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Contrairement à ce que le titre semble suggérer, cet article est bien destiné à des personnes qui croient en Dieu! Et je ne parle pas ici de la possibilité que des athées viennent infiltrer les célébrations d’une église locale; je parle réellement à des chrétiens qui professent leur allégeance au Dieu Trinitaire Créateur du ciel et de la terre. Alors, pourquoi donc utiliser le mot « athéisme » dans le titre? N’est-ce pas quelque chose de contradictoire voir d’irréconciliable avec la foi chrétienne? Après tout, être chrétien implique nécessairement de croire en l’existence de Dieu; ce que les athées nient ouvertement.

Cet article se veut une sorte de réflexion qui fait suite à un texte que j’ai publié le printemps passé sur le sujet de l’influence pernicieuse du déisme sur la foi chrétienne. Si vous ne l’avez pas déjà lu, je vous encourage à prendre le temps de le consulter.

De quoi parle-t-on?

Prenons premièrement le temps de bien comprendre la terminologie. L’athéisme est un concept philosophique qui rejette explicitement et systématiquement l’existence d’un être divin comme étant la cause créatrice responsable de l’univers tel que nous le connaissons. C’est évidemment un concept très populaire en Occident depuis maintenant de nombreuses décennies; allant même jusqu’à prétendre être la seule position réellement rationnelle et cohérente dans notre société qui est fondée sur la raison (allant jusqu’à mépriser les croyants qui, selon eux, préfèrent croire à des contes de fées démodés et supposément contredits par la science moderne). Ceux qui adhèrent à cette manière de voir le monde rejettent habituellement aussi toute forme d’éléments surnaturels; car, selon eux, nous vivons uniquement dans un monde matériel qui se comprend et s’explique strictement par des causes physiques.

Évidemment, les Écritures rejettent catégoriquement cette manière de comprendre le monde qui nous entoure en affirmant haut et fort que Dieu est l’auteur de tout ce qui existe et que c’est lui qui soutient l’univers en existence:

Genèse 1.1

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.

Psaumes 19.2

Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains.

Colossiens 1.16-17

Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.

Apocalypse 4.11

Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles existent et qu’elles ont été créées.

Non seulement la Bible affirme qu’un Dieu unique est la source de tout ce qui existe, mais que c’est même une folie et une aberration de s’opposer à cette évidence :

Psaumes 14.1

L’insensé dit en son cœur: Il n’y a point de Dieu! Ils se sont corrompus, ils ont commis des actions abominables; Il n’en est aucun qui fasse le bien.

Romains 1.18-22

La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous

Il y donc, à première vue, un contraste irréconciliable entre l’athéisme et le christianisme. Mais il y a un danger subtil qui guette les croyants modernes; celui de l’athéisme pratique.

L’athéisme pratique

Comme nous l’avons mentionné, l’athéisme est un système de croyances philosophiques qui affirme que Dieu et/ou que le monde surnaturel n’existe pas. Mais qu’en est-il de l’athéisme pratique? Permettez-moi de donner une définition simple : « L’athéisme pratique consiste à VIVRE comme si Dieu n’existait pas tout en professant croire à son existence ». La différence avec l’athéisme théorique se trouve donc au niveau de notre manière de vivre et non pas premièrement au niveau de notre croyance (l’un est une négation explicite et l’autre est simplement une incohérence avec la croyance d’un individu). Cela veut dire que, comme chrétien, c’est tout à fait possible de porter notre allégeance à Christ tout en vivant parfois comme s’Il n’existait pas.

C’est une expression qui s’est répandue au 18e siècle [1] afin de désigner des chrétiens qui professaient la foi tout en vivant d’une manière où cette foi s’exprimait d’une manière incohérente dans leurs vies de tous les jours[2]. Reconnaissons que c’est aussi quelque chose qui est indirectement présent dans les Écritures:

Esaïe 29.13

Le Seigneur dit: Quand ce peuple s’approche de moi, il m’honore de la bouche et des lèvres; mais son cœur est éloigné de moi, et la crainte qu’il a de moi n’est qu’un précepte de tradition humaine.

Tite 1.16

Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres, étant abominables, rebelles, et incapables d’aucune bonne œuvre.

Le concept de l’athéisme pratique se manifeste donc par le fait de vivre une vie incohérente avec ce que l’on professe croire. Mais notons que ce décalage n’est souvent pas intentionnel ni conscient; ce qui le rend si pernicieux! Dans mon article sur l’influence du déisme, c’est justement ce que je voulais mettre de l’avant; ce danger de douter de la présence intentionnelle de Dieu dans la vie du chrétien (on peut arriver à être incrédule aux réalités spirituelles en étant influencé, à nos dépens, par le matérialisme ambiant dans notre culture occidentale). R.C. Sproul exprimait un souci similaire en disant:

“Beaucoup d’entre nous sont des athées pratiques. Nous sommes peut-être théistes en théorie, mais nos vies trahissent une forme d’athéisme pratique, en ce sens que nous ne vivons pas dans le but de plaire à Dieu. Et si nous ne vivons pas dans le but de plaire à Dieu, c’est nécessairement parce que, au fond, nous ne croyons pas vraiment qu’Il mérite notre attention.”

Manifestations pratiques

Comme je l’ai mentionné, c’est très rarement quelque chose qui est fait consciemment… au contraire, c’est plutôt quelque chose qui peut nous arriver lorsque nous sommes sur « le pilote automatique » de nos vies. L’une des premières manifestations de l’athéisme pratique chez le chrétien, c’est une piété superficielle, c’est-à-dire une vie qui n’est pas ancrée dans les moyens de grâce[3] (c.-à-d. la lecture des Écritures, la prière, la participation fidèle à une église locale, la confession des péchés, le Repas du Seigneur, etc.). Sans trop s’en rendre compte, c’est malheureusement possible de passer des jours, voir des semaines ou des mois sans dépendance réelle à Dieu, en faisant simplement sa vie d’une manière machinale, comme si elle comportait seulement une dimension physique. C’est finalement de mettre beaucoup d’emphase sur ce qui est évident à nos yeux physiques en négligeant radicalement notre dimension spirituelle…

Cela nous amène souvent à prendre des décisions toutes humaines selon ce qui nous apparait sage plutôt que de considérer ce que Dieu en pense. Trop souvent nous pouvons en venir à penser que notre sagesse est suffisante pour gérer la grande majorité des éléments de nos vies (et, accessoirement, nous dépendons de Dieu uniquement dans les moments difficiles ou lorsque nous faisons face à un coup dur qui vient briser notre illusion de suffisance – un peu comme si on utilisait une bouée lorsqu’on se noie). C’est uniquement dans nos détresses que Dieu redevient une réalité concrète dans nos vies, mais, sinon, nous cherchons à naviguer nos journées en s’appuyant sur nos capacités naturelles. Dieu a donc une place théorique dans cette vision du monde, puisque techniquement nous affirmons son existence, mais cette croyance influence peu ou pas notre manière de vivre. Pourtant la Parole nous exhorte à considérer l’inverse :

Proverbes 3.5-8

Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, et ne t’appuie pas sur ta sagesse; Reconnais-le dans toutes tes voies, et il aplanira tes sentiers. Ne sois point sage à tes propres yeux, crains l’Éternel, et détourne-toi du mal: Ce sera la santé pour tes muscles, et un rafraîchissement pour tes os.

Une autre manifestation évidente serait de vivre dans la crainte et l’anxiété, comme si Dieu n’était pas présent ni souverain et qu’Il n’avait pas fait de promesses à son peuple. Combien de nos craintes et de nos découragements viennent de notre regard horizontal de la vie, plutôt que d’être encouragés par les vérités d’en haut!? Mon incrédulité et mon indifférence s’expriment dans toutes ces occasions où la peur contrôle ma vie plutôt que la foi et l’espérance. Pourtant les Écritures ne sont jamais silencieuses devant ces réalités; au contraire, la Parole de Dieu présente régulièrement des pistes de réflexion concrètes et accessibles à ceux qui se tournent vers l’Éternel. Mais, dans notre quotidien, combien de fois nos pensées se portent-elles sur les promesses de Dieu; à les méditer et à les rechercher? De quelles manières est-ce notre croyance en Dieu oriente réellement nos vies, nos choix et nos préoccupations de tous les jours?

Philippiens 4.6-9

Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ. Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous.

Très clairement, Dieu ne désire pas que ses enfants soient des consommateurs de la foi et de la piété uniquement lorsqu’ils en ressentent le besoin… Au contraire l’Éternel désire que notre vie soit vécue sous son regard en exprimant une foi réellement et agissante qui fait la différent et qui produire une dépendance à tous égards! Les disciplines spirituelles ne sont pas des exercices religieux routiniers, mais des éléments essentiels qui entretiennent notre dépendance et notre communion avec Celui qui est la source de tout. Jésus reprenait durement les gens religieux de son époque qui croyait les bonnes choses, mais où tout était théorique et intellectuel (leur vie n’était pas transformée par leur croyance). En parlant des pharisiens, Jésus disait :

Matthieu 23.3

Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent; mais n’agissez pas selon leurs œuvres. Car ils disent, et ne font pas.

À l’inverse d’une façade, Dieu désire produire en nous une foi vivante et concrète qui nous transforme et qui produit sa vie en nous. Les Écritures sont remplies de personnes qui vivait leur foi d’une manière cohérente et qui en étaient transformées; par exemple, les fils de Koré, David, Asaph et des milliers d’autres croyants qui s’approprient ces vérités :

Psaumes 42.2-3 (Koré)

Comme une biche soupire après des courants d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant: Quand irai-je et paraîtrai-je devant la face de Dieu?

Psaumes 63.2 (David)

O Dieu! tu es mon Dieu, je te cherche; Mon âme a soif de toi, mon corps soupire après toi, dans une terre aride, desséchée, sans eau.

Psaumes 73:28 (Asaph)

Pour moi, m’approcher de Dieu, c’est mon bien: Je place mon refuge dans le Seigneur, l’Éternel, afin de raconter toutes tes œuvres.

Pouvez-vous en dire autant? Est-ce que vos vies reflètent ce désir et cette soif de dépendance et de communion avec Dieu?

Encouragements

Les Écritures nous encouragent de plusieurs manières à ne pas permettre de séparation dans notre vie entre notre foi et nos œuvres. Normalement, notre foi devrait avoir un impact sur nos actions et notre manière de vivre devrait refléter notre foi et nos croyances. Jacques dira à sa manière que la foi détachée d’un mode de vie cohérant est morte (cela se limite à une conception intellectuelle qui n’a pas d’impact dans la vie de tous les jours; qui ne change rien et qui n’a pas la puissance de soutenir ou de transformer qui que ce soit!) :

Jacques 2.17-20

Il en est ainsi de la foi: si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même. Mais quelqu’un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile?

Jésus, quant à Lui, exhortait ses disciples à mettre en pratique ses enseignements et à ne pas seulement les entendre ou y adhérer d’une manière passive :

Jean 13.17

Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez.

Car après tout, un concept théorique n’a pas la capacité de changer quoi que ce soit dans la vie réelle… J’ose vous poser une question inconfortable, mais salutaire! Si un étranger vous regardait vivre attentivement pendant quelques jours, arriverait-il à la conclusion que vous êtes un chrétien? Penserait-il seulement que vous êtes une bonne personne avec de bonnes valeurs? Penserait-il peut-être que vous êtes quelqu’un de religieux? Ou arriverait-il à la conclusion que vous êtes un disciple de Jésus qui incarne et qui vit une relation de dépendance réelle avec le Dieu de l’univers?

Bien évidemment, mon but n’est pas de mettre un fardeau inutile sur les épaules de qui que ce soit. Après tout, nous avons malheureusement tous des moments de faiblesse, de découragement, de sécheresse et d’incrédulité… Ma prétention n’est pas celle d’une vie parfaite, mais plutôt celle d’une vie cohérente et intègre avec l’Évangile. Pas en faisant machinalement des actes de piété pour paraitre juste ou pour soulager notre conscience, mais en se laissant humblement transformer par Celui qui a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde! Après tout, nous, les chrétiens, ne sommes pas appelés à faire des choses que nous haïssons par obligation religieuse, mais, étant régénérés, nous sommes appelés à vivre selon ce que Dieu a fait de nous par l’action de son Esprit (quoiqu’il y ait certainement des choses qui nous tiraillent et qui « font la guerre à notre âme » » -1 Pierre 2.11).

Mais frères/sœurs, malgré notre fragilité et notre incrédulité naturelle, ne nous conformons pas au pragmatisme naturel de notre société, mais cherchons à vivre intentionnellement une vie cohérente avec le fait que:

(1) Dieu existe,

(2) qu’Il est Souverain,

(3) que nous lui appartenons ayant été rachetés à grand prix,

(4) que nous sommes des intendants de tout ce que nous avons,

(5) et, qu’ultimement, Il reviendra pour nous prendre avec Lui lors de la manifestation de son règne!

J’ai souvent l’impression que notre plus grand défi n’est pas une question de connaissance, car je suis convaincu que vous connaissez déjà les cinq éléments ci-haut. Je vous propose au contraire que notre plus grand problème soit que nous perdons souvent la vue d’ensemble de l’œuvre de Dieu dans nos vies; en réduisant notre existence au moment que nous vivons plutôt que de vivre à la lumière de l’action de Dieu et de ses promesses… Bref, vivons ce que nous savons afin que nos vies s’harmonisent et expriment d’une manière cohérente la réalité telle que Dieu nous la propose et non pas selon ce que je suis naturellement capable de saisir, de voir, de comprendre ou d’apprécier avec mon regard limité :

2 Corinthiens 5.7

car nous marchons par la foi et non par la vue

Je conviens que ça ne sera jamais quelque chose d’acquis ici-bas, mais cela doit devenir l’ambition de notre vie; un jour à la fois! Car tôt ou tard viendra ce moment où nous vivrons pleinement dans la présence de Dieu; où ce sera la seule réalité dans laquelle nous serons en mesure de vivre. Mais, d’ici là, exerçons-nous à le rechercher dans notre quotidien pendant que nous en avons encore l’occasion!


1. D’un point de vue philosophique, c’est David Hume (1711-1776) qui semble écrire en premier sur ce sujet. Mais c’est un concept qui a rapidement été repris par le pupitre vers la fin des années 1700 (entre autres par plusieurs prédicateurs anglais qui prêchaient contre cette réalité qui se répandait dans leurs églises et dans la société).
2. Il est à noter que c’est un concept relativement ancien et présent à travers l’histoire de l’Église. Par exemple, plusieurs penseurs à travers les siècles ont abordé directement ou indirectement cette réalité; allant d’Augustin à Thomas d’Aquin - mais sans utiliser explicitement l’expression «d’athéisme pratique».
3. Ou lorsqu’ils sont pratiqués religieusement en ayant détaché d’un exercice de piété venant du cœur.
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