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Le tableau de François Dubois, protestant réchappé du massacre, nous laisse sans voix. Des femmes et des enfants tués sans nombre. Un leader, l’amiral de Coligny, jeté par la fenêtre, décapité, puis émasculé. Des corps s’entassent sur la place publique, comme dans la Seine. Une femme enceinte éventrée. Des pillages, des pendaisons, une armée sanguinaire accompagnée d’une populace incontrôlée.

Ce jour du 24 août 1572, le chaos est total dans les rues de Paris. Jacques Nompar de Caumont, jeune protestant de 13 ans, est témoin de ces faits. Couvert de sang, il fait semblant d’être mort entre les corps gisants de son père et son frère, avant d’être conduit par un sauveur improbable qui l’amène à l’abri. Le massacre commence à Paris puis s’étend dans le reste de la France pendant près d’un mois. On estime à 30,000 le nombre de morts.

C’est l’équivalent de 10 fois le drame des Twin Towers à New York ; ou l’équivalent tous les homicides vécus en France ces 30 dernières années.

Un massacre dont les historiens ont encore du mal à cerner les contours et la motivation. Tellement de violence, de haine, au nom de Dieu. Lors d’une fête de mariage royal, où une réconciliation devait être entamée entre les catholiques et les protestants, c’est la traîtrise. Les maisons protestantes sont marquées, ceux-ci sont décimés. En quelques heures intenses, puis quelques jours, 3000-5000 protestants, hommes, femmes et enfants tombent dans les rues de la capitale. La Seine est rouge du sang des martyrs.

Dans de nombreuses villes, c’est pourtant de grandes réjouissances. La ville de Rome est en fête, le messager porteur de « bonne nouvelle » reçoit 1000 écus.[1] Le pape Grégoire XIII fait chanter un Te Deum.

La 4e guerre des religions éclate. La France est divisée. La population protestante de France (les huguenots) cherche des solutions. Certains prennent les armes, d’autres abdiquent, les plus chanceux fuient, beaucoup meurent en martyrs. Les décennies qui suivent sont terribles. Henri IV, roi d’origine huguenote, signe l’Édit de Nantes en 1598 pour un moment de respiration. Mais celui-ci n’est pas toujours honoré. De 1660 à 1685, 309 édits, ordres et déclarations sont écrits contre les huguenots, rétrécissant sans relâche leurs libertés.[2] En un siècle, les protestants passent de 2 millions à une poignée. En 1685, Louis XIV révoque l’Édit de Nantes qui les protégeait.

Que penser de ces événements 450 ans plus tard ?

N’oublions pas la foi et le courage de nos prédécesseurs

Dieu utilise au travers de l’histoire des hommes et des femmes imparfaits dont la foi est mise à l’épreuve dans des temps de confusion. Les huguenots n’étaient pas tous exemplaires. Dans un monde où la politique et la religion se mariaient, les lignes d’allégeance entre Dieu et les hommes pouvaient être très floues. De plus, tous n’étaient pas des croyants nés de nouveau ; nombre d’entre eux étaient protestants de tradition ou de famille.

De nombreux huguenots, dans l’épreuve, ont mal agi. Certains ont répondu par une violence injustifiable. D’autres ont renié leur confession. D’autres encore ont accepté le compromis. Mais nous ne devons jamais oublier le courage de milliers de protestants attachés à la Parole et au Seigneur qui ont affronté la mort, le mépris et le dépouillement avec foi et courage.

C’est au risque de leur vie que les huguenots ont porté l’Évangile au travers de leurs générations. Leur témoignage est puissant pour revitaliser notre foi.

Comme cette grand-mère qui encourage un jeune homme qui se débat à ne pas avoir peur face au bourreau qui s’apprête à couper sa langue pour avoir professé l’Évangile. « Je te montre, fais comme cela », dit-elle en tirant la langue pour passer en premier sous la lame du bourreau.

Ces adolescents, les frères Grenier, qui à Toulouse marchent vers la potence en louant le Seigneur à haute voix. On parle au plus jeune « Renie et vit » ! Il répond au bourreau « Fais ton travail ! ».[3]

Cette femme incroyable, Marie Durand, qui endure 38 ans d’être emprisonnée et maltraitée dans la tour de Constance, et dont la foi n’arrête jamais son élan, par la méditation et la mémorisation des Écritures.

Cette épouse, Joanne Mathurin, qui supplie son mari emprisonné de persévérer. Les gardes pensent au début qu’elle lui demande d’abjurer la foi, mais en écoutant son discours passionné, ils s’aperçoivent que c’est tout le contraire. Au lieu de se taire, elle leur partage aussi l’Évangile. Joanne sera mise à mort auprès de son mari, ayant été fidèle à ses côtés au-delà de toute attente.[4]

Les témoignages sont riches et nombreux, ne les oublions pas, nous sommes les héritiers de véritables héros de la foi.

Prions pour les croyants persécutés, aidons-les

Aujourd’hui, mais dans d’autres pays, des frères et sœurs en Christ, sont persécutés, torturés, assassinés à cause de leur foi. Portons-les dans nos prières ou en soutenant les associations  qui leur viennent en aide, parfois pour certains missionnaires au péril de leur vie. Un jour peut-être à notre tour nous aurons besoin de ce soutien.

Le 24 août est aussi la fête nationale de l’Ukraine. Quelle ironie en ces temps troublés. Prions pour nos frères là-bas.

Préparons-nous pour les tribulations de demain

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les péchés agissant dans les siècles passés de notre histoire bourgeonnent encore dans le cœur de l’homme. Les grandes guerres du 20e siècle nous ont bien montré que ni la technologie, ni la démocratie et ni la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne pouvaient guérir le cœur de l’homme. Le racisme, la haine, la jalousie, l’orgueil et la méchanceté perdurent. N’oublions jamais la Shoah.

L’apôtre Pierre nous avertit : « 12Mes bien-aimés, ne soyez pas surpris de la fournaise qui sévit parmi vous pour vous éprouver, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. 13Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous prenez aux souffrances de Christ, afin d’être aussi dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire sera dévoilée. » (1 Pierre 4.12-13)

Les actualités ne sont pas toujours rassurantes pour le futur de l’Évangile en France. Mais ne baissons pas les bras, au contraire, optimisons les libertés que nous avons aujourd’hui. Louons Dieu pour les temps de paix, et faisons attention à ne pas laisser notre amour serefroidir. Soyons prêts à tenir ferme dans les épreuves et tribulations qui nous attendent.  Développons la communion fraternelle.

Ne confondons pas religion et politique

Deux jours avant le massacre de la Saint-Barthélemy, une tentative d’assassinat est entreprise contre l’Amiral de Coligny, le grand défenseur militaire du protestantisme. Blessé sur ses deux bras, il aurait confessé à un compagnon « Oh, mon frère, je perçois maintenant que je suis bien-aimé de Dieu, car c’est par amour pour son nom très saint que je suis blessé. »[5] Connu comme un homme droit, l’amiral aura combattu jusqu’au bout pour défendre sa foi. Il sera la première cible du massacre du 24 août.

Mais le choix du port des armes était-il le plus avisé ?

Aussi courageux qu’ils aient pu l’être, malheureusement, de nombreux huguenots ont placé leur espérance dans la politique, par les armes ou par le compromis. Leur temps était différent, il serait injuste de les juger trop rapidement. L’Histoire nous rappelle bien, cependant, que les victoires politiques en faveur des chrétiens ne sont pas toujours des victoires spirituelles. Le christianisme post-Constantin était-il meilleur ? Difficile à dire.

Dieu peut utiliser la politique pour notre bien, une grâce spéciale est à l’œuvre pour cela (Rom 13.4). Cependant, faisons attention de ne pas placer notre espérance dans des solutions terrestres.

Tertullien, un Père de l’Église dit avec justesse : « Le sang des martyrs est le ferment de l’Église. »

Les Huguenots ont peut-être été chassés de la France, leur influence, foi et courage se sont répandus tout autour du globe. Aujourd’hui en France, nous continuons par un effort collectif de construire un réseau d’Églises attachées à l’Évangile, avec une force renouvelée, bâtie sur leur témoignage, sur notre héritage, et sur les mêmes promesses de Dieu.

Sola gratia et Soli Deo Gloria.

 

[1] John Foxe, Livre des Martyrs, chap V, consulté en ligne https://levigilant.com/livre_martyres/livre_martyres.html#25

[2] Arber, Edward. The Torments of Protestant Slaves in the French Galleys and in the Dungeons of Marseilles, 1686-1707 A.D. Private Publication, London: 1907.

[3] McCabe, James D. Cross and Crown. Jones Brothers & Co.: Philadelphia, 1875., p.368. Disponible en ligne : https://vjesnici.net/DOKUMENTI-PDF/Cross-and-crown.pdf

[4] McCabe, James D. Cross and Crown. Jones Brothers & Co.: Philadelphia, 1875., p.159. Disponible en ligne : https://vjesnici.net/DOKUMENTI-PDF/Cross-and-crown.pdf

[5] John Foxe, Foxe’s book of Martyrs, ch V. Consulté en ligne : http://www.ntslibrary.com/PDF%20Books/Foxes%20Book%20of%20Martyrs.pdf

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