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Les signes du déclin moral, spirituel et intellectuel d’Israël au temps des juges se multiplient ; certains sont manifestes, d’autres plus cachés. Juges 17 a beau être un chapitre court, il regorge d’exemples de cette décadence.

1° Il semble qu’un adulte du nom de Mika avait volé 1 100 sicles d’argent à sa mère. C’est déjà une indication de relations familiales troubles, même s’il ne s’agit que d’un incident. Il confesse la faute à sa mère (v. 2). Mais d’après sa remarque, il est poussé moins par amour pour sa mère ou par la conscience de son péché que par la crainte superstitieuse des conséquences possibles des imprécations que sa mère avait prononcées contre le voleur qui, à ce moment-là, lui était inconnu.

2° La mère de Mika le récompense par une parole pieuse : « Béni sois mon fils par l’Éternel ! » (v. 2), ce qui montre qu’il existait encore en ce temps-là une notion forte du Dieu de l’alliance qui avait délivré le peuple des griffes de l’Égypte, ou au moins le souvenir de son nom. Mais le lecteur se rend compte très vite qu’il ne reste plus que la coquille vidée de sa substance, la loyauté envers l’alliance. Le syncrétisme est généralisé. Reconnaissante d’avoir récupéré son argent, elle le redonne à son fils, et consacre solennellement « cet argent à l’Éternel, afin d’en faire pour mon fils une statue et une image en métal fondu » (v. 3), ce que Dieu avait maintes fois défendu dans l’alliance du Sinaï.

3° Mika rend donc l’argent volé à sa mère pour qu’elle fasse ce qu’elle a promis. Elle donne deux cents sicles (elle en garde donc neuf cents, en dépit de sa promesse de tout consacrer) à un orfèvre pour qu’il en fasse d une idole. La cupidité est encore plus forte que l’idolâtrie ! La petite idole est placée dans la maison de Mika ; elle sert à la fois de talisman et de rappel du rétablissement des relations familiales après le vol, et sert peut-être même à préserver Mika des imprécations que sa mère avait prononcées (v. 4).

4° Le syncrétisme religieux de Mika est profondément ancré. Il a son propre sanctuaire et installe un de ses fils comme sacrificateur personnel pour offrir des prières et des sacrifices ; il lui confectionne même des vêtements sacerdotaux (un éphod, v. 5). Les transgressions se multiplient. Sous l’alliance, il ne devait y avoir qu’un sanctuaire – le tabernacle à cette époque – et seuls les Lévites pouvaient exercer le sacerdoce.

5° Ces stipulations étaient tellement connues que lorsque Mika rencontre un jeune Lévite qui passait par là à la recherche d’un endroit pour s’y établir, il l’embauche comme sacrificateur privé. Mika est convaincu que cette mesure lui vaudra les faveurs de Dieu (v. 13). La religion de l’alliance a perdu une bonne partie de sa structure, et presque tout de sa discipline et de son obéissance. Elle n’est plus qu’un triste fatras de superstitions païennes.

Pour la première fois, l’auteur rapporte ces paroles : « En ce tempslà, il n’y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon » (v. 6).

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