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« Mon but pour mon Église est de revivre le livre des Actes » : voici une phrase que j’ai entendue maintes fois de la bouche de pasteurs, leaders, ou chrétiens engagés. Est-ce une aspiration raisonnable ?

Les limites de l’intensité des Actes

Le livre des Actes c’est de la dynamite. Nous y voyons des milliers de conversions, des miracles sensationnels, des résurrections, des dizaines et dizaines d’implantations d’Églises, des leaders exceptionnels qui se lèvent, l’œuvre de l’Esprit en pleine puissance. La gloire de Dieu est révélée de manière évidente, c’est super motivant.

Mais alors qu’il ne nous faut que quelques heures pour lire ce livre, il est important de se rappeler que ce condensé résume plus de 30 ans d’histoire, et ce sur le territoire d’un empire entier. Nous ne pouvons pas normaliser ou idéaliser l’intensité des Actes pour chaque Église locale. En plus, le livre est descriptif et non prescriptif.

Les conversions massives de milliers d’individus, nous ne voyons cela que pour l’Église de Jérusalem. L’évangélisation et les implantations d’Églises ne sont pas toujours un franc succès, comme on l’observe dans la ville d’Athènes. La santé spirituelle des nouvelles Églises est aussi variée, comme on le voit dans les lettres de Paul et le triste bilan des sept lettres de l’Apocalypse. L’unité de l’Église est aussi complexe, comme on l’aperçoit avec le rejet massif de nombreux croyants contre Paul lors de son dernier emprisonnement, où personne ne prend sa défense lors de son procès.

L’intensité du livre des Actes est aussi souvent très négative. Quand j’entends « Je veux revivre le livre des Actes » je me pose la question : « quelle partie » ? Les conversions massives ou les arrestations massives ? Les implantations fructueuses, les petites qui peinent à décoller, ou celles qui se tournent vers les hérésies ? Les miracles ou les lapidations ? Les nouvelles fenêtres qui s’ouvrent à l’Évangile ou les murs contre lesquels on se fracasse ? La croissance des nouveaux disciples ou les apostasies ? La réalité est que l’expérience du livre des Actes par les acteurs de l’époque a été très variée, comme ça l’est aujourd’hui pour nos Églises locales.

Les limites du miraculeux sensationnel des Actes

Récemment, j’entendais un leader chrétien dire « Ce qui va nous sortir de cette période de crise et nous mener vers le réveil est un renouveau de miracles comme dans le livre des Actes ». Bien entendu, en tant que chrétiens nous aimons les miracles et voulons les voir, nous aspirons à voir la gloire de Dieu manifestée ! Seulement ces miracles « sensationnels » (à différencier des miracles de la transformation du cœur) ne sont ni la norme dans le livre des Actes, ni de nos jours.

Nous le vivons encore aujourd’hui ; la foi des chrétiens est souvent testée par des temps d’attentes et d’épreuve. Comme l’Église de Jérusalem qui devient si pauvre que Paul doit aller chercher du soutien en traversant tout l’empire. Comme Epaphrodite qui tombe malade et tout près de la mort, ou Timothée qui a des maux de ventre récurrents. Les miracles ne sont jamais présentés comme un raccourci facile ou immédiat face aux problèmes de la vie. La réponse aux miracles est aussi variée : la guérison du boiteux à Jérusalem par Pierre et Jean cause leur arrestation ; à Philippes, la délivrance de la servante possédée mène au même résultat ; à Lystre la guérison de l’infirme mène à une adulation de courte durée suivie d’une lapidation. De nos jours nous avons tendance à parier sur les miracles comme à la loterie : un miracle et tout sera réglé ! Dans le livre des Actes, c’est souvent le début de nombreuses persécutions et difficultés. Ainsi, la solution présentée dans le livre des Actes comme l’enseignement du NT n’est pas de vivre pour des miracles, mais surtout dans la fidélité, la persévérance et l’obéissance.

Dans le livre des Actes, il n’y a que 20 miracles spécifiques (2.2, 3, 4 ; 3.1-10 ; 4.31 ; 5.1-11, 17-21 ; 8.40 ; 9.1-9, 8-19, 32-35, 36-41 ; 12.20-23 ; 13.6-11 ; 14.8-10 ; 16.16-18, 25-27 ; 20.7-12 ; 28.3-5, 8) et 9 clusters de miracles (2.43 ; 5.12, 15-16 ; 6.8 ;8.6 ; 14.3 ; 15.12 ; 19.11-12 ; 28.9). Si nous diluons l’euphorie de ces miracles sur plus de 30 ans, en se rappelant aussi que Paul voyage plus de 10 000 kms lors de ces périples et parcourt des dizaines de villes (48 nommées dans le livre), cela ne fait pas énormément de miracles par habitant. De plus, la vaste majorité de ces miracles sont exclusivement accomplis par les apôtres, pointant plutôt vers une œuvre spécifique de Dieu pour le fondement de l’Église que pour une pratique universelle.

Les limites des visions apostoliques des Actes

Pour la majorité de son ministère, Paul n’attend pas de vision spécifique pour se mettre au travail. Dieu l’a appelé pour prêcher l’Évangile, et c’est ce qu’il fait dans tout le bassin Méditerranéen. En réalité, Paul fonctionne beaucoup comme directeur d’une agence missionnaire moderne : il regarde les besoins, envoie des serviteurs, défriche de nouvelles routes, recherche des fonds, saisit les opportunités stratégiques. Certains plans fonctionnent, d’autres non, mais Paul avance parce qu’il sait que tant qu’il suit le mandat missionnaire avec une bonne conscience, il reste au centre de la volonté de Dieu. D’une manière surnaturelle, Dieu lui envoie cette vision du Macédonien qui crie à l’aide. C’est un appel de Dieu irrévocable, clair, nécessaire – mais pas la norme. Le reste du temps, Paul dépend surtout de la prière, des opportunités et du bon sens. Il planifie d’aller à Rome, puis en Espagne, d’envoyer Tite à Crète, puis en Dalmatie…Dieu a donné une vision grande comme le monde, il y a de quoi faire !

Les succès des premiers chrétiens ne sont ni trop grands pour être atteints, ni trop parfaits pour être idéalisés

Conclusion

Doit-on revivre le livre des Actes ? Il est probable que plus de 99% du quotidien des premières Églises soit le même que le nôtre. Les mêmes défis, les mêmes problèmes, les mêmes joies, les mêmes luttes. À l’exception de quelques signes et prodiges spécifiques aux apôtres et leur entourage, nous sommes encore aujourd’hui dans la période entamée par les Actes, une période de salut, de persévérance, de progrès de l’Évangile dans le monde. Les succès des premiers chrétiens ne sont ni trop grands pour être atteints, ni trop parfaits pour être idéalisés. De la première génération jusqu’à aujourd’hui, Dieu continue d’utiliser les choses faibles de ce monde pour bâtir son Église, en aiguisant notre foi, nous encourageant à l’obéissance et en mettant la Parole de Dieu au rang d’honneur dans tout ce que nous faisons.

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