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Pourriez-vous résumer l’essentiel des trois dernières prédications que vous avez écoutées ?

Les statistiques sont consternantes. La majorité d’une prédication, après quelques jours – voire quelques heures – est déjà oubliée. Alfred Kuen dans son ouvrage Comment prêcher ou l’art de la communication transmet le résultat d’une étude où 1250 personnes ont été interviewées à la fin d’un culte, sur 25 cultes différents. 38% ne se souvenaient de rien, 31% avaient mal compris, 27% se rappelaient vaguement quelques éléments, 4% seulement étaient capables de dire quel avait été le sujet de la prédication.[1] Après une semaine, il ne reste qu’une petite partie d’un sermon gravée dans la mémoire, certains parlent de 10%, de 5%, ou moins encore…

Le fait est, la plupart de nos prédications ne sont pas si mémorables que cela…et c’est OK.

La prédication comme pain quotidien

Certaines prédications vont nous marquer pendant des années ou toute une vie. Gloire à Dieu. La plupart cependant vont être oubliées ou réduites à une vague impression sur notre toile de neurones. Et c’est OK. Vous souvenez-vous de tous les éléments de votre dernier repas de dimanche midi ? Et celui de la semaine d’avant ? Pourtant ces repas ont effectué leur travail, ils ont nourri. Ce n’est pas parce que nous ne nous rappelons pas tous les détails d’un message que nous n’avons pas été nourris pour autant.

Un jour un jeune homme alla voir son pasteur, frustré de se sentir comme une « passoire » en lisant la Bible et en retenant si peu. « Au moins quand tu lis la passoire est propre », répondit celui-ci. Une prédication qui offre pour la semaine des pistes concrètes de réflexion et d’application accomplit la majorité de son travail.

Nous aimerions des sermons extrêmement puissants qui puissent nous inspirer pendant des années et des années, mais ce que Dieu nous donne est plutôt un pain quotidien qui nous nourrit jour après jour, semaine après semaine.

Nous vivons dans une société de divertissement, et nous jugeons souvent l’impact d’un message par sa capacité de choquer ou d’interpeler. Mais l’assemblée n’est pas un punchingball à frapper et secouer tous les dimanches. Oui l’Évangile interpelle, il y a une urgence face à la réalité de la mort, du péché et de l’enfer, les messages rentre-dedans sont nécessaires, mais à bonne dose. Des pressions et exigences constantes rendront l’assemblée insensible.

Un prédicateur sera souvent tenté de vouloir voir le résultat immédiat d’un message, les réactions radicales, les décisions instantanées, les explosions d’émotions spontanées. Cependant le résultat le plus beau est gravé dans le temps.

La prédication comme pierre d’un grand édifice

On a retrouvé sur les notes d’un prédicateur en haut de page : « point faible, frapper le pupitre plus fort ». À part les messages de Jésus, il n’existe pas de prédication qui ne pourrait être améliorée : manque de fraîcheur, de pertinence, de connexion avec l’auditoire, de profondeur, de créativité, d’énergie, et la liste pourrait continuer. Mais il vaut mieux régler nos attentes – et même être honnête avec l’assemblée quand certains passages méritent d’être mieux creusés – plutôt que forcer quelque chose de superficiel. Je connaissais un prédicateur qui, lorsqu’il n’avait pas d’argument sur un point, se mettait à plaider et supplier l’auditoire « Écoutez, c’est tellement profond ! » Malheureusement ceci n’est pas très efficace.

Certains de nos points vont accrocher l’assemblée, d’autres moins, l’essentiel est de faire notre maximum en étant fidèle à la Parole de Dieu. Le travail du prédicateur est de se préparer, suer, creuser la Parole, et présenter son labeur au meilleur de sa capacité. Mais même notre meilleur a ses limites évidentes. Chaque point de chaque prédication ne sera pas un jackpot en termes de communication. Et c’est OK.

Surtout, il ne faut pas sous-estimer la puissance de ce qui est accumulé de semaine en semaine pour construire la vision du monde de l’assemblée ainsi que la culture d’Église. Pierre après pierre, un édifice est fondé, une perspective du monde est construite, une manière de vivre est transmise.

Même la communication non verbale de la prédication construit l’édifice : l’attitude d’émerveillement et de soumission face à la Parole de Dieu ; le désir de fidélité et d’honneur envers Dieu ; l’amour pour Dieu, sa Parole, son peuple, les âmes perdues ; le zèle, la passion, l’authenticité, la vulnérabilité ; le désir de clarté, de précision, de profondeur. Toutes ces choses communiquent les valeurs centrales du christianisme, et souvent sont encore plus évidentes pour les visiteurs que le message lui-même.

L’accumulation des prédications crée non seulement par leur contenu un fondement biblique solide, mais développe aussi une culture d’Église qui va façonner en profondeur les membres.

Paul en prêchant avait la conviction qu’il fallait « annoncer tout le plan de Dieu sans rien en cacher » (Actes 20.27). Certains passages de la Bible ont une pertinence directe sur la vie de la communauté, parfois les points d’accroche sont moins directs ou immédiats. Dans tous les cas il ne faut pas sous-estimer la puissance transversale de la Parole enseignée semaine après semaine sur le long terme.

La puissance de Dieu dans la folie de la prédication : optimiser les 10%

Chaque prédication n’est pas mémorable, mais un prédicateur doit quand même s’efforcer d’être mémorable au maximum. La beauté du Saint-Esprit est qu’Il saura imprégner la bonne partie du message sur le bon cœur au bon moment. Même si le challenge est élevé, la bataille n’est pas perdue, loin de là. Paul sait qu’humainement parlant la « folie de la prédication » peut sembler inefficace (1 Co 1.21). Pourtant cette prédication est bien « puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés » (1 Co 1.24). Le Saint-Esprit est du côté des prédicateurs de la Parole de Dieu.

Il incombe néanmoins aux annonceurs de cette Parole de la présenter de manière pertinente. Si l’assemblée ne doit retenir que 10%, que ce soit du bon !

  • Être clair. La recherche de clarté doit être un cheval de bataille pour tout orateur. Si son discours est confus, seule une mauvaise impression sera mémorable. Toute prédication devrait pouvoir être résumée en une phrase centrale facile à retenir.
  • Être humain. La mémoire et les émotions sont étroitement liées. Un message sera plus mémorable si une connexion humaine est établie avec l’auditoire, si chacun se sent concerné et impliqué.
  • Être profond. Spurgeon comparait la prédication à un clou que l’on enfonce : plus le marteau frappe au même endroit, plus le clou ira en profondeur. Plus un prédicateur creuse son sujet, plus celui-ci sera riche et impactant.
  • Être passionné. Un prédicateur doit vivre son message, celui-ci doit couler dans ses veines. La passion capte l’attention et permet au message d’être mieux reçu.

Il existe de mauvais prédicateurs comme de mauvais auditeurs. Mais ce n’est pas tout. Nos prédications ne sont pas toujours mémorables, et c’est OK. Si 90% du message permet de bien présenter les 10% qui seront retenus, l’impact sera suffisant pour édifier le corps de Christ et partager l’Évangile aux visiteurs.

 

[1] Statistiques tirées de Heue – Lindner, 80 p. 39 par Alfred Kuen, Comment prêcher, p.10.

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