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Le terme « cessationiste » n’est pas très flatteur. Quand je l’utilise j’ai l’impression de m’insulter. Dieu cesse-t-il d’œuvrer ? Dieu aurait-il cessé de montrer sa puissance ? Dieu va-t-il à reculons ?

Même si la doctrine n’est pas nouvelle, le terme lui-même s’est répandu à la suite de son utilisation dans la confession de foi de Westminster de 1646. Le premier chapitre de cette confession parle de la révélation de Dieu qui est complète dans les Écritures, et conclut avec cette phrase : « Maintenant, Dieu a cessé de manifester sa volonté́, de cette manière, à son peuple (Hé 1.1-2). »

Le cessationisme est synonyme non pas de quelque chose qui ne fonctionne plus, mais de quelque chose qui a si bien fonctionné que son travail est complet. C’est un terme positif, victorieux, optimiste, qui communique avec confiance le fait que Dieu a complété l’œuvre de fondation de l’Église par le ministère des apôtres et par la révélation complète du canon du Nouveau Testament. Souvent mal compris ou caricaturé, voici quelques arguments clés de cette perspective.

Optimiste ou nostalgique ?

Le livre des Actes est souvent interprété de manière idéaliste et avec beaucoup de nostalgie. Qui n’a pas entendu ce discours : « c’était mieux avant, et tant qu’on ne revit pas les miracles des Actes nous n’aurons jamais vraiment saisi l’essence du christianisme ! »

Avons-nous vraiment avancé à reculons depuis l’Église primitive ?

Les premiers chrétiens qui étaient dispersés n’avaient pas tous d’église locale au début. Il a fallu du temps avant que les églises soient établies. De nombreuses personnes ont dû vivre des dizaines d’années isolées avec leur foi et avec beaucoup de persécutions. Était-ce mieux ?

Le canon de la Bible n’était pas complet non plus. Les premiers chrétiens n’avaient pas accès au canon complet du Nouveau Testament écrit et accessible comme nous. Parfois, ils n’avaient que quelques lettres, ou quelques passages. Peut-être un livre complet pour certains ; sinon rien d’autre que ce qu’ils avaient entendu à l’oral. Était-ce mieux avant ?

Lorsque Paul décrit la vie des églises établies, il parle d’une construction faite sur un fondement : 20Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. 21C’est en lui que tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. (Ep 2.20-22)

Le livre des Actes raconte une période de fondation. Cette fondation est posée une fois pour toutes, sur le ministère les apôtres et des prophètes, pour permettre une ère encore plus abondante pour l’Église, pour prospérer, avec des assemblées établies, les Écritures complètes, et la transition de l’Ancienne Alliance à la nouvelle alliance accomplie avec succès.

Aujourd’hui, il y a des centaines de milliers d’églises établies dans le monde. L’accessibilité de la Parole ne fait qu’augmenter, ainsi que celle de nombreuses ressources. Bien sûr, l’Église aujourd’hui n’est pas parfaite, mais nous ne pouvons dénigrer la fidélité des disciples de Jésus qui ont œuvré, souvent au risque de leur vie, pour que 2000 ans plus tard la Parole soit répandue dans le monde entier. Le fondement établit dans le livre des Actes a été un succès, nous pouvons en être fiers, ainsi que de nos deux millénaires d’histoire de disciples formant des disciples de génération en génération.

Le succès du canon

La première raison qui fait que je suis fier d’être cessationiste, c’est que je suis fier du canon biblique. La Parole est complète, suffisante pour accomplir tout ce que Dieu attend de nous dans notre génération. Paul écrit ainsi à Timothée :

16Toute l’Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, 17afin que l’homme de Dieu soit formé et équipé pour toute œuvre bonne. (2 Tim 3.16-17).

Dieu n’agit pas dans la confusion. Nous avons dans la Parole tout le nécessaire pour connaître sa volonté et être équipés pour toute bonne œuvre. La Parole de Dieu est suffisante pour que nous puissions être équipés pour accomplir la tâche que Dieu nous a donnée de le connaître et de le faire connaître, d’être et de former des disciples.

Il n’y a pas de pièce manquante, de révélation manquante, d’information supplémentaire en attente d’être communiquée. Nous n’avons pas besoin d’attendre une parole venant du ciel pour savoir quoi faire de nos vies. La mission est claire : glorifier Dieu en vivant et annonçant sa Parole déjà révélée.

Le canon de la Parole étant complet n’empêche pas que cette Parole reste incomplète en nous sans l’illumination du Saint-Esprit. Mais nous n’avons pas besoin d’aller chercher d’autres révélations pour qu’Il nous saisisse des vérités de Dieu. Nous avons simplement besoin de sagesse pour savoir comment appliquer ce qui est déjà révélé.

Penser que notre futur dépend de nouvelles révélations de Dieu n’est pas signe de maturité, mais d’immaturité. Nous n’avons pas besoin de rêves et de visions et de transes. Les apôtres nous ont donné la Parole complète, c’est une victoire absolue, lorsque nous l’écoutons et l’obéissons par la force du Saint-Esprit.

Le succès du ministère des apôtres

Après la trahison de Judas, les onze se réunissent pour choisir le douzième apôtre. Le chiffre est important. Douze apôtres pour symboliser une nouvelle alliance à la suite de l’échec des douze tribus d’Israël. Douze apôtres dont l’office est éternel. À jamais, ils seront assis sur douze trônes (Luc 2.27-30) ; à jamais, leurs noms seront attribués aux douze fondations de la muraille entourant la nouvelle Jérusalem (Ap 21.9-14).

Les critères pour le 12e apôtre sont précis. Même Paul, le 13e apôtre, n’aurait pas pu se qualifier pour faire partie des 12 : il doit être un homme choisi, disciple de Jésus depuis le début de son ministère jusqu’à l’ascension, témoin de la résurrection (Ac 1.21-22). Son ministère doit aussi être prouvé par des signes et des prodiges (2 Cor 12.12).

L’office d’apôtre est unique. Ce qu’ils accomplissent est aussi unique. Ensemble, les apôtres écrivent ou supervisent la rédaction du Nouveau Testament. Par eux, Dieu se manifeste par des signes et des prodiges. Ils supervisent la mise en place du premier réseau d’églises locales, défrichent de nouveaux champs missionnaires, forment des disciples et des anciens. Ils possèdent une autorité unique, mais qui disparaît après leur temps pour laisser place à des Églises autonomes.

Ce fonctionnement d’appel limité dans le temps n’est pas nouveau dans le récit des Écritures. On peut penser à Betsaleel et son équipe, équipés surnaturellement par Dieu pour confectionner les objets du Tabernacle (Ex 31.1-6), un office accompagné de dons miraculeux qui ont cessé de nos jours. Essayer de revivre cet appel serait une contrefaçon. Certains temps sont uniques et accompagnés de prodiges, comme le temps de Moïse, le temps d’Élie, et restent des exceptions. D’ailleurs, il est ironique de noter que l’expression « signes et prodiges » s’applique à deux catégories principales dans le Nouveau Testament : Jésus et les apôtres (Ac 2.22 ; 2.43 ; 5.12 ; 2 Cor 12.12) ou l’antichrist et les faux prophètes (Mat 24.24 ; Mc 13.22 ; 2 Thess 2.9 : Ap 16.14). On ne peut pas forcer les temps de Dieu.

Dieu réalise-t-il encore des miracles aujourd’hui ? Absolument, le salut des âmes étant le plus beau. Pouvons-nous mettre Dieu et l’action du Saint-Esprit dans une boîte ? Absolument pas. Seulement, les miracles ne sont pas une fin en eux-mêmes. Ils servent un but. Les miracles accomplis par les apôtres ont accompli le leur. Aujourd’hui, nous avons des centaines de milliers d’églises autonomes, régies par des responsables sur place, libres d’exercer leur appel. Nous n’avons pas besoin du même fondement et des mêmes signes.

Alors que le don d’apôtre continue (Ep 4.11), que Dieu continue d’envoyer (apostolos) des implanteurs, des missionnaires et des pionniers, l’office des apôtres a rempli son rôle : des églises indépendantes ont été implantées et équipées par la Parole de Dieu. Dieu a fait l’impossible : d’une petite bande de frères, une Église internationale a été établie. Nous pouvons être fiers de notre histoire.

Le succès de la transition des alliances

Les premières générations de chrétiens ont vécu une transition exceptionnelle dans l’Histoire du peuple de Dieu. Celle entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Cette transition consistait à transformer la foi d’un concept, le Messie, en une rencontre avec ce Messie, Jésus-Christ.

Comme cela est nécessaire à l’intersection d’une route, la transition se fait ainsi avec des « signes », des poteaux indicateurs, tous pointant vers une personne, Jésus-Christ le Fils de Dieu. Les miracles, les guérisons, le parler en langues, tout sert de signe pour montrer avec puissance que Jésus-Christ est réellement le Messie.

De même, le Saint-Esprit est donné pour rendre témoignage de Jésus (Jn 15.26). Le ministère de la 3epersonne de la Trinité n’est pas un ministère de remplacement, mais de multiplication : par l’Esprit, la gloire de Christ s’étend dans les cœurs et dans le monde entier.

Les signes sont puissants. Nous le voyons dès la Pentecôte. Le parler en langues attire les foules, et ensuite Pierre prêche Christ ressuscité. 3000 personnes se convertissent et rejoignent l’Église. Pierre et Jean guérissent le boiteux, les foules s’assemblent, puis ils prêchent Christ. 5000 personnes se tournent vers le Messie.

Des juifs de tout le bassin Méditerranéen voient les signes et entendent la prédication de l’Évangile de Jésus-Christ. Les signes fonctionnent, accompagnés de la proclamation de la Parole. La transition s’effectue. Ceux qui devaient entendre ont entendu, ceux qui devaient croire ont cru.

L’intensité du ministère des apôtres met les choses au clair. Le Dieu de l’Ancienne Alliance est bien celui de la nouvelle. Cependant, les dons spirituels permettant cette transition sont temporels : ses signes comme le parler en langues sont pour les non-croyants (1 Cor 14.22) alors que les dons spirituels sont pour le corps de Christ et l’édification commune (1 Cor 12.7). Dieu continue de guérir, mais peut-être pas autant que dans la période initiale. Face à ses problèmes de santé, Paul encourage Timothée à se soigner plutôt qu’à chercher un miracle (1 Tim 5.23).

Les signes valident la fidélité de Dieu pour son peuple Israël, appelé en premier à répondre au message du salut, invité en premier à édifier l’Église. La période de transition est un magnifique témoignage de la bonté et de la fidélité de Dieu. Mission accomplie : Dieu met en lumière de quel côté il se trouve, la confusion se dissipe, son peuple peut le suivre en toute confiance dans les terres fertiles de la Nouvelle Alliance. Et ô glorieux, les signes de témoignage continuent aujourd’hui, non par l’intermédiaire de quelques élus mis en avant, mais par la vie transformée de millions de disciples vivant puissamment pour Christ aux quatre coins du globe.

Conclusion

Aux débuts de l’Église, la période des Actes, est en quelques sortes comme une célébration de mariage. C’est magique, nouveau, intense, stressant aussi, et un fondement est établi. Il y a des promesses, l’unité est établie et un futur se rêve.

Je me souviens du jour de mon mariage comme un jour magnifique et unique. Mais je ne pense pas que beaucoup voudraient revivre cette journée quotidiennement. On n’a pas besoin de cela. Il y a 11 ans mon épouse s’est revêtue d’une belle robe blanche, elle était magnifique. Mais ce n’est pas parce qu’elle ne porte plus sa robe que nous sommes moins heureux.

Au contraire, avec le temps les choses sont devenues meilleures. Plus profondes. Nous avons construit quelque chose. Nous avons plus d’histoires à célébrer, de victoires, d’épreuves surmontées.

C’est un peu comme cela que je vois l’histoire du christianisme depuis 2000 ans. Tellement de belles choses se sont passées. Tellement de victoires. Tellement d’âmes sauvées aux quatre coins de la planète. Tout n’est pas parfait, mais nous ne pouvons pas juste balayer notre histoire en disant, « c’était mieux avant, personne n’a rien compris depuis 2000 ans et nous, on va être meilleurs que les autres parce qu’on va voir plein de miracles ».

Est-ce que ça veut dire que je n’ai plus les papillons dans le ventre quand je vois ma femme ? Que l’étincelle est partie ? Qu’il n’y a plus de surprises ? Ces choses sont encore là, mais elles ne définissent pas notre relation. Les racines sont bien plus profondes.

Notre Église ne se tient pas debout seulement sur les accomplissements des apôtres, mais de 2000 ans de disciples qui ont fidèlement passé le flambeau de la Parole. Nous pouvons en être fiers. Fiers des combats qui ont cessé parce qu’ils ont été gagnés.

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