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Le temps des élections est toujours un temps fascinant pour étudier notre société. Dans cette saison de Pâques en particulier, c’est fascinant de voir tous les aspects qui nous ramènent à l’évangile. L’attente d’un Sauveur qui peut rendre nos vies meilleures est palpable, comme cette recherche inlassable de boucs émissaires sur qui nous pouvons blâmer la faute :

« Le problème se sont les riches qui cumulent trop d’argent ; non le problème ce sont les pauvres qui nous coûtent trop d’argent. »

« Le problème ce sont les autorités qui ont trop de pouvoir ; non le problème ce sont les délinquants qui ont trop de liberté. »

« Le problème ce sont les jeunes qui ne veulent pas travailler ; non le problème ce sont les gens mûrs qui créent une mauvaise ambiance dans les entreprises et ne paient pas assez bien leurs employés. »

« Le problème ce sont ceux qui consomment trop d’essence ; non le problème sont ceux qui régulent tellement nos vies qu’on y arrive plus. »

« Le problème ce sont les étrangers qui compliquent tout, ce sont eux les coupables ; non le problème ce sont les traditionnalistes qui ne sont pas prêts à changer, ce sont eux les coupables. »

« Le problème ce sont les religieux, non le problème ce sont les athées. »

« Le problème ce sont les élites qui ne comprennent rien ; non, le problème c’est le peuple qui ne comprend rien. »

Au travers de l’histoire, toutes sortes de bouc émissaires ont été mis au banc des accusés. Mais nous ne semblons pas apprendre de cela. Nous étudions les horreurs de la 2e Guerre Mondiale et pourtant l’antisémitisme continue de grandir en France.

Le mauvais réflexe du blâme

Nous recherchons le bonheur et la réussite, des vies épanouies, et quand nous buttons face à un mur nos réflexes naturels sont de trouver un bouc émissaire, d’accuser un autre.

Vous reconnaissez-vous dans ces situations ? Moi oui, je le confesse :

« J’ai égaré mes clés, forcément c’est quelqu’un d’autre qui les a touchées. »

« Je me cogne le pied, c’est la faute de celui qui a mal placé un meuble. »

« Je suis de mauvaise humeur, c’est à cause de tous ceux autour de moi. »

C’est un réflexe naturel parce que c’est la façon la plus rapide de ne pas se remettre soi-même en question. C’est tellement plus facile de se voir comme une victime que se considérer comme une personne qui doit elle-même changer. On voit si rapidement le mal chez les autres, si peu en nous-mêmes.

Ce n’est pas bien sûr que le mal n’existe pas chez les autres, mais blâmer nos frustrations sur les autres est la voie de la facilité. La réalité est que nous ne sommes pas capables de porter l’opprobre, la honte et la responsabilité d’une humanité qui échoue. C’est trop écrasant. Nous ne pouvons pas vivre avec ce poids.

C’est comme cela depuis le début. Quand Adam et Eve se rebellent contre Dieu en désobéissant volontairement, Dieu les interpelle. Adam répond : « pas moi, c’est la femme que tu m’as donnée, c’est elle mon bouc émissaire ». Eve répond : « pas moi, le serpent, c’est lui mon bouc émissaire. »

C’est l’histoire de la Bible, c’est aussi la nôtre. Nous ne pouvons porter sur nous-mêmes les échecs de notre humanité, ni le poids de nos fautes et de nos péchés. C’est trop. Alors au lieu de pointer le doigt vers nous-mêmes, nous le pointons vers les autres.

Jésus notre bouc émissaire

L’image du bouc émissaire est biblique. Pour le jour de l’expiation, deux boucs étaient sélectionnés. Le premier était offert en sacrifice, pour montrer que le pardon des péchés a un coût. Sur le deuxième le prêtre imposait les mains et confessait les péchés du peuple. Puis il était chassé au loin, pour illustrer que Dieu par son pardon éloigne notre culpabilité loin de nous.

Celui qui a été mis à l’écart, humilié, séparé, brisé, chassé, c’est bien Jésus-Christ. Il l’a fait pour le pardon de nos péchés. Il est notre bouc émissaire envoyé par Dieu.

Parce que nous ne pouvions par porter le poids de nos fautes, Jésus les a portés lui-même. Parce que nous ne pouvions pas assumer de pointer du doigt notre propre culpabilité et d’en assumer les conséquences, Dieu a lui-même pointer le doigt vers son propre Fils, lui faisant porter à notre place le jugement que nous méritions.

Depuis des millénaires l’humanité cherche à se libérer du poids de ses fautes en offrant des sacrifices: des sacrifices animaux, comme des boucs émissaires humains choisis aveuglément. Aucun d’eux ne pourra jamais porter le blâme de nos fautes et de nos manquements.

Mais Dieu dans sa grâce sait que nous ne pouvons pas porter notre blâme nous-mêmes. Alors il l’a fait porter par son propre Fils, par amour pour nous.

Nous avons un bouc émissaire, nous n’avons pas besoin d’en trouver d’autres. Il s’est livré volontairement pour nous libérer.

Ce message si puissant que nous célébrons dans cette saison de la Pâques, c’est la libération du blâme pour une attitude de reconnaissance ; la libération des espoirs terrestres passagers et incomplets pour une espérance éternelle ; la libération du joug de notre culpabilité pour l’amitié d’un Sauveur.

Seul l’évangile peut toucher au problème racine de notre société. Laissons-lui cette place d’honneur, en pratiquant nous-mêmes la repentance en premier. La beauté qui en résultera ne peut pas être sous-estimée.

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