Genèse 35 – 36; Marc 6; Job 2; Romains 6

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Dans le récit de Marc relatif à la multiplication des pains pour les cinq mille hommes, suivie de la marche de Jésus sur l’eau (Marc 6), on trouve un petit aparté propre à susciter une réflexion profitable. À peine Jésus avait-il mis le pied dans la barque ballottée au milieu de la tempête que le vent a cessé. Marc déclare que les disciples « étaient tout stupéfaits; car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur cœur était endurci » (v. 51-52).

La première observation est la plus évidente: la stupéfaction des disciples montre combien ils avaient peu réfléchi au miracle spectaculaire que Jésus avait opéré quelques heures plus tôt, ce qui a de quoi attrister. Qu’auraient-ils pu conclure? Qu’un être qui exerce sur la nature une maîtrise telle qu’il lui suffisait de prendre quelques bribes de nourriture pour les multiplier et rassasier des milliers de personnes pouvait également sans difficulté imposer le silence à une mer en furie. Mais ne soyons pas trop prompts à jeter la pierre aux disciples! Réfléchissons avec quelle rapidité nous ou- blions les interventions providentielles du Seigneur dans notre vie au point que nous sommes franchement surpris et confus lorsqu’il nous porte à nouveau secours.

La deuxième observation va un peu plus loin. Si Jésus est vraiment le Messie promis, s’il détient le pouvoir dont il a déjà fait preuve, quel disciple tant soit peu sensé peut imaginer qu’il perd le contrôle de la situation? Quel membre responsable parmi les Douze pouvait imaginer que ce Messie pouvait appeler les disciples à lui et ensuite les laisser périr dans un naufrage? Cela ne veut évidemment pas dire qu’aujourd’hui des disciples de Jésus ne peuvent pas mourir dans des accidents ! Il en meurt tous les jours dans de telles conditions, car nous vivons dans un monde déchu, et les disciples de Jésus ne sont pas exempts des conséquences tragiques et perverses de sa déchéance. Malgré tout, dans les pires circonstances, nous devons apprendre à faire confiance à la sage providence divine. Dans le cas qui nous intéresse, les disciples auraient dû tirer une autre leçon : leur service particulier de disciples intimes était tellement lié au ministère de Jésus qu’il était impensable qu’ils puissent mourir « accidentellement ».

En guise de troisième observation, nous ne pouvons pas faire au- trement que de nous interroger sur la conclusion de Marc: « leur cœur était endurci ». Cela ne signifie pas que les disciples étaient stupides, ni que leurs émotions étaient faussées alors que leur raison restait saine, comme si le mot cœur désignait seulement le centre des sentiments. Dans le symbolisme de l’anthropologie, le terme « cœur » définit le siège de la personnalité humaine; son sens n’est pas très loin de celui que nous conférons aux mots « esprit » ou « intelligence » (bien qu’ils aient une connotation trop cérébrale). Les disciples étaient trop orientés, trop focalisés sur l’immédiateté de leurs peurs, ils étaient incapables de pénétrer dans le mystère de l’identité de Jésus et de la raison de sa venue.

Du côté de la croix et de la résurrection où nous nous trouvons, nous avons moins d’excuses qu’eux.

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