Et si Dieu ne nous délivrait pas ? Et s’il permettait que l’épreuve demeure, que la souffrance persiste, que nos attentes soient déçues ?
Dans Daniel 3, Shadrak, Méshak et Abed-Nego nous montrent ce qu’est une foi véritable : une confiance en Dieu qui ne dépend pas de ce qu’il fait pour nous. « Notre Dieu peut nous délivrer… sinon, sache que nous ne servirons pas tes dieux. »
Une prédication sur la fidélité, les idoles de notre cœur, le courage de témoigner et, ultimement, sur le Christ qui nous rejoint au cœur de nos détresses.
Transcription
Pour commencer, j’aimerais vous inviter peut-être à faire du tourisme en Corée du Nord. Et si vous alliez dans ce beau pays, vous passeriez vraisemblablement par la capitale, Pyongyang. Parmi les incontournables de la cité, vous auriez peut-être le désir de voir ce grand monument de Mansudae.
Les dictateurs précédents — dont je ne vais pas prononcer les noms pour m’éviter des problèmes — sont représentés par des statues de 22 mètres de hauteur qui dominent les visiteurs, lesquels sont donc, en quelque sorte, douze fois plus petits. Vous les apercevez un peu comme des mouches sur cette image.
Alors, bien sûr, si vous faisiez ce tourisme sur cette place, vous auriez l’obligation de vous incliner, de retirer vos chapeaux et vos lunettes de soleil. Il faudrait que votre veste soit boutonnée, messieurs, et vous devriez présenter un petit bouquet de fleurs. Tout manquement de respect serait un crime de lèse-majesté, littéralement, mais aussi l’occasion de bénéficier gratuitement de l’hospitalité chaleureuse des prisons nord-coréennes.
Et ça nous semble tellement improbable, aujourd’hui, d’être dans ce genre de situation. Et cette histoire est d’autant plus touchante que, sur cette même place, en 1907, c’était le théâtre d’un réveil spirituel extraordinaire. Au terme de réunions de prière successives, plus de 200 000 personnes adoraient Jésus-Christ, confessaient leur foi, exaltaient la seigneurie de Christ sur cette même place. On appelait à l’époque cette ville « la Jérusalem de l’Orient ».
Aujourd’hui, elle est la marque d’un communisme totalitaire qui a écrasé, au moins temporairement, la lumière de l’Évangile.
Et Mansudae n’est pas sans affinité avec cette histoire tellement connue, tellement aimée, de nos trois amis qui sont devant cette statue dont nous allons parler. Trois hommes restent fidèles, loyaux à Dieu, même si la mort leur est proposée s’ils refusent de se soumettre à Nebucadnetsar.
Alors, c’est une histoire qui est tellement aimée dans toutes les écoles du dimanche. Il n’y a aucune Bible pour enfants qui n’inclue cette histoire extraordinaire, spectaculaire. Et on l’aime bien, cette histoire, parce qu’en apparence, les héros sont facilement identifiés, les vilains sont facilement identifiés, et ça se termine bien. C’est mieux que Netflix !
C’est juste du bonheur, cette histoire.
Mais au-delà de ces éléments réconfortants, ce chapitre nous interpelle aussi, bien entendu, sur notre piété, notre témoignage à apporter dans un monde qui s’oppose, de temps en temps plus ou moins fortement, à notre foi chrétienne.
Et au centre, nous avons le témoignage de ces hommes qui disent : « Nous serons loyaux à Dieu, même si. »
Et s’il faut retenir deux mots de cette longue prédication — je vais prêcher longuement, comme tout prédicateur qui se respecte à Évangile 21 — s’il faut retenir deux mots de cette prédication, c’est le « même si ».
Dieu nous invite à la loyauté, même s’il pleut dehors. S’il y a une ressemblance avec des événements, bref…
Au verset 28, nous voyons des hommes qui ont confiance, et c’est d’ailleurs ce qui va interpeller le roi, qui regarde et observe ces hommes qui ont confiance en leur Dieu malgré les menaces, même s’ils risquent la mort. Et cela va être le prélude à sa propre conversion, à Nebucadnetsar.
Nous témoignons de notre confiance dans le règne bienveillant de Dieu par notre loyauté : même si, même si ça va mal, même si c’est dur, même si c’est le brouillard, même s’il n’y a pas de délivrance, même si.
Et je vous invite à parcourir cette histoire. Je vais la lire par segments, en accrochant quelques points du plan, et je tirerai ensuite, à la suite des commentaires que je vais donner, quelques applications ou implications à la fin de cette prédication.
Et nous commençons donc avec la Parole de Dieu, Daniel chapitre 3, versets 1 à 7. Je la lirai dans la version de la Colombe.
1. L’ordre d’adorer une statue païenne
À partir du verset 1, ce sera mon premier point : nous avons ici l’ordre d’adorer une statue païenne, de la bouche de Nebucadnetsar.
Daniel 3.1 :
« Le roi Nebucadnetsar fit une statue d’or haute de soixante coudées et large de six coudées. Il la dressa dans la vallée de Doura, dans la province de Babylone. Le roi Nebucadnetsar fit convoquer les satrapes, les intendants et les gouverneurs, les magistrats, les trésoriers, les juristes, les juges et toutes les autorités des provinces pour qu’ils se rendent à l’inauguration de la statue qu’avait dressée le roi Nebucadnetsar. »
Un peu plus loin, au verset 3 :
« Ils se placèrent devant la statue qu’avait dressée Nebucadnetsar. »
Le héraut cria avec force :
« Voici ce qu’on vous ordonne, peuples, nations, hommes de toute langue : au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments de musique, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue qu’a dressée le roi Nebucadnetsar.
Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas sera jeté à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente. »
C’est pourquoi, au moment où tous les peuples entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion et de toutes sortes d’instruments de musique, tous les peuples, les nations, les hommes de toute langue se prosternèrent et adorèrent la statue d’or qu’avait dressée le roi Nebucadnetsar.
On s’arrête là un instant.
Nebucadnetsar fait donc ériger cette statue d’une trentaine de mètres, un peu plus haute que les dictateurs dont j’ai parlé en introduction. Et c’est quand même une prouesse technologique pour l’époque. On trouve d’autres monuments de cette taille, donc c’est probable, malgré la critique qui a été formulée à l’encontre de cette réalisation.
On peut imaginer aussi un socle.
Évidemment, c’est un marqueur de sa splendeur. Une statue d’or, elle va briller, elle va rayonner à des kilomètres à la ronde.
Et on imagine que, pour Nebucadnetsar, c’était une grande fierté de voir cette statue.
C’est aussi le témoignage de son arrogance. Pourquoi ? Parce qu’il rejette la statue d’or dont on vient de parler au chapitre 2.
Enfin, justement, au chapitre 2, ce n’était pas une statue d’or seulement. Il y avait l’or, il y avait l’argent, il y avait le bronze, et le reste.
Et en faisant une statue entièrement en or, il est en train de dire :
« Alors, après moi, il n’y aura pas d’autre royaume. Je suis le roi des rois et je resterai éternellement le roi des rois. »
Et donc, il y a dans cette formulation une forme de pied de nez au Seigneur de l’histoire qui lui a dit qu’il a reçu des privilèges, mais que ces privilèges sont temporaires.
Et c’est assez amusant de voir que Nebucadnetsar dresse sa statue, ou établit sa statue. C’est répété à sept reprises dans ce chapitre, en utilisant le même verbe qui est utilisé pour dire que Dieu établit les rois, qu’il dresse les rois qu’il veut.
Et lui, il dit :
« Dieu établit les rois qu’il veut, mais moi, c’est moi, c’est moi et moi seul. »
Dieu établit les rois, et Nebucadnetsar croit qu’il va rester immortel.
C’est amusant, ce que les gens pensent de ce qui va rester de leur vie.
J’avais un collègue qui me disait : « C’est marrant, quand les gens meurent, quelques années plus tard, on ne sait même plus à quoi ils ressemblaient. »
Vous avez entendu parler de Felix Baumgartner ?
Il a réalisé le saut en parachute le plus haut du monde, en plongeant de 39 kilomètres de hauteur.
Ne me demandez pas pourquoi. Moi, j’aime bien juste sauter de mon lit le matin, c’est déjà pas mal comme prouesse.
Mais lui, il a voulu ce record. Paris Match lui a demandé : « Ce record, c’est l’objectif de votre vie ? »
Et il dit : « Oui. Le projet Red Bull Stratos va me permettre de marquer pour l’éternité mon passage sur Terre. »
(Rires)
Je crois que c’était à Belém, au Brésil, ville du nord de ce pays. Je circulais avec mes collègues et j’ai vu une statue de l’enfant Jésus, ou du bébé Jésus.
Apparemment, il y a une vénération du bébé Jésus assez catholique, assez mise en avant dans le pays. Une immense statue du bébé Jésus.
Je remarquais que le visage était typé, et mes amis se sont mis à rire en disant :
« Oui, le gouverneur a demandé que ce soit son effigie. »
(Rires)
Tout empire périra. Nebucadnetsar périra. Et les gens essaient tout pour l’éviter.
Denis Diderot, écrivain et philosophe français, s’exclame :
« Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière, et je ne veux pas mourir. »
Qu’est-ce que c’est que notre passage sur Terre ?
Nebucadnetsar est évidemment très arrogant.
Alors il rassemble, il ordonne même au gratin de la nation de venir se prosterner devant sa statue et l’adorer, la vénérer, la reconnaître peut-être comme une divinité, ou comme l’expression de son règne éternel à ses yeux.
Comme à Pyongyang quelque part, avec peut-être moins de conséquences immédiates là-bas.
À l’époque des persécutions liées à la Réforme protestante, il paraît que des soldats catholiques se mettaient aux intersections des rues des villes où il y avait des statues de saints catholiques, Joseph, Marie, etc. Ceux qui refusaient, ou ceux qui n’enlevaient pas leur chapeau, révélaient en cela qu’ils étaient protestants et pouvaient être emportés, brûlés, tués sans procès.
Et voilà donc, en musique, une vénération idolâtre exigée de toute la nation.
Et la menace est sérieuse au verset 6 :
« Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas sera jeté à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente. »
Et on imagine que, pour bâtir ces installations, il a fallu des fours assez performants. On s’imagine qu’il y avait une ouverture vers le bas où l’on pouvait mettre du combustible, et puis une ouverture vers le haut pour pouvoir réguler un peu la température, ce qui explique un peu ce qui se passe dans la suite de l’histoire.
La menace est telle qu’on n’est pas surpris qu’au verset 7 nous lisions :
« Tous les peuples, les nations, les hommes de toute langue se prosternèrent et adorèrent la statue d’or qu’avait dressée le roi Nebucadnetsar. »
Tout le monde.
Il y a un effet de foule, on y va tous ensemble. Il y a une homogénéité dans cette bureaucratie.
Des moutons qui suivent leur maître.
Alors, j’ai été trahi, effectivement. Nous avons des moutons, ma femme et moi, ce qui est… Depuis quelques années, on a un petit peu de terre.
Et on était très heureux d’accueillir nos moutons, nos premiers moutons. On s’est dit : « On va apprendre tellement de choses ! »
Et lorsqu’ils sont arrivés dans notre parc — enfin, plusieurs milliers de mètres carrés, mais quand même — voilà, on a des moutons.
C’est tellement improbable !
Et puis on les regardait. Ma femme avait un petit sourire, j’avais un petit sourire. C’est mignon.
Puis soudainement, il y en a un qui lève la tête, qui regarde, qui se met à courir. Tous les autres se mettent à courir.
Et puis celui qui avait levé la tête et qui s’était mis à courir s’arrête. Il regarde, il se met à brouter.
Tout le monde s’arrête, se met à brouter.
Je dis : « Mais en fait, ils sont bêtes ! »
(Rires)
On est dépendants des créatures, on suit le troupeau. Et dans… enfin, je ne vais pas prolonger.
(Rires)
Je vais revenir à mes moutons du texte.
Sylvain Romerowski dit :
« Dans sa vanité, Nebucadnetsar a la satisfaction de constater que lui obéissent au doigt et à l’œil, ou au son des instruments de musique, les plus hauts personnages et toutes sortes de dirigeants de son empire, représentant tous les peuples, nations et langues. Jusque-là, Nebucadnetsar paraît parfaitement maître de la situation et de ses sujets, en monarque absolu. »
Et finalement, c’est ça le témoignage le plus difficile à porter, n’est-ce pas ?
Et je pense que c’est de ceci dont parle Jésus lorsqu’il parle du chemin étroit.
C’est-à-dire que le chemin étroit n’est pas un chemin compliqué. Il n’est pas difficile comme chemin. Il est étroit parce qu’on y entre seul.
On ne peut pas avoir un ami avec soi. On ne peut pas prendre quelqu’un par la main.
On est seul à se diriger vers Jésus-Christ et on se représente une foule qui se moque.
Et dans les cultures collectivistes, dans les cultures où la honte et le statut que l’on a dans la société sont extrêmement importants, oser se démarquer, c’est vraiment un défi.
Et en cela, nos amis sont remarquables.
En résistant à l’ordre de Nebucadnetsar, ils donnent un témoignage de fidélité au Seigneur qui va préparer la conversion de Nebucadnetsar.
2. L’accusation des Juifs
Deuxième point : l’accusation des Juifs.
Verset 8 :
« À cette occasion et dans le même temps, quelques Chaldéens s’approchèrent et accusèrent les Juifs. »
Ils prirent la parole et dirent au roi :
« Nebucadnetsar, ô roi, vis à jamais ! Ô roi, tu as donné un ordre d’après lequel tout homme qui entendrait, etc., etc. »
Puis on reprend au verset 12 :
« Or, il y a des Juifs à qui tu as remis l’administration de la province de Babylone, Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Ces hommes ne tiennent aucun compte de ton ordre, ô roi. Ils ne servent pas tes dieux, ils n’adorent pas la statue d’or que tu as dressée. »
Il y a toujours des empêcheurs de tourner en rond.
Et ici, ils sont désignés de façon assez péjorative : « les Juifs ».
On imagine qu’ils sont motivés par deux choses.
La première, c’est la jalousie, parce qu’il y a Daniel qui précède, avec toute l’élévation de cet homme qui a su obtenir la faveur de Nebucadnetsar. Donc, une première motivation.
Et puis il y avait peut-être la peur.
Dans une civilisation extrêmement superstitieuse — et si vous prenez le temps d’examiner à quel point les Babyloniens étaient superstitieux — ils vivaient dans une peur constante des esprits, dans une peur constante de ne pas avoir vu les signes des astres, dans la lecture des foies des animaux sacrifiés, avec toutes les informations nécessaires à la continuation et à la prospérité de leur vie.
Et probablement que des gens qui refusent d’honorer cette statue, d’honorer les divinités associées à la royauté babylonienne, menaçaient l’équilibre même de la société.
S’opposer au roi, c’était risquer gros, peut-être pour le royaume.
Et donc, ils les dénoncent.
Mais remarquez que la manière dont ils sont dénoncés aurait pu simplement être leur nom et leur fonction.
Mais il y a quelque chose qui est assez…
« Il y a des Juifs. »
Et en cela, je vois l’éternelle accusation des Juifs, que l’on blâme pour tous les maux de la planète.
Presque un siècle plus tard, Haman susurre à Xerxès, le roi perse :
« Il y a un peuple à part. Ils sont partout, infiltrés parmi tous les peuples, dans toutes les provinces de ton royaume. Leur loi les distingue de tout peuple et ils n’exécutent point les lois du roi. Il ne vaut rien pour le roi de les laisser en repos. »
C’est vraiment un thème constant de l’histoire.
C’est un peu anecdotique, mais ça se prolonge avec ceux qui aujourd’hui portent le témoignage des Juifs qui ont donné au monde le Messie, Jésus-Christ.
Tacite écrivait que « les Juifs sont les ennemis du genre humain ».
Et pendant les pestes noires du Moyen Âge, on disait que les Juifs avaient empoisonné les puits.
Et même Martin Luther, malheureusement, doit reconnaître une tache dans son héritage : il a tenu des propos qui ont favorisé l’émergence de l’antisémitisme des siècles suivants.
Nous, les disciples d’un Messie juif, devons nous distinguer d’un tel état d’esprit.
Et si je comprends bien Apocalypse chapitre 12, il y a un dragon qui s’en prend à la femme qui fait naître le Messie, puis qui s’en prend à ce Messie qui naît, et qui ensuite s’en prend à la descendance de cet enfant et de cette femme, qui sont les enfants de Dieu.
La haine du judéo-christianisme, en réalité, est en plein essor.
Il faut s’attendre à ce que la pression monte. Elle est montée dans le passé, parfois ça se calme, puis ensuite ça remonte, et on ne sait pas combien de temps cela durera.
Et si le président Macron, en France, ne demande pas qu’on l’adore, la République veut qu’on se plie à sa ligne éthique.
Parler en faveur de la vie embryonnaire en France peut vite devenir une entrave indirecte à l’avortement, punissable d’une amende de 45 000 euros, et certaines oppositions peuvent être passibles de six mois d’emprisonnement.
On est en train de passer de la liberté sexuelle des années 1960 à une forme d’obligation sexuelle de ces dernières années.
Il y a un homme sur l’île de Malte, il s’appelle Matthew Grech. Il était homosexuel et il a témoigné de son changement d’orientation par sa vie avec Jésus-Christ.
Il a dû faire face à plusieurs procès où on l’accusait à tort d’encourager des thérapies de conversion.
Les premiers projets de loi régulant l’euthanasie en France étaient intransigeants avec l’impossibilité de refuser ou même de conseiller contre cet acte.
Les disciples de Jésus sont vite vus comme les empêcheurs de tourner en rond parce qu’ils veulent être loyaux à leur Dieu.
Les disciples de Jésus, en cela, doivent s’attendre à exprimer leur fidélité même s’il y a des coûts qui y sont associés.
3. La menace
Regardons la suite de l’histoire avec le troisième point : la menace.
Alors Nebucadnetsar, irrité et furieux, donna l’ordre d’amener Shadrak, Méshak et Abed-Nego, et ces hommes furent amenés devant le roi.
Nebucadnetsar prit la parole et leur dit :
« Est-ce de propos délibéré, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, que vous ne servez pas mes dieux et que vous n’adorez pas la statue d’or que j’ai dressée ?
Maintenant, tenez-vous prêts et, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue que j’ai faite.
Si vous ne l’adorez pas, vous serez jetés à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente.
Quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? »
En despote, Nebucadnetsar ne tolère aucune insubordination.
Et la désobéissance de ces trois hommes est quelque part une humiliation publique. Il entre dans une rage incontrôlable.
Et il se tire une balle dans le pied — même si, à l’époque, il n’y avait pas de balles — parce qu’il est en train de menacer l’élite de la société qu’il avait lui-même formée.
Et ce sera à son préjudice s’il pouvait mener à bien cette menace.
En même temps, il leur donne une seconde chance qui est relativement sympathique :
« Vous avez échoué la première fois, on va passer au deuxième test. »
Il aurait dû plutôt réaliser l’extravagance de son ordre et se repentir de donner un mauvais ordre.
Mais il est rare que les gens en position d’autorité reconnaissent leur tort, n’est-ce pas ?
Généralement, ils vont jusqu’au bout de leur démarche par peur de perdre la face.
En tout cas, dans son arrogance, Nebucadnetsar a oublié la puissance du Dieu des Juifs.
Et il faut dire aussi que la rage fait souvent perdre la raison.
Proverbes 14.17 nous dit :
« Celui qui est prompt à la colère fait des stupidités. »
C’est un témoignage approprié.
Parce que la colère, en fait, elle aveugle tout raisonnement. On n’est plus capable de réfléchir. On est juste porté par l’émotion, émotion que Christ va assimiler au meurtre.
C’est déjà le précurseur du meurtre, cette colère.
4. Le témoignage des Juifs
Et on arrive au centre de notre texte, quatrième point : le témoignage des Juifs.
Versets 16 à 18 :
« Shadrak, Méshak et Abed-Nego répliquèrent au roi Nebucadnetsar :
Nous n’avons pas besoin de te répondre là-dessus. S’il doit en être ainsi, notre Dieu que nous servons peut nous délivrer. Il nous délivrera de la fournaise ardente et de ta main, ô roi.
Sinon, sache, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux et que nous n’adorerons pas la statue d’or que tu as dressée. »
Et là, on peut dire : chapeau bas.
Nous avons le même « si » que je tire de ce passage.
Même si Dieu ne nous délivre pas, nous ne plierons pas le genou.
Et c’est là qu’on voit que ce n’est vraiment pas une histoire à l’eau de rose.
Nos amis ne sont pas dans cette posture d’arrogance de Nebucadnetsar qui serait presque à dire :
« Dieu nous délivrera toujours. »
Ils savent que Dieu peut délivrer, mais que ce n’est pas forcément son désir.
Moi, je trouve que c’est navrant de constater que certaines branches de la chrétienté aujourd’hui — chrétienté évangélique, si on peut le dire ainsi, ou qui s’en réclame — font de Dieu l’épouvantail du malheur, le gris-gris protecteur, le substitut de l’hôpital ou du médecin, avec un chantage odieux qui s’abat sur ceux qui souffrent, ceux qui sont malades ou opprimés.
« Tu n’es pas guéri, tu n’es pas délivré, tu n’es pas riche et prospère ? C’est ce que Dieu veut pour toi ! Comment est-ce que Dieu pourrait vouloir qu’il en soit autrement ? »
Dans l’excellent livre Comblé de bénédictions, Chan McCandless, qui a fréquenté un peu les milieux de ce qu’on appelle l’Évangile de prospérité, note les quatre mensonges principaux qui auraient pu être la pensée de ces trois amis :
Dieu veut te bénir financièrement.
Dieu veut que tu parles avec autorité.
Dieu ne veut pas que tu souffres.
Dieu veut pour toi une vie prospère et victorieuse.
Et c’est facile de le dénoncer comme ça.
Mais, en réalité, je dois avouer que je plie facilement le genou devant cette idole : l’idée que Dieu me devrait quelque chose, et qu’il y a ce sentiment que le bonheur doit être la conséquence immédiate, sur terre, d’un attachement à Christ.
Le contraste est saisissant avec nos amis.
Oui, Dieu peut délivrer, n’est-ce pas ? Il est le souverain absolu.
Le Psaume 115 nous dit, au verset 3 :
« Notre Dieu est au ciel et il fait tout ce qu’il veut. »
J’avais un ami qui était un petit peu… C’était un pasteur qui avait fait la Deuxième Guerre mondiale.
C’est un ami qui n’est plus vivant. Mais il était pasteur et, avant d’être pasteur, il était policier. Enfin, une vie d’aventure. Et sa manière de parler était un petit peu…
Il disait :
« Florent, Florent, Florent, est-ce que tu sais où dorment les gorilles de 150 kilos ? »
J’osais à peine répondre.
« Où ils veulent. »
Et je me suis dit : « Et alors ? »
Il dit, avec sa voix grave :
« Dieu est souverain. Il fait ce qu’il veut. Il dort où il veut ! »
L’illustration parlera à certains, moins à d’autres.
Et puisqu’on parle d’eschatologie ici, je dois concéder que Dieu peut revenir de manière amillénariste.
Que Dieu peut revenir de manière postmillénariste.
Imaginez : Trump se convertit, Poutine se convertit, les Nations unies se convertissent, ils se repentent et disent : « Comment faire en sorte de mener la paix sur terre ? »
Il peut.
Il peut aussi revenir de façon prémillénariste.
Il peut.
Dieu fait ce qu’il veut, comme il veut. Il n’attend ni notre conseil ni notre action. Il est le Seigneur des seigneurs qui mène toutes choses vers son projet.
Dominique a déjà évoqué ce verset d’Éphésiens 1 qui dit :
« Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté. »
Sa volonté n’est pas éparpillée dans de multiples plans.
« Le dessein bienveillant qu’il s’était proposé en lui pour l’exécuter quand les temps seraient accomplis, réunir sous un seul chef, le Christ, tout ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. »
Et il le fera.
Et finalement, c’est cela la foi. C’est cela le témoignage.
C’est une conscience et une confiance absolue et complète dans la capacité de Dieu, dans ce qu’il est, pas forcément dans ce qu’il fait pour notre bien.
Et quand on regarde l’histoire de l’Église et l’histoire du monde, on réalise qu’il y a bien des tragédies où, légitimement, la question se pose : où était Dieu ?
Si vous lisez le sac de Constantinople au XVe siècle, ça fait froid dans le dos. Les exactions, les violences, les viols dans la cathédrale même de Sainte-Sophie…
On réalise que Dieu peut, mais ne délivre pas toujours.
L’essence de la foi, l’essence du témoignage que nous sommes amenés à vivre, ce n’est pas le contrôle ou la manipulation des circonstances.
Ça, c’est le Nouvel Âge. C’est là d’où je viens, je connais.
Mais c’est la confiance en Dieu dans le brouillard des difficultés et de la souffrance.
La foi ne se mesure pas à la grandeur de nos attentes, mais aux dimensions de la splendeur divine que l’on conçoit au milieu des ombres de la douleur.
La foi n’a pas besoin d’être grande. Elle peut être juste petite en un grand Dieu, comme une graine de moutarde, pour nous porter.
Et finalement, la foi se mesure à son objet.
Et nos trois amis avaient pour objet un Dieu grand et puissant.
Je tremble de prononcer ces paroles quand je sais combien je peine avec les souffrances du temps présent.
Le témoignage le plus impressionnant de la foi n’est pas dans l’exigence que Dieu nous délivre, mais dans la confiance qu’il sait mieux que nous ce dont nous avons besoin.
Et combien de héros j’ai rencontrés dans l’Église, dans le travail missionnaire, des gens dont la foi m’a tellement dépassé par leur persévérance, par leur joie à aimer un Dieu qui avait destiné à leur chemin des souffrances que je trouvais difficiles.
Il faut bien réaliser que le Dieu porte-bonheur n’est pas le Dieu de l’Écriture, pour aujourd’hui et pour maintenant.
Il y a de nombreuses années, dans un jardin au bas des monts des Oliviers, le Messie était en proie à la tristesse, à l’angoisse et au désespoir.
Pendant plus de trente ans, je crois, toutes les forces démoniaques se sont acharnées, soit pour le tuer à la naissance, soit pour le détruire, soit pour détruire sa réputation, soit pour le faire pécher afin qu’il ne soit pas l’Agneau parfait qui porterait un jour les péchés du monde.
À quelques heures de la croix, Jésus se met à genoux, recroquevillé, la poitrine et le visage contre le sol.
Il sait que la coupe amère du jugement de Dieu va lui être présentée et qu’il est venu pour la boire.
C’est pour cela qu’il est venu.
Trois fois, le Fils éternel de Dieu prie :
« Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux. »
Carson, qu’il faut citer, écrit dans Le Dieu qui est là :
« Dans le premier jardin, “non pas ta volonté, mais la mienne” a transformé le paradis en désert et a conduit l’homme de l’Éden à Gethsémané. Aujourd’hui, “non pas ma volonté, mais la tienne” plonge dans l’angoisse celui qui la prononce, mais transforme le désert en royaume et conduit l’homme de Gethsémané aux portes de la gloire. »
C’est cela la foi.
C’est cela le témoignage.
La foi qui n’exige pas de passer entre les gouttes d’eau sans se mouiller est celle qui est trempée et qui regarde à Dieu, dont le plan est parfait.
Même si.
Même si.
Je vais m’accrocher à cela : Dieu accomplira son objectif.
Je pense à ces versets, comme Philippe y a insisté :
« Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous une œuvre bonne en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Christ Jésus. »
Dieu est capable, nous dit Jude, de nous préserver de toute chute et de nous faire paraître devant sa gloire irréprochables dans l’allégresse.
Dieu est capable.
On n’arrivera qu’à bosser, mais Dieu est capable !
Leur témoignage est spectaculaire en ce qu’ils n’exigent pas de Dieu quoi que ce soit, mais en ce qu’ils adorent Dieu pour qui il est, dans sa splendeur, et qu’ils le font très publiquement et très clairement.
5. La condamnation des Juifs
Cinquième point : la condamnation des Juifs.
Alors Nebucadnetsar fut rempli de fureur et l’aspect de son visage changea devant Shadrak, Méshak et Abed-Nego.
Il reprit la parole et ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu’il n’était habituel de la chauffer.
Puis il commanda à quelques-uns des plus vigoureux soldats de son armée de lier Shadrak, Méshak et Abed-Nego et de les jeter dans la fournaise ardente.
Ces hommes furent liés, revêtus de leurs habits, de leurs tuniques, de leurs manteaux et de leurs autres vêtements, et jetés au milieu de la fournaise ardente.
À cause de l’ordre du roi qui était sévère et parce que la fournaise était extraordinairement chauffée, la flamme tua les hommes qui y avaient jeté Shadrak, Méshak et Abed-Nego.
Et ces trois hommes, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, tombèrent liés au milieu de la fournaise ardente.
L’intégrité de ces trois compagnons a un prix.
Et la colère transforme littéralement le visage, dans l’original, l’image du roi.
C’est amusant : lui qui veut qu’on adore son image !
En même temps, si je devais être condamné à être jeté dans une fournaise, je serais assez heureux qu’elle soit chauffée sept fois plus.
Ce sera plus rapide.
C’est presque… Enfin, je pourrais presque le demander :
« Tu pourrais pas me chauffer un peu le… Plus haut, plus haut ! »
Un peu un cadeau.
Donc, on s’imagine : ça s’ouvre, alors soudainement il y a un nuage hyper chaud qui monte et puis les soldats meurent instantanément.
Et bien sûr, ce qui se passe ici n’est pas ce qui se passe toujours dans le secours de Dieu que l’on va voir. Ça ne se passe pas toujours.
Beaucoup de gens sont morts, brûlés, pour le témoignage de leur foi.
Je lisais le témoignage et l’histoire de Jean Vernon et Antoine Labouré en 1554.
Labouré était un jeune avocat qui venait de se marier. Il avait laissé un emploi lucratif pour s’occuper de l’œuvre de Dieu.
Et il amenait des Bibles en France. Il a été dénoncé, attrapé, mis en prison, et il va mourir sur le bûcher.
Et il écrit à sa femme.
Il écrit ceci :
« Anne, ma sœur bien-aimée, fidèle épouse, tu sais combien nous nous sommes toujours aimés, aussi longtemps qu’il a plu à Dieu de nous maintenir ensemble. Sa paix nous a accompagnés quotidiennement. Tu m’as obéi en toutes choses. Je prie que tu sois trouvée pareille, et même encore meilleure, s’il était possible, lorsque je ne serai plus.
Si le monde et la pauvreté font peur à ta jeunesse, remarie-toi, comme je te le recommande, avec un autre frère qui craint Dieu également, et ne te souviens de moi non comme un mari, mais comme une poignée de cendres et de poussière, car dès cet instant, nous ne serons unis que par les liens de l’amour fraternel.
Lorsque ton père apprendra ma mort, je ne doute pas qu’il tentera de te ramener au papisme, au catholicisme. Mais je te supplie, au nom de notre Seigneur, demeure fidèle à la vérité.
Fais confiance à Dieu, prie-le, aime-le, serre-le, il ne t’abandonnera pas.
Notre petite fille lui sera autant précieuse qu’à toi, car il est le protecteur des veuves et des orphelins.
L’exemple de Moïse devrait suffire à te le confirmer. »
C’est bouleversant, hein ?
Les gens sont tombés dans les feux.
Et même Théodore de Bèze, que l’on a cité, a écrit, pourtant un frère, un frère protestant, il s’est exclamé à propos des anabaptistes :
« Il n’y a aucun village de Suisse où nous n’ayons pas noyé des anabaptistes, et à bon droit. »
S’il était là, mesdames et messieurs, nous ne ferions pas long feu — ou longue baignade !
6. Le sauvetage des Juifs
Sixièmement : le sauvetage des Juifs.
Nous voyons au verset 24 :
« Alors le roi Nebucadnetsar fut effrayé, se leva précipitamment. Il prit la parole et dit à ses conseillers : “N’avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes liés ?” »
« Certainement, ô roi. »
Il reprit et dit :
« Eh bien, je vois quatre hommes sans liens, qui marchent au milieu du feu et qui n’ont pas de mal. Et l’aspect du quatrième ressemble à celui d’un fils des dieux. »
Puis Nebucadnetsar s’approcha de l’entrée de la fournaise ardente, prit la parole et dit :
« Shadrak, Méshak et Abed-Nego, serviteurs du Dieu Très-Haut, sortez, venez ! »
Et Shadrak, Méshak et Abed-Nego sortirent du milieu du feu.
Les satrapes, les intendants, les gouverneurs, les conseillers du roi s’assemblèrent. Ils virent que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur le corps de ces hommes, que les cheveux de leur tête n’avaient pas été brûlés, que leurs habits n’avaient pas été endommagés et que l’odeur du feu ne les avait pas atteints.
On peut se laisser un peu porter par la joie, maintenant.
Dieu a délivré.
Et évidemment, il a délivré de façon touchante.
Il aurait pu envoyer un orage et éteindre le feu.
Il aurait pu faire en sorte que nos amis tombent à côté du four et se mettent à courir.
Il aurait pu intervenir de bien des manières.
Mais il s’est inséré, par son ange, dans la fournaise pour les rejoindre et les en arracher.
Ça me fait penser à certaines choses liées à notre salut, qui est bouleversant, bien sûr.
Alors l’histoire est un peu amusante : on a l’impression qu’ils viennent de les renifler. Ils ne sentent même pas l’odeur du feu.
Je ne sais pas si vous avez fait des barbecues où soudainement il y a une flamme, puis vous avez des cheveux qui…
Ça sent !
On va vous le dire : « Tu sens brûlé ! »
Là, ils viennent les voir, ils touchent, c’est bizarre, il n’y a rien qui s’est produit.
Alors beaucoup prennent du temps pour essayer d’identifier ce quatrième personnage.
La Bible ne l’identifie pas précisément.
Le judaïsme considère que Dieu envoie un ange. Le Talmud postule même que c’était Gabriel, ce qui est peu probable, parce qu’il semble avoir un autre rôle dans le reste de l’Écriture.
L’Église, bien sûr, a plutôt considéré qu’il s’agissait de l’ange de l’Éternel, c’est-à-dire la deuxième personne de la Trinité préincarnée, comme on le trouve à plusieurs moments dans le récit de l’Ancien Testament.
C’est raisonnable d’y voir Christ. C’est raisonnable.
Christ préincarné qui vient secourir ceux qui entrent dans la fournaise.
Ça se termine bien, et c’est chouette.
Je me souviens d’un collègue qui était un ami de longue date, qui a passé plusieurs mois dans une prison d’un pays où ce n’est pas bon d’être à cause de sa foi et de son travail missionnaire.
Il y avait un petit groupe qui priait tous les jours, parfois aux larmes, pour qu’il puisse être libéré de sa prison.
Il l’a été.
Et il dit :
« Vous vous doutez bien que ces cinq derniers mois étaient de loin la période la plus difficile de ma vie. J’ai souffert plus que je pensais pouvoir supporter. Ma foi était éprouvée bien plus que je n’avais jamais imaginé.
J’ai été brisé en mille morceaux. J’ai hurlé à Dieu à en perdre la voix. J’ai pleuré à en avoir les yeux desséchés.
Certains jours, la souffrance était si dure, les ténèbres si noires et son absence si insupportable que j’avais peur que, même si moi, je devais un jour sortir de cette prison en vie, ce ne soit pas le cas de ma foi.
Comment un papa d’amour pouvait-il regarder sans rien faire ?
Comment pouvait-il rester les bras croisés alors qu’il pouvait tout résoudre en un seul claquement de doigts ?
Mais je suis heureux de pouvoir vous dire que, malgré l’intensité de la lutte, par sa grâce, ma foi a tenu bon.
Les desseins mauvais de l’ennemi ont échoué. Dieu a prévalu, j’ai prévalu, ma foi a prévalu. »
Dieu peut délivrer. Il ne le fait pas toujours.
Et quand il le fait, il faut s’en réjouir, n’est-ce pas ?
Et il y a bien sûr ici le prélude de Dieu qui nous rejoint dans notre misère, dans la destinée éternelle de flamme que nous méritions, et Dieu vient à notre secours et nous en arrache.
7. L’ordre d’adorer le Dieu des Juifs
Septième et dernier point : l’ordre d’adorer le Dieu des Juifs.
Nebucadnetsar montre des signes de joie, très émotionnel comme individu. Il faudrait qu’il fasse les séminaires de la Fondation du Counseling Biblique !
Nebucadnetsar prit la parole, verset 28, et dit :
« Béni soit le Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego, lui qui a envoyé son ange et délivré ses serviteurs. Ils ont eu confiance en lui. Ils ont violé l’ordre du roi et livré leur corps plutôt que de servir et d’adorer tout autre dieu que leur Dieu.
Voici maintenant l’ordre que je donne : tout homme, à quelque peuple, nation ou langue qu’il appartienne, qui parlera inconsidérément contre le Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego sera mis en pièces et sa maison sera réduite en tas d’immondices, parce qu’il n’y a aucun autre dieu qui puisse délivrer comme lui. »
Après cela, le roi fit prospérer Shadrak, Méshak et Abed-Nego dans la province de Babylone.
Bien sûr, cette inversion est un petit peu comique.
Et c’est vrai qu’il faut garder en tête que parfois les situations les plus difficiles sont en fait la marque d’une intervention de Dieu qui prépare un témoignage.
J’avais un collègue qui était missionnaire dans un pays où c’est interdit de l’être.
Quand il était jeune et non marié, il rentrait par une petite frontière, il s’installait, il faisait les cours par correspondance, des gens se convertissaient, il était identifié, il allait en prison, il était expulsé.
Et il rentrait par une autre petite frontière.
À l’époque, il n’y avait pas Internet.
Et puis ça a continué comme ça des années.
Puis un jour, il a vraiment été arrêté dans la capitale. Il a été emprisonné, il a été malmené.
Et il était avec des collègues, et c’était dur, à la limite de la torture.
Et puis un soir, au milieu de la nuit — parce qu’ils étaient interrogés toute la nuit pour éviter qu’ils dorment, enfin, c’était très dur — à la fin, au milieu de la nuit, ils les emmènent.
Ils disent :
« Voilà, encore une autre session d’interrogation, de torture. »
Et ils arrivent dans une salle enfumée.
Et là, il reconnaît le gouverneur de la province, le maire d’une grande ville de ce pays, de la capitale de ce pays.
Il voit le gratin.
Et ces gens, un des militaires lui dit :
« C’est à vous, ça ? »
Et il montre un projecteur de film 16 mm.
C’était avant, quand YouTube n’existait pas.
Et il dit :
« Oui, c’est à moi. »
« C’est quoi, ce film ? »
« C’est un film qui parle de Jésus. »
Et il leur dit :
« Montrez-le-nous. »
(Rires)
Et finalement, le Seigneur règne pour le témoignage.
Et parfois, et souvent, c’est au travers de la souffrance.
Je dois conclure.
Merci pour votre patience.
Et j’aimerais tirer quelques applications ou implications de ce passage que l’on aime tant dans le livre de Daniel.
Quelques applications
La première remarque que je voudrais faire, c’est qu’il faut se méfier d’une identification trop facile des bons et des mauvais de cette histoire.
Nos idoles ne sont pas forcément aussi visibles qu’une statue.
La beauté de Daniel 3, comme je le disais, c’est que les vilains et les héros sont clairement identifiés.
Mais le piège de Daniel 3, c’est justement que les vilains et les héros sont clairement identifiés.
On est assez familier du langage des idoles, et Keller évoque l’idole de cette manière : nos idoles sont ce sur quoi nous comptons pour donner du sens à nos vies.
Elles sont les choses dont on dit :
« J’en ai besoin pour être heureux. »
Ou bien :
« Sans cela, ma vie n’a ni valeur ni sens. »
Tim Chester, dans son livre remarquable Vous pouvez changer, écrit :
« Nous ne nous voyons pas sous les traits d’adorateurs d’idoles parce que, dans notre esprit, les idoles ne sont que des statues ou des monuments religieux. Mais Dieu regarde aux dirigeants d’Israël et leur reproche de porter leurs idoles sur leur cœur. Une idole est tout ce vers quoi nous nous tournons pour obtenir de l’eau vive, à l’exception de Dieu. »
Le double péché est donc, premièrement, le rejet de la vérité sur la grandeur et la bonté de Dieu, et deuxièmement, le fait de mettre nos affections dans autre chose que Dieu.
Je ne suis pas sûr que, finalement, je puisse m’identifier totalement à mes trois compagnons de Daniel 3.
Quelque part, je suis sur le spectre entre eux et Nebucadnetsar, et j’ai plié le genou trop souvent devant des idoles qui, évidemment, détrônent la seigneurie de Christ dans mon cœur.
En parlant de ce passage à table, Matthieu Caron me dit :
« Tu sais ce qui est drôlement intéressant ? C’est que malgré l’ordre du roi de respecter le Dieu qui a délivré nos amis, rien ne nous est dit dans les chapitres qui suivent que cette statue ait été détruite. Elle est restée. »
Méfions-nous de ce piège des idoles qui peuvent nous emporter.
Deuxième remarque : la délivrance arrive un jour ou l’autre.
Évidemment, les temps peuvent être compliqués.
Dans notre union d’Églises, il y a une femme qui a été kidnappée par Boko Haram au Nigeria, et on lui a promis la liberté si elle se convertissait à l’islam. Elle a refusé.
Je ne peux pas imaginer ce qu’elle vit aujourd’hui sans délivrance.
Et si Jésus s’est levé lorsque Étienne a porté le témoignage de sa fidélité à Dieu alors qu’il était lapidé et qu’il montait vers la mort et la vie éternelle — il voit le Christ debout alors que normalement il est assis à la droite du Père — je veux imaginer que Christ se lèvera lorsque cette femme fidèle à Christ, cette inconnue, passera de l’autre côté.
Ésaïe 43 nous dit ainsi :
« Parle maintenant l’Éternel, qui t’a créé, ô Jacob, celui qui t’a formé, ô Israël : sois sans crainte, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi.
Si tu traverses les eaux, je serai avec toi, et les fleuves ne te submergeront pas.
Si tu marches dans le feu, tu ne brûleras pas, et la flamme ne te consumera pas.
Car je suis l’Éternel, ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur. »
Troisième application.
C’est difficile d’ignorer le lien entre la fidélité de nos amis dans les petites choses qui ont été évoquées par Matthieu au chapitre 1, et leur capacité à tenir ferme dans une grande chose, au moment où cela devient déterminant et absolu.
Et je pense que les petits pas d’hier favorisent ou facilitent les grands pas de demain.
Et en cela, nous devons apprendre à développer vraiment notre force spirituelle dans le quotidien de nos vies faciles, pour que, si des vies difficiles venaient à surgir sur nos territoires, nous puissions tenir le choc par cette communion entretenue par la grâce de Dieu, dans notre émerveillement devant Christ.
Quatrièmement, nous avons besoin de frères et sœurs d’armes.
Je pense que nos amis ont été fortifiés entre eux, et leur résistance illustre ce que Hébreux 10.25 nous dit :
« N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns, mais exhortons-nous mutuellement, et cela d’autant plus que vous voyez le jour s’approcher. »
On a besoin les uns des autres pour faire face aux pressions, et on a besoin de vivre liés les uns aux autres.
L’encouragement de mes frères et de mes sœurs est vital pour mon propre chemin.
J’ai eu l’occasion de l’expérimenter un jour. C’était il y a une dizaine d’années.
J’approchais de mes 50 ans, et il y avait dans l’équipe des anciens un homme d’une gentillesse et d’une douceur qui avait pour vice d’aimer la course à pied.
Et il m’a dit :
« Florent, tu devrais faire un 10 km avec moi pour tes 50 ans. »
Et je me suis dit :
« Oui. »
(Rires)
Et on s’est inscrits pour une course de 10 km dans six ou huit mois.
Il m’a dit :
« Va falloir que tu t’entraînes. »
Je dis :
« Bien sûr. »
Je crois que j’ai fait deux fois 500 mètres.
(Rires)
En faisant des textes, non…
Et puis, deux jours avant la course, il m’a dit :
« Tu vas faire quoi comme temps ? C’est important pour qu’on ait vraiment le rythme en tête. »
Je dis :
« Écoute, je ne sais pas, je vais y réfléchir. »
Et je regarde sur Internet à quoi s’attendre pour un homme de 50 ans sur 10 kilomètres.
Et Internet, qui est sage, me dit :
« 50-55 minutes. »
Donc le lendemain, je lui dis :
« Je ferai 50-55 minutes. »
Il me dit :
« D’accord. »
(Rires)
Et le lendemain, il faut que vous ayez en tête cet homme qui s’appelle Laurent, d’une douceur…
Et il me dit :
« 50, 50, on y va, tu vas me suivre. »
Je lui dis :
« Non, non, non, fais ta course, moi je… »
« Non, non, non, tu t’es engagé, tu vas me suivre. »
Et là, j’aurais dû voir qu’il y avait un problème.
(Rires)
On a commencé, et au bout d’un kilomètre, j’avais les poumons trois mètres derrière.
(Rires)
Et des douleurs que je n’avais jamais identifiées auparavant.
Et je lui ai dit :
« Écoute, continue, je… »
Et je ne sais pas quel dragon l’a saisi, mais il s’est tourné et m’a dit :
« Ah non ! Tu t’es engagé, maintenant tu cours ! »
(Rires)
C’est pour ça que je suis contre la course à pied.
De toute façon, on revient toujours au même endroit. Pourquoi y aller en courant ?
(Rires)
Mais cet homme, il s’est tourné et il a fait la course quasiment à reculons en disant :
« Tu restes avec moi ! »
9 km, 8 km, 7 km…
Et il est inimaginable de faire ce genre de choses sans un dragon gentil à ses côtés.
(Rires)
Et finalement, nous imitons et nous admirons ceux qui nous encouragent.
Et on a besoin de cela dans nos vies chrétiennes.
J’en ai besoin.
C’est la seule fois où j’ai réussi à courir 10 km en 53 minutes.
(Rires)
(Applaudissements)
« N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns, mais encourageons-nous mutuellement. »
C’est un peu l’idée.
Et enfin, et bien sûr, notre secours, il est par le Christ, n’est-ce pas ?
Ce Christ qui vient rejoindre, soit par un envoyé, soit par lui-même, qui vient rejoindre nos amis au milieu de la détresse.
Quelque part, Dieu, dans sa sagesse, qui connaît cette humanité déchue, pécheresse, étrangère à sa beauté et à sa sainteté, envoie le Fils pour qu’il soit comme nous, qu’il nous rejoigne dans nos misères, nous révèle qui est le Père.
Il accomplit cette œuvre de rédemption en mourant à la croix pour nos péchés.
Il règle nos idoles une fois pour toutes, notre cœur malsain centré sur nous-mêmes.
Il meurt, il ressuscite, il monte auprès du Père qui accueille son œuvre expiatoire.
Et Père et Fils maintenant envoient le Saint-Esprit pour que ce Saint-Esprit pointe toujours vers le Christ.
Ce Saint-Esprit qui vient convaincre le monde de péché pour que les gens placent leur confiance en Christ.
Ce Saint-Esprit qui vient combattre en nous et pour nous, pour nous aiguiser contre les tendances mortelles de la chair qui sont tellement fréquemment au centre de ma propre préoccupation.
Dieu est notre secours.
Il le montre dans cette histoire et, ultimement, il le fera dans chacune de nos vies.
Et avec cela, je vous invite à la prière.
Seigneur, tu nous as sauvés, tu nous sauves et tu nous sauveras.
Et cette histoire a un petit goût complet de ton intervention dans trois vies.
Et Seigneur, nous attendons avec hâte ce temps où nous serons en ta présence, débarrassés de toute cette contemplation idolâtre que parfois on nous impose, mais aussi que parfois, je reconnais, je désire trop, je souhaite, je pratique.
Je m’en humilie, je m’en repens.
Et je veux prendre pour moi, avec mes frères et sœurs ici, cette pensée d’Hébreux 12 :
« Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe encore si facilement, les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection.
Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. »
Aide-nous à regarder à lui et à vivre notre témoignage et notre loyauté, même si c’est dur, même si ce n’est pas compréhensible, même si c’est douloureux, même si on échoue parfois.
Pour ta gloire et par ta force.
Dans le nom de Christ.
Amen.
Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres dont le Manuel du prédicateur, Saint-Esprit et dons spirituels. Florent est aussi conférencier et professeurà l’Institut biblique de Genève et à la Faculté Scriptura. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux Églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants, ainsi que huit petits-enfants. Il détient un M. Div de Master’s Seminary (Californie, USA) et un Master de recherche de la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.
