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Avec la pandémie et ses changements répétés dans les modalités du culte, s’est posée la question de la nature même des cultes. Plusieurs ont découvert les cultes à distance, depuis un sofa et avec un café chaud. De nombreuses réflexions ont été lancées, et il serait dommage de ne pas profiter de ces bouleversements pour réévaluer ce que nous pratiquons dans les Églises, nos traditions, nos pratiques, nos habitudes, nos priorités.

Si vous deviez résumer d’un mot le but du culte dominical, que diriez-vous ? Chanter ? Nous pouvons faire cela dans la voiture. Se rassembler ? Nous pouvons faire cela en petits groupes dans la semaine.  Glorifier Dieu ? Nous pouvons le faire aussi en mangeant ou en travaillant. Écouter un message ? Les meilleurs orateurs de la planète sont disponibles sur internet à tout instant. Donner financièrement ? Cela se fait de plus en plus en dehors des cultes par virement bancaire ou prélèvement automatique. L’édification commune ? Un culte se doit d’être édifiant, mais d’autres moyens existent aussi. Même si vous avez déjà assisté à des centaines de cultes, mettre les mots justes sur le but central d’un culte peut être complexe. Une idée claire de la direction des cultes est cependant le meilleur moyen d’avoir des cultes réfléchis, intentionnels et constructifs.

Dans notre livre, Le manuel pour la conduite du culte, nous argumentons avec Kevin Stauffer que le but central des cultes est de revivre l’Évangile. Voici pourquoi en quelques lignes.

 

Les cultes bibliques revivent l’Évangile

Lorsque nous jetons un œil sur les cultes de l’Ancien Testament, nous sommes frappés de voir quelle importance est accordée aux célébrations instituées par Dieu. Pour célébrer la fête des Tentes, le peuple se rend à Jérusalem en masse pour construire des tentes, ce qui leur rappelle que Dieu les a sauvés de l’errance dans le désert. Pour célébrer la Pâque, un repas est préparé avec de nombreux éléments à partager qui rappellent des vérités bibliques profondes, du sang de l’Agneau au pain sans levain en passant par les herbes amères. Pour la fête des moissons, on apporte les prémices de sa récolte. Pour le sabbat on arrête de travailler, en se rappelant le repos du Seigneur. Toutes ces fêtes permettaient non seulement de se rappeler des vérités essentielles de la Bonne Nouvelle du salut que Dieu offre, mais aussi de revivre ces vérités, de se les approprier, d’y participer pleinement.

De même, lorsque Jésus institue ses ordonnances, ce sont des pratiques qui engagent le corps entier. Par le baptême le candidat revit la réalité de la mort au péché et de la résurrection spirituelle en Christ en passant par les eaux. Par le repas du Seigneur nous revivons en prenant le pain et le vin les derniers instants du Seigneur dans ce mélange de tristesse et de joie lié à son sacrifice.

Lorsque nous regardons les différents éléments des cultes cités dans le Nouveau Testament (on en trouve une vingtaine), nous constatons que les éléments participatifs sont nombreux : Chant, prière, confessions de foi communes, offrandes, jeûne, pratique de la repentance, imposition des mains, vœux prononcés en public. Les cultes sont célébrés les dimanches pour commémorer et revivre la puissance de la résurrection. Nous sommes bien loin des cultes intellectuels ou « de consommation » où l’assemblée est passive et peut facilement rester désengagée. Le baptême l’illustre bien : pour revivre l’Évangile il faut se mouiller !

 

Pourquoi les cultes du dimanche sont uniques

Que nous puissions trouver les mots ou non pour le dire, la crise sanitaire nous a bien montré que les cultes en présentiel sont irremplaçables. C’est une expérience unique qui édifie de manière extrêmement puissante.

Offrir un culte vs assister à un culte. La Bible ne nous demande pas d’assister à des cultes mais d’offrir des cultes. Les implications sont multiples et profondes. Notamment sur l’importance de se présenter à Dieu les mains pleines plutôt que de venir en consommateur les mains vides dans le but de se remplir. La louange moderne a renversé cette perspective et la perte est immense. Adorer Dieu a un coût, celui de l’engagement, de la fidélité, de la reconnaissance, de la participation financière, de la mise en pratique des dons spirituels, du service, de l’amour fraternel. La logique du culte chrétien est de se consacrer à Dieu, de le mettre en premier. Malheureusement, nous nous présentons souvent au culte en nous mettant nous-mêmes en premier, à la recherche d’une expérience personnelle, d’un renouveau centré sur nous-mêmes pour notre confort spirituel. Bien sûr les cultes se doivent d’être édifiants pour nous et de nous faire du bien, mais l’attitude première ne doit pas être oubliée : un culte raisonnable, c’est d’abord de s’offrir soi-même comme un sacrifice vivant. Les temps consacrés chaque dimanche (ou un autre jour) permettent d’offrir formellement et publiquement un culte à Dieu.

Revivre l’Évangile pour le vivre au quotidien. Les cultes, par nature, ont toujours eu pour but de donner du sens au quotidien. Au travers des siècles, des religions et des peuples, des cultes sont offerts pour donner un sens plus profond au quotidien, une raison, une perspective plus grande, spirituelle, voire éternelle. Nous le voyons bien lorsque nous assistons à des mariages ou des enterrements laïcs, l’absence de sens est inconfortable. Pour donner un sens profond aux grands événements de notre vie comme à notre quotidien, les cultes réfléchis sont indispensables. Et lorsque nous revivons les dimanches la réalité de l’Évangile, nous sommes préparés pour vivre cet Évangile au quotidien.

L’événement du culte. Mes meilleures prédications ne peuvent rivaliser avec ce qui se trouve sur internet en termes de créativité, d’humour, de clarté, de passion, de profondeur et de contenu. Les gens les plus doués de la planète ajoutent du matériel chaque semaine. Et pourtant, je suis convaincu que l’impact de l’événement dominical reste plus grand. Lorsqu’un ancien ou un pasteur enseigne pour son assemblée, certains ingrédients présents sont inimitables ailleurs.

  • L’autorité de la Parole. Lorsqu’un ancien ou un pasteur enseigne, se tisse un lien unique entre celui qui a l’autorité spirituelle de conduire l’assemblée et le membre qui cherche à s’engager pour accomplir le plan de Dieu pour son Église locale. Lorsqu’un responsable d’Église enseigne, l’implication est plus directe et plus forte pour l’assemblée. Il y a une responsabilisation et une redevabilité concrète qui s’établit par rapport à ce qui est partagé. Au-delà des enseignements ponctuels, c’est aussi toute une culture d’Église qui se développe dans le leadership d’une assemblée, la préparation d’un terrain qui permet aussi de recevoir des bénédictions extérieures. Un orateur extérieur ne peut pas créer cette culture. Il peut poser une pierre qui construira l’édifice, mais le fondement de vision et d’attitude est construit par l’équipe locale sur la durée.
  • L’amour partagé. Lorsqu’une relation existe entre celui qui apporte une animation, une prédication ou un témoignage et l’assemblée, le poids de ce qui est partagé est plus pertinent. Lorsque je suis devant mon assemblée, je suis devant des personnes que j’aime et qui m’aiment. Cela est puissant et unique.
  • L’expérience commune. Une expérience partagée est plus forte qu’une expérience individuelle. Lorsque les liens existent dans l’assemblée, l’impact des cultes dure plus longtemps, parce que ceux-ci affectent la mémoire commune, les émotions communes, la pensée commune, la vision commune, l’identité commune.
  • La prière. Des prières uniques et spécifiques sont offertes en lien avec les cultes. Non que Dieu ne réponde pas aux prières plus vagues de bénir les ressources sur internet, mais certainement il honore aussi les prières faites pour les visages et les noms de ceux qui nous sont proches.

 

Comment revivre l’Évangile pendant un culte

La vie chrétienne continue de la même manière qu’elle commence, lorsque par l’Évangile nous nous connectons au Dieu vivant.

Ne pas négliger les éléments essentiels de l’Évangile. Revivre l’Évangile c’est revivre tous les éléments qui le caractérisent : la joie de la découverte de Dieu, la tristesse face au péché, l’humilité, la repentance, l’appropriation de la foi, l’acceptation de la grâce, la reconnaissance, la célébration du pardon, le rassemblement au corps de Christ, la proximité avec Dieu, l’espérance, l’adoration du Dieu vivant, la célébration d’une nouvelle identité ancrée dans la vérité et l’éternité, et plus encore. Si de semaine en semaine certains de ces éléments manquent, notre compréhension quotidienne de l’Évangile sera aussi affectée.

Revivre les mouvements de l’Évangile. L’Évangile est une histoire. C’est la grande histoire de Dieu qui attire les hommes à lui, et c’est l’histoire personnelle de chacun de nous qui sommes sauvés. Et comme toute histoire, l’Évangile a du mouvement. De Dieu à nous. De l’appel à la réponse. De la révélation à la transformation. Du rassemblement à l’envoi. Incorporer ces mouvements à un culte de manière réfléchie permet de revivre cette belle histoire et de proposer un renouvellement spirituel équilibré pour l’assemblée.

Des cultes participatifs. Selon la taille de l’Église la participation de l’assemblée peut prendre des formes différentes. En tout cas, il est essentiel que les présents soient plus que des spectateurs, qu’ils soient des acteurs. Un culte biblique engage la foi et le cœur pour produire la transformation. Un culte participatif provoque l’engagement de la foi de l’assemblée, l’appropriation de l’Évangile, la proclamation de la vérité, une mise au défi concrète de chacun.

Conclusion

Cet article n’est qu’un petit avant-goût de tout ce que nous avons pu développer dans Le manuel pour la conduite du culte. Dieu a de grandes attentes pour nos rassemblements, si nous prenons le temps de creuser tout cela dans sa Parole et dans l’échange !

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