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Rachetés par l’agneau : l’histoire de la Pâque

Pour les chrétiens, la mort de Jésus-Christ est intimement liée à la Pâque. Ce lien n’a rien d’une coïncidence, étant donné le rôle hautement significatif que joue la Pâque dans la libération de l’oppression des Égyptiens opérée par Dieu en faveur des Israélites.

Dieu a donné aux Israélites l’instruction de commémorer la première Pâque en Égypte de manières variées puisqu’elle est si importante. Chaque année, ils devaient participer à une reconstitution partielle de la Pâque, suivie d’une fête de sept jours, associée à la consommation de pain sans levain (Ex 12:14-20 ; 13:6-10). Dieu a également ordonné aux Israélites de sacrifier ou de racheter, selon les cas, tous les premiers-nés mâles, qu’ils soient humains ou animaux (Ex 13:12-15). Ces commémorations ne doivent pas être confondues avec l’événement original, qui reste unique en son genre.

Alors que le récit de la Pâque en Exode 12:1-13:16 est relativement concis, il éclaire la signification de cet événement unique en tant qu’événement salvateur exceptionnel de l’Ancien Testament. Il marque le point culminant des actions de Dieu en Égypte lorsqu’il vient libérer les Israélites asservis du contrôle du Pharaon. Et, comme nous le verrons, les premiers-nés israélites de sexe masculin sont rachetés de la mort grâce à l’utilisation d’agneaux sacrificiels de substitution.

La mort des premiers-nés

Un caractère inattendu et particulier de la première Pâque était la menace faite par Dieu de tuer tous les premiers-nés mâles israélites. Auparavant, le Seigneur avait soigneusement fait la distinction entre les Israélites et les Égyptiens lorsqu’il avait frappé l’Égypte d’une série d’événements surnaturels (Ex 9:4, 6, 26). À la lumière des paroles de Dieu dans Exode 12:12, la menace de mort aurait été comprise comme un acte de jugement divin. Le fait que les premiers-nés mâles soient sauvés de la mort est un élément crucial de la première Pâque.

Sous le coup d’une sentence de mort, les premiers-nés israélites sont mis en sécurité grâce à un rituel qui consiste à tuer des animaux mâles spécialement sélectionnés, à enduire leur sang sur les montants des portes des maisons israélites et à manger de la viande rôtie accompagnée de pain sans levain.

Il faut remarquer que les premiers-nés mâles ne sont pas seulement protégés de la mort. Dieu les met à part de sorte qu’ils lui appartiennent désormais. À cause du rituel de la Pâque, ils se distinguent de tous les autres Israélites en devenant saints. Exode 13:2 fait allusion à cela quand il déclare : « Consacre-moi tout aîné, tout premier-né parmi les Israélites, tant des hommes que des animaux : il m’appartient » (voir aussi Nombres 3:13 ; 8:17).

Un rituel de sanctification

La sanctification des premiers-nés est souvent négligée dans les discussions au sujet de la Pâque. Elle est pourtant cruciale pour la compréhension de ce qui est arrivé. Comme le note Andrew J. Gehrig : « Sans recourir à une terminologie « théologique », la première Pâque en Égypte est décrite comme un rituel de sanctification qui délivre les premiers-nés israélites mâles de la mort, les purifie et les sanctifie, les faisant ainsi devenir la propriété de Yahweh ».

Dieu sanctifie les premiers-nés afin qu’ils lui appartiennent.

En tant que rituel de sanctification, la Pâque partage diverses caractéristiques avec d’autres moyens par lesquels Dieu sanctifie le peuple. Les parallèles entre la Pâque et le rituel de consécration d’Aaron et de ses fils comme sacrificateurs sont particulièrement remarquables. Malgré les différences dues au niveau de sainteté lié à la charge du souverain sacrificateur, il existe des similitudes frappantes.

Outre l’utilisation d’animaux sans défaut (Ex 12:5 ; 29:1), le sang est utilisé à la fois pour purifier et sanctifier (Ex 12:7, 22 ; 29:20-21 ; Lév 8:23-24, 30), et la chair cuite d’un animal sacrifié est consommée avec du pain sans levain (Ex 12:8 ; 29:32-33 ; Lév 8:31). Toute nourriture qui reste le lendemain matin doit être brûlée (Ex 12:10 ; 29:34 ; Lév 8:32). Ces parallèles soulignent que la première Pâque s’entend mieux comme un rituel de sanctification qui rend sacrés les premiers-nés mâles.

L’agneau pascal comme substitut

Quand on considère la Pâque comme un rituel de sanctification qui délivre les premiers-nés mâles du jugement divin, nous avons de bonnes raisons de croire que les agneaux sont mis à mort en tant que substituts, à la place des premiers-nés mâles. Cette idée est mise en évidence dans les instructions divines concernant la commémoration de la Pâque en Exode 13 :11-16.

En prévision de leur installation en Canaan, Dieu dit aux Israélites : « tu consacreras tout premier-né à l’Éternel, même tout premier-né des animaux que tu auras : les mâles appartiennent à l’Éternel » (v. 12). À ce titre, ils doivent être sacrifiés au Seigneur. Cependant, certains animaux, tels que les ânes, ne peuvent être sacrifiés. Par conséquent, Dieu déclare : « Tu rachèteras tout premier-né d’un âne par un agneau, et si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras le cou » (v. 13, traduction de l’auteur). S’il n’est pas racheté, l’âne meurt. Il est important de noter que, dans ce contexte, le Seigneur déclare à deux reprises que les Israélites doivent racheter tout premier-né mâle (vv. 13, 15 ; voir 34:20).

Rachetés de la mort

Il est très significatif qu’un agneau doit être offert comme rançon pour un âne afin de lui éviter la mort. L’usage du verbe pādâ (« racheter ») suggère que la délivrance de la mort se manifeste d’abord comme le paiement d’une substitution ­ dans ce cas, un sacrifice. Il est important de relever que les premiers-nés mâles sont sauvés de la mort par le paiement d’une rançon sous la forme d’un agneau ou d’un bouc sans défaut et pas seulement par l’application du sang sur l’encadrement de la porte, comme on le dit parfois.

Les premiers-nés mâles sont sauvés de la mort par le paiement d’une rançon sous la forme d’un agneau ou d’un bouc sans défaut. Pas seulement avec le sang sur les linteaux

Alors que nous devons avoir la prudence de ne pas trop tirer de déductions du texte de l’Exode, l’utilisation d’agneaux mâles sans défaut suggère que ce sont des animaux destinés au sacrifice. L’exemple qui nous est donné en Exode 13:13 de l’utilisation d’un agneau pour racheter un âne suggère fortement que les agneaux de la Pâque sont utilisés comme rançon pour racheter les premiers-nés mâles humains de la mort. Et quand on considère la Pâque comme un rituel de sanctification, il devient clair, alors, que (1) le sang qui est appliqué sur les encadrements des portes est destiné à purifier et, probablement, à sanctifier ceux qui y résident, et (2) le fait de manger de la viande sacrifiée, qui est sainte, sanctifie aussi ceux qui la consomment.

Le sacrifice pascal remplace les premiers-nés mâles -l’animal meurt à la place du premier-né-­ et le sacrifice pascal les purifie et les sanctifie.

Après avoir été rachetés de la mort, puis purifiés et sanctifiés, les premiers-nés israélites deviennent saints et appartiennent à Dieu. Il n’est donc pas surprenant que la première Pâque en Égypte serve de modèle principal et de schéma prophétique pour comprendre la mort sacrificielle de Jésus. En tant que notre sacrifice pascal (1 Co 5 :7), il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1:29) en donnant « sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt 20:28 ; Mc 10:45 ; voir 1 Tm 2:5-6 ; 1 Pi 1:18-19).