Quelques questions à Matthieu Sanders à propos de son livre “Peut-on croire à la résurrection de Jésus ?” :
- Pourquoi avoir écrit le livre « Peut-on croire à la résurrection de Jésus » ?
- Le philosophe athée Michel Onfray prétend que la résurrection de Jésus s’inspire des mythes antiques. Qu’en dis-tu ?
- Les récits de la résurrection dans les différents évangiles ne se contredisent-ils pas ?
- En quoi est-ce significatif que les premiers témoins de la Résurrection aient été des femmes ?
- Les disciples avaient-ils un profit à tirer de l’histoire de la résurrection ?
Transcription
Cette transcription a été réalisée de manière automatique.
[Musique] Bonjour, peux-tu te présenter ?
Oui, je suis pasteur à Paris depuis 15 ans et je suis chargé de cours dans deux instituts de formation théologique, l’Institut biblique de Nogent et la faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine.
Sur un plan plus personnel, je suis marié et père de trois enfants.
Pourquoi avoir écrit le livre « Peut-on croire à la résurrection de Jésus » ?
Le sujet de la résurrection de Jésus, c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur depuis longtemps, parce que c’est, à mon sens, la question décisive concernant la fiabilité des convictions chrétiennes, si vous enlevez la résurrection, en fait, toute la foi chrétienne s’écoule.
D’ailleurs, c’est précisément ce que dit l’apôtre Paul, lorsqu’il écrit dans sa première lettre aux Corinthiens, que si le Christ n’est pas ressuscité, leur foi, la foi des Corinthiens, et d’ailleurs celle de Paul lui-même, est vaine, et ils sont même les plus malheureux de tous les hommes, puisqu’ils ont placé toute leur confiance et bâti leur vie sur une illusion.
En revanche, si Jésus-Christ est bien ressuscité, au-delà de la portée immense de l’événement en tant que tel, il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, cela accrédite également ce que les Évangiles nous rapportent de lui, cela témoigne en faveur de la fiabilité des écrits du Nouveau Testament plus largement.
Si Jésus n’est pas ressuscité, les auteurs de ces textes, qui se présentent pour certains d’entre eux comme témoins oculaires de la résurrection de Jésus, si il n’est pas ressuscité, ce sont des affabulateurs, et on voit mal pourquoi il faudrait prendre quoi que ce soit au sérieux de cette foi en Jésus qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans le monde entier, en quelques décennies seulement.
En revanche, s’ils disent vrai, alors on voit mal quel message pourrait être plus important que celui-là.
Donc il me semble que la question de l’historicité de la résurrection de Jésus nous place face à une alternative, soit on peut en finir une bonne fois avec le christianisme, ou soit il faut prendre la foi chrétienne au contraire très au sérieux.
Et rien que le poids de l’héritage chrétien dans notre histoire et dans notre culture justifie, il me semble, qu’on se penche au moins une fois dans sa vie sur cette question.
Mais au-delà des questions historiques et sociétales, je crois qu’il y a des raisons bien plus fondamentales, des raisons personnelles et existentielles de s’y pencher.
Le philosophe athée Michel Onfray prétend que la résurrection de Jésus s’inspire des mythes antiques. Qu’en dis-tu ?
Avec tout le talent qu’on peut reconnaître à Onfray en tant que philosophe, essayiste, chroniqueur, etc., il n’est pas historien et encore moins spécialiste du temps de Jésus et n’a vraiment pas de crédibilité sur cette question.
Aucun historien sérieux, indépendamment de toute conviction religieuse, ne reprend cette hypothèse.
Beaucoup d’historiens diraient certes qu’il y a un écart entre la réalité historique de Jésus de Nazareth et ce que le Nouveau Testament dit à son propos, que selon eux, les récits mythiques se sont superposés sur un fondement historique.
Ce n’est pas ce que je pense, mais c’est ce que beaucoup d’historiens diraient.
Mais l’existence même d’un Jésus de Nazareth historique ne fait pas sérieusement débat.
Et pour être franc, lorsque Michel Onfray parle de Jésus et du christianisme, il dit beaucoup de bêtises.
Par exemple, il affirme dans son traité d’athéologie qu’on ne voit jamais Jésus manger dans les Évangiles.
C’est une erreur grossière, puisqu’au contraire, on voit Jésus plusieurs fois à table dans les Évangiles, et on apprend même qu’il était accusé par ses adversaires d’être un glouton et un buveur.
Il suffit de lire quelques pages d’un des quatre évangiles pour démentir cette affirmation.
Donc soit Onfray n’a même pas lu les textes à propos desquels il se pose, sinon en expert, du moins en connaisseur, soit il est d’une mauvaise foi spectaculaire.
Je ne suis pas contre, écoutez, Onfray sur d’autres sujets éventuellement, mais face à de telles énormités, et il y en a d’autres, je ne suis pas certain qu’on puisse le prendre au sérieux sur ce thème de l’historicité de Jésus.
Les récits de la résurrection dans les différents évangiles ne se contredisent-ils pas ?
C’est vrai qu’une lecture superficielle peut donner cette impression, mais en réalité, les contradictions apparentes entre les récits disparaissent pour l’essentiel lorsqu’on les considère tous ensemble, lorsqu’on considère les récits tous ensemble.
Donc je donne un exemple.
Matthieu se focalise sur une apparition du Ressuscité en Galilée, sur une montagne en Galilée, dit-il.
Luc, à l’inverse, ne parle que de plusieurs apparitions à Jérusalem, donc dans une toute autre région.
Et donc à première vue, on peut avoir l’impression d’une contradiction où Luc situerait la résurrection à Jérusalem, tandis que Matthieu la situerait en Galilée, ce qui n’est pas rien comme différence.
Mais dans l’évangile de Jean, il est question d’apparitions dans les deux régions, à Jérusalem d’abord, puis en Galilée.
Et lorsqu’on lit le début du livre des Actes, qui est écrit par le même auteur que l’évangile de Luc, on apprend que Jésus est apparu à de nombreuses reprises à ses disciples pendant 40 jours, ce qui laisse largement le temps pour des rencontres avec Jésus dans les deux régions.
Un autre exemple, Jean, dans son évangile, ne nous parle que d’une seule femme qui a rencontré le Ressuscité, Marie de Magdala ou Marie-Madeleine, mais il sous-entend par une petite tournure de phrase qu’elle n’était pas seule.
Matthieu, Marc et Luc nous parlent, eux, de plusieurs femmes, alors ce n’est pas exactement la même liste, mais en tout cas, il y a Marie de Magdala dedans, et puis ils ajoutent les uns et les autres certains noms.
Donc il est tout à fait raisonnable de penser que Jean a choisi de se focaliser sur une femme témoin, Marie de Magdala, tandis que les autres auteurs nous dressent de façon plus ou moins complète la liste des femmes présentes.
Il est possible aussi qu’il y ait eu deux visites différentes au tombeau.
En tout cas, voilà deux exemples où d’apparentes contradictions s’estompent lorsqu’on compare vraiment l’ensemble des récits.
Alors, je ne prétends pas qu’il n’y ait aucun point qui ne soit pas en tension entre les récits, notamment dans la séquence des événements.
Par exemple, est-ce que les femmes ont vu Jésus dès leur première visite au tombeau, ou est-ce qu’elles sont retournées d’abord voir les hommes d’ici pour leur dire qu’elles avaient trouvé le tombeau vide ?
Selon les récits, selon les évangiles, les choses ne sont pas racontées tout à fait pareilles.
Mais il n’y a pas d’obstacle insurmontable à la cohérence des récits.
On peut penser par exemple que l’évangéliste Matthieu a pris la liberté de condenser en une visite au tombeau ce qui correspondait en réalité à deux visites.
Il a pris cette liberté en tant qu’auteur de condenser en un récit deux visites différentes, là où Luc va être plus précis pour raconter la séquence des événements.
Plus largement, il est flagrant que les récits de la résurrection ont été écrits indépendamment les uns des autres, ce qui tend en fait à accréditer leur fiabilité.
Ils auraient pu se copier les uns les autres, ils ne le font manifestement pas.
Ça accrédite leur fiabilité, d’autant plus qu’ils convergent sur les points essentiels.
Donc, ce qu’on peut dire, c’est que nous n’avons pas toutes les informations pour avoir une séquence parfaitement exacte de la manière dont les choses se sont déroulées, pour pouvoir harmoniser parfaitement les récits.
Mais ce n’est pas que nous avons des contradictions insurmontables, c’est plutôt que nous n’avons pas toutes les informations et qu’il y a donc des zones d’ombre en quelque sorte.
Mais il n’y a aucune raison de penser que ces récits ne peuvent pas rapporter le même événement et ne sont pas harmonisables.
En quoi est-ce significatif que les premiers témoins de la Résurrection aient été des femmes ?
C’est significatif d’un point de vue spirituel et théologique, bien sûr, parce que ça montre que Jésus considérait les femmes comme des disciples tout aussi fiables et crédibles que les hommes.
Et il leur fait l’honneur d’être première témoin du tombeau vide, en tout cas, et les charge d’annoncer la bonne nouvelle aux hommes avant de les rencontrer à leur tour.
Alors que dans le contexte culturel de l’époque, on aurait clairement imaginé l’inverse, que ce soit les hommes qui voient d’abord le tombeau vide, le ressuscité, et qui à un moment donné racontent ça à leurs femmes ou à leurs sœurs, mais on aurait vraiment imaginé l’inverse, alors que là, ce sont les femmes qui sont vraiment aux premières logements.
Donc, il y a bien sûr des choses à dire d’un point de vue théologique, d’un point de vue spirituel, mais en lien avec l’historicité de l’événement, c’est significatif parce que c’est quelque chose qui n’aurait jamais été inventé.
Des conteurs de légendes n’auraient jamais choisi, dans le contexte de l’époque, de placer des femmes comme premiers témoins de la résurrection, parce que les femmes n’étaient pas considérées comme des témoins fiables.
Leurs témoignages, notamment, n’étaient pas jugés recevables dans les tribunaux de l’époque, et ça c’était vrai à la fois dans le monde juif et dans le monde gréco-romain.
Des gens qui auraient voulu inventer une histoire et la faire croire à leurs contemporains n’auraient jamais placé des femmes délibérément comme premiers témoins sur la scène.
Au moins, un texte d’ailleurs du siècle suivant nous montre que c’est un aspect qui était ressenti parfois comme une difficulté.
Il y avait des détracteurs du christianisme qui accusaient les chrétiens de baser leur foi sur des témoignages de femmes.
Donc c’est quelque chose qu’on n’aurait pas inventé à l’époque.
Et pourtant, les quatre récits des évangiles, écrits, on l’a vu, indépendamment les uns des autres, nous disent la même chose.
Ce sont des femmes qui sont arrivées les premières sur la scène, ce sont des femmes qui ont entendu en premier la nouvelle devant le tombeau vide, et dans deux des quatre évangiles, ce sont même elles qui rencontrent en premier le ressuscité.
Les disciples avaient-ils un profit à tirer de l’histoire de la résurrection ?
Absolument pas.
D’abord parce que leurs récits ne correspondaient pas du tout aux attentes religieuses de l’époque.
S’ils avaient voulu trouver un moyen de faire perdurer l’enseignement de Jésus, ou même d’affermir leur crédibilité en tant que tenant d’une nouvelle école de pensée au sein du judaïsme ou je ne sais quoi, ils avaient d’autres options qui auraient été jugées bien plus crédibles et satisfaisantes par leur auditoire.
Ils auraient pu dire par exemple qu’ils avaient eu une vision de Jésus dans sa gloire, ou qu’ils auraient pu dire que Jésus allait ressusciter à la fin des temps.
Parce que dans le judaïsme de l’époque, la résurrection était considérée comme un événement qui aurait lieu à la fin des temps et qui inclurait tout le peuple d’Israël.
C’est une notion qui était exclusivement liée à la fin de l’histoire.
Et donc l’idée qu’un homme fut-il, le Messie, puisse ressusciter seul dans un monde qui par ailleurs ne changeait pas, où la mort, la souffrance, l’oppression romaine, etc. demeuraient d’actualité, c’était totalement étranger à la pensée juive de l’époque.
Et ça pouvait même paraître un peu ridicule.
Tu parles d’un événement et tu parles d’un Messie.
Le monde n’a pas changé, la mort continue à régner sur l’humanité, les Romains sont toujours là, la belle affaire.
En plus de cela, les disciples ont diffusé ce message en situation de minorité et de faiblesse.
Ils ont été très rapidement persécutés.
Et d’ailleurs plusieurs de ceux qui affirmaient avoir été témoins oculaires de l’événement ont été exécutés.
Je vais citer un exemple, mais que je trouve frappant.
C’est une source non chrétienne, l’historien judéo-romain Flavius Joseph, qui mentionne l’exécution de Jacques, frère de Jésus, l’un des responsables de l’église de Jérusalem.
Or, les écrits du Nouveau Testament nous parlent également de Jacques, frère de Jésus, responsable de l’église de Jérusalem.
Voilà donc quelqu’un qui a grandi avec Jésus, qui a été l’un des proclamateurs, l’un des témoins de sa résurrection, c’est ainsi qu’il est présenté, qui a été l’un des proclamateurs de sa résurrection et qui est allé jusqu’à se faire exécuter plutôt que de renier son témoignage.
Et on peut dire la même chose de Pierre, on peut dire la même chose de Paul, qui affirme avoir rencontré également le Christ ressuscité.
Alors bien sûr, on me répondra que l’histoire montre amplement que des personnes ont été prêtes à mourir pour des causes douteuses, et c’est tout à fait vrai.
Mais c’est une chose de mourir pour une philosophie ou une religion dont on est intimement convaincu, c’est autre chose de mourir en affirmant qu’on a été témoin d’un événement et qu’on refuse de le nier, même sous la menace, et même face à la mort.
Ce qui précisément définissait les tout premiers chrétiens, c’est qu’ils affirmaient que Jésus est ressuscité.
La foi chrétienne repose sur des témoignages oculaires, sur une multiplicité de témoignages oculaires.
L’apôtre Paul parle d’environ 500 témoins et signale d’ailleurs au moment où il les cite que la plupart sont encore en vie.
Et donc ce que j’essaye de montrer dans mon petit livre, c’est que plus on se penche sur la question de l’historicité de la résurrection de Jésus, plus il devient difficile de simplement dire, comme le font beaucoup, que c’est une légende naïve, sans doute bien intentionnée, on peut retenir des choses intéressantes de Jésus sans pour autant croire cette légende.
Cette affirmation semble pleine de bon sens moderne en surface, mais plus on l’examine face au récit, moins elle tient la route.
On aboutit, lorsqu’on creuse les récits, on aboutit me semble-t-il à un choix entre soit une conspiration extrêmement bizarre et dont on voit mal quel serait l’objectif, ou des témoignages sincères de personnes qui affirment, au prix de leur vie, avoir rencontré Jésus ressuscité, et qui pour l’essentiel disent les mêmes choses, qui étaient pourtant des choses tout à fait contre-intuitives dans le contexte de l’époque.
[Musique]
Matt Moury est diplômé de la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine. Il a oeuvré pour une organisation étudiante missionnaire, Friends International, en Angleterre. Missionnaire soutenu par une Église anglicane évangélique, Christ Church Cambridge, il est pasteur de l’Église protestante baptiste d’Argenteuil.
Matthieu Sanders est diplômé en sciences politiques et en théologie, et pasteur de l’Eglise baptiste de Paris-Centre (Association baptiste). Il est également professeur associé à l’Institut Biblique de Nogent, où il donne des cours de Nouveau Testament, et chargé de cours à la Faculté Libre de Théologie Évangélique à Vaux-sur-Seine (en Nouveau Testament et homilétique). Matthieu est l’auteur de deux ouvrages, une Introduction à l’herméneutique biblique parue en 2015 (éd. Edifac) et un petit commentaire sur les paraboles du Royaume, La pédagogie saisissante de Jésus, (éd. PBU/Farel) dont la parution est prévue courant juin 2021. Matthieu vit à Paris avec son épouse Talia et leurs trois enfants.

