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Peut-être vous l’avez vécu. Peut-être vous en avez juste entendu des échos.

  • La tenue vestimentaire le dimanche comme signe incontournable de spiritualité.
  • La pression communautaire énorme d’être présent tous les dimanches aux cultes et aux événements de l’Église.
  • Les prédicateurs qui prêchent comme s’ils n’avaient jamais péché eux-mêmes.
  • La course au statut et à la réputation via des bonnes œuvres bien publicisées.
  • Une spiritualité centrée sur le faire et non sur l’être.
  • La grâce peu évoquée pour la vie quotidienne du croyant, mais plutôt réservée aux non-croyants qui doivent se repentir.
  • L’hypocrisie palpable. La peur de ce qui est différent. Une sous-culture complètement décalée de son époque.
  • Le jugement contre ceux qui écoutent de la musique profane, contre ceux qui ont des tatouages, contre toute forme de littérature, même fictive, qui évoque la magie, contre tous ceux qui ont été divorcés (sans tenir compte des circonstances), contre toute forme de yoga, contre, contre, contre… la liste pourrait être longue.

« Nous avons été très légalistes » : voici une confession que j’ai entendue de beaucoup de leaders de la génération précédente, heureux d’avoir su surmonter de nombreux angles-morts avec le temps.

Malheureusement, quand le balancier de l’horloge change de direction, on s’attend à le voir remonter tout aussi haut dans le sens opposé. Et dans le combat contre le légalisme nous ne sommes pas juste devenus laxistes, nous avons aussi adopté une autre forme de légalisme : une loi anti-lois, où toute forme d’obligation ou de cadre est un ennemi potentiel à écarter.

La crainte de s’engager est plus qu’un vent de jeunesse. C’est une valeur spirituelle ancrée profondément dans notre fuite du légalisme

Cette nouvelle spiritualité veut s’affranchir de tout lien, de toute loi, de toute structure, de tout engagement, de toute pression. Comme ces choses sont jugées néfastes, une nouvelle loi s’érige pour nous en protéger en nous interdisant d’entrer sur ce terrain : c’est le légalisme anti-légaliste. Une loi anti-lois.

La crainte de s’engager est plus qu’un vent de jeunesse. C’est une valeur spirituelle ancrée profondément dans notre fuite du légalisme : selon elle vivre la grâce consiste à triompher de la loi et de toute pression qui nous lie. Ainsi, ne pas s’engager est intérieurement vécu et justifié comme une forme de spiritualité libérée.

Le légalisme anti-légaliste : la fin de la discipline spirituelle

Le légalisme mène vers le Judaïsme, le laxisme vers le paganisme. Ces deux menaces opposées sur la balance pèsent dans toutes les épîtres du Nouveau Testament. L’avertissement biblique est lui aussi répété encore et encore : trouver l’équilibre entre ces deux mouvements en tension demande énormément de discernement, de maturité, de réflexion et de sagesse ; sans cela le monde rentre dans l’Église.

Le légalisme tout comme le laxisme attaquent directement notre relation avec Dieu. Le premier rend cette relation stérile et ritualiste, le second la rend pauvre et irrégulière. Les deux créent ou témoignent d’un éloignement avec Dieu.

Le légalisme va trop loin en accusant constamment la conscience par des normes humaines sans flexibilité. Le laxisme ne va pas assez loin, il oublie la nécessité d’une nourriture spirituelle quotidienne en se limitant aux ressentis ponctuels. Les deux ouvrent la porte au péché.

Ainsi, il faut faire attention de ne pas rejeter la discipline spirituelle en même temps que le légalisme. Les deux ne sont pas synonymes. La vie chrétienne demande une véritable discipline, comme celle nécessaire pour le renouvellement du corps humain :

  • La Parole est un pain quotidien (Mt 4.4).
  • La prière est une respiration (1 Th 5.17).
  • La reconnaissance est un exercice quotidien (Ps 34.2 ; Ph 4.6).
  • La posture de foi est une nécessité face au combat spirituel perpétuel (Ep 6.10-12).
  • L’obéissance est un défi pour la tête de garder chaque pensée captive (2 Cor 10.5).
  • « Ce qui relève du cœur » dit Paul, c’est « l’amour qui presse » : un amour qui met sous pression d’action et de don de soi (2 Cor 5.12-14).
  • La vérité est la lumière dans nos yeux (Ps 119.105 ; Mt 6.22).

La Bible utilise encore et encore les images de nos besoins physiques quotidiens pour marquer la réalité de nos besoins spirituels. Sans discipline, la vie spirituelle s’estompe. Une loi humaine qui nous éloigne de cette discipline va à l’encontre du plan de Dieu.

Le légalisme anti-légaliste ou l’obéissance optionnelle

Dieu révèle sa Parole comme une loi, elle est remplie de commandements. Obéir n’est pas une suggestion. Au contraire, c’est un privilège et le moyen d’exprimer notre amour (Jn 14.15).

Le légalisme anti-légaliste, c’est l’attitude qui se méfie constamment de l’engagement, qui le voit comme une menace potentielle de légalisme. C’est très sournois parce que nous ne le formulerions pas comme cela à l’oral, mais en pratique nous en voyons les fruits :

  • Nous lisons de moins en moins la Bible, mais c’est une bonne chose parce que cela prouve que nous sommes libérés de la pression légaliste de le faire.
  • Le dimanche matin n’est plus consacré à l’Église, cela reste une bonne option, mais si d’autres opportunités se présentent nous pouvons montrer à quel point nous avons « compris » la grâce en faisant autre chose.
  • Donner à l’Église doit venir du cœur, donc seulement quand on le sent bien.
  • Nous ne voulons pas être hypocrites, donc plutôt que de venir à l’Église quand on sait qu’on n’est pas trop en règle avec Dieu, on reste chez soi.
  • Devenir membre est trop formel, on préfère marcher à notre propre rythme, même si on n’est plus soumis à l’autorité d’une Église locale ni redevables envers une communauté.
  • Les listes de prière c’est trop ennuyeux, on préfère « se laisser porter par l’Esprit » mais on sait bien que le résultat est un manque de prière.
  • En ne nous donnant pas de claires limites qualitatives ou quantitatives, nous finissons par prendre plaisir à des émissions ou à de la musique qui glorifient le péché, pensant être protégés de toute influence parce que nous sommes chrétiens.
  • Les doubles standards s’accumulent : nous honorons les martyrs de l’Église mais nous ne faisons même pas l’effort d’arriver à l’heure au culte.

L’obéissance biblique ne devrait jamais être vue comme un frein à notre bonheur ou notre épanouissement. Au contraire, c’est là où Dieu œuvre et nous permet de nous dépasser. Un cadre légaliste trop rigide nous découragera, mais l’absence de cadre déstabilise l’obéissance.

Le légalisme anti-légaliste : la liberté chrétienne comme idole

Les chrétiens sont souvent critiqués pour avoir un message « contre » plutôt que « pour ». En effet, le christianisme se place souvent et à juste titre en opposition aux courants de la société. Le légalisme accentue encore plus cela. Cependant, lorsque le christianisme devient « tout sauf le légalisme », c’est aussi une identité de « contre », et non de « pour » motivée par une passion pour Christ.

Lorsque nous arrivons à justifier nos manquements en nous disant « au moins je n’ai pas été légaliste », nous ne combattons plus le bon combat. Ne pas être légaliste n’est pas une victoire. La victoire, c’est aimer Christ et vivre pour lui. Ne pas être laxiste n’est pas une victoire non plus. La victoire, c’est aimer Christ et lui obéir.

Lorsque nous arrivons à justifier nos manquements en nous disant « au moins je n’ai pas été légaliste », nous ne combattons plus le bon combat

Lorsque Christ n’est pas au centre de notre motivation, les idoles prennent le dessus. Le légalisme tout comme le laxisme ont leur panthéon. Ces idoles peuvent être vraiment subtiles, comme la prière faite pour être remarqué ou la liberté chrétienne comme excuse pour être indiscipliné et désengagé de son Église locale.

Conclusion

Notre génération souffre atrocement d’une peur de l’engagement. Au-delà d’attitudes passagères, ceci est profondément ancré dans nos mœurs. Mais ce n’est pas en prêchant seulement contre le légalisme ni contre le laxisme que nous verrons nos Églises se réveiller. C’est en prêchant Christ, en continuant d’élever son nom au plus haut rang, avec passion, zèle, attachement, et un amour débordant pour accomplir sa volonté !

En Christ nous sommes créés pour faire des bonnes œuvres préparées d’avance (Eph 2.10). Entre nos motivations mitigées qui nous poussent à peu faire (laxisme) ou mal faire (légalisme), le combat est réel, constant et difficile. La clarté et l’équilibre se trouvent en Christ notre Sauveur. Que nos yeux, nos cœurs et nos mains soient saturés de sa gloire ! C’est notre amour pour lui qui nous permet de rester engagés sans tomber dans des normes faussées.

Pour aller plus loin dans la réflexion de l’engagement non-légaliste, je vous encourage à lire mon ouvrage “Résolu ! Ma volonté au service de la volonté de Dieu” (Clé, 2017).

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