Quand Dieu pleure

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Dans le village anglais se dressait la statue sculptée d’un soldat. Alors que notre fourgonnette s’en approchait, j’y ai vu le symbole de la bravoure de ces audacieux jeunes hommes sur les champs de bataille du nord de la France. Les personnes ayant survécu à la Première Guerre mondiale, à l’épidémie de grippe de 1918, à la Seconde Guerre mondiale, au tremblement de terre arménien, à la grande mousson au Bangladesh et à n’importe quelle autre catastrophe de ce genre ne sont pas moins courageuses.

La souffrance a inspiré et façonné plus de sculptures qu’on ne peut en compter. Et pas seulement le genre en bronze reposant sur des socles sur les places des villages.

La souffrance nous façonne à l’image de Christ « saint et irréprochable » (Ép 1.4), un peu comme une figure sculptée dans le marbre. Un jour, à Florence, en Italie, un artiste a demandé à Michel-Ange, le grand sculpteur de la Renaissance, ce qu’il voyait quand il regardait un énorme bloc de marbre. « J’y vois un beau modèle retenu captif à l’intérieur, répondit-il, et c’est tout simplement ma responsabilité de prendre mon maillet pour ciseler et tailler le marbre jusqu’à ce que le modèle en soit libéré. » Le beau modèle, l’expression visible du « Christ en vous, l’espérance de la gloire » sont à l’intérieur des chrétiens comme une possibilité, un potentiel. L’idée est là, et Dieu utilise l’affliction comme un marteau et un burin, ciselant et coupant pour révéler son image en vous. Dieu a choisi pour modèle son Fils, Jésus-Christ, « car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils » (Ro 8.29).

Quand Dieu pleure - Pourquoi le Tout-Puissant compatit à nos souffrances
Joni Eareckson-Tada - Steven Estes
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Quand Dieu pleure - Pourquoi le Tout-Puissant compatit à nos souffrances
Joni Eareckson-Tada - Steven Estes
Impact. 300.

Il est facile de faire confiance à Dieu quand les choses vont comme nous le voulons et quand le monde a toujours un sens. Mais lorsque la souffrance frappe, nous sommes remplis de doutes et stupéfaits par toutes sortes d’événements qui échappent à notre contrôle. Au milieu de la souffrance, nous remettons souvent en question le fondement même de notre foi en Dieu. Puisque notre confiance et notre obéissance reposent sur le caractère de Dieu, les questions auxquelles les tragédies de la vie nous obligent à faire face sont difficiles, voire effrayantes.

Joni Eareckson Tada, une femme qui vit dans un fauteuil roulant depuis plus de cinquante ans, et Steve Estes, un pasteur et un des plus proches amis de Joni, explorent les réponses aux questions concernant la souffrance. Quand Dieu pleure n’est pas tant un livre sur la souffrance que sur Dieu. À travers un survol de ce que la Bible dit au sujet de la souffrance, les auteurs expliquent clairement qui est Dieu, pourquoi il permet tant de chagrin et de douleur, et comment nous pouvons lui faire confiance.

Quand Dieu pleure est destiné aux gens qui ont besoin de plus que des réponses. Avec un côté pratique et une chaleur sincère, il nous enseigne à dépendre de l’amour et de la miséricorde de Dieu en dépit de nos doutes, de nos peurs, de nos désirs et de nos questions.

À quoi ressemble la sculpture ? « Nous portons ce trésor dans des vases de terre, afin que cette grande puissance soit attribuée à Dieu, et non pas à nous. Nous sommes pressés de toute manière […] portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps » (2 Co 4.7,8-10). C’est une image de la toute-puissance.

Dieu continue de buriner, d’éroder. « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil […] il m’a été mis une écharde dans la chair » (2 Co 12.7). Dieu accomplit son œuvre en profondeur, façonnant avec soin chaque crevasse cachée, y compris dans notre caractère : « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ : […] il s’est dépouillé lui-même […] il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Ph 2.5-8).

Cette sculpture endurera-t-elle l’usure des tempêtes et autres épreuves ? « Bien plus, nous nous glorifions même des afflictions, sachant que l’affliction produit la persévérance, la persévérance la victoire dans l’épreuve, et cette victoire l’espérance » (Ro 5.3,4). C’est une image d’espérance solide comme le roc.

Dieu continue de marteler : « Avant d’avoir été humilié, je m’égarais ; maintenant j’observe ta parole […] Il m’est bon d’être humilié, afin que j’apprenne tes statuts » (Ps 119.67,71). Avant ma paralysie, mes mains attrapaient beaucoup de mauvaises choses, et mes pieds me conduisaient sur de mauvaises voies. Après ma paralysie, les choix des tentations ont été considérablement restreints.

Dieu utilise la souffrance pour drainer le péché de nos vies, renforcer notre engagement envers lui, nous obliger à dépendre de la grâce, nous lier avec d’autres croyants, produire le discernement, nourrir la sensibilité, discipliner nos pensées, utiliser notre temps à bon escient, amplifier notre espérance, nous faire mieux connaître Christ, nous donner d’aspirer à la vérité, nous amener à nous repentir du péché, nous apprendre à rendre grâce dans des moments de tristesse, accroître la foi et renforcer le caractère. C’est une belle image !

Et c’est une image sans pareil. Lorsque Christ est dévoilé en moi, c’est une sculpture unique. C’est ce à quoi la patience, la maîtrise de soi, l’endurance, la douceur, la gentillesse, ainsi qu’une saine haine du péché ressemblent dans la vie de « Joni ». La sensibilité et la maîtrise de soi apparaîtront différemment chez mon mari, ou chez quelqu’un d’autre. Mon affliction particulière est divinement et expressément conçue pour moi. Personne n’a besoin d’être atteint de « lésion spinale transversale à la quatrième et à la cinquième cervicales », comme c’est mon cas, pour être rendu conforme à son image.

Céder au burin, c’est « apprendre l’obéissance par ce que l’on souffre ». Les circonstances ne changent pas ; on change. L’« être » que l’on est se transforme, comme une forme qui se dévoile, à sa ressemblance avec une gloire toujours croissante. « Nous tous dont le visage découvert reflète la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur » (2 Co 3.18).

Je ne peux pas me permettre de me concentrer sur le marteau et le burin. Je ne peux pas regarder autour de moi et déplorer ce que Dieu a érodé.

J’ai le cœur brisé en pensant à de nombreuses personnes, des chrétiens en particulier, qui vivent toute leur vie de cette façon-là. Ils sont rongés par la souffrance. Pendant des années, je l’ai été. Mon fauteuil roulant insistait, gémissait et réclamait toute mon attention. Démoralisée, j’ai cédé. J’ai autorisé mon fauteuil roulant à définir qui j’étais. Le résultat n’était qu’une âme sèche et cassante. Je ne suis pas devenue une mauvaise personne, je manquais juste de passion pour la vie. Sans aucune énergie spirituelle, je passais mes journées épuisée par la défaite, à laisser la routine quotidienne m’aspirer vers le bas. Je ne recherchais pas de soulagement dans la prière ou la Bible, mais dans les émissions télévisées et les week-ends passés au centre commercial.

La résignation amère ne vaut pas mieux. « Oh, eh bien, c’est le sort que me réserve la vie », gémit-on. La souffrance devient un environnement prévisible avec ses limites familières, bien que douloureuses. Mais pas pour longtemps. Capituler devant la souffrance affaiblit l’âme. Ou nous pousse à la colère. Je connais un homme de soixante-trois ans qui pourrait bientôt perdre sa jambe à cause du diabète. « Eh bien, si c’est le cas, dit-il en haletant, je vais juste rester planté devant la télévision. Je vais aller dans ma chambre et ne plus jamais en sortir. » Cet homme est furieux par rapport à l’avenir, et il n’a pas encore perdu sa jambe.

L’orgueil est le pire. Je me souviens d’avoir pleuré quand j’étais enfant, parce que j’avais un genou meurtri et que mon oncle Henry m’avait dit sans complaisance : « Ressaisis-toi ! Tu n’as rien du tout. Un petit bobo est toujours utile ! » Les mots correspondaient à son image de dresseur de chevaux de Teddy Roosevelt, avec son torse bombé et son sourire crispé. J’ai ravalé mes larmes et me suis promis que jamais plus je ne pleurerais devant mon oncle. D’autres ont ressenti la même chose. « Rester loin d’oncle Henry » était la solution. Le stoïcisme ratatine l’âme.

Croire à la souffrance est une voie sans issue.
Croire au grand Sculpteur redonne espoir.
Tournez vos regards vers lui, et sachez qu’il ne fera jamais de coupe et d’excavation trop profondes.

Craignez-vous que Dieu rende votre situation pire qu’elle ne l’est ? Qu’il vous donne un autre enfant avec une malformation ? Qu’il vous force à aller dans une maison de retraite avec la maladie d’Alzheimer ? Qu’il vous laisse sans le sou ? Dieu n’est pas un sculpteur désinvolte ou capricieux. « Car je connais les projets que j’ai formés sur vous, dit l’Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l’espérance » (Jé 29.11). Il promet d’être précis avec le ciseau. Ainsi que le dit la paraphrase d’Eugene Peterson de 1 Corinthiens 10.13 : « Aucun test ou aucune tentation qui vient à vous n’est au-delà de ce que les autres ont eu à affronter. Tout ce dont vous devez vous souvenir, c’est que Dieu ne vous laissera jamais tomber ; il ne permettra jamais que vous soyez poussé au-delà de vos limites ; il sera toujours là pour vous aider à traverser l’épreuve. »

Le processus douloureux de martelage ne finira que lorsqu’on sera devenu complètement saint (et il n’y a aucune chance que cela se produise de ce côté-ci de l’éternité). C’est pourquoi j’ai accepté ma paralysie comme une maladie chronique. Lorsque je me suis cassé le cou, cela n’a pas été un casse-tête à résoudre rapidement ni une brève secousse pour me faire revenir sur la bonne voie. Mon accident de plongée a été le début d’un long processus pénible qui allait me façonner à l’image de Christ. Bien sûr, il y a des fois où je souhaiterais que ce soit plus facile : « Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner [la souffrance] de moi, et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi » (2 Co 12.8,9).

Je ne suis pas encore parfaite. J’ai un long chemin à parcourir jusqu’à ce que ma sculpture soit polie et achevée. La grâce de Dieu – le désir et le pouvoir de faire sa volonté – suffit. « Fortifiez donc vos mains languissantes et vos genoux affaiblis ; et suivez avec vos pieds des voies droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt se raffermisse » (Hé 12.12,13). Un jour, je savourerai la santé et la plénitude, la maturité et la perfection ! Donc, quand je suis fatiguée du processus de transformation, je me souviens de Jacques 1.2-4 : « Quand vous cumulez toutes sortes d’épreuves dans votre vie, mes frères, ne les regardez pas d’un mauvais œil, comme des intrus, mais accueillez-les comme des amis ! Comprenez qu’elles sont là pour tester votre foi et produire en vous la qualité de l’endurance. Mais laissez le processus se poursuivre jusqu’à ce que cette endurance soit entièrement développée.

L’endurance entièrement développée. C’est l’une des « raisons qui expliquent pourquoi » et pourtant, ça me fait grimacer. Mais s’il te plaît, Seigneur, détruis en moi tout ce dont tu seras heureux de me débarrasser. Dans tes mains, ce dont tu me débarrasses est sans importance. Si je veux connaître les délices d’une intimité avec toi, je dois « être sainte, car tu es saint ». Cela est nécessaire. D’autant plus que le ciel est ma destination, la sainte demeure occupée par de saints habitants.

« Mes bien-aimés, ne trouvez pas étrange d’être dans la fournaise de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’extraordinaire. Réjouissez-vous, au contraire, de la part que vous avez aux souffrances de Christ, afin que vous soyez aussi dans la joie et dans l’allégresse lorsque sa gloire apparaîtra. » (1 Pi 4.12,13).

Si j’aime Dieu, la souffrance importe peu finalement. C’est Christ en moi qui compte. La douleur ne cesse pas d’être la douleur, mais je peux « [me glorifier] même des afflictions » (Ro 5.3), car la puissance de Dieu dans ma vie est plus grande que l’étau de la souffrance. Je veux voir la sculpture achevée.

Quand Dieu veut aguerrir, animer et équiper un homme,
quand Dieu veut le former pour qu’il joue le rôle le plus noble,
quand il aspire de tout cœur à faire de lui un homme si grand et

si courageux
que le monde entier s’en étonne,
observez ses méthodes, examinez ses voies :
comment il perfectionne impitoyablement celui qu’il

choisit royalement ;
comment il le martèle et le blesse,
et le change en argile malléable par de puissantes secousses,
que Dieu seul peut comprendre,
tandis que, le cœur torturé et les mains suppliantes, l’homme pleure ; pourtant, Dieu le courbe sans jamais le briser, car il agit pour le bien

de l’homme ;
comment il utilise celui qu’il choisit
et l’anime de sa toute-puissance,
et dans tous ses actes, l’incite à refléter son éclat, Dieu sait ce qu’il fait.

— Auteur inconnu

 

Je veux « [servir] à célébrer sa gloire » (Ép 1.12). Je tiens à être rendue conforme à son image. Le Sculpteur le désire également, puisqu’il est dit que « celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ » (Ph 1.6).

Voilà les raisons derrière notre souffrance.
Elles répondent en partie à la question « Pourquoi ? »
Mais seulement en partie.
Peu après ma première décennie dans mon fauteuil roulant, je me suis

réjouie de ce que je commençais à voir. J’étais reconnaissante pour ce que j’apprenais. L’image de Christ émergeait lentement tandis que je manifestais sa bienveillance et sa compassion, ainsi qu’un discernement du mal. Cette première décennie a été un moment marquant, un passage. J’ai senti que Dieu désirait m’en montrer davantage, me conduire et m’élever plus haut, « peaufiner la sculpture » en quelque sorte. « Laissant les éléments de la parole de Christ, tendons à ce qui est parfait » (Hé 6.1). J’ai regardé dans mon rétroviseur et j’ai établi une liste :

Toutes choses concourent à mon bien. Pour la gloire de Dieu. Cela ne veut pas dire être un auteur de best-sellers ou une oratrice. Ça signifie tout simplement être comme Christ.

Les difficultés m’ont forcée à prendre des décisions au sujet de Dieu, à développer ma foi. Je crois plus en lui aujourd’hui qu’avant mon handicap.

La souffrance a fait une œuvre dans ma personne. Je soigne davantage mes relations. Je tiens mes promesses. Je suis plus patiente, du moins, un peu plus. Les gens ont plus d’importance à
mes yeux.

Être paralysée a vraiment fait du ciel une réalité. Pas dans le sens d’une fuite, mais d’une manière qui me donne envie de mieux vivre ici, parce que le meilleur est à venir.

Nul doute là-dessus. Mes pensées ont été totalement renouvelées. Je ne peux pas céder aux tentations communes à la plupart des gens. Ne pas avoir de mains est utile dans ce cas.

La souffrance m’a rendue un peu plus sensible à la souffrance d’autrui. Je me fichais éperdument des quadriplégiques comme moi avant mon accident. C’est une autre histoire aujourd’hui.

Ce genre de liste semble froide et technique, mais il y a quelques années, elle m’a aidée, du moins en partie, à répondre à cette question persistante : « Pourquoi Dieu augmente-t-il le nombre des difficultés ? » Pourquoi ? Eh bien, Dieu s’intéresse davantage à me rendre conforme à l’image de son Fils qu’à me laisser dans ma zone de confort. Dieu s’intéresse davantage aux qualités internes qu’aux circonstances externes. Des choses comme raffiner ma foi et rendre mon cœur humble, purifier ma façon de penser et former son caractère en moi. Ce n’est pas une mauvaise réponse.

Mais pas toujours la meilleure.
Parfois, les bonnes réponses ne suffisent pas.

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