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Un lecteur aurait peut-être pensé que la lecture d’hier (Juges 17) reflétait un cas particulier d’égarement mineur au sein du peuple de Dieu. Le chapitre proposé comme lecture de ce jour, Juges 18, rend cet espoir tout à fait illusoire : une tribu entière fait fausse route, et on peut craindre d’en voir d’autres aussi.

La scène se passe vraisemblablement tôt dans l’Histoire, car il est évident que les tribus n’ont pas toutes pris possession du territoire qui leur a été attribué. C’est visiblement le cas de la tribu des Danites (v. 1). Les membres de cette tribu dépêchent cinq guerriers pour aller espionner le pays et arrivent à la maison de Mika. Ils rencontrent le jeune Lévite ; peut-être le reconnaissent-ils pour l’avoir déjà vu, à cause de sa fonction ou encore parce qu’ils l’entendent prier ou étudier (ce qui se faisait souvent à haute et intelligible voix). Ils lui demandent de consulter l’Éternel pour savoir si leur voyage sera couronné de succès. Il est possible que l’éphod que Mika avait fait (17.5) comprenait un objet semblable à l’Ourim et au Toummim qui permettaient de distinguer ostensiblement la volonté de Dieu. Quoi qu’il en soit, le Lévite les rassure et les laisse partir.

Les soldats arrivent à Laïch, une ville qui ne faisait pas partie du territoire qui leur avait été assigné. Mais la cité semble être une cible facile et attrayante. À la suite de leur rapport, 600 Danites bien armés se mettent en marche ; ils font un détour par la maison de Mika pour prendre la statue, l’éphod, les dieux domestiques, l’image en métal fondu, ainsi que le jeune Lévite ; les soldats se disent sans doute que celui-ci leur portera chance dans leur entreprise. D’ailleurs, le Lévite est enchanté ; pour lui, c’est comme s’il avait reçu une promotion (v. 20). Mais un clergé qu’on achète peut-il encore faire entendre une voix prophétique ?

Lorsque les soldats s’en vont avec le Lévite et tout son attirail, Mika se fait pathétique : « Mes dieux que j’avais faits, vous les avez enlevés avec le sacrificateur et vous êtes partis : que me restera-t-il ? » (v. 24). On ne décèle pas la moindre ironie dans ces paroles qui expriment la pure futilité de s’attacher à des dieux qu’on s’est fabriqués.

Les Danites menacent d’anéantir Mika et sa maisonnée, ce qui met fin à la contestation. Le pays est livré à la loi du plus fort, pas à la justice ou à l’intégrité. Les Danites s’emparent de Laïch, qui abritait « un peuple tranquille et confiant » (v. 27) et renomment cette ville Dan. Ils y installent leurs idoles, et le jeune Lévite, identifié maintenant comme un descendant direct de Moïse (v. 30), exerce les fonctions de sacrificateur tribal ; il transmet sa charge sacerdotale à ses fils, alors que le tabernacle se dresse à la place prévue à Silo (v. 30-31).

À l’infidélité à l’alliance dans le domaine religieux s’ajoutent une violence accrue, l’égoïsme tribal, les aspirations personnelles au pouvoir, l’ingratitude, les menaces et une superstition sans bornes. Il n’est pas rare de voir ces péchés prospérer ensemble.

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