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Alors que j’étais jeune adulte de passage chez mes parents un été, le téléphone sonne et je réponds.

– Allô ?

– Bonjour, je vous appelle pour vous dire que je vais appeler la police.

– Oui, je vous écoute.

– Quelqu’un de votre assemblée m’a agressée. Elle m’a dit que j’étais pécheur. Or c’est faux, je ne le suis pas.

– Écoutez madame, je comprends votre réaction. Le message de l’Évangile est que nous avons besoin de Dieu parce que nous sommes imparfaits. Par contre, je ne suis pas le pasteur je suis son fils, vous voulez qu’il vous rappelle ?

– Non, ce n’est pas la peine, je voulais juste vous informer que je vais appeler la police !

La réaction est caricaturale. Et pourtant, tellement révélatrice. Face au message de la grâce, il n’y a que deux manières de répondre : en prenant la place de la créature qui s’humilie et reçoit de Dieu, ou en prenant la place du roi autoproclamé qui tourne le dos et feint de ne rien entendre.

J’aimerais pouvoir dire que chaque jour je me revêts de la première attitude. Mais je sais que ce n’est pas le cas. Si à la fin de ma vie je devais ouvrir le robinet du réservoir dans lequel est entreposée toute la grâce de Dieu que j’ai refusé d’accepter, je m’y noierais pendant des millénaires.

Il n’y a pas de cadeau divin offert plus régulièrement et généreusement que la grâce, et pas de cadeau plus souvent rejeté. C’est le paradoxe de la grâce. Les yeux de la chair nous font tout voir à l’envers. Comme cette personne au téléphone, confrontée au message le plus pacificateur de l’histoire de l’humanité qui se sent agressée.

Mais cela me fait réfléchir à la santé de mon propre cœur : quelle est mon attitude quotidienne face à la grâce de Dieu ? Suis-je une éponge qui absorbe au maximum la pluie divine, ou un parapluie qui pense ne pas en avoir besoin ?

Le cadeau le plus doux, qui génère le plus de dureté

Voici bien le premier paradoxe de la grâce. Il n’y a pas de cadeau plus doux, bienveillant et aimant, et pourtant c’est le cadeau contre lequel nous sommes le plus endurcis. Cela est particulièrement le cas avant la conversion, mais même en tant que chrétiens : nos cœurs sont souvent durs face à la grâce de Dieu parce que nous pensons souvent ne pas en avoir tant besoin que cela. Tous les jours, Dieu offre des bonnes œuvres préparées d’avance (Ep 2.10), déverse grâce sur grâce (Jn 1.16), saisit chaque occasion pour notre bien (Rm 8.28), ensemence tous ses sentiers de grâce et de fidélité (Ps 25.10). Mais à quel point sommes-nous assoiffés de cette grâce, émerveillés, en recherche de la recevoir avec humilité et reconnaissance ?

Martyn Lloyd-Jones disait : « Le test ultime de notre spiritualité est la mesure de notre émerveillement face à la grâce de Dieu. » Des cœurs tendres génèrent une reconnaissance profonde, une joie qui dépasse les épreuves, une admiration de la grandeur de Dieu comme une réalisation juste de la grandeur de notre péché.

Le cadeau le plus coûteux, que nous cherchons à payer

La grâce n’est pas gratuite. Elle est donnée gratuitement, mais payée à un grand prix, la croix (1 Cor 6.20). Du point de vue de Dieu, il n’y a rien de plus coûteux que la grâce. Jésus-Christ s’est fait homme, s’est humilié, a été rejeté, a porté le poids de nos péchés et la colère de Dieu. La simple anticipation de la croix était tellement intense que Jésus en a agonisé, il en était triste à en mourir (Mt 26.38), a versé des grumeaux de sang.  Sans le soutien d’un ange, il aurait peut-être succombé avant l’heure (Lc 22.43-44).

Pourtant, si souvent nous souhaitons mériter cette grâce, participer à son achat ; gagner notre salut, une réputation ou une bonne conscience par nos propres forces. La grâce n’est pas à vendre, tout a déjà été payé. L’offrande que Dieu recherche est avant tout celle de notre reconnaissance (Ps 50.23).

Le cadeau le plus abondant, reçu au compte-goutte

Dieu offre une grâce illimitée, tellement abondante qu’il faudra toute l’éternité pour comprendre sa richesse (Ep 2.6). Il n’y a pas une seconde de notre existence où la grâce de Dieu n’est pas présente, active, et prête à être déversée davantage si seulement nous l’acceptons par la foi. Seulement, nous avons tendance à attendre les moments de crises pour la recevoir. Même si l’accès au trône de grâce est constamment libre avec Christ (Hb 4.16), nous n’y allons trop souvent qu’au compte-goutte.

Le cadeau le plus fortifiant, vu comme signe de faiblesse.

Dans le Nouveau Testament la grâce est autant synonyme de force que de pardon. La grâce que Dieu nous donne n’est pas seulement présente pour effacer nos dettes de péché, mais aussi pour nous équiper à faire face à tous les défis de la vie, du ministère, de la famille, de la foi. Ainsi Paul écrit à son disciple : « Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce qui est en Jésus-Christ. » (2 Tim 2.1).

Dans le monde, dépendre des autres est souvent signe de faiblesse. Nous préférons gérer nous-mêmes nos soucis plutôt que de demander de l’aide. Cependant, la Bible établit clairement que Dieu nous a créés comme des vases vides qui ont constamment besoin d’être remplis par lui. Dieu nous a créés pour que nous puissions non seulement être connectés à lui, mais aussi puiser directement dans une force divine et surnaturelle. Ainsi l’apôtre ajoute : « Nous portons ce trésor dans des vases de terre afin que cette puissance extraordinaire soit attribuée à Dieu, et non à nous » (2 Cor 4.7).

Conclusion

La grâce est la solution de Dieu face aux manquements de l’humanité. Elle seule nous complète et nous fait voir le monde comme Dieu le voit. Elle remet les choses à l’endroit.

Ainsi, avec la grâce, se reconnaître indignes et pécheurs est la démarche la plus valorisante.

Avec elle, la faiblesse et la dépendance deviennent nos plus grands atouts.

Avec elle, s’appauvrir de notre orgueil et de notre volonté propre est le plus grand enrichissement.

Je laisse le dernier mot au poème d’Arthur Bennett, « La vallée de la vision » :

Enseigne-moi de tes paradoxes :

Le sentier qui monte est le sentier qui descend
Être abaissé c’est être élevé,
Le cœur brisé est le cœur guéri
L’esprit contrit est l’esprit qui se réjouit,
L’âme repentante est l’âme victorieuse,
Rien avoir est tout avoir
Porter la croix est porter la couronne

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