur de l’homme
Cette compassion est belle. Elle est le reflet du caractère de Dieu, manifesté en Jésus-Christ, qui était ému de compassion devant la souffrance de ses contemporains.
Autour de nous, et dans nos propres cœurs, nous avons constaté que notre indignation a été accompagnée d’un élan de compassion pour les victimes et leurs proches. L’émotion nous a peut-être envahis en entendant certains témoignages ou quand nous nous sommes mis à la place d’un père, d’une mère, d’un ami, d’un proche. Cette compassion est belle. Elle est le reflet du caractère de Dieu, manifesté en Jésus-Christ, qui était ému de compassion devant la souffrance de ses contemporains. Notre monde va mal, certes ; le péché est grave et dénature l’image de Dieu en nous, certes… mais la grâce commune de Dieu permet que même des pécheurs soient capables d’amour, de solidarité et d’empathie.
3. La mort est normale dans un monde anormal
D’une certaine manière, notre surprise devant cette nouvelle est surprenante, et notre étonnement est étonnant, comme si nous avions besoin d’un tel drame pour nous rappeler que nous sommes mortels. La mort est pourtant la conséquence juste et humainement irrémédiable de notre péché. Elle est cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de chacun de nous. Nos concitoyens ont tendance à vivre comme s’ils étaient éternels, avec une sorte d’insouciance naïve, probablement encore plus grande parmi la jeune génération. Mais cette semaine, les jeunes vont retrouver leurs bancs d’école, de lycée et d’université en étant probablement plus conscients que jamais que la mort peut les toucher eux aussi. Y aura-t-il autour d’eux des chrétiens pour leur apporter un réconfort et une perspective chrétiens ?
4. Dieu nous appelle à la repentance
Pourquoi Dieu permet-il la mort ? Et pourquoi ne laisse-t-il pas simplement chacun mourir discrètement dans une chambre d’hôpital aseptisée ou en solitaire dans une maison de retraite, loin des regards ? Pourquoi faut-il que quelque chose d’aussi choquant se produise, aux yeux du monde entier ? Il est difficile de ne pas faire de lien avec l’événement dont il est question en Luc 13. Jésus, faisant référence à un terrible accident, s’écrie : « Ou bien, ces dix-huit sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tués, pensez-vous qu’ils aient été plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, vous dis-je. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement » (Luc 13 :4-5). Les victimes de Crans-Montana n’étaient pas de plus grands pécheurs que le reste du genre humain. Mais ce qui leur arrive nous sert d’avertissement, c’est un appel à la repentance : en considérant ainsi les ravages de la mort, nous sommes censés méditer sur la gravité de notre péché, reconnaître que ce péché mérite la mort, lever les yeux vers le Dieu que nous avons ignoré et bafoué, nous repentir et mettre notre foi en lui pour être sauvés de notre péché et de la mort. Alors ne prions pas seulement pour que Dieu console les proches des victimes : prions que beaucoup (en particulier parmi les jeunes) se posent de vraies questions existentielles, quittent leur posture d’insouciance et se tournent vers Dieu. Prions que ce drame ne conduise pas à la révolte et à un endurcissement encore plus grand de nos contemporains, à l’image du pharaon lorsqu’il était frappé par les plaies d’Egypte, mais à la capitulation devant Dieu.
5. La Suisse n’est pas épargnée
Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux, offrons-lui des cœurs pieux : Dieu nous bénira des cieux, Dieu nous bénira du haut des cieux
Certes, notre cœur est parfois ému par la souffrance des populations victimes de guerres, de famines, d’attentats ou de catastrophes naturelles un peu partout dans le monde. Mais cela reste quand même « loin de chez nous », et il faut reconnaître que nous passons souvent vite à autre chose. Avec le drame de Crans-Montana, l’émotion est d’autant plus vive qu’elle a touché « notre pays », notre petit paradis helvétique si souvent préservé au cours de l’Histoire. Il serait peut-être temps de se demander si la Suisse a vraiment « droit » à la paix, à la sécurité et à la prospérité, alors que sa population n’en a pas grand-chose à faire de Dieu et se complaît plutôt dans une arrogante autonomie à l’égard de son créateur. Prions que ce drame de Crans-Montana amène nos contemporains à faire siennes les vérités de la troisième strophe de notre hymne national suisse, qui rappellent notre héritage chrétien : « Lorsque dans la sombre nuit, la foudre éclate avec bruit, notre cœur pressent encore le Dieu fort. Dans l’orage et la détresse, il est notre forteresse. Offrons-lui des cœurs pieux, offrons-lui des cœurs pieux : Dieu nous bénira des cieux, Dieu nous bénira du haut des cieux ».
6. Restons choqués et compatissants aussi dans d’autres situations
La Suisse a battu un triste record en 2024 : jamais le nombre d’avortements n’a été aussi élevé (12’434). Le nombre de suicides assistés augmente aussi d’année en année. En tant que chrétiens, il est important que, tout en étant solidaires et réellement affectés par ce qui s’est passé en Valais le 1er janvier, nous restions choqués aussi par ces nombreux meurtres perpétrés chaque année dans notre pays, en soulignant aussi les incohérences des mentalités de notre temps : pourquoi certains humains sont-ils considérés avec une plus grande dignité que d’autres ? Et puis, notre compassion est-elle aussi grande pour une mère qui pleure en silence et en secret après avoir été poussée à l’avortement par son compagnon ? Et pour les personnes âgées qui, ayant perdu tout goût à la vie, dépérissent loin des caméras ?
7. Du recul par rapport aux médias et aux réseaux sociaux
Les images, les témoignages et les interviews monopolisent les médias depuis le 1er janvier. Il est facile de se laisser complètement aspirer par les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, par le fil de news quasiment « minute par minute » de la RTS, et de devenir un « spécialiste » du « drame de Crans-Montana ». Il ne serait cependant pas inutile que chacun se pose ce type de questions pour lui-même : quelle « dose » de nouvelles et d’images ai-je envie d’ingurgiter ? Où vais-je mettre la limite ? Quel effet ces informations produisent-elles sur moi ? Est-ce que j’équilibre tout ça avec une méditation de la Parole de Dieu qui m’amène à contempler la personne de Dieu, sa souveraineté sur toutes choses, sa sagesse et sa bonté, de sorte que j’entre dans cette nouvelle année 2026 non pas en me disant « qu’elle a mal commencé », mais avec confiance en celui qui tient le monde dans ses mains ? Les médias font leur travail, bien sûr, mais il faut quand même être conscient que, d’une certaine manière, un tel drame fait aussi « leurs affaires ». Gardons un certain recul. Ne nous laissons pas totalement embarquer dans le sensationnalisme et la surenchère.
8. Quelle compassion pour les souffrances de Jésus-Christ ?
Il existe une vérité sensationnelle qui a tendance à ne pas beaucoup nous choquer ni nous émouvoir, tant nous y sommes habitués : Jésus-Christ est mort. Et il est mort pour moi. Cela paraît difficile à concevoir, mais c’est absolument certain : ses souffrances physiques, mentales et spirituelles sont sans commune mesure avec les pires souffrances que l’être humain pourra jamais endurer sur cette terre. Sommes-nous choqués par ce drame, par cette tragédie de ce Fils de Dieu qui devient un être humain, mène une vie de renoncement et d’obéissance, pour finir injustement sur une croix ? Sommes-nous émus de l’ampleur de l’amour qu’il a manifesté ? Il a subi un tel sort pour que la mort ne soit plus à craindre pour nous : si des chrétiens figurent parmi les victimes de Crans-Montana, ils sont en ce moment même en présence de leur sauveur et seigneur, mort et ressuscité pour eux, au bénéfice d’une vie bien meilleure que leur vie terrestre.
9. L’enfer est une fournaise ardente
Ces scènes de panique des jeunes pris par les flammes dans le bar « Le Constellation » font froid dans le dos. Mais ce qui fait plus froid dans le dos encore, c’est de penser à ce qui attend tous les êtres humains qui meurent sans s’être repentis de leur péché et sans avoir mis leur foi en Jésus-Christ. Jésus lui-même décrit l’enfer comme une « fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » (Matthieu 13 : 41-42) et comme un « feu qui ne s’éteint pas » (Marc 9 : 43). L’horreur absolue. Oui, la mort est terrible ; mais la « deuxième mort », la mort éternelle, l’est encore bien davantage. Lorsque nous faisons face à de terribles drames humains, n’adoptons pas une posture purement humaniste, n’oublions pas ces enjeux spirituels et ces réalités invisibles et dernières.
10. Nous avons un rôle à jouer
Nous, chrétiens, avons un rôle à jouer : celui d’être des porteurs de sens au milieu de la détresse, de l’incompréhension et de la peur.
Alors que notre pays est frappé de stupeur, nous, chrétiens, avons un rôle à jouer : celui d’être des porteurs de sens au milieu de la détresse, de l’incompréhension et de la peur. Dieu peut nous utiliser, en reflétant et en manifestant sa compassion à ceux qui souffrent ou qui n’arrivent pas à se remettre de cette mauvaise nouvelle, et en annonçant la bonne nouvelle d’un sauveur qui a obtenu la victoire sur la mort. Par notre posture, nous pouvons aussi incarner cette exhortation de l’apôtre Paul : ne pas nous attrister « comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Thessaloniciens 4 : 13). Oui, ceux qui mettent leur foi en Christ ont une glorieuse espérance, même au milieu d’une tragédie.


5 Daniel