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Quand votre conscience vous parle, quelle voix entendez-vous ? Est-ce la voix d’un avocat ou celle d’une grand-mère ?

Voilà la question de l’expert australien en missiologie David Williams. Votre voix interne d’avocat s’intéresse à la justice et l’iniquité, au bien et au mal, à la culpabilité et à l’innocence. Lorsque vous considérez vos options pour l’avenir ou vos actions passées, l’avocat interne pose des questions comme : « Est-ce bien ou mal ? » Il (je parle de lui au masculin parce que l’avocat que j’imagine a exactement la même voix qu’Atticus Finch) prend votre défense (« tu avais raison ! ») ou il vous condamne (« tu avais tort ! »). D’une manière ou d’une autre, l’avocat interne utilise les catégories : coupable et innocent. Il juge vos actions et votre personne selon des catégories nettes : le bien et le mal.

Votre voix interne de grand-mère, elle, est différente. Elle s’intéresse peu à la culpabilité et à l’innocence, mais beaucoup à l’honneur et à la honte : « qu’est-ce que les gens vont penser ? Tu ne peux pas sortir comme ça ! Comment pourras-tu les regarder en face à nouveau ? Tu devrais avoir honte ! »

La croix, qui prend en charge notre culpabilité, s’occupe aussi de notre honte. Quelle bonne nouvelle !

L’avocat examine les preuves. Une fois les faits établis et le cas réglé, la perception des gens importe peu. La grand-mère, par contre, se soucie grandement de la perception des autres. D’ailleurs, c’est ce qui motive ses décisions. Qu’en penseront les voisins ? Serais-je honorée ou humiliée ?

La croix et la honte

La croix, qui prend en charge notre culpabilité, s’occupe aussi de notre honte. Quelle bonne nouvelle ! Si personne ne vous l’a jamais expliquée, permettez-moi de le faire.

La culpabilité et la honte sont des expériences connexes, mais non identiques. Vous pouvez ressentir ou non la culpabilité. Vous pouvez être coupable sans ressentir de culpabilité, tout comme vous pouvez ressentir de la culpabilité sans être coupable. Un criminel peut sortir de la cour avec un verdict de culpabilité et pourtant avoir un désir de provoquer, un sentiment d’indifférence ou un sourire aux lèvres. À l’inverse, une personne au grand cœur peut ressentir des sentiments de culpabilité pour de simples erreurs ou pour rien du tout. Toutes nos consciences sont des systèmes d’alarme défectueux qui sonnent parfois la cloche pour un rien et qui parfois ne nous alertent pas d’un problème majeur.

La honte est plutôt subjective. Nous ressentons la honte dans toute notre personne. La culpabilité dit : « j’ai fait la mauvaise chose ». Tandis que la honte dit : « je suis la mauvaise personne. » La culpabilité a la capacité de se concentrer sur un évènement ou un geste précis, mais la honte prend le contrôle de notre perception de nous-mêmes.

La culpabilité est une expérience personnelle. Un jeune garçon peut tuer une grenouille pour s’amuser, puis se sentir terriblement mal sans que personne ne soit intervenu ou n’ait même été présent. Mais la honte est une expérience sociale. Elle est déclenchée par l’opinion des autres. Elle est liée à notre réputation. Être rabaissé ou méprisé publiquement c’est d’être humilié. Même lorsque la honte est personnelle, nous nous créons une communauté et parlons de nous-mêmes à la troisième personne : « j’ai honte de moi-même. » Un groupe de deux misérable : moi et ma personne sur laquelle j’amasse ma honte.

L’innocence est l’opposé de la culpabilité comme l’honneur est le contraire de la honte. Et, l’honneur, comme la honte, peut nous être attribué par les autres.

Depuis la parution de l’œuvre anthropologique de Ruth Benedict, la culture occidentale est communément identifiée comme une culture qui se définit en termes de culpabilité et d’innocence, alors que les autres cultures sont définies en termes d’honneur et de honte. La vérité, évidemment, n’est pas si simple. Toutefois, de manière générale, cette vision est plutôt vraie, du moins depuis le siècle des Lumières. Dans l’ouest, nous entendons plus souvent la voix de l’avocat. Nous sommes motivés par notre conscience individuelle. Nous cherchons l’innocence pour éviter la culpabilité. Dans les autres cultures, les gens sont plutôt motivés par la voix collective, la voix de la grand-mère, qui les pousse à chercher l’honneur et à éviter la honte.

Avec la montée des réseaux sociaux, de la culture du bannissement et de l’humiliation publique, grand-mère fait un retour marqué. Et, elle est mécontente.

Bien sûr, le sentiment de culpabilité n’est pas étranger aux autres cultures, tout comme la honte est connue des Occidentaux. Tout est une question de degré. Mais pour une raison quelconque, la croix et la honte ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent. La Bible, de manière générale, et la croix plus particulièrement, en ont long à dire à propos de la honte. Nous mettons peu l’accent sur l’un des résultats de la croix. Avec la montée des réseaux sociaux, de la culture du bannissement et de l’humiliation publique, grand-mère fait un retour marqué. Et, elle est mécontente. Nous devons savoir comment la croix remédie à notre honte.

La honte dans la Bible

La honte, faut-il le souligner, est présente dans les Écritures et comme la culpabilité, elle peut constituer une réaction appropriée et utile. La honte donne le droit de vote au reste de la communauté sur mes actions. Les sociopathes sont les seuls qui ne ressentent jamais de honte. Habituellement, nous ne voulons pas d’une personne complètement insensible au jugement de la communauté comme dirigeant de notre pays, comme enseignant pour nos enfants ou comme accompagnateur pour nos vacances d’été. La honte peut s’avérer bénéfique.

Ou du moins, elle peut être une bonne chose dans un monde déchu. Dans le jardin, Adam et Ève étaient nus et n’en avaient pas honte. Ils n’étaient ni gênés ni en danger. Ils n’anticipaient aucun rejet, aucune moquerie et aucun jugement de la part de celui à qui ils étaient exposés. La honte est bonne dans le sens où les verrous sont bons pour nos portes et la présence policière est bonne pour nos rues. La honte (ainsi que les verrous de porte et les policiers) était absente du jardin. Elle sera aussi absente de la nouvelle création. Elle est une caractéristique purement liée à la chute.

L’humiliation de Jésus

Jésus a, lui aussi, connu cette expérience humaine. Bien qu’il n’ait jamais internalisé le mépris des autres et qu’il n’ait jamais eu honte, il a sans aucun doute été humilié. Profondément. Intensément.

Si vous voyez le monde à travers la lentille de la culpabilité et de l’innocence, vous pouvez passer à côté de l’aspect de la honte de la crucifixion de Jésus. Réfléchissez à l’évènement en soi. On a craché sur Jésus (Mt 26.67), frappé sa tête et son visage (Mt 26.67), déchiré ses vêtements (Mt 27.28), on l’a insulté et ridiculisé verbalement (Mt 27.28-29). Aucune de ces actions n’était physiquement douloureuse. Le crachat ne cause pas de blessures, il cause l’humiliation. 

Jésus s’associait à des gens dont la honte était contagieuse

Jésus s’associait à des gens dont la honte était contagieuse : des femmes avec des pertes de sang, des collecteurs d’impôts, des prostituées, des non-juifs et ainsi de suite. Ces gens portaient atteinte à votre réputation.

Pourtant, dans le cas de Jésus, la contagion semblait inversée. Ils n’apportaient pas la honte sur Jésus, mais Jésus leur apportait l’honneur :

  • La femme avec la perte de sang est guérie et Jésus l’appelle sa fille (Marc 5.25-29) ;
  • Zachée est présenté à la communauté comme « un fils d’Abraham » (Luc19.9) ;
  • Le fils prodigue est accueilli à nouveau dans sa famille (Luc 15.21-32).

Cependant, lors de la crucifixion, c’est le contraire qui se produit : Jésus, qui a fait passer tant de gens de la honte à l’honneur, est lui-même humilié, ridiculisé, rabaissé et déshonoré.

Échange : Jésus prend notre honte et nous donne son honneur

Jésus a porté notre honte. Il l’a prise et nous a remis son honneur en échange. Lui qui ne connaissait pas la honte a porté notre honte afin qu’en lui nous puissions devenir les honorés de Dieu.

Théologiquement, cette vérité est nécessaire. Comme les pères de l’Église ne se lassaient pas de nous le rappeler, ce que Jésus n’a pas revêtu, il ne le guérit pas. Jésus est venu pour renverser la malédiction de la chute. Il l’a fait en entrant dans cette malédiction, en la prenant sur lui, non seulement en partie, mais en entier.

Comme nous pouvons lire dans Hébreux :

… Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. (Hébreux 13.12-13)

Jésus a souffert « hors de la porte ». C’est-à-dire que sa souffrance comportait l’exclusion de ceux qui étaient estimés par la communauté. Il a porté notre déshonneur pour nous rendre saints. Mais, nous sommes encouragés à « aller à lui, hors du camp, portant son opprobre. »

Jésus a souffert « hors de la porte ». Il a porté notre déshonneur pour nous rendre saints.

Lorsque nous sommes solidaires avec les enfants de Dieu dans leur humiliation, lorsque nous laissons notre réputation être affectée par notre refus de les renier, nous portons la honte pour Christ.

Pensez à l’enfant rejeté à l’école secondaire pour sa prise de position courageuse (bien que maladroite) pour Jésus. Ou encore à la directrice générale qui perd son poste sur le conseil de direction parce qu’elle fait partie d’une Église locale. Ou l’enseignant qui est ostracisé dans sa communauté parce qu’il refuse de porter une épinglette arc-en-ciel pour le mois de la fierté. Dans ces situations, nous avons le choix : nous tenir avec notre sœur ou notre frère et voir notre réputation en prendre un coup ou prendre nos distances et avoir honte de Jésus.

Trajectoire : Jésus défriche le chemin qui mène de la honte à la gloire

Finalement, lorsqu’il est question de honte, Jésus ouvre la voie pour nous : le chemin qui mène de la honte à l’honneur, le chemin qu’il nous invite à prendre :

L’auteur de l’épitre aux Hébreux nous encourage à fixer les yeux sur Jésus, à l’appeler…

… Jésus, qui suscite la foi et la mène à la perfection ; en échange de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. Considérez, en effet, celui qui a supporté contre sa personne une telle opposition de la part des pécheurs, afin que vous ne vous lassiez point, l’âme découragée. (Hébreux 12.2-3)

Jésus a pu endurer la croix à cause de la joie devant lui. Qu’endurait-il ? En particulier, la honte de la croix. Et pourtant, il a été capable d’endurer la honte en vue de la joie devant lui. Jésus n’a pas pris plaisir à la honte (qui pourrait ?). Mais la gloire et l’honneur de l’autre côté de la honte lui permettaient de persévérer.

En ce sens, Jésus est notre pionnier. Sachant qu’il est passé de la honte à la joie nous aide à voir l’issue lorsque nous vivons des épreuves similaires. Il a tracé le chemin en V de la croix de la honte à l’honneur. L’apôtre Pierre apporte un argument semblable :

Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. Que personne d’entre vous, en effet, ne souffre comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou pour s’être ingéré dans les affaires d’autrui. Mais si quelqu’un souffre comme chrétien, qu’il n’en ait point honte, et que plutôt il glorifie Dieu à cause de ce nom. (1 Pierre 4.14-16)

La souffrance du chrétien (que Pierre distingue clairement de la souffrance de l’imbécile) est, en fait, un honneur, une gloire pour nous, parce que nous portons le nom de Christ. Elle démontre que nous suivons la même trajectoire que Christ en attendant la couronne de gloire (1 Pierre 5.4) et en croyant que la main puissante de Dieu nous élèvera au moment opportun (1 Pierre 5.6).

Conclusion

Dans notre culture, nous ne trouvons rien de positif aux moments de honte, mais nous considérons la stratégie de l’humiliation comme puissante, utile et (un merci spécial aux réseaux sociaux) facile à mettre en place. L’humiliation est partout. [1] La grand-mère est de retour. La honte peut être utile. Elle peut nous signaler des éléments qui doivent changer. Toutefois, il nous est seulement possible d’entendre les mots de l’honneur de l’autre côté de la honte par le biais de la croix. Seulement par la mort de Jésus pouvons-nous nous tenir devant Dieu, sachant que Jésus n’a pas honte de nous, mais qu’il nous honore devant le Père entant que ses frères et sœurs.

 

Cet extrait est tiré du livre de Rory qui sera publié bientôt : Forgiven Forever (Pardonné pour toujours). Lisez un autre passage sur la question de la substitution pénale ici.

[1] Pour une excellente discussion sur le sujet de la honte, incluant la montée de l’humiliation comme pratique culturelle acceptée, voir For Shame : Rediscovering the Virtues of a Maligned Emotion de Gregg Ten Elshof.

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