L’espérance messianique
Définition
Au cœur de l’Ancien Testament se trouve l’attente que Dieu envoie un roi unique, associé à la dynastie davidique, qui apportera la bénédiction de Dieu aux nations du monde. Il va sacrifier sa vie de façon significative pour expier les péchés des autres.
Résumé
Dès le livre de la Genèse, Dieu laisse entendre que son plan pour racheter le monde des conséquences de la désobéissance d’Adam et Ève sera centré sur l’un des descendants d’Ève, qui renversera l’ennemi de Dieu, le serpent, identifié ailleurs dans la Bible comme le diable ou Satan. Cet espoir est ensuite lié à Abraham, avec l’attente suivante : un de ses descendants sera un roi, par lequel toutes les nations de la terre seront bénies. Le chemin vers l’accomplissement de ces promesses mène finalement à la dynastie davidique. À travers David et son fils Salomon, Dieu établit Jérusalem comme sa ville sainte dans laquelle il réside, parmi son peuple. Lorsque les rois davidiques suivants ne font pas pleinement confiance à Dieu, divers prophètes prédisent que Dieu suscitera un roi davidique juste. Son règne sera caractérisé par la justice, la paix et la prospérité. En tant que vice-roi de Dieu, le roi davidique promis rachètera les autres en sacrifiant sa vie pour expier leurs péchés. Bien que la destruction de Jérusalem par les Babyloniens en 586 avant J.-C. mette fin au règne des rois davidiques à Jérusalem, Dieu laisse entendre par l’intermédiaire de ses prophètes qu’il enverra un nouveau roi davidique. Les attentes des Juifs concernant ce roi promis par Dieu sont très répandues au Ier siècle après J.-C. À ce stade, le terme « Messie », qui signifie « oint », est utilisé parallèlement à d’autres titres pour désigner ce roi promis.
Dans son récit « soigneusement informé » adressé à Théophile, Luc décrit comment Jésus, nouveau-né, fut amené par ses parents au temple de Jérusalem. Ils y rencontrèrent un homme « juste et pieux » appelé Siméon, à qui le Saint-Esprit avait révélé qu’il « ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie du Seigneur » (Luc 2:26). Luc présente ensuite une prophétesse âgée de quatre-vingt-quatre ans, Anne, qui, en voyant Jésus, « se mit à remercier Dieu » et à parler de « l’enfant à tous ceux qui attendent la libération de Jérusalem » (Luc 2:38, BFC).
Luc intègre ces détails pour mettre en évidence un thème récurrent dans son évangile : Jésus répond à l’attente suivante : Dieu va envoyer un roi qui sera le sauveur du monde. Cette espérance est centrée sur un roi unique, appelé le Christ du Seigneur ou le Messie. Le terme grec christos et le terme hébreu māšîaḥ, dont sont dérivés les mots ‘Christ’ et ‘Messie’, signifient tous deux « l’oint » (voir Jésus comme Messie). Dans l’Ancien Testament, l’onction est le plus souvent liée à la désignation faite par Dieu d’un individu qui règnera en tant que roi (par exemple, 1 Sam 10 : 1 ; 1 Sam 16 : 13). Il en va de même dans le Nouveau Testament et dans les textes juifs de la même période[1].
Si les Évangiles montrent clairement que certains contemporains de Jésus croyaient que Dieu enverrait un Oint/Christ/Messie, les opinions divergeaient quant à ce que cela impliquerait. La plupart s’attendaient à ce que le roi à venir rétablisse Israël en tant que nation indépendante, chassant les Romains de Palestine. Jésus, cependant, n’a pas répondu à leurs attentes, surtout lorsqu’il a été exécuté par les Romains sur une croix.
La mort de l’Oint/Christ/Messie est présentée dans le Nouveau Testament comme ayant des conséquences rédemptrices importantes, tout en répondant aux attentes de l’Ancien Testament. Luc rapporte comment Jésus a insisté sur ce point lorsqu’il s’est entretenu avec un couple sur la route d’Emmaüs. Lorsqu’ils ont révélé qu’ils espéraient que Jésus serait « lui qui délivrerait Israël » (Luc 24 :21), Jésus a répondu :
« O hommes sans intelligence, et dont le coeur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Luc 24 :25-27)
Après ceci, Luc fait la description de comment Jésus a rejoint les onze apôtres à Jérusalem. Voici ce qu’il écrit :
Puis il (Jésus) leur dit : « C’est ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous : il fallait que s’accomplisse tout ce qui est écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. » Alors il leur ouvrit l’intelligence afin qu’ils comprennent les Écritures et il leur dit : « Ainsi, il était écrit [– et il fallait que cela arrive –] que le Messie souffrirait et qu’il ressusciterait le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. » (Luc 24.44-47)
Lors des rencontres qui ont suivi sa résurrection, Jésus a fait référence à ce qui était écrit dans l’Ancien Testament au sujet du Christ ou du Messie.
Attentes associées à la lignée de David
Au cœur de l’espérance messianique reflétée dans le Nouveau Testament se trouve l’attente d’un roi lié à la dynastie davidique. L’Oint/Christ/Messie serait un « fils de David ». Les fondements de cette attente sont fermement ancrés dans l’Ancien Testament, où la dynastie davidique occupe une place centrale dans l’histoire des relations entre Dieu et la nation d’Israël. David est le premier à avoir fondé une dynastie royale en Israël grâce à sa descendance. Choisi par Dieu, David est oint par le prophète Samuel (1 Sam 16 : 1-13). Il unit ensuite les tribus d’Israël, s’empare de Jérusalem et en fait sa capitale (2 Sam 5 : 1-12). Il transfère l’arche de l’alliance, le marchepied du trône céleste de Dieu, à Jérusalem, établissant ainsi cette ville comme la ville de Dieu (2 Samuel 6 :1-15). Lorsque David exprime le désir de construire une maison/un temple pour Dieu à Jérusalem, Dieu s’engage à établir la maison/la dynastie de David pour toujours (2 Sam 7 : 1-29)[2]. Par la suite, le fils de David, Salomon, construit un temple pour Dieu à Jérusalem, confirmant le lien spécial qui existe entre Dieu, Jérusalem/Sion et la dynastie davidique (1 Rois 6 : 1-8, 66). Lorsque le royaume est divisé après le règne de Salomon, la dynastie davidique continue de régner sur Juda pendant plusieurs siècles. En revanche, diverses dynasties se succèdent dans le royaume du nord d’Israël.
L’engagement de Dieu envers David joue un rôle important dans la préservation de l’avenir de la dynastie davidique. Toutefois, cet engagement ne fait pas l’économie d’un châtiment divin qui s’abat sur les rois davidiques qui abandonnent Dieu et méprisent l’alliance du Sinaï. Au bout du compte, Dieu envoie les Babyloniens punir les habitants de Jérusalem, ce qui entraîne la chute de la dynastie davidique, la destruction du temple de Jérusalem et des murs de la ville.
Alors que ces événements tragiques ont conduit le peuple de Juda à croire que Dieu avait renoncé à son engagement envers David, les prophètes ont laissé entendre, avant et après la chute de Jérusalem, que Dieu tiendrait la promesse qu’il avait faite à David par l’intermédiaire d’un futur roi qui régnerait avec justice et droiture.
C’est dans le livre d’Ésaïe que s’exprime le plus pleinement cet espoir davidique dans la période pré-exil. Évoquant la corruption de la monarchie davidique sous les règnes d’Achaz et d’Ézéchias dans les dernières décennies du VIIIe siècle avant J.-C., Ésaïe annonce :
En effet, un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et la souveraineté reposera sur son épaule ; on l’appellera merveilleux conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Etendre la souveraineté, donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l’affermir et le soutenir par le droit et par la justice, dès maintenant et pour toujours : voilà ce que fera le zèle de l’Eternel, le maître de l’univers. (Ésaïe 9 : 5,6)
La promesse de ce futur roi revêtu de justice contraste fortement avec les rois davidiques corrompus qui régnaient à l’époque d’Ésaïe. Dans une autre prophétie, Ésaïe annonce :
Puis un rameau poussera de la souche d’Isaï, un rejeton de ses racines portera du fruit. L’Esprit de l’Eternel reposera sur lui : Esprit de sagesse et de discernement, Esprit de conseil et de puissance, Esprit de connaissance et de crainte de l’Eternel. Il prendra plaisir dans la crainte de l’Eternel. Il ne jugera pas sur l’apparence, n’adressera pas de reproches sur la base d’un ouï-dire. Au contraire, il jugera les faibles avec justice et corrigera les malheureux de la terre avec droiture. Il frappera la terre par sa parole comme par un coup de bâton, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera comme une ceinture autour de sa taille, et la fidélité comme une ceinture sur ses hanches. (Ésaïe 11 :1-5)
La référence d’Ésaïe à « un rameau issu de la souche d’Isaï » annonce un nouveau départ pour la dynastie davidique qui a été abattue (cf. Amos 9 : 11-13). Au-delà du châtiment, le prophète Ésaïe anticipe un roi davidique radicalement différent et meilleur. Ces oracles prophétiques fournissent des raisons de croire qu’à l’avenir, Dieu susciterait un roi davidique unique[3].
Dans le livre d’Ésaïe, le manque de confiance totale en Dieu des rois davidiques de la fin du VIIIe siècle avant J.-C. est mis en contraste avec l’obéissance d’un individu désigné comme « le serviteur du Seigneur ». Cet individu est présenté dans une série de chants qui culminent au chapitre 53 avec le serviteur, qui est irréprochable, offrant sa vie pour expier les péchés des autres[4]. Bien que le serviteur ne soit jamais directement qualifié de roi, divers facteurs vont dans ce sens[5]. Dieu déclare qu’il fera du serviteur « la lumière des nations » afin que son salut atteigne « les extrémités de la terre » (Ésaïe 49:6 ; cf. Ésaïe 42 :6-7). Il est important de noter que l’obéissance du serviteur à Yahweh est cruciale pour réussir à établir la nouvelle Jérusalem qui est chère à Dieu. Alors que les rois davidiques du VIIIe siècle avant J.-C. sont tenus pour responsables du rejet de Jérusalem par Dieu et de sa destruction ultérieure par les Babyloniens, le serviteur souffrant du Seigneur joue un rôle essentiel dans les desseins rédempteurs de Dieu pour Jérusalem et pour les nations[6].
Au cours de la période post-exil, alors qu’aucun roi davidique ne régnait à Jérusalem, l’espoir d’une restauration de la dynastie davidique se reflète subtilement de différentes manières dans les livres des Psaumes et des Chroniques.
Le livre des Psaumes, qui est une compilation post-exil de recueils plus courts de chants poétiques utilisés dans le culte public, met en avant la dynastie davidique. Il vaut la peine de le remarquer étant donné qu’il n’y a aucun souverain davidique dans la Judée post-exil. Au début du psautier, le psaume 2 souligne la relation particulière qui existe entre Dieu et son Oint. En tant que fils de Dieu, le roi possédera les nations comme son héritage. Le psaume 2 se termine en exhortant les rois et les souverains des autres nations à se soumettre au fils de Dieu, le roi. On trouve des attentes complémentaires dans le psaume 72, qui est une prière écrite par David concernant un futur monarque. Faisant écho au psaume 2, il parle de « tous les rois » et de « toutes les nations » soumis à un futur roi. Ce psaume anticipe un temps où le roi exercera une domination universelle, apportant la paix et la prospérité aux nécessiteux et aux opprimés.
L’engagement de Dieu envers David dans son alliance est mis en évidence dans le Psaume 89, qui commence par souligner comment Dieu a promis d’établir la descendance et le trône de David pour toujours. Ce thème est développé au fur et à mesure que le psaume progresse, mais il y a ensuite un revirement important. Les versets 39 à 46 se concentrent sur le rejet par Dieu du roi davidique, reflétant la réalité de ce qui s’est passé lorsque les Babyloniens ont attaqué et conquis Jérusalem. À la lumière de ce rejet, le psaume se termine par cette question : « Jusqu’à quand, Eternel, resteras-tu caché ? Jusqu’à quand ta fureur brûlera-t-elle comme le feu ? » (Psaume 89 : 47). Dans une dernière supplication, rappelant la promesse faite par Dieu à David, le psaume se termine ainsi :
Où sont, Seigneur, tes bontés d’autrefois, celles que, dans ta fidélité, tu avais promises par serment à David ? Souviens-toi, Seigneur, de la honte de tes serviteurs ! Souviens-toi que j’ai la charge de tous ces peuples nombreux ! Souviens-toi des insultes de tes ennemis, Eternel, de leurs insultes contre les pas de celui que tu as désigné par ton onction ! (Psaume 89 : 50-52)
Au-delà du psaume 89, le reste du psautier contient suffisamment de références à la dynastie davidique pour suggérer que le compilateur attendait avec impatience la restauration d’un roi davidique. Le ton positif du psaume 110, qui parle de Dieu promettant au roi davidique la victoire sur ses ennemis, faisant écho aux sentiments du psaume 2, semble déplacé dans le psautier, si le compilateur final ne croyait pas que Dieu rétablirait la dynastie davidique après l’exil. De même, dans l’ère post-exil, le psaume 132 donne des raisons de croire que Dieu fera « germer la corne de David » (v. 17)[7].
Le livre des Chroniques a été composé après l’exil. Les Chroniques, qui présentent certaines similitudes avec le livre des Rois, se distinguent par l’attention particulière qu’elles accordent à la monarchie davidique. Les Chroniques ignorent les rois du royaume d’Israël du nord. Tout ce que dit le chroniqueur repose sur l’espoir que la monarchie davidique sera rétablie. Les Chroniques soulignent le lien étroit entre le temple de Jérusalem et le monarque davidique, ce dernier étant responsable de la construction du premier. L’auteur des Chroniques laisse entendre que si le peuple se repent et prie dans le temple qui a été reconstruit, Dieu guérira leur terre en rétablissant la monarchie davidique. Ce thème est résumé dans la version du chroniqueur du règne du roi Manassé. Dans 2 Rois 21, les péchés de Manassé sont présentés comme étant en grande partie responsables de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Même les réformes de Josias ne suffisent pas à contrer la décision de Dieu de punir Jérusalem (2 Rois 23:24-27). Si le récit de la vie de Manassé dans les Chroniques n’efface pas les mauvaises actions de ce roi-là, il décrit son repentir et sa restauration sur le trône, après une période d’exil à Babylone (2 Chr 33 :1-20)[8]. L’auteur des Chroniques indique clairement que même le pire des rois davidiques peut être restauré s’il se repent sincèrement. À la lumière de cela, le peuple de Juda ne devrait pas écarter la possibilité que Dieu reste fidèle à son engagement envers David, en ce qui concerne un « fils de David » qui règnera à Jérusalem.
Attentes antérieures à la lignée de David
Il semble évident qu’il faut faire remonter les origines de l’espérance messianique à la promesse faite par Dieu à David, promesse d’une dynastie éternelle, mais il existe d’importantes attentes antérieures à David qui enrichissent considérablement notre compréhension de l’espérance messianique. Avant même la fondation de la dynastie davidique, il existait l’espérance que Dieu enverrait un roi, descendant d’Abraham, pour bénir les nations du monde.
Cet espoir a même des racines qui remontent encore plus loin, au jardin d’Éden et au jugement de Dieu concernant le serpent qui a trompé Adam et Ève. Dieu dit au serpent : « Puisque tu as fait cela, tu seras maudit parmi tout le bétail et tous les animaux sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci t’écrasera la tête et tu lui blesseras le talon. » (Genèse 3:14-15). La déclaration de Dieu selon laquelle un descendant de la femme vaincra le serpent marque le début de ce qui deviendra l’espoir messianique[9].
Les remarques que Dieu fait au serpent peuvent être interprétées de différentes manières, mais lorsqu’on les replace dans le contexte global de la Genèse, il apparaît clairement que celui qui vaincra le serpent sera un roi[10]. Derrière le refus d’Adam et Ève d’obéir à Dieu se cachait l’espoir qu’ils exerceraient leur autorité sur les autres créatures (Genèse 1:26, 28). En écoutant le serpent, ils ont trahi Dieu et ont placé une créature avant le Créateur[11]. À la lumière de leur action, ils ont perdu leur statut royal, eux qui étaient vice-gérants de Dieu. Dans cette optique, on pourrait s’attendre à ce que celui qui vaincra le serpent réussisse là où Adam et Ève ont échoué[12]. Cependant, bien que la promesse d’un souverain soit implicite dans la punition du serpent, cette victoire ne sera pas obtenue sans souffrance.
En s’appuyant sur cette déclaration importante, le reste de la Genèse s’intéresse particulièrement à l’identification du « tueur du serpent ». Après que Caïn a tué son frère Abel, plus juste que lui, la descendance de la femme a été liée à Seth (Genèse 4:25). Ses descendants sont retracés par une généalogie linéaire jusqu’à Noé (Genèse 5:3-32), qui se distingue des autres hommes par son caractère juste (Genèse 6:9). À partir de Noé, la descendance de la femme est retracée à travers Sem jusqu’à Abraham (Genèse 11:10-26). Il est significatif que l’histoire de la vie d’Abraham soit centrée sur la promesse de Dieu de bénir toutes les nations de la terre par l’intermédiaire d’un des descendants d’Abraham (Genèse 22:16-18). En concluant une alliance éternelle avec Abraham, Dieu promet que des rois descendront d’Abraham et de Sara (Genèse 17:6, 16)[13].
Au-delà d’Abraham, la Genèse retrace la lignée familiale jusqu’à Isaac, puis Jacob. Dans les deux cas, un frère aîné est écarté. Il est intéressant de noter qu’Ésaü méprise son droit d’aînesse et le vend à son jumeau cadet, Jacob, pour un plat de lentilles (Genèse 25:29-34). Bien que les actions de Jacob ne soient pas tout à fait honorables, il apprécie l’importance du droit d’aînesse et des promesses divines qui y sont associées. Plus tard, lorsque Isaac accorde la bénédiction de l’aîné à Jacob, qu’il a confondu avec son frère Ésaü, il déclare :
Que des peuples te soient asservis et que des nations se prosternent devant toi !
Sois le maître de tes frères et que les fils de ta mère se prosternent devant toi !
Maudits soient tous ceux qui te maudiront et bénis soient tous ceux qui te béniront. (Gen 27 :29)
Faisant écho à la promesse faite par Dieu à Abraham (Genèse 12:3), Isaac indique que l’autorité de régner sur les autres appartiendra à Jacob. Bien qu’Ésaü menace par la suite de tuer Jacob, la bénédiction de Dieu revient à Jacob, qui prospère et apporte la prospérité aux autres malgré son exil à Paddan-Aram. Lorsque Jacob revient en Canaan, Dieu lui promet : « Une nation et tout un groupe de nations seront issus de toi et des rois naîtront de toi » (Genèse 35:11).
L’étape suivante dans la lignée familiale se concentre principalement sur Joseph, mais inclut également Juda. Mis à part par rapport à ses frères, Joseph est traité par son père comme celui qui détient le droit d’aînesse (cf. 1 Chroniques 5:1-2). Dans le contexte de l’alliance abrahamique, les rêves « royaux » de Joseph sont significatifs (Genèse 37:5-11). Lorsque ses frères le vendent ensuite comme esclave en Égypte, Joseph est béni par Dieu et transmet la bénédiction de Dieu aux autres (Genèse 39:5). Bien qu’il soit emprisonné, Joseph est providentiellement élevé par Dieu pour sauver de la famine l’Égypte et d’autres nations (cf. Genèse 50:20). Son histoire reflète en partie les attentes messianiques ultérieures qui voient le roi davidique transmettre la bénédiction de Dieu aux nations.
De Joseph, la lignée unique des descendants retracée dans la Genèse passe à Éphraïm, dans un autre exemple d’inversion de la primogéniture (Genèse 48:13-20). Après cela, l’espoir d’un futur roi est associé à la tribu d’Éphraïm, comme en témoigne le rôle que joue Josué, issu de la tribu d’Éphraïm, en conduisant les Israélites vers la terre promise. Cependant, comme le révèle le livre des Juges, les descendants d’Éphraïm ne parviennent pas à assurer le leadership moral que Dieu désire[14].
Le récit de la Genèse sur la vie de Joseph est étonnamment interrompu par une histoire qui se concentre sur la continuation de la lignée familiale de Juda (Genèse 38:1-30). En soulignant le statut de premier-né d’Er et l’absence de descendance, le narrateur indique que la famille de Juda pourrait être importante pour l’accomplissement de la promesse divine associée à la descendance d’Ève. L’histoire qui suit, celle de la relation non conventionnelle de Tamar avec Juda, qui aboutit à la naissance de jumeaux, se termine par un autre exemple de renversement de la primogéniture (Genèse 38:27-30). La nature bizarre de la naissance de Pérets avant Zérach, l’aîné apparent, est symboliquement significative. Bien que la royauté soit initialement associée à la tribu d’Éphraïm, Dieu rejette plus tard la lignée de Joseph-Éphraïm au profit de David, issu de la tribu de Juda (Psaume 78:67-72). Comme le révèle le livre de Ruth, David était un descendant direct de Pérets (Ruth 4:18-22).
L’idée que la royauté puisse être associée aux descendants de Juda et de Joseph se reflète dans les bénédictions prononcées par Jacob dans Genèse 49. Compte tenu de l’importance de la dynastie davidique pour l’espérance messianique, il n’est pas surprenant que la déclaration de Jacob en 49:10 concernant un futur descendant de Juda, auquel les peuples obéiront, ait été traditionnellement comprise comme une prédiction messianique.
En observant comment la lignée familiale unique du livre de la Genèse est liée à la dynastie davidique, il devient évident que l’espérance messianique associée à la dynastie de David remonte aux premières étapes de l’activité rédemptrice de Dieu[15]. Les diverses promesses divines présentées dans la Genèse sont très importantes pour comprendre les explications ultérieures de l’espérance messianique. Les promesses de Dieu concernant le renversement du serpent (Genèse 3:15) et la bénédiction de l’humanité aliénée (Genèse 12:3 ; 18:18 ; 22:18) sont liées à une lignée familiale unique qui finira par produire un roi qui soumettra ses ennemis et régnera avec bienveillance sur les nations au nom de Dieu.
Considérés comme un récit continu, les livres de la Genèse à Rois passent des attentes d’une future monarchie dans la Genèse à l’établissement de cette monarchie dans les livres de Samuel et de Rois. Alors que le livre des Rois décrit le déclin de la dynastie davidique et la déportation à Babylone du dernier roi davidique, Jojakin, ses derniers versets offrent une lueur d’espoir : ce n’est pas la fin de l’histoire. Libéré de prison, Jojakin reçoit un « trône au-dessus du trône des rois qui étaient avec lui à Babylone » (2 Rois 25:28, LSG). Les espoirs associés à la dynastie de David attendent leur accomplissement.
Conclusion
Le consensus auquel sont parvenus les chercheurs modernes est largement défavorable à l’idée de faire remonter l’idéologie messianique à l’Ancien Testament. Pourtant, la croyance en un roi futur et unique est au cœur de l’histoire de l’Ancien Testament. On s’attend à ce qu’un futur roi davidique joue un rôle important dans l’accomplissement des plans rédempteurs de Dieu pour la terre. Ces attentes constituent le fondement des affirmations des auteurs du Nouveau Testament selon lesquelles l’espérance messianique trouve son accomplissement en Jésus-Christ.
Les attentes messianiques liées à la dynastie davidique n’épuisent pas tout ce que l’Ancien Testament a à dire sur Jésus-Christ. Elles ne sont qu’un des fils d’une chaîne de liens entre l’Ancien Testament et Jésus, mais un fil central très important.
Notes de pied de page
Lectures complémentaires
Pour un aperçu facile d’accès de la manière dont l’Ancien Testament anticipe la venue d’un futur roi, voir :
Alexander, T. Desmond. The Servant King: The Bible’s Portrait of the Messiah. Vancouver : Regent College Publishing, 2003.
On trouvera des traitements plus détaillés de l’espérance messianique dans :
- Bateman, Herbert W., Darrell L. Bock et Gordon H. Johnston. Jesus the Messiah: Tracing the Promises, Expectations, and Coming of Israel’s King. Grand Rapids, MI : Kregel Publications, 2010.
- Hess, Richard S. et M. Daniel Carroll R. Israel’s Messiah in the Bible and the Dead Sea Scrolls. Grand Rapids : Baker, 2003.
- Porter, Stanley E., éd. The Messiah in the Old and New Testaments, McMaster New Testament Studies. Grand Rapids, Mich. : William B Eerdmans, 2007.
- Satterthwaite, P. E., R. S. Hess et G. J. Wenham, éd. The Lord’s Anointed: Interpretation of Old Testament Messianic Texts. Grand Rapids/Carlisle : Baker/Paternoster, 1995.
- Kaiser, Walter C., Jr. The Messiah in the Old Testament. Études en théologie biblique de l’Ancien Testament. Carlisle : Paternoster Press, 1997.
- Rydelnik, Michael A. The Messianic Hope: Is the Hebrew Bible Really Messianic? NAC Studies in Bible and Theology. Sous la direction de E. Ray Clendenen. Nashville : B&H Publishing, 2010.
- Rydelnik, Michael, et Edwin Blum. The Moody Handbook of Messianic Prophecy: Studies and Expositions of the Messiah in the Hebrew Bible. Chicago : Moody Publishers, 2019.
Cet essai fait partie de la série « Théologie concise ». Tous les points de vue exprimés dans cet essai sont ceux de l’auteur. Il est disponible gratuitement sous licence Creative Commons avec attribution et partage dans les mêmes conditions. Les utilisateurs peuvent le partager sur d’autres supports et l’adapter ou le traduire, à condition qu’un lien d’attribution, une indication des modifications et la même licence Creative Commons s’appliquent.
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