Quels sont le cadre et la signification du livre de Daniel ?
Les prophètes de Dieu ne s’étaient pas tus : si les Israélites poursuivaient leur trajectoire de péché et de rébellion, le jugement par la captivité et par l’exil tomberait sur le peuple divisé et chancelant. En 722 av. J.-C., l’armée assyrienne conquit le royaume du nord appelé Israël, tout à fait comme Dieu l’avait promis (Osée 11:5–6). Le royaume du sud appelé Juda subsistait, bien que ses habitants ne se soient pas détournés de leurs péchés et n’aient pas recherché l’Éternel avec fidélité. Au temps marqué, le Seigneur suscita l’armée de Babylone pour qu’elle vienne attaquer son peuple. La conquête du royaume du sud, toutefois, ne fut pas immédiate. Des années de siège accablèrent le peuple.
En 605 av. J.-C., Nebucadnetsar, roi de Babylone, commença le siège de la ville de Jérusalem (Daniel 1:1). Il souhaitait déporter des jeunes qui appartenaient à des familles de l’élite et à la famille royale. Un de ces jeunes hommes nommé Daniel faisait partie de ceux qui partirent en exil. Le livre de Daniel porte le nom de ce jeune homme qui devint un prophète de Dieu pour son peuple déplacé. Il interprète les rêves et voit des visions. Il fait l’expérience de choses merveilleuses et fait preuve d’un grand courage face aux autorités terrestres. Bien que Daniel ait dû quitter le pays, il n’a jamais délaissé le Seigneur. Daniel s’est consacré à Yahweh en dépit de mises à l’épreuve et de menaces.
Le livre de Daniel raconte la fidélité et la souveraineté de Dieu envers son peuple. Le prophète apprend à connaître des nations qui sont au-delà du régime babylonien et reçoit des révélations sur le royaume éternel que Dieu établira. Le monde peut être rempli de gens qui se disputent le pouvoir et oppriment les plus vulnérables, la justice de Dieu n’en vaincra pas moins les méchants. Les saints seront justifiés et même la mort sera vaincue. Daniel reçoit ces prophéties tout au long de son exil. Sa dernière vision dans le livre a lieu en 536 av. J.-C. (Da 10:1), de sorte que les événements de ces douze chapitres se déroulent entre 605 et 536 av. J.-C. Emmené en captivité alors qu’il était adolescent, Daniel sera octogénaire avant la fin du livre. Il est probablement mort en dehors de la Terre promise, sans jamais revenir avec les exilés qui ont rebâti la ville de Jérusalem.
Comment le livre de Daniel est-il structuré ?
Il est important pour le lecteur de considérer la structure du livre de Daniel afin de l’interpréter correctement. Il existe de multiples façons valables pour en tirer les grandes lignes. J’en proposerai deux. Premièrement, les chapitres 1 à 6 sont des récits et les chapitres 7 à 12 sont des visions. Ce plan en deux parties est la manière la plus simple de diviser le livre. Deuxièmement, on rencontre un changement de langue significatif : les chapitres 2 à 7 sont écrits en araméen, tandis que les chapitres 1 et 8 à 12 sont écrits en hébreu. Ce changement de langue place les chapitres 2 à 7 dans leur propre structure, qui présente une inversion symétrique connue sous le nom de « chiasme ». Le chapitre 1 introduit donc le livre et est suivi d’une section araméenne dans les chapitres 2 à 7. Selon ce schéma, les chapitres 8 à 12 sont des chapitres hébreux qui ont également une structure en chiasme. Le présent commentaire suivra ce schéma qui tient compte des changements de langue.
But du livre
Les histoires et les prophéties contenues dans le livre de Daniel sont destinées à aider les exilés et ceux qui souffrent à persévérer dans la foi en se confiant en un Dieu souverain dont le pouvoir sans égal et la domination éternelle vaincront les méchants et justifieront les justes.
Verset clé
« A l’époque de ces rois, le Dieu du ciel fera surgir un royaume qui ne sera jamais détruit et qui ne passera pas sous la domination d’un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et y mettra fin, tandis que lui-même subsistera éternellement ».
— Daniel 2:44
Grandes lignes
I. L’exil et la mise à l’épreuve de Daniel et des autres à Babylone (1:1–21)
II. Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (2:1–49)
III. La protection miraculeuse des fidèles (3:1–30)
IV. Le jugement divin d’un roi arrogant (4:1–37) [3 :31-33 puis 4 :1-34 pour les versions S21et BDS]
V. Le jugement divin d’un roi arrogant (5:1–31) ) [5 :1-30 puis 6 :1 pour les versions S21et BDS]
VI. La protection miraculeuse du fidèle (6:1–28) [6 :2-29 pour les versions S21et BDS]
VII. Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (7:1–28)
VIII. Les actions futures des empires perse et grec (8:1–27)
IX. La promesse de Dieu d’un Jubilé ultime et du pardon(9:1–27)
X. Les actions futures des empires perse et grec (10:1—12:13)
L’exil et la mise à l’épreuve de Daniel et des autres à Babylone (1:1–21)
1:1–7 Dans les dernières années du 7ème siècle av. J.-C., le grand conquérant qui domine l’ancien Proche-Orient est Nebucadnetsar. Et en 605 av. J.-C., il a en vue le peuple de Jérusalem. Depuis la période du livre de l’Exode, le Seigneur s’est manifesté comme un Dieu qui combat en faveur de son peuple, le délivrant de toutes sortes de détresses et d’angoisses. Mais, cette fois-ci, Dieu n’a pas combattu contre Nebucadnetsar pour épargner la nation en détresse. Dieu avait déjà amené les Assyriens contre le royaume du nord, Israël, en 722 av. J.-C., et maintenant il amène les Babyloniens contre le royaume du sud. Le roi de Babylone a réussi sa campagne contre les Israélites parce que Dieu avait prononcé son jugement contre eux (Da1:2).
Jérusalem était la ville où se trouvait le temple construit par Salomon, et ce précieux sanctuaire fut soumis au pillage arrogant des Babyloniens. Nebucadnetsar ordonna qu’on emportât au pays de Schinear (autre nom du pays de Babylone) une partie des ustensiles du temple, et il entreposa ces ustensiles dans le trésor de son propre dieu (1:2). La prise des ustensiles du temple représentait, pour les Babyloniens, une défaite du Dieu d’Israël. Nebucadnetsar n’avait pas seulement conquis la Terre promise et ses habitants, il avait aussi vaincu Yahweh qui les y avait amenés.
Nebucadnetsar ordonna au chef de ses eunuques, nommé Ashpenaz, de déporter certains Israélites : intelligents et physiquement beaux, issus de famille royale, de l’élite et de la noblesse (1:3–4). Il était prévu que ces jeunes gens apprennent les idées et la vision du monde de Babylone. Il leur fallait recevoir une instruction en langue et en littérature, ce qui comprenait la connaissance des dieux et des pratiques religieuses des Babyloniens. Le but était clairement indiqué dans l’ordre de Nebucadnetsar : prends de jeunes Israélites et fais d’eux des Babyloniens. Le roi voulait des gens qui pourraient se tenir devant lui et servir à sa cour. Aussi, durant trois ans, ces jeunes Israélites allaient être plongés dans le cursus de formation de Babylone. L’éducation est une formation de disciples et Nebucadnetsar voulait avoir des disciples qui œuvreraient pour ses propres projets et pour sa propre gloire.
L’éducation est une formation de disciples et Nebucadnetsar voulait avoir des disciples qui œuvreraient pour ses propres projets et sa propre gloire.
Une partie du programme de réorientation de Babylone consistait à changer les noms des jeunes Israélites. Quatre noms hébreux- Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria-devinrent quatre noms babyloniens (1:6–7). Chacun de ces noms hébreux contenait une référence à Dieu, et cette référence était masquée par les noms babyloniens. Nebucadnetsar voulait que l’allégeance de ces jeunes soit entièrement transférée. Il voulait qu’ils se rendent compte des opportunités privilégiées qui s’offraient à eux. C’est la raison pour laquelle il leur donna de la nourriture royale à manger et de son vin à boire (1:5). Le programme de trois ans impliquait un traitement spécial et une attention particulière, conduisant les jeunes Israélites à devenir des Babyloniens de cœur. Nebucadnetsar avait déjà conquis des peuples avant les Israélites, et il ne fait donc aucun doute qu’il pensait que ses méthodes avaient fait leurs preuves. La question est de savoir comment Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria allaient se comporter dans leur nouveau statut d’exilés. Les pressions exercées par leur nouveau lieu de vie et leur programme d’endoctrinement seraient-elles couronnées de succès ?
1:8–14 Dans la première scène du livre mettant Daniel en avant, nous le voyons faire preuve d’une fidélité inaltérable au Seigneur. Il a résolu de ne pas se souiller avec la nourriture et le vin du roi et demande au chef des eunuques d’en être dispensé (1:8). Bien que le fonctionnaire ait refusé la demande de Daniel, le Seigneur a accordé à Daniel la faveur de ce dernier. Le fonctionnaire ne l’a pas dénoncé, même si Daniel avait demandé à être exempté de la nourriture assignée par le roi. Le fonctionnaire s’est rendu compte que sa propre tête serait menacée si le programme de trois ans prenait fin et que Daniel souffrait de malnutrition (1:10).
Bien que la première tentative de Daniel ait été infructueuse, il a fait preuve de réflexion et de sagesse et a réorienté sa demande vers une autre personne. L’intendant, qui avait été affecté à Daniel et aux trois autres jeunes Hébreux, accepta de mettre ces hommes à l’épreuve pendant dix jours. Pendant ces dix jours, Daniel et ses amis ne mangeraient que des légumes et ne boiraient que de l’eau. Daniel était d’accord pour que l’intendant décide, à l’issue des dix jours, de la poursuite ou non des ajustements alimentaires (1:13).
Pourquoi Daniel voulait-il éviter la nourriture et la boisson royales ? Il avait déclaré qu’il ne voulait pas se souiller (1:8). Peut-être que le menu royal contenait des aliments qui auraient violé les règles alimentaires imposées aux Israélites (voir Lévitique 11). La boisson qui leur était assignée était du vin et celui-ci n’était pas prohibé pour les Israélites. En fait, plus loin dans le livre (voir Da 10:3), Daniel apparaît comme ayant mangé de la viande et bu du vin, même s’il y a eu une courte période de jeûne où il s’est abstenu de ces choses. Sa préoccupation en 1:8 portait-elle sur le fait de manger quelque chose qui avait été offert aux idoles ? C’est possible, mais d’autres aliments comme les légumes pouvaient avoir aussi ce caractère. Daniel était-il un naziréen (Nombres 6:3–8) ? Le texte est muet sur ce point. S’il avait fait un vœu de naziréat avant le temps de Daniel 1:8, il l’avait achevé lors des événements de 10:3.
Bien que Daniel n’explique pas la nature de la souillure possible en 1:8, le lecteur peut au moins conclure que ce refus montrait en quelque sorte sa fidélité ultime à Yahweh. Avec les trois jeunes Hébreux, il voulait agir de telle sorte que les efforts du roi pour les amadouer et les conformer à ses volontés échouent. Le programme de trois ans révélerait quels jeunes devraient se tenir devant le roi, mais la dévotion la plus profonde de Daniel était pour le Seigneur.
1:15–21 Un miracle intervint. Le fait de manger des légumes et de boire de l’eau ne devait pas rendre quelqu’un plus gras dans son allure par rapport à ceux qui mangeaient la nourriture royale et buvaient de son vin ; pourtant Daniel et ses amis montrèrent une plus belle allure que les autres jeunes impliqués dans le programme de formation (1:15). Selon les termes du marché (1:12–13), l’intendant décida de ce qu’il fallait faire à partir de ce moment-là, et il donna aux quatre jeunes Hébreux des légumes et de l’eau (1:16). L’effet inhabituel sur Daniel et ses amis- à savoir qu’ils étaient plus en chair que les autres- a révélé que la main du Seigneur était sur eux. Le Seigneur a honoré leur résolution de ne pas se souiller.
Non seulement le Seigneur accorda-t-il une meilleure allure à Daniel, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, mais encore les équipa-t-il en leur donnant la capacité d’apprendre et d’avoir des talents en littérature babylonienne ; quant à Daniel, il allait manifester de l’intelligence vis-à-vis des visions et des songes (1:17). Le commentaire du narrateur au sujet de Daniel annonce le reste du livre parce que, à ce stade, Daniel n’a interprété aucun songe ni aucune vision. Mais il va le faire- et le faire très bientôt (voir Daniel 2). À la fin du programme de trois ans, Nebucadnetsar évalua tous les jeunes et jugea Daniel, Shadrak, Méshak et Abed-Nego supérieurs à tous les autres (1:19-20). Ils furent donc appelés à servir à la cour du roi. Daniel, en particulier, pour servir l’administration babylonienne jusqu’à ce qu’elle prenne fin -une fin que Cyrus le Perse provoquera en 539 av. J.-C.
Dans le premier chapitre du livre, le lecteur voit la détermination de Daniel et de ses amis, détermination dans laquelle ils persévéreront au cours des années à venir. Ils sont fidèles au Seigneur et le Seigneur leur est fidèle. Ceux qui cherchent à faire pression sur eux et à les contraindre à compromettre leur dévotion à Yahweh échoueront. La faveur de Dieu et sa main vengeresse seront sur ses serviteurs, ici à Babylone.
Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (2:1–49)
2:1–13 Approximativement en 602 av. J.-C., le roi Nebucadnetsar eut un songe qui le troubla. Quand un roi d’autrefois avait un songe qui le troublait, une idée communément admise était que les dieux essayaient de lui communiquer quelque chose au sujet du futur. Et comme le roi ne pouvait pas prédire l’avenir, il devait convoquer ceux qui étaient censés pouvoir le faire (2:2). Mais lorsque les magiciens et les enchanteurs se rassemblèrent à sa cour pour interpréter son rêve, ils entendirent une directive inattendue : Nebucadnetsar voulait qu’ils racontent d’abord son rêve et qu’ils en donnent ensuite l’interprétation, faute de quoi il les tuerait tous (2:5). L’interprète, en revanche, serait richement récompensé (2:6).
Il est compréhensible que les sages de Babylone aient voulu gagner du temps et convaincre le roi de baisser ses exigences (2:7). Mais la décision de Nebucadnetsar était ferme : dites-moi d’abord le songe puis son interprétation ou vous mourrez. Leur vie étant menacée, les sages de Babylone insistèrent en disant que personne sur la terre ne pouvait répondre à cette exigence et qu’aucun grand roi n’en avait jamais fait de semblable auparavant (2:10) ! Seuls les dieux qui avaient donné ce songe pouvaient être capables de le révéler ; or ils n’habitaient pas parmi les hommes (2:11).
Le lecteur sait qu’il existe un Dieu qui habite avec les pécheurs. Malgré les affirmations des magiciens et des enchanteurs, le tabernacle d’Israël avait été une confirmation mobile que le Créateur habitait parmi ses créatures. Les gens de la cour de Nebucadnetsar ne croyaient pas que les dieux étaient accessibles, mais nous verrons bientôt que la foi de Daniel témoigne d’une conviction différente. L’espoir de Daniel repose dans le fait de savoir que le Dieu du ciel et de la terre peut entendre son peuple et agir en sa faveur. Pendant ce temps, le roi de Babylone était furieux contre les conseillers ineptes qui se trouvaient devant lui. Il décréta alors la mise à mort de tous les sages de Babylone (2:12). Ce décret s’appliquait même à ceux qui étaient absents de la cour à ce moment-là, à savoir Daniel et ses compagnons.
Malgré les affirmations des magiciens et des enchanteurs, le tabernacle d’Israël avait été une confirmation mobile que le Créateur habitait parmi ses créatures.
2:14–23 Nebucadnetsar avait probablement convoqué des soldats pour mettre en œuvre son plan de destruction. Le responsable des gardes, Arjoc, vint trouver Daniel et était apparemment prêt à exécuter d’urgence l’ordre du roi. Daniel demanda alors pourquoi le décret était si urgent, puis apprit ce qui s’était passé (2:15). Il est implicite, dans le texte, que Dieu a accordé sa faveur à Daniel : Arjoc ne l’a pas tué. Au contraire, Daniel a pris rendez-vous avec le roi pour lui faire connaitre ce qu’il demandait (2:16).
L’objectif de ce rendez-vous était antérieur à la connaissance que Daniel avait du rêve du roi et de son interprétation, de sorte que le rendez-vous ainsi fixé était un réel acte de foi. Daniel savait que sa propre vie- et celle de ses amis et de tous les sages de Babylone- était en danger. S’il pouvait répondre à la demande déraisonnable et aux attentes démesurées du roi, lui et tous les autres seraient alors épargnés. S’il ne pouvait pas comprendre le rêve du roi et son interprétation, la mort serait certaine.
Le peuple de Dieu appelle le nom de l’Eternel (Genèse 4:26). Daniel retourna chez lui et expliqua la situation à ses trois compagnons. Ils avaient besoin de la miséricorde de Dieu, ce qui -dans ce cas- signifierait que Dieu les sauve de la mort. Ils avaient besoin que le Dieu du ciel révèle à Daniel ce qui allait répondre à l’exigence de Nebucadnetsar. Daniel et ses amis prient, ils cherchent la compassion de Dieu (Da 2:18–19). Et quand on cherche, on trouve. Le Seigneur leur révéla, dans une vision, le mystère du songe de Nebucadnetsar.
La réponse appropriée à une prière que Dieu a exaucée est la louange, aussi, Daniel bénit le nom du Seigneur et exalta sa puissance et sa souveraineté sur toutes choses (2:20–23). La sagesse et la force appartiennent à Dieu et, selon sa sagesse et par sa puissance, il surveille et dirige les réalités politiques et sociales sur terre. Dieu a désigné les rois qui règnent, et ils ne régneront pas au-delà de sa volonté. La sagesse vient aux sages de la main bienveillante de Dieu, et celui qui est intelligent reçoit une connaissance plus abondante (2:21). L’expérience de Daniel le confirme, car Dieu a répondu à la prière et a doté le jeune homme de la connaissance du rêve de Nebucadnetsar et de sa signification.
La réponse appropriée à une prière que Dieu a exaucée est la louange.
Seul Dieu connaît le futur et, ainsi les choses profondes et cachées lui appartiennent (2:22). La pensée de Dieu est pleinement éclairée par la connaissance. Daniel, cependant, ne pouvait pas connaître l’avenir, et les choses profondes et cachées étaient donc hors de sa portée. Dieu, dans sa miséricorde, a fait connaître ce que les humains ne peuvent pas voir dans l’obscurité. Daniel offrit des louanges à Dieu parce qu’il est parvenu à savoir- par la révélation divine de la vision (2:19)- ce qui allait épargner sa propre vie et celle des autres sages babyloniens (2:23). Il devait maintenant transmettre ces informations vitales au roi.
2:24–30 Daniel rencontra alors Arjoc, le capitaine des gardes royaux et lui demanda de faire cesser le plan de mise à mort des courtisans du roi de Babylone. Arjoc amena alors Daniel devant Nebucadnetsar et le présenta comme un homme de Juda qui faisait partie des exilés (2:25). Le roi demanda expressément si Daniel pouvait faire connaître à la fois le rêve et son interprétation (2:26), ce à quoi Daniel répondit par l’affirmative. L’ignorance des enchanteurs et des astrologues babyloniens était humainement insurmontable, mais Dieu qui est dans les cieux, révèle les mystères (2:27-28).
Le mystère qui occupe le chapitre 2 ne porte pas seulement sur les détails du songe du roi, mais aussi sur l’avenir qu’il prédit. Nebucadnetsar a entrevu « l’avenir » (2:28), une expression qui se réfère à un avenir lointain. Dieu- celui qui révèle les mystères- a montré au roi « ce qui arrivera » (2:29). Ce même Dieu révèle maintenant à Daniel ce que le roi a vu, et cette connaissance n’est pas due à une sagesse innée de Daniel (2:30). Aucune intelligence humaine ne peut accéder aux détails de l’avenir, qui est enveloppé de ténèbres. C’est bien Dieu qui a répondu à la prière de Daniel pour que le roi connaisse et comprenne le rêve.
2:31–35 La description du songe du roi fut à la fois brillante et effrayante. Une puissante statue se dressait avec une tête d’or, une poitrine et des bras d’argent, un ventre et des cuisses de bronze, des jambes et des pieds de fer et de fer/argile (2:32-33). Ces différents matériaux sont disposés par ordre de valeur décroissante, de la tête d’or aux pieds de fer et d’argile. Les pieds sont également fragiles, car le fer et l’argile ne se mélangent pas, ce qui rend la statue très déséquilibrée. Ces matériaux rappellent des éléments du tabernacle et du temple. Les ustensiles du tabernacle étaient faits d’or, d’argent et de bronze. Dans le temple, il y avait aussi du fer (1Chroniques 22:16). Ces matériaux sont peut-être une parodie de l’adoration et du règne véritables, puisque le tabernacle et le temple d’Israël rappelaient au peuple la présence et le règne de Dieu au milieu de lui.
La statue puissante du songe de Nebucadnetsar s’effondra sous le pouvoir écrasant d’une pierre. Cette pierre se détacha « sans le secours d’aucune main », ce qui signifie qu’elle avait une origine céleste (Da 2:34 LSG). Les pieds de fer/argile ont été brisés par cette pierre étonnante et toute la statue s’écroula en morceaux (2:35). Quoi qu’aient pu représenter ces matériaux, quelque chose de céleste les a vaincus. Les débris devinrent comme de la bale sur une aire de battage, là où le vent sépare la bale du grain battu (2:35). Dans l’Ancien Testament, le soufflage de la bale représente parfois le jugement de Dieu (voir Psaumes 1:4).
La pierre victorieuse a établi sa domination : elle est devenue une montagne qui a rempli toute la terre. Les montagnes sont faites de terre et de pierres de différentes tailles, de sorte que la croissance pour devenir une montagne est en continuité avec la pierre d’origine céleste. La pierre remplit la terre, une action qui rappelle Genèse 1:26-28, lorsque les porteurs de l’image de Dieu devaient soumettre la création et exercer leur domination. Dans Ésaïe 2:2, le prophète parle de la montagne de la maison de Dieu qui sera établie comme le « sommet des montagnes. Elle s’élèvera au-dessus des collines et toutes les nations y afflueront ». Une montagne puissante représentait l’espérance du règne de Dieu ainsi que le véritable culte parmi les nations. Nebucadnetsar avait rêvé de matériaux terrestres tombant sous le jugement d’une puissante pierre céleste qui exerçait sa domination sur toute la terre.
2:36–45 Comme Nebucadnetsar l’avait souhaité, un des sages à Babylone (un Israélite en fait) a fourni les détails du songe. En voilà maintenant l’interprétation (Da 2:36–45). Le roi avait vu en songe une succession de royaumes et chacun de ces royaumes terrestres était représenté par les matériaux composant la statue.
Le roi Nebucadnetsar- et, donc Babylone- était la tête d’or (2:38). Un second royaume (l’argent) allait venir, puis un troisième (l’airain/le bronze) succéderait au second (2:39). Le quatrième royaume (fer/argile) allait être supérieur aux trois précédents (2:40). Le mélange d’argile et de fer suggère un royaume fragile, instable et vulnérable (2:41-43). Ensuite, le Dieu des cieux va établir son royaume avec la pierre non taillée par la main de l’homme (2:35, 44-45). La pierre représente le royaume tant attendu qui ne finira jamais (2:44).
Lorsque les lecteurs étudient l’interprétation du rêve de Nebucadnetsar à la lumière de l’histoire, ils constatent que le royaume babylonien (or) a été vaincu et conquis par le royaume médo-perse (argent), qui a été vaincu par le royaume grec (bronze), lequel a été vaincu par les Romains (fer/argile). Daniel a dit à Nebucadnetsar que la pierre céleste avait frappé les pieds de fer/argile (2:34), et c’est sous le règne de César Auguste qu’est né le Seigneur Jésus (Matthieu 1:18-25 ; Luc 2:1-7). Ces quatre royaumes – Babylone, royaume médo-perse, Grèce et Rome- constituent l’interprétation traditionnelle du rêve du roi et sont plus vraisemblables que d’autres suggestions. En fait, Jésus s’est identifié à une pierre écrasante (Luc 20:18) et il a exercé son ministère sous le règne du quatrième royaume mentionné par Daniel.
La promesse de Daniel 2:44-45 était que Dieu établirait un royaume sans fin, et cet espoir rappelle la promesse de Dieu faite à David : un fils de sa lignée recevra le trône et régnera pour toujours (2 Samuel 7 :12-13). Les prophètes avaient annoncé qu’un descendant de David allait régner : Nebucadnetsar a rêvé de la même chose. Ce rêve s’est produit alors que le jugement de Dieu s’abattait sur la terre promise par l’intermédiaire des Babyloniens, timing parfait qui confirme que Dieu ne reniait pas son alliance avec David. Bien qu’Israël soit en exil, cet exil ne serait pas permanent. Dans l’avenir, un roi allait venir et son règne ne prendrait jamais fin.
Les prophètes avaient annoncé qu’un descendant de David allait venir régner : Nebucadnetsar a rêvé de la même chose.
Dans la prédication de Jésus, on trouve un thème central qui est l’annonce selon laquelle « le royaume des cieux est proche » (Matthieu 4:17). Il parcourait le pays promis « proclamant la bonne nouvelle [l’évangile] du royaume » (Matthieu 4:23). Si l’on trouvait dans l’Ancien Testament l’espérance que Dieu allait établir un royaume indestructible (voyez 2 Samuel 7:12–13 ; Da 2:44–45), Jésus, lui, annonçait qu’il l’introduisait. Il était le fils de David qui avait été promis (Matthieu 1:1–17) et la pierre qui allait vaincre les royaumes méchants et tous les royaumes terrestres (Luc 20:18).
Les lecteurs du livre de Daniel attendaient avec impatience l’accomplissement des prophéties de Dieu au sujet des empires et du royaume éternel, mais nous, lecteurs modernes, regardons en arrière, vers la marche de l’histoire, de Babylone, au royaume médo-perse, à la Grèce et à Rome, lorsque le Fils de David est né à Bethléhem, qu’il est mort sur une croix à l’extérieur de Jérusalem, qu’il est ressuscité des morts le troisième jour, qu’il est monté au ciel à la droite de Dieu et qu’il règne maintenant victorieusement en ayant ‘mis tous ses ennemis sous ses pieds’ (1Corinthiens 15:25).
2:46–49 Après avoir entendu les détails de son songe rapportés de façon précise et avoir reçu l’interprétation de ce qu’ils signifiaient, Nebucadnetsar tomba sur sa face devant Daniel. Il s’écria que le Dieu de Daniel était vraiment ‘le Dieu des dieux, le Seigneur des rois et celui qui dévoile les secrets’ (Da 2:47). Cette réponse nous indique que Nebucadnetsar croyait que Daniel avait vraiment reçu une révélation divine et l’avait communiquée. Comme le roi l’avait promis auparavant, il donna à Daniel des honneurs et des récompenses, l’établissant gouverneur de toute la province de Babylone et chef suprême de tous les sages de Babylone (2:48). De ce fait, la vie de Daniel avait été épargnée, tout comme celle de ses trois amis et des autres conseillers du roi.
Fort de ses nouveaux honneurs et de sa nouvelle position, Daniel demanda de nouvelles nominations pour ses amis, ce que Nebucadnetsar accepta. Shadrak, Méshak et Abed-Nego furent désormais chargés des affaires de la province de Babylone, tandis que Daniel restait à la cour du roi (2:49). Non seulement les amis de Daniel ont été épargnés, mais ils ont été promus ! La main vengeresse de Dieu était sur ces Israélites fidèles qui dépendaient de lui pendant leur exil.
La protection miraculeuse des fidèles (3:1–30)
3:1–7 La statue que Nebucadnetsar bâtit était en relation avec la statue qu’il avait vue dans son rêve. Mais, alors que dans le songe, seule la tête était d’or, la statue du chapitre 3 était entièrement faite de ce métal. Le projet de construction ne comportait pas de l’or, de l’argent, du bronze, du fer et de l’argile, mais seulement de l’or. Cette décision concernant le matériau venait de ce roi défiant et arrogant qui rejetait ainsi l’interprétation du songe par Daniel. Nebucadnetsar ne croyait pas que la volonté des dieux était inébranlable et sa statue faite d’or révélait une attitude d’invincibilité et d’illusion.
Nebucadnetsar ne croyait pas que la volonté des dieux était inébranlable et sa statue faite d’or révélait une attitude d’invincibilité et était d’illusion.
D’une hauteur d’environ 30 mètres et large de 3 mètres, la statue dominait la vallée de Dura (3:1). Tous les fonctionnaires de ses provinces vinrent assister à sa dédicace et un héraut ordonna à tous de se prosterner au son d’un orchestre (3:2-5). Les victoires de Nebucadnetsar lui ont permis de régner sur des peuples, des nations et des langues différents. Ceux qui se prosternaient représentaient une manifestation multinationale d’idolâtrie. Dieu avait créé les nations et les langues pour glorifier son propre nom, et non pour se prosterner devant une idole morte.
Une fournaise ardente était bien utile pour fondre et façonner l’or en vue de la construction de l’image, et elle servait aussi à la destruction. Le roi décréta que quiconque refuserait de se prosterner devant la statue serait condamné à mourir dans la fournaise ardente (3:6). Lorsque la musique retentissait, tous les peuples et toutes les nations se prosternaient et adoraient la statue-enfin, presque tous.
3:8–18 Shadrak, Méshak et Abed-Nego étaient trois Israélites qui refusèrent d’obéir au décret du roi, parce qu’adorer la statue aurait été une adoration perverse et donc une violation des commandements divins (voir Exode 20:1–6). Certains Babyloniens dénoncèrent ce refus auprès de Nebucadnetsar qui donna alors l’ordre que ces rebelles comparaissent en sa présence (Da 3:12–13). Alors que leur vie était en jeu, les trois Israélites eurent une nouvelle occasion de se prosterner au son de la musique. Dans leur seul discours rapporté dans le livre de Daniel, ils ont déclaré leur confiance dans le pouvoir que Dieu avait de les délivrer, et ont exprimé leur volonté de mourir plutôt que d’adorer la statue d’or (3:16-18).
Les trois Israélites ne pouvaient pas garantir que Dieu sauverait leur vie. Mais l’idée de se détourner de lui pour adorer des idoles était pire que la mort. La menace de la fournaise ardente était une mise à l’épreuve de leur dévotion au Seigneur, et leur détermination a montré que leur dévotion à Dieu l’emportait sur leur instinct de survie. Jésus a dit : « En effet, celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » (Marc 8:35). Ces hommes savaient à quoi ressemblait un gain plus important : si Dieu les épargnait de la fournaise, il les délivrerait de la mort ; et si Dieu ne les épargnait pas du feu, il les délivrerait au travers de la mort. Quelle que soit l’issue, leur détermination était ferme.
3:19–23 Le roi enragé ordonna alors de chauffer la fournaise plus que de coutume. Les trois hommes y tombèrent ligotés et habillés (Da 3:21). Cette condition signifiait qu’ils ne pouvaient pas échapper aux soldats et qu’ils succomberaient à la fureur des flammes. Lorsque les soldats eurent jeté les fidèles Israélites dans la fournaise, la chaleur excessive tua ces soldats : voilà donc les Israélites face à leur terrible destin (3:22).
Dans un premier temps, il semble que Nebucadnetsar ait eu raison de dire qu’aucun dieu n’était capable de délivrer les Israélites de ses mains (3:15). Le roi voulait faire de ces trois Israélites un exemple, alors qu’il les avait auparavant promus dans son administration (2:49). Il montrait aux provinces que personne ne peut défier ses ordres en toute impunité. Et il entendait prouver qu’aucun dieu ne pouvait empêcher le succès de ses plans de punition.
3:24–27 Le roi bondit quand il vit dans la fournaise quatre personnes, au lieu de trois, et quatre hommes qui marchaient au milieu du feu (3:24–25). Le quatrième personnage était comme un ‘fils des dieux’ (3:25). Quelque chose d’origine divine était en train de se produire. Les trois Israélites n’avaient plus leurs liens et ne présentaient aucune blessure ; le roi se trouvait de façon subite face à la vérité que leur Dieu était capable de les délivrer du châtiment.
La quatrième personne qui se trouvait dans la fournaise pouvait être une créature angélique ou peut-être l’Ange divin de Yahweh. Au cours de l’histoire de l’Église, les commentateurs ont considéré ce personnage comme étant le Fils de Dieu avant son incarnation. Même si l’identification exacte du quatrième personnage peut être inconnue, il est certain qu’on a clairement affaire à une intervention divine.
Nebucadnetsar appela les trois Israélites hors de la fournaise et ils en sortirent sans aucun effet du feu ni odeur de fumée sur leur tête ou sur leur manteau. Dieu avait opéré une délivrance complète de leurs corps. Dieu est capable de sauver son peuple, de la mort et au travers de la mort. Les rois terrestres le défient en vain. Le Seigneur des cieux rit (Psaumes 2:4). Il se moque de leurs vains efforts d’accroissement de leur pouvoir personnel.
Dieu est capable de sauver son peuple, de la mort et au travers de la mort.
Les saints de Dieu peuvent lire la délivrance de Shadrak, Méshak et Abed-Nego et, de ce fait, se réjouir de la puissance de Dieu à vaincre les projets des méchants. Ce que certains conçoivent pour faire le mal, Dieu le transforme en bien (Genèse 50:20). Dieu a montré que son pouvoir est supérieur à celui du roi de Babylone. Cette victoire préfigure le moment où Dieu délivrera son peuple de la mort lors de leur résurrection corporelle. Le Dieu qui est plus grand que Nebucadnetsar est plus grand que les tombes. Et le retour des morts à la vie par la puissance divine est représenté par le retour de Shadrak, Méshak et Abed-Nego.
3:28–30 Le roi de Babylone loua alors le Dieu des Israélites. Il résuma ce qui s’était passé : Dieu a délivré ses serviteurs qui ont ignoré l’ordre royal et qui ont été prêts à livrer leur corps aux flammes plutôt que d’adorer autre chose que leur Dieu (3:28). Un nouveau décret fut publié : quiconque parlerait contre le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Nego serait mis en pièces (3:29). Ce nouveau décret fut une réaction excessive, mais il correspondait au type de personnalité de Nebucadnetsar tel qu’il était décrit dans le livre jusque-là.
Ce chapitre se termine de la même façon que les chapitres 1 et 2 : par une promotion (3:30). Les trois Israélites montent en dignité dans la province de Babylone ; cette élévation est la confirmation du fait que la main de Dieu est en permanence sur les fidèles. Non seulement Dieu les a délivrés de la colère du roi et des flammes de la fournaise mais les voilà maintenant dans une meilleure position à Babylone qu’auparavant.
Le jugement divin d’un roi arrogant (4:1–37/3 :31-33 et 4 :1-34 S21)
4:1–3 (3 :31-33 S21) Le roi Nebucadnetsar a une histoire à partager. On voit ici le témoignage de première main d’une humiliation et d’une restauration. Daniel peut avoir reçu ce témoignage de Nebucadnetsar lui-même, puisqu’il servait dans l’administration du roi. La majeure partie du récit est racontée à la première personne.
Les premiers mots sont une annonce universelle. Nebucadnetsar veut que tout le monde, partout, entende son histoire. Il évoque « les signes et les miracles que le Dieu très-haut a accomplis vis-à-vis de moi » (4:2/3 :32 S21). Ces miracles impliquent à la fois le jugement et la restauration. Le roi vante les miracles de Dieu qu’il décrit comme étant grands et puissants. Bien que Nebucadnetsar n’ait pas apprécié l’idée que son règne terrestre prendrait fin, il commence son récit en déclarant que le royaume de Dieu est un royaume éternel. Puisque la domination sans fin appartient à Dieu, elle n’appartient pas au roi de Babylone. Cet aveu est à la fois vrai et choquant en raison de l’attitude et des actes de Nebucadnetsar dans les chapitres 1 à 3. Le récit du chapitre 4 justifiera la nouvelle perspective adoptée par le roi de Babylone.
4:4–9 (4:1-6 S21) Comme dans le chapitre 2, Nebucadnetsar a eu un songe qui l’a effrayé (4:5/4:2). Et comme au chapitre 2, il a ordonné à ses conseillers de l’aider à comprendre ce songe (4:6/4:3). Cette fois-ci il ne leur a pas demandé de lui raconter d’abord le songe (voir 2:5). Il leur en a donné le contenu et avait besoin d’une interprétation. Les magiciens, astrologues et devins de Babylone ont avoué leur ignorance ; c’est alors que Daniel est arrivé. Comme au chapitre 2, l’ignorance des conseillers fut surpassée par la sagesse de Daniel qui interpréta le songe du roi.
Nebucadnetsar considérait que Daniel avait « l’esprit des dieux saints » (4:8/4:5) ; cette formulation ne se trouve en dehors de ce livre qu’en Genèse 41:38, où il est dit que Joseph a ‘l’Esprit de Dieu’ (ou « des dieux »). Un souverain païen-le pharaon d’Égypte- a reconnu la capacité de Joseph, et maintenant un autre souverain païen- le roi de Babylone- a reconnu la capacité de Daniel. Joseph et Daniel ont tous deux servi des cours païennes en dehors de la terre promise. Tous deux pouvaient interpréter les rêves. Tous deux se sont conduits de manière à sauver la vie d’autres personnes. Tous deux avaient l’Esprit de Dieu.
4:10–18 (4:7-15 S21) Nebucadnetsar décrivit alors son rêve. Un arbre grandit au centre de la terre, atteignant jusqu’au ciel et étant visible de toutes les extrémités de la terre (Da 4:10–11/4:7-8 S21). Ses nombreux fruits et feuilles fournissaient de l’ombre et de la nourriture aux oiseaux et aux animaux (4:12/4:9). La scène était luxuriante, extravagante, abondante. Mais le rêve prit alors une tournure négative. Un saint- un ange- descendit du ciel et ordonna que l’arbre soit abattu, que ses branches soient coupées, que ses feuilles soient arrachées et que ses fruits soient dispersés (4:13-14/10-11). Cette série d’actions constituait un terrible renversement du statut de l’arbre.
Il ne resta plus qu’une souche dans la terre, et autour d’elle fut fixé un cercle de fer et d’airain. La description du roi passe ensuite de la souche à la mention de quelqu’un qui allait être « trempé par la rosée du ciel » (4:15/4:12). Quelqu’un qui allait habiter avec les bêtes et avoir l’esprit d’une bête pendant un certain temps (4:16/4:13). Ce changement était un jugement du ciel, et son but était d’exalter le règne de Dieu qui est souverain sur les royaumes terrestres et sur leurs rois (4:17/4:14).
En Genèse 1:26–28, nous lisons que Dieu a fait l’homme à son image et lui a donné le mandat de gouverner la création et d’exercer la domination sur les animaux. En Daniel 4, le personnage qui est jugé devait devenir comme un de ces animaux. La violence infligée à cet arbre somptueux suggère un déclin de la grandeur et une humiliation du pouvoir. Nebucadnetsar avait besoin de l’aide de Daniel pour comprendre la signification du rêve (4:18/4:15).
4:19–27 (4:16-24 S21) Le souvenir du songe que rapporte Nebucadnetsar était alarmant, et Daniel a bâti sa réponse avec des mots qui préparaient le roi à recevoir une explication très négative (4:19/4:16). L’arbre représentait le roi de Babylone. Comme la tour de Babel dans Genèse 11, l’arbre de ce rêve s’étendait vers le ciel. Nebucadnetsar était devenu grand et fort, avec une domination et une majesté immenses (Da 4:20-22/4:17-19). Mais le rêve annonçait un jugement sur le roi. L’observateur -un ange saint- appelait à la destruction presque totale de l’arbre (4:23/4:20). La souche laissée dans l’herbe représentait l’état dans lequel Nebucadnetsar allait se trouver pendant un certain temps. Il allait devenir comme les bêtes des champs.
L’élévation que Nebucadnetsar faisait de lui-même allait le conduire à l’humiliation. Au lieu de continuer à vivre au milieu du peuple, il allait vivre tout le contraire de la vie de celui qui porte l’image de Dieu. Sa nourriture et son habitat allaient être ceux des animaux. Sa pensée ne fonctionnerait plus correctement et son comportement allait refléter ce grand changement. Le but de ce jugement serait de manifester le règne du Très-Haut qui donne et ôte la royauté aux rois de la terre (4:25/4:28). Nebucadnetsar pensait qu’il était intouchable, mais, en réalité, il était vulnérable. À la fin de cette période de jugement, Nebucadnetsar allait recouvrer sa domination et son royaume (4:26/4:23).
Daniel expliqua au roi comment il devait se comporter en réponse à ce songe troublant : se repentir. Au lieu de continuer à pratiquer le péché, Nebucadnetsar devait rechercher la justice. Au lieu d’opprimer son peuple, il devait lui manifester de la miséricorde. Le songe avait pour but d’avertir le roi contre la poursuite de la pratique de ses iniquités. C’était maintenant le moment de se détourner du péché et de pratiquer la justice. Peut-être le repentir allait-il conduire à une prolongation de la prospérité du roi et non à un jugement humiliant (4:27/4:24).
4:28–33 (4:25-30 S21) Une année s’écoula (4:29/4:26). Malheureusement, les paroles et les voies du roi ne changèrent pas. Le récit décrit Nebucadnetsar sur le toit de son palais, se promenant et exultant de fierté devant la grandeur de son royaume : « N’est-ce pas Babylone la grande, celle que j’ai moi-même construite, pour en faire la résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma majesté ? » (4:30/4:27).
Le songe devint une réalité. Dieu déclara que le royaume était ôté à Nebucadnetsar pour un temps et que le roi allait devenir comme une bête et demeurer avec les bêtes (4:31–32/4:28-29). Soudainement la puissance du roi disparut. La posture que le roi avait prise en s’exaltant lui-même se révéla vaine. Le Dieu des cieux abaissa Nebucadnetsar, au point qu’il mangea de l’herbe comme un bœuf (4:33/4:30). Son corps devint tout souillé et ses cheveux poussèrent. Tout ce que le Seigneur avait promis se réalisa (voir 4:25/4:28).
4:34–37 (4:31-34 S21) Le songe de Nebucadnetsar portait sur un jugement qui allait durer « sept temps » (4:16/4:13), mais la durée exacte est incertaine. Il peut s’agir d’années ou de mois. Comme ses cheveux et ses ongles sont devenus très longs (4:33/4:30), la période a certainement duré plus de quelques semaines. Mais lorsque le temps imparti fut écoulé, Nebucadnetsar reprit ses esprits. Il loua le Seigneur et prononça des paroles exaltant la domination et la puissance de Dieu (4:34-35//4:31-32). Le royaume de Nebucadnetsar était instable, mais la domination de Dieu était éternelle (4:34/4:31). Comparés à Dieu, qu’étaient les habitants de la terre, même les puissants souverains comme Nebucadnetsar ? Comparés à Dieu, tout et tous sont comme rien (4:35/4:32).
Comme Daniel l’avait dit, le Seigneur restaura la gloire et la splendeur du royaume de Nebucadnetsar (4:25–26, 36/4:22-23,33). En fait, tout comme les chapitres 1–3 s’achevaient avec une sorte de prospérité des personnages, le chapitre 4 se termine avec l’accroissement de la grandeur du roi (4:36/4:33). Son témoignage se termine par un engagement à louer et à honorer le Seigneur, en qualifiant ses actes de « vrais » et ses voies de « justes » (4:37/4:34). Les lecteurs doivent espérer que ce témoignage provient d’un cœur converti. Peut-être l’humiliation de Nebucadnetsar a-t-elle conduit cet homme à se consacrer à la louange de Yahweh, bien qu’il soit impossible d’en être certain.
Mieux vaut marcher dans l’humilité devant Dieu, car l’orgueil mène à la destruction. L’exaltation de soi est le chemin du jugement.
L’essentiel de ce chapitre se trouve dans le dernier verset : « il peut abaisser ceux qui marchent dans l’orgueil » (4:37/4:34). Nebucadnetsar avait marché dans l’orgueil, se vantant de ses réalisations et de l’immensité de son pouvoir. Mais il a appris à quel point sa puissance était vulnérable face au Souverain des cieux qui domine les dirigeants de la terre. Dieu l’a humilié en abattant l’arbre de sa grandeur et en dépouillant les branches de ses vantardises. Et pourtant, dans sa miséricorde, Dieu a restauré le royaume du roi après cette précieuse leçon. Mieux vaut marcher dans l’humilité devant Dieu, car l’orgueil mène à la destruction. L’exaltation de soi est le chemin du jugement.
Le jugement divin d’un roi arrogant (5:1–31/5:1-6:1 S21)
5:1–4 Nous sommes en l’an 539 av. J.-C. Une décennie plus tôt, Cyrus le Grand avait vaincu les Mèdes et constitué la puissante armée médo-perse. Le voilà maintenant à diriger son armée vers les frontières des Babyloniens. À Babylone, le roi Belshatsar et son père Nabonide sont corégents de leur empire. Alors que Nabonide est en déplacement, Belshatsar organise un banquet : ce sera son dernier.
Cette festivité babylonienne fut organisée pour les seigneurs dépendant de Belshatsar ainsi que pour ses femmes et ses concubines (5:1–2). Il ordonna que les vases, qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem (par Nebucadnetsar lors du siège de la ville de Jérusalem), soient sortis pour être utilisés. Le roi, ses seigneurs, ses femmes et ses concubines portèrent des toasts et louèrent leurs dieux avec les vases sacrés.
5:5–9 Dans une situation à l’allure de cauchemar, une main -non reliée à un bras- apparut et écrivit des mots sur un des murs éclairés par le chandelier (5:5). La vision était si bouleversante, si terrifiante, que le roi devint tout faible et, selon la langue originale, incontinent. Il ne comprenait pas ce que les mots signifiaient. Il est possible qu’il ait pu lire les mots, mais qu’il n’ait pas pu en discerner la signification, ou qu’il n’ait pas pu lire l’écriture en raison de sa forme déroutante. Quoi qu’il en soit, il avait besoin d’aide.
Les magiciens et les enchanteurs entrèrent dans la salle et Belshatsar leur promit de récompenser celui qui allait pouvoir lire l’écriture et en donner l’interprétation. La récompense devait être constituée d’un manteau de pourpre, qui est la couleur de la royauté, d’une chaîne d’or, ce qui, probablement indiquait l’autorité et la dignité, et la position de troisième personnage dans le gouvernement du royaume, puisque les positions une et deux étaient déjà occupées par Belshatsar et par son père Nabonide (5:7).
Tout comme aux chapitres 2 et 4, les sages de Babylone ne comprirent pas ce qui était écrit sur le mur (5:8). Toutefois, compte tenu du modèle établi aux chapitres 2 et 4, l’ignorance des magiciens et des enchanteurs prépare le terrain pour le discernement et la sagesse de Daniel qui se manifesteront par la suite.
5:10–12 Daniel n’était pas présent au banquet. La mère de Belshatsar- la reine- survint et assura à son fils qu’un homme nommé Daniel serait capable d’expliquer ce qu’on voyait sur le mur. La confiance de la reine était fondée sur la connaissance qu’elle avait eue, dans le passé, de la capacité qu’avait Daniel d’interpréter les songes. Dans les jours de Nebucadnetsar, Daniel avait fait preuve d’intelligence et de sagesse et il était devenu le chef des conseillers babyloniens (5:11). La reine déclara que Daniel avait en lui « l’esprit des dieux saints » (5:11), ce qui est une idée que Nebucadnetsar avait aussi affirmée (4:18/4:15).
À ce stade du livre, le lecteur sait que Daniel peut interpréter les rêves. Mais l’écriture sur le mur n’était pas un rêve. Lorsque la main est apparue en 5:5, la scène n’est pas attribuée à une vision dans l’esprit de Belshatsar. D’autres ont pu voir l’écriture sur le mur, sans pouvoir l’interpréter (5:8). Contrairement aux visions qui n’étaient pas claires dans l’esprit de Nebucadnetsar, ici, sur le mur, il y avait un affichage objectif. Il s’agissait plutôt d’une énigme, d’un puzzle. Mais la reine croyait que Daniel pouvait « expliquer les énigmes » et « résoudre les questions difficiles », de sorte que l’écriture sur le mur ne lui poserait aucune difficulté (5:12).
5:13–24 Alors qu’il a approximativement 80 ans à cette époque, Daniel fait son entrée dans la salle du banquet. Il n’avait pas la même relation administrative avec Belshatsar que celle qu’il avait eue avec Nebucadnetsar. Le lecteur ne sait pas quels changements sont intervenus, si ce n’est l’âge de Daniel et le fait que le roi de Babylone est un homme différent qui s’est sans doute tourné vers des conseillers différents. Du fait que ce soit la reine qui apporte tant d’informations au sujet de Daniel (5:11–12), il semble que Belshatsar ait eu peu d’interactions directes avec cet homme dans le cadre de son administration.
Belshatsar répéta les paroles que la reine avait formulées à Daniel (5:13–14). Et il lui promit les mêmes récompenses que celles mentionnées auparavant aux sages de Babylone (5:15–16). Mais Daniel refusa ces privilèges (5:17). Il allait interpréter l’écriture sur le mur sans demander de contrepartie.
Daniel commença son discours en rappelant la gloire et la grandeur de Nebucadnetsar et en racontant comment l’orgueil de ce roi l’avait conduit à l’humiliation pour un temps (5:18-21). Les paroles de Daniel faisaient allusion aux événements du chapitre 4, lorsque Nebucadnetsar était devenu comme une bête et avait par la suite confessé le pouvoir de Dieu d’humilier les orgueilleux. Puis Daniel donna l’application de son récit : Belshatsar a su ce qui était arrivé à Nebucadnetsar, mais il n’a pas humilié son propre cœur (5:22). Au contraire, le cœur de Belshatsar s’est élevé contre le Seigneur, comme en témoignent l’idolâtrie et le blasphème (5:23).
L’adoration des idoles était futile parce qu’elles devaient être fabriquées par la main de l’homme (à partir de matériaux comme de l’or, du bronze, du fer et de la pierre) et qu’elles ne peuvent ni voir, ni entendre, ni connaître quoi que ce soit (5:23). Ces dieux ont été les objets de la louange de Belshatsar et des convives lors de ce banquet. Le roi a manqué de reconnaître que la main de Yahweh tient le souffle de chaque homme. Belshatsar est mortel et vulnérable. Les dieux qu’il adorait ne pouvaient pas le sauver. Le roi a méprisé son Créateur au lieu de l’honorer (voyez Romains 1:18–25). La main divine, qui tient le souffle de Belshatsar, est apparue et a écrit sur le mur (5:24).
La main divine, qui tient le souffle de Belshatsar, est apparue et a écrit sur le mur.
5:25–28 Les mots araméens qu’on a vus sur le mur étaient : Mene, Mene, Tekel, et Parsin. Chaque mot est lié à la notion de jugement sur Belshatsar et Babylone. Daniel expliqua alors l’énigme au roi. Le mot « Mene » ressemble au mot « nombre », puisque Dieu a mis fin aux jours comptés de Babylone. Le mot « Tekel » signifie « pesé », et lorsque Dieu a mis le roi sur la balance, ce dernier n’a pas fait le poids. « Peres » (le singulier de « Parsin ») sonne comme le mot qui veut dire « diviser », parce que Dieu allait enlever le royaume babylonien à Belshatsar et le donner aux Médo-Perses.
L’écriture sur le mur était l’annonce que le jour du jugement était arrivé pour Babylone. Le puissant empire qui avait conquis et ravagé des peuples et des nations et qui avait fait captifs les Israélites en 586 av. J.-C., allait maintenant s’écrouler. Dieu change les temps et les saisons et il enlève et installe les rois (2:21). Vers la fin du chapitre 5, Dieu est en train de changer les temps et de déplacer les empires. Nebucadnetsar avait dit qu’il n’y a « personne qui puisse lui résister » (4:35/4:32). Et la main de Dieu avait écrit sur le mur du banquet ce qui allait arriver à Babylone. Personne ne résisterait à sa volonté souveraine.
5:29–31 Bien que Daniel ait refusé les récompenses promises par Belshatsar (5:16-17), ce dernier a ordonné qu’elles lui soient tout de même accordées (5:29). Daniel reçut des vêtements de pourpre, une chaîne d’or au cou et le roi déclara que Daniel était le troisième chef du royaume. L’avantage providentiel de cette reconnaissance visible était que le roi qui allait conquérir le pouvoir allait voir Daniel comme un élément important de l’administration ; cette reconnaissance a permis à Daniel de faire partie intégrante du nouvel empire (6:1-3). La nuit du banquet fut celle de la mort de Belshatsar (5:30). Le dernier roi de Babylone était tombé.
Qui est Darius le Mède ?
Le conquérant médo-perse est appelé Darius le Mède (5:31/6:1 S21) et c’est probablement le même que Cyrus le Grand. Certains personnages dans le livre ont deux noms, aussi le fait qu’il y ait deux noms pour Darius ne parait pas déplacé. D’anciens récits aussi confirment que Cyrus le Grand avait un parent perse et un autre qui était mède, ce qui peut expliquer l’usage de deux noms reflétant chacun des arrière-plans. Autre élément important dans cette discussion sur l’identité de Darius : aucun document babylonien ne mentionne la conquête de Babylone par un certain Darius en 539 avant J.-C. Cyrus le Grand, lui, en a été le conquérant et le nom de Darius est donc synonyme du vainqueur connu. L’âge de Darius est significatif : il conquiert Babylone alors qu’il est « âgé d’environ soixante-deux ans » (5:31/6:1). Puisque les archives anciennes montrent que Cyrus est mort à l’âge de 70 ans en 530 av. J.-C., il aurait eu « environ 62 ans » en 539, ce qui permet d’identifier encore mieux les personnages- Darius le Mède et Cyrus le Grand- l’un à l’autre.
Le chapitre 5 nous raconte l’accomplissement de la prophétie divine, car Dieu avait dit à Habakuk que le jugement allait tomber sur Babylone (Habakuk 2:16–17). Même si Dieu a utilisé une nation méchante pour juger les Israélites au VIe siècle avant J.-C., il ne minimise pas l’iniquité de cette nation conquérante. En comptant la déportation de Daniel en 605 av. J.-C., la période qui s’est écoulée jusqu’en 539 av. J.-C. (correspondant à la chute de Babylone) représente presque 70 ans. C’est cette période de 70 ans que Jérémie avait prophétisée au peuple exilé (Jérémie 25:11-12). La chute de Babylone signifiait donc que la libération et la restauration des Israélites étaient imminentes.
La protection miraculeuse du fidèle (6:1–28/6:2-29 S21)
6:1–5 (6:2-6 S21) L’empire médo-perse avait de nouvelles tâches administratives à accomplir. Des satrapes ont été mis en place, ils devaient rendre des comptes à trois responsables, Daniel étant l’un d’eux (6:1–2/6:2-3). Daniel n’ayant jusque-là jamais eu de relations avec Darius, cette nouvelle responsabilité était un énorme acte de confiance de la part du roi. Daniel avait servi le régime babylonien pendant des décennies, et maintenant il était l’un des trois responsables de l’administration de l’empire médo-perse.
Il est caractéristique de Daniel qu’il se soit conduit avec fidélité et intégrité. Les deux autres responsables ont remarqué cette différence et l’excellent esprit dont il faisait preuve ; mais ils lui en ont voulu parce que le roi avait de plus grands projets pour Daniel (6:3/6:4). Ils voulaient compromettre Daniel et cherchaient des raisons de l’accuser auprès de Darius. Mais c’est en vain qu’ils ont cherché une cause légitime (6:5/6:4). Daniel n’était pas sans péché, mais il travaillait avec un tel dévouement et une telle fiabilité que les autres responsables des administrateurs (satrapes) ont dû changer leurs plans. Ils se sont rendu compte qu’ils allaient devoir utiliser la dévotion de Daniel à Yahweh contre lui (6:5/6:6). Daniel était entièrement dévoué à ses tâches administratives, mais il avait donné l’impression que sa dévotion religieuse comptait plus que tout.
6:6–9 (6:7-10 S21) Après s’être consultés, tout en conspirant contre Daniel, les responsables et les administrateurs se présentèrent devant Darius avec l’idée d’un décret au sujet de la prière : le roi devait ordonner que la prière soit faite uniquement à sa destination durant les trente prochains jours ; quiconque violerait cet édit serait jeté dans la fosse aux lions (6:7/6:8). Cette proposition allait certainement flatter l’égo du roi et cela ne devait durer qu’un mois. Les responsables et les administrateurs savaient qu’un décret royal médo-perse était irrévocable, aussi, l’accord que donnerait le roi allait sceller le destin de Daniel (6:8/6:9). Le roi embrassa leur recommandation et l’ordre fut confirmé (6:10/6:11).
6:10–11 (6:11-12 S21) L’édit royal ayant été rendu public, Daniel l’apprit. Mais le décret n’altéra pas sa dévotion. La prière était un acte d’adoration et de dépendance, et Daniel savait que prier le roi violerait la loi de Dieu (Exode 20:3). Bien que Daniel ait accepté de servir dans des administrations païennes, il devait obéir d’abord au Seigneur si l’obéissance aux autorités terrestres signifiait transgresser les commandements de Dieu (voir Actes 5:29). Pendant ses temps de prière, Daniel priait donc Dieu, ce sur quoi les conspirateurs comptaient (6:11/6:12).
Daniel priait en ayant les fenêtres de sa chambre ouvertes, tourné en direction de Jérusalem (6:10/6:11). Cette direction honore les paroles de Salomon dans 1 Rois, lorsqu’il dédia à Dieu le temple nouvellement construit à Jérusalem. Si les Israélites devaient être un jour exilés de la terre promise en raison de leur mépris flagrant des commandements de Dieu, ils devaient prier en direction de Jérusalem et implorer le ciel d’entendre, de pardonner et de restaurer (1Rois 8:46-51). Comme la captivité de 70 ans touchait à sa fin, Daniel intercédait en faveur des Israélites, obéissant ainsi aux instructions du roi Salomon. Le roi Darius avait certes promulgué un édit sur la prière, mais les instructions du roi Salomon étaient bien plus importantes, plus respectueuses de Dieu et plus porteuses d’espoir.
Le roi Darius avait certes promulgué un édit sur la prière, mais les instructions du roi Salomon étaient bien plus importantes, plus respectueuses de Dieu et plus porteuses d’espoir.
6:12–18 (6:13-19 S21) Les ennemis de Daniel, comme on peut s’en douter, allèrent au plus vite auprès du roi Darius avec ces informations. Ils ont d’abord rappelé au roi l’ordre qu’il avait donné en ce qui concernait la prière ainsi que la sanction qui devait frapper les transgresseurs (6:12/6:13). Puis ils annoncèrent que Daniel avait violé l’édit du roi (6:13/6:14). Même si Daniel était un des trois responsables des administrateurs de tout l’empire médo-perse, ses ennemis le nommaient seulement « l’un des exilés de Juda », cherchant ainsi à l’abaisser aux yeux du roi (6:13/6:14). Mais, à cette nouvelle, le roi Darius fut plongé dans la détresse et il voulut délivrer Daniel de la mort dans la fosse aux lions (6:14 /6:15).
Craignant que leur complot ne soit déjoué par le roi lui-même, les ennemis de Daniel rappelèrent au roi que les injonctions médo-perses ne pouvaient être révoquées (6:15/6:16). Le roi renonça donc à ses efforts pour trouver un moyen de délivrer Daniel. Il ordonna que le châtiment prévu par le décret ait lieu et déclara à Daniel : « Que ton Dieu, que tu sers avec persévérance, veuille te délivrer ! » (6:16/6:17).
Après avoir servi les administrations de Babylone pendant des décennies alors qu’il était un des exilés de la Terre promise, Daniel fut jeté dans la fosse aux lions. On roula une pierre sur l’entrée de la fosse pour empêcher toute fuite ou l’arrivée de tout secours et le roi scella la pierre avec son propre sceau et celui de ses seigneurs, empêchant quiconque de perturber la scène (6:17/6:18). De retour dans son palais, le roi fut agité et jeûna (6:18/6:19). Il était préoccupé par ce qui s’était passé et par l’état de Daniel. Il ne voulut aucune distraction et ne dormit pas.
6:19–23 (6:20-24 S21) Le matin arriva, et le roi accourut. Il se précipita vers la fosse aux lions et s’écria : « Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu que tu sers avec persévérance a-t-il pu te délivrer des lions ? » (6:20-21/6:21-22). La réponse lui parvint d’en bas et Darius entendit ces mots : « Roi, puisses-tu vivre toujours ! Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions. Ils ne m’ont fait aucun mal » (6:21-22/6:22-23). Comme les trois Hébreux du chapitre 3, Daniel a été épargné par la mort grâce à une délivrance divine.
Ravi d’apprendre que Daniel était vivant, le roi ordonna sa libération. Après tout, le roi avait respecté le principe de la loi médo-perse puisqu’il n’avait pas révoqué la peine consistant à jeter un contrevenant dans la fosse aux lions. Après avoir ordonné que Daniel soit jeté dans la fosse (6:16/6:17), il ordonna qu’on le remonte. La délivrance divine avait été si complète qu’il n’y avait aucune trace de blessure sur le corps de Daniel (6:23/6:24), tout comme les trois Hébreux étaient sortis de la fournaise ardente sans aucun dommage dû au feu ou à la fumée (3:27).
6:24–28 (6 :25-29 S21) Des ordres royaux furent ajoutés. Darius ordonna que les adversaires de Daniel fussent jetés dans la fosse, eux et leur maisonnée (6:24/6:25). Les lions affamés brisèrent les os de ces gens avant même qu’ils aient touché le fond de la fosse (6:24/6:25). Cette issue violente confirme que Daniel a survécu non pas parce que les lions étaient rassasiés ou malades, mais parce que Dieu était intervenu miraculeusement dans une situation mortelle. La mort des ennemis de Daniel illustre l’ironie des renversements de situation que l’on retrouve tout au long de l’Écriture : les ennemis succombent au châtiment même qu’ils avaient prévu pour Daniel (voir Esther 7:10 ; Proverbes 1:17-18).
Le roi Darius publia un décret ordonnant que tout le monde tremble devant le Dieu de Daniel (Da 6:25-26/6:26-27). Daniel servait « le Dieu vivant » qui possède un royaume éternel (6:26/6:27). Comme le prouvait la délivrance de Daniel, ce Dieu sauve et accomplit des prodiges, et il avait sauvé Daniel de la griffe des lions (6:27/6:28).
Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (7:1–28)
7:1 Le septième chapitre du livre contient un changement de genre littéraire, on passe d’une partie essentiellement narrative à une partie consacrée avant tout à des visions et de genre apocalyptique. Les chapitres 7–12 sont plus difficiles à interpréter que les chapitres 1–6, et cette difficulté plus grande est due au fait que le style d’écriture apocalyptique est hautement imaginatif et contient des symboles, des nombres, des figures et des descriptions qui contribuent à la signification du texte.
La vision du chapitre 7 n’est pas la suite chronologique des événements du chapitre 6. Au contraire, elle ramène le lecteur à l’époque de l’empire babylonien. Vers 550 av. J.-C., au cours de la première année du règne de Belshatsar, Daniel a eu un rêve et l’a écrit (7:1). Lorsque Nebucadnetsar a eu des rêves de la part du Seigneur, Daniel a pu les interpréter. Mais dans les chapitres 7 à 12, les visions de Daniel auront besoin d’un interprète en plus de lui-même (7:16).
7:2–8 Des figures de bêtes surgissent d’une mer agitée. Dans les livres des prophètes de l’Ancien Testament, les animaux peuvent être des symboles de nations et c’est le cas dans ce que Daniel a vu. Comme au chapitre 2, la vision de Daniel porte sur quatre royaumes terrestres qui se succèdent et qui sont suivis par l’établissement d’un royaume éternel.
Le premier animal était semblable à un lion qui avait des ailes d’aigle, bien que ses ailes lui aient été arrachées et que cette créature se redresse sur la terre sur deux pieds (7:4). Le texte nous dit : « un cœur d’homme lui a été donné » (7:4) et rappelle ainsi le jugement et la restauration de Nebucadnetsar (4:33–34/4:30-31) ; cela confirme que le premier animal représente le royaume babylonien.
Le second animal était semblable à un ours dressé sur le côté et ayant trois côtes entre les dents (7:5). Les côtes sont les restes d’une proie que l’ours a réussi à vaincre. Et l’ours va poursuivre son comportement de prédateur. Une voix lui dit : « Lève-toi, mange beaucoup de viande ! » (7:5). Puisque la créature de 7:4 était Babylone, l’ours est l’empire médo-perse qui a conquis Babylone en 539 av. J.-C. (voir 5:30-31/5:30-6:1).
Le troisième animal ressemblait à un léopard avec quatre ailes d’oiseau sur le dos (7:6). Plus grotesque encore, la bête avait quatre têtes et recevait la domination (7:6). Si nous poursuivons l’examen de la succession des royaumes terrestres, les Médo-Perses sont tombés aux mains des Grecs en 331 avant J.-C., de sorte que ce léopard aux ailes d’oiseau représente le royaume grec. Si les quatre têtes représentent des dirigeants grecs, il peut s’agir de ceux qui se sont partagé le royaume d’Alexandre après sa mort.
Le quatrième animal nous est décrit comme terrifiant et fort, avec des dents de fer et opérant des actes de destruction (7:7). La référence faite au fer nous rappelle le quatrième royaume figuré dans la statue du songe de Nebucadnetsar (2:33, 40–41). Ce quatrième animal avait dix cornes, mais leur sens symbolique est incertain. Au milieu de ces cornes grandit une petite corne qui avait des yeux comme un homme et une bouche qui parlait avec arrogance (7:8). L’interprétation confirmera que le discours de la petite corne est déshonorant pour le Seigneur et probablement blasphématoire (7:25). Puisque les Romains ont vaincu les Grecs, cette quatrième bête de la vision de Daniel représenterait l’Empire romain, et la petite corne l’un de ses dirigeants.
7:9–12 La scène se déplace alors de la mer vers le ciel. Un tribunal se réunit et un jugement est rendu. L’Ancien des jours prend place sur l’un des trônes (7:9). Ses vêtements sont blancs, rappelant au lecteur sa pureté et sa sainteté. Ses cheveux sont comme de la laine, ce qui indique qu’il est l’Ancien, plein de sagesse. Les flammes ardentes de son trône symbolisent probablement la présence divine, puisque le feu qui conduisait les Israélites et le feu qui est descendu sur le mont Sinaï représentaient Dieu lui-même.
Devant les anges qui se tiennent devant lui et qui le servent, Dieu prononce un jugement fondé sur l’information contenue dans « les livres » (7:10). Ces livres sont l’enregistrement des œuvres et les œuvres de la petite corne conduisirent à sa destruction (7:11). Puisque la vision fait état de l’action divine contre le quatrième animal et sa petite corne, le lecteur peut s’interroger sur les animaux précédents. Leur domination leur a été retirée, mais les habitants des royaumes terrestres ont été absorbés par la nation qui les a conquis à l’époque, de sorte que « leur vie s’est prolongée pour un certain temps » (7:12).
7:13–14 Tout comme les royaumes terrestres dans la vision du chapitre 2 furent suivis par l’établissement d’un royaume éternel, Daniel voit ici quelqu’un « qui ressemblait à un fils de l’homme » s’approcher de l’Ancien des jours et recevoir l’autorité et la domination sur toutes choses (7:13–14). « On [l’] a fait approcher » : ce personnage, a peut-être accompli quelque chose de particulier. La victoire sur la quatrième bête et sa petite corne (en 7:11-12) semble être à l’origine de la présentation de celui qui est semblable à un fils d’homme (7:13). Si la quatrième bête a été jugée, le personnage semblable à un fils d’homme a reçu la victoire et a été justifié. Le royaume de ce personnage est éternel, et tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servent (7:14).
Au cours du ministère terrestre de Jésus, sa désignation la plus courante était « Fils de l’homme », et ce titre s’inspirait de Daniel 7:13-14. Jésus croyait qu’il était celui qui établirait un royaume éternel et recevrait toute autorité sur toutes les nations (Matthieu 4:17 ; Matthieu 28:18). Lors de son ascension, il s’est approché de l’Ancien des jours et s’est assis (Da 7:13 ; Hébreux 1:3). Jésus avait scellé la nouvelle alliance promise (Jérémie 31:31-34 ; Luc 22:20). Les Romains l’ont crucifié, mais il est ressuscité en vainqueur le troisième jour (Jean 20:1-20). Dans sa vision apocalyptique, Jean a vu l’agneau vainqueur se rendre auprès de celui qui était assis sur le trône et prendre le rouleau (Apocalypse 6 :6-7).
Bien que la vision de Daniel ait été future pour son époque, l’inauguration du règne de Christ est dans le passé pour nous. C’est lui qui règne avec toute autorité (1Corinthiens 15:25). Il est le Fils de l’homme justifié dont la domination ne s’arrêtera jamais. Comme la pierre qui devint une montagne pour remplir la terre (Da 2:35), le royaume de Christ ne peut être détruit et il accomplira la mission confiée jadis au premier Adam (Genèse 1:26-28). Jésus est le dernier Adam qui soumet ses ennemis.
Lorsque Jésus a parlé à ses disciples de ce que ferait le Fils de l’homme, il a enseigné qu’ « il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les chefs des prêtres et par les spécialistes de la loi, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après » (Marc 8:31). Bien que la vision de Daniel voie la présentation du Fils de l’homme et l’attribution subséquente de toute autorité à celui-ci, Jésus enseigne comment cette réalité allait s’accomplir : elle allait s’accomplir par la souffrance et la mort du Fils de l’homme. Jésus vainc en mourant. Et dans sa résurrection et son ascension, il règne en tant que roi d’un royaume sans fin.
Jésus vainc en mourant. Et dans sa résurrection et son ascension, il règne en tant que roi d’un royaume sans fin.
7:15–28 Daniel était perturbé par des éléments de cette vision, particulièrement à cause du quatrième animal terrifiant et de sa redoutable petite corne (7:15, 19–20). Un ange lui expliqua que les quatre animaux étaient des dirigeants terrestres et que Dieu a prononcé un jugement en faveur des saints (7:18, 22). La victoire du Fils de l’homme signifie la victoire de son peuple. Cette victoire est souhaitable car la petite corne a fait la guerre aux saints et les a vaincus (7:21). Mais leur mort n’est pas une défaite définitive, car la victoire du Fils de l’homme assure la justification et le règne de son peuple (7:22).
Le terrible quatrième royaume possédera un vaste empire et détruira les peuples qui s’opposeront à lui (7:23). Le souverain qui s’oppose à Dieu- la petite corne- s’opposera aux saints et troublera leur adoration de Dieu pendant un certain temps (7:25). Malgré la persécution du peuple de Dieu par la petite corne, le jugement divin aura raison de ces tentatives terrestres (7:26). Ceux qui auront été persécutés et opprimés recevront le royaume éternel du Fils de l’homme (7:27). Bien que la vision de Daniel affirme la victoire et le règne finaux du peuple de Dieu, Daniel est resté alarmé par l’hostilité de la quatrième bête et de la petite corne malveillante à l’égard des saints (7:28 ; voir 7:19-22).
À l’époque de l’Empire romain, le Seigneur Jésus est né, a vécu, est mort, est ressuscité et est monté au ciel, inaugurant le royaume éternel du Fils de l’homme. La « petite corne » antagoniste pourrait représenter un persécuteur de l’Église du premier siècle, comme l’empereur romain Néron. Certains interprètes ont suggéré que la petite corne est un Antichrist futur qui persécutera l’Église. Même si les interprètes ne parviennent pas à un consensus ou à une certitude sur l’identité de la petite corne, la victoire du Fils de l’homme est claire, le royaume éternel a été inauguré et les saints hériteront de tout ce que le Christ a accompli en leur faveur.
Les actions futures des empires perse et grec (8:1–27)
8:1–7 Durant la troisième année du règne du roi Belshatsar, approximativement en 548 av. J.-C., Daniel eut une autre vision. Dans celle-ci, il était à Suse, qui était une ville fortifiée et il se trouvait plus précisément sur le canal de l’Oulaï (8:1–2).
Sur le bord du canal se trouvait un bélier qui avait deux cornes (l’une étant plus haute que l’autre) et ce bélier attaquait avec ses cornes dans diverses directions, sans opposition (8:3–4). Personne ne pouvait entraver les attaques du bélier. Mais alors survint un bouc qui avait « une corne impressionnante entre les yeux » et qui venait de l’ouest survolant la terre sans toucher le sol (8:5). Une collision entre les deux animaux était inévitable. Le bouc courut sur le bélier et le piétina, lui brisant les cornes (8:6–7). Personne ne pouvait vaincre le bouc et personne ne pouvait sauver le bélier de la puissance du bouc (8:7).
8:8–14 La grandeur du bouc s’accrut. La corne se brisa et fut remplacée par quatre cornes (8:8). De l’une de ces cornes une petite corne émergea et grandit de manière démesurée, même jusqu’au « plus beau des pays » (8:9). Dans le livre, « le plus beau des pays » désigne le pays d’Israël. La petite corne grandit aussi vers l’armée des cieux et piétina certaines étoiles (8:10). La scène de violence n’était pas terminée.
La petite corne s’éleva contre le Prince de l’armée, faisant disparaître le sacrifice perpétuel et renversant le sanctuaire (8:11). L’image d’une « petite corne » au chapitre 7 prépare l’interprète à découvrir un personnage malveillant qui s’oppose à Dieu et au peuple de Dieu. En 8.9-12, les Israélites et leur culte sont la cible de la petite corne. La référence au « sacrifice perpétuel » (8:11) concerne le culte dans le sanctuaire de Dieu (Lévitique 1), que la méchante petite corne contrecarre apparemment.
La scène de persécution et d’opposition a poussé un saint à demander à un autre saint combien de temps durerait cette atrocité. Et l’autre saint de répondre : « Encore 2300 soirs et matins, puis le sanctuaire sera purifié » (8:14). Apparemment, Daniel avait été témoin d’un jugement temporaire dont les Israélites feraient l’expérience sous un empire futur. Le saint déclara que l’atrocité durerait 2300 soirs et matins. Certains interprètes peuvent voir « soir » et « matin » et supposer qu’il s’agit de jours. Mais les soirs et les matins pourraient faire référence aux périodes de sacrifice. Après tout, la vision mentionne déjà le sacrifice perpétuel (en 8:12 et 8:13). Dans un contexte où les sacrifices ont été évoqués, les 2300 peuvent faire référence à 2300 offrandes du soir et du matin. Si le nombre comptait chaque offrande, le nombre de jours serait plutôt de 1150, soit la moitié de 2300.
8:15–19 Daniel ne comprit pas ce qu’il avait vu dans cette vision (8:15). Une voix dit à Gabriel d’aider Daniel à comprendre, aussi l’ange s’approcha de lui (8:16–17). Probablement bouleversé par la vision d’un être angélique, mais également horrifié par la violence annoncée à l’encontre des Israélites, Daniel était effrayé (8:17). Mais Gabriel l’assura que la vision « concerne le moment de la fin », au-delà des jours de Daniel. Le « moment de la fin » ne signifie pas nécessairement la fin de toutes choses ; il s’agit probablement d’une expression signifiant un « avenir lointain », comme l’expression « les derniers jours » (2:28). La « fin » peut être la fin d’un empire spécifique ou se référer au « terme de la colère » mentionné en 8:19.
8:20–25 Daniel, qui luttait encore physiquement et émotionnellement avec cette vision, a été aidé par le toucher de l’ange (8:18). L’interprétation arriva ensuite. Le bélier à deux cornes représentait les rois médo-perses (8:20), et le bouc à la corne unique était le roi de Grèce (8:21). Puisque le bouc a piétiné le bélier, l’interprète s’attend à ce que les Grecs l’emportent sur les Médo-Perses. Ainsi, en 331 av. J.-C., Alexandre le Grand a vaincu les Médo-Perses. Alexandre était la corne unique sur la tête du bouc. Mais Alexandre est mort et la corne a été brisée. A sa place, quatre autres cornes sont apparues, et ces cornes peuvent représenter les quatre généraux qui se sont emparés de différentes parties du royaume d’Alexandre (8:22).
Un de ces généraux, nommé Séleucos, était le premier de la lignée des rois séleucides. Bien des années passèrent avant qu’un des rois séleucides nommé Antiochos IV arrive au pouvoir en 175 av. J.-C. C’est lui la petite corne (8:9, 23). Il a été audacieux, agressif et blasphémateur. Vers 167 av. J.-C., Antiochos IV souilla le temple de Jérusalem en offrant un sacrifice païen. Il bouleversa le système des offrandes et interdit aux Juifs de circoncire leurs enfants mâles et de pratiquer les lois de la Torah en général. Il l’emporta sur le peuple et séduisit les Juifs pour qu’ils fassent des compromis. S’ils étaient fidèles à Antiochos, ils vivraient. S’ils étaient fidèles à Yahweh par-dessus tout, ils mourraient (8:24-25).
Mais un groupe d’hommes, connus sous le nom de Maccabées a vaincu les forces d’Antiochos et a purifié le temple, le consacrant à nouveau à un culte approprié en 164 av. J.-C. Cette période d’environ trois ans correspond à la réponse de l’ange : « 2300 soirs et matins » avant que le sanctuaire ne soit restauré dans son état légitime (8:14). Bien qu’Antiochos ait été un dirigeant diabolique, c’était un roi terrestre que le Seigneur a renversé : « il sera brisé sans aucune intervention extérieure » (8:25).
8:26–27 L’ange dit à Daniel de sceller la vision, ce qui veut dire de l’enregistrer et de la préserver pour l’avenir : la vision « concerne une époque éloignée » (8:26). Daniel a été prophète durant le 6è siècle avant Jésus-Christ et la montée au pouvoir d’Antiochos IV ne se produirait pas avant des siècles plus tard, au cours du 2nd siècle avant Jésus-Christ. Daniel n’allait pas devoir être confronté aux horreurs qu’Antiochos allait infliger aux Israélites, il a tout de même été bouleversé par ce qu’il avait vu dans la vision. Selon le témoignage de Daniel lui-même, il a été malade pendant plusieurs jours avant de retourner aux affaires de l’administration babylonienne (8:27).
La promesse de Dieu d’un Jubilé ultime et du pardon (9:1–27)
9:1–2 La vie de prière de Daniel se poursuivit après la chute des Babyloniens devant les Médo-Perses. La première année de Darius le Mède (539 av. J.-C.), Daniel était en train de lire les prophéties de Jérémie. Le prophète Jérémie avait communiqué avec les exilés à Babylone (voir Jé 29:1–23) et Daniel apprit que la captivité, jugement sur le peuple, devait durer soixante-dix ans (voir Jé 25:11–12 ; 29:10). Nebucadnetsar avait commencé à assiéger Jérusalem vers 605 av. J.-C., Daniel et d’autres ont été en captivité pendant près de soixante-dix ans. L’heure de la libération approchait. Daniel réfléchit aux paroles de Jérémie, et celles-ci le poussèrent à prier.
9:3–14 Intercédant pour les Israélites, Daniel invoqua le Seigneur et se mit à confesser leur infidélité. Dieu avait été ferme et il était resté fidèle à l’alliance, mais les enfants d’Israël avaient fait le mal et s’étaient détournés des commandements divins (Da 9:4–5). Bien que Dieu ait envoyé des prophètes pour avertir le peuple et les dirigeants, ses paroles n’avaient reçu aucune attention (9:6). Le jugement par l’exil était donc venu.
Dieu était juste dans ses relations avec Israël. L’exil a montré la justice de Dieu et a rendu publique la honte du peuple (9:7-8). L’exil n’était même pas la pleine conséquence de ce que leurs transgressions méritaient. Dieu avait épargné un reste et il avait promis un retour au pays. Le peuple avait été perfide, mais lui, Dieu, ferait preuve de miséricorde et de pardon (9:8-9). Les prophètes avaient prononcé les paroles de Dieu lui-même, mais les Israélites avaient rejeté les prophètes et donc la voix de Dieu (9:10-11). La malédiction de l’exil est une démonstration de la fidélité de Dieu à son alliance, car il a accompli les avertissements qu’il avait donnés (voir Lévitique 26:14-45). La calamité de la destruction et de la déportation d’Israël est une manifestation terrifiante de la colère divine (Da 9:12-14).
L’exil a montré la justice de Dieu et a rendu publique la honte du peuple.
9:15–19 Après avoir reconnu, dans une confession corporative, que les Israélites avaient violé les lois de Dieu et ignoré les prophètes, Daniel supplia le Seigneur d’user de miséricorde. Il voulait que Dieu agisse en faveur des enfants d’Israël, tout comme il les avait sortis d’Égypte par sa main puissante (9:15). Les Israélites avaient besoin d’un nouvel exode, d’une nouvelle délivrance.
La cité de Jérusalem était une montagne sainte que Dieu avait frappée par l’armée babylonienne, et maintenant, Daniel priait Dieu de se détourner de sa colère (9:16). Retirer le jugement équivaudrait à un retour et à une restauration. Le prophète souhaitait ardemment que la face de Dieu brille à nouveau sur le temple, ce qui devait signifier une reconstruction et une nouvelle consécration du sanctuaire en ruines (9:17). Daniel pria pour que Dieu agisse « pour l’amour du Seigneur » (9:17), ce qui signifie que Dieu manifeste sa gloire par l’octroi de sa miséricorde et de sa faveur. Alors que la défaite des Israélites devait susciter le mépris et la dérision de leurs ennemis, la justification d’Israël renforcerait la puissance du Dieu d’Israël.
Daniel priait et plaidait, mais il fallait que Dieu voie et entende (9:18). Si Dieu refusait la prière du prophète, les exilés resteraient dispersés et vaincus. Les Israélites n’avaient pas de justice à faire valoir pour faire mouvoir la miséricorde de Dieu. Ils avaient besoin que leur désolation soit surmontée par une délivrance divine qui exalterait la puissance et la gloire de Dieu (9:18-19). Daniel souligna que Jérusalem est « ta ville » et que les Israélites sont « ton peuple », appelé de « ton nom » (9:19). Après avoir envoyé les Israélites en exil par sa main, allait-il maintenant, par cette même main, les ramener dans leur terre promise ?
9:20–23 Daniel n’avait pas encore terminé sa prière, mais Dieu avait déjà envoyé une réponse. Un messager angélique nommé Gabriel survint tandis que Daniel était en train d’intercéder pour les Israélites (9:20–21). Le moment était celui « de l’offrande du soir » (9:21), pratique qui renvoyait aux jours du tabernacle et du temple. Daniel n’offrait pas de sacrifices au temple pendant son exil, mais sa discipline de prière conservait les rythmes du système sacrificiel. Il priait pour obtenir la faveur, la justification et le pardon, et il le faisait au moment où un prêtre, avant l’exil, offrait un sacrifice à l’Éternel.
Gabriel est venu en réponse à la prière de Daniel afin que le prophète puisse mieux comprendre ce que recouvrait sa demande de libération et de pardon (9:22). Dieu aime Daniel, lui dit-il, et a envoyé l’ange pour lui annoncer « une parole » qui allait être dévoilée dans les versets suivants (9:23). Cette « parole » constitue la troisième de la série de visions de la seconde moitié du livre (voir Daniel 7, 8, 9 et 10-12). La troisième vision de Daniel est uniquement auditive (9:24-27). La révélation de Gabriel comprend certains des versets les plus difficiles, non seulement du livre, mais aussi de toute la Bible.
La révélation de Gabriel comprend certains des versets les plus difficiles, non seulement du livre, mais aussi de toute la Bible.
9:24 Daniel a lu ce qui concerne les soixante-dix ans de captivité (9:2), et Gabriel lui parle de soixante-dix septennats, un jeu de mot très clair sur les années de l’exil. Alors que Daniel a prié pour que l’exil se termine avec la faveur de Dieu et la liberté, Gabriel lui parle d’un temps futur où il y aura une bénédiction extraordinaire. Les soixante-dix septennats doivent conduire à l’arrêt de la transgression, à la fin du péché, à l’expiation de l’iniquité, à l’introduction de la justice éternelle, à la confirmation à la fois de la vision et du prophète, et à l’onction de quelque chose (ou de quelqu’un) d’important (9:24).
Le langage lié aux multiples de sept est enraciné dans le livre du Lévitique. Les Israélites comptaient sept ans pour savoir quand donner à leur terre un repos sabbatique (Lé 25:1-7). Ils devaient également compter sept septennats d’années- sept fois sept- afin de savoir quand arriverait l’année du Jubilé (Lévitique 25: 8-22). L’année du Jubilé était une période de libération et de liberté, de célébration et de restauration. L’année du Jubilé était l’année de la faveur du Seigneur, et elle est devenue une espérance eschatologique que le libérateur désigné par l’Esprit de Dieu devait apporter (Ésaïe 61:1-3).
L’année du Jubilé (Lévitique 25:8-22) est à l’origine des « soixante-dix septennats » de la vision de Daniel (Da 9:24). Les Israélites allaient revenir dans leur pays du temps de Daniel, et la liberté et la restauration étaient donc à l’horizon proche. Mais la liberté et la restauration étaient aussi à l’horizon lointain. Dieu allait accomplir quelque chose de plus que ce pour quoi Daniel priait. Un jour viendrait où Dieu s’occuperait des transgressions de son peuple et accomplirait l’expiation. Si sept septennats conduisent à l’année du Jubilé (Lévitique 25:8-22), soixante-dix septennats (Deutéronome 9:24) conduisent à un Jubilé décuplé, un temps de miséricorde et de pardon glorieux et sans précédent. Les choses promises par Gabriel (9:24) sont les réalités de la Nouvelle Alliance que les autres prophètes ont annoncées (voir Jérémie 31 ; Ézéchiel 34).
Le peuple avait besoin de plus que de l’abolition de sa captivité physique. Il avait besoin que ses péchés soient expiés. Il avait besoin de justice.
C’est sous la domination des Médo-Perses que les Israélites allaient retourner dans leur pays. Mais le peuple avait besoin de plus que de l’abolition de sa captivité physique. Il avait besoin que ses péchés soient expiés. Il avait besoin de justice. Il avait besoin d’un oint, d’un roi qui pourrait accomplir une œuvre de sacrifice surpassant toutes les autres et qui puisse dire « Tout est accompli » (Da 9:24 ; Jean 19:30). Il avait besoin de Jésus et de son œuvre de Nouvelle Alliance (Luc 22:19–20). Jésus allait être un libérateur plus grand que Darius le Mède et il allait réaliser une restauration après une captivité plus profonde que l’exil physique. Jésus allait délivrer les pécheurs de l’exil spirituel, de la captivité du péché et de la mort. Jésus est venu pour accomplir le Jubilé annoncé par les soixante-dix septennats.
Jésus allait délivrer les pécheurs de l’exil spirituel, de la captivité dans le péché et de la mort. Jésus est venu pour accomplir le Jubilé annoncé par les soixante-dix septennats.
9:25 Après avoir annoncé ce que Dieu accomplirait lors du plus grand Jubilé (Da 9:24), Gabriel ajouta des détails sur la période qui s’étend du jour de Daniel au jour où l’expiation sera achevée. Depuis le moment où un décret a été prononcé au sujet de la restauration jusqu’à la venue d’un Oint, il y aura soixante-dix septennats que Gabriel divise en trois parties (9:25-27). Avant d’examiner ces trois parties, notons que Gabriel appelle l’Oint « un prince », et cette équivalence sera importante pour la suite de la révélation. Notez également que le terme « Oint » signifie « Messie », et que ce personnage est le Fils promis à David qui doit régner sur le trône pour toujours (2 Samuel 7:12-13). Les promesses de Daniel 9:24 allaient être accomplies par l’Oint de Daniel 9:25.
Dans la première partie des soixante-dix septennats, Gabriel parla de sept semaines (ou sept septennats). Cette première partie fait écho à la division qu’on trouve en Lévitique 25:8. Le décompte de ces « sept» commence avec l’envoi de « la parole (qui) a annoncé que Jérusalem serait restaurée et reconstruite » (Da 9 :25a). Cette « parole » est venue de Cyrus le Perse (également connu sous le nom de Darius le Mède) vers 538 av. J.-C. (voir 2 Chroniques 36:22-23 ; Esdras 1:1-4). Le décompte de la première série de sept est probablement symbolique de l’époque qui englobe le retour des exilés israélites et la reconstruction du sanctuaire et de la ville de Jérusalem.
Dans la deuxième partie des soixante-dix septennats, Gabriel a parlé de soixante-deux semaines (ou soixante-deux septennats) qui sont associées à la fortification de la ville avec des places et un fossé dans des temps troublés (Da 9:25b). Le décompte de cette série de septennats est probablement symbolique de la période allant de l’époque de Néhémie jusqu’à la venue de Christ. Sous la direction de Néhémie, les Israélites ont reconstruit la muraille autour de Jérusalem, et ils l’ont fait au milieu de l’opposition et des troubles (voir Né 4-6), achevant la muraille vers 444 av. J.-C. Mais les années qui suivirent allaient apporter leur lot de problèmes aux Israélites, en particulier sous l’empire grec.
9:26 Si sept septennats se sont écoulés depuis le retour des Israélites jusqu’à l’époque de Néhémie, et si soixante-deux septennats se sont écoulés de l’époque de Néhémie jusqu’à celle de l’Oint, alors le dernier septennat- pour faire le compte des soixante-dix septennats- est l’époque de l’œuvre de l’Oint. Comment ce personnage allait-il accomplir l’expiation et la justice dont Gabriel a dit qu’elles allaient venir (Da 9:24) ? Le Messie « sera exclu et il n’y aura personne pour lui venir en aide » (9:26a). Être « exclu » fait partie du langage du rejet et de la malédiction. Paul enseigne que le Christ a porté la malédiction de la loi à notre place (Galates 3:10-14).
Gabriel a prédit la dévastation future de la ville de Jérusalem et de son temple : « Le peuple d’un prince qui viendra détruira la ville et le sanctuaire » (Da 9:26). Puisque le « prince » est « l’Oint » (9:25a), le peuple du prince pourrait être le peuple juif. Les guerres des Juifs avec Rome (66-70 ap. J.-C.) ont entraîné la dévastation de la ville et la destruction du temple. Gabriel promit : « puis sa fin arrivera comme par une inondation. Il est décidé que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre » (9:26b). Dieu avait promis une destruction future du temple, et elle eut lieu en 70 après J.-C. par les Romains. Le temple fut de nouveau confronté à la désolation. La guerre la précédera, et le jugement est décrété.
Ce verset, dans la révélation donnée par Gabriel porte sur l’œuvre expiatoire du Messie et sur le jugement qui doit tomber sur Jérusalem et son temple. Jésus lui-même a parlé de son expiation qui allait venir aussi bien que d’un jugement futur sur le temple. Jésus allait donner sa vie en rançon pour beaucoup (Marc 10:45) et les pierres du temple allaient être renversées par une armée (Marc 13:2 ; Luc 21:20–24). L’œuvre achevée de Christ coïncidera avec la déchirure du voile du temple (Marc 15:38), une déchirure qui montrait que le but pour lequel le temple existait était achevé.
9:27 Dans le dernier verset du chapitre 9, Gabriel revient sur les sujets du verset précédent (Da 9:26). On est en présence d’un schéma A-B-A’-B’ en 9:26-27. En 9:26, Gabriel a parlé de l’œuvre du Messie et du jugement du temple, puis en 9:27, il a parlé à nouveau de l’œuvre du Messie et du jugement du temple. L’utilisation d’un schéma A-B-A’-B’ est un procédé rhétorique typique chez les prophètes et le fait de noter l’utilisation de ce procédé ici aidera les lecteurs à comprendre les références qu’on trouve en 9:27.
Gabriel a parlé d’un Oint qui « imposera une alliance d’une semaine à beaucoup, et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande » (9:27a). Cette forte alliance est la Nouvelle Alliance. Les « beaucoup » font référence aux pécheurs pour lesquels Jésus meurt (voir Ésaïe 53:12 ; Marc 10:45). Cette « semaine » fait référence au soixante dixième septennat qui amène le jubilé suprême (Daniel 9:24). Il « fera cesser le sacrifice et l’offrande » (9:27a), ce vers quoi Gabriel a promis que les soixante-dix-septennats conduiraient (9:24). Au dernier moment, avant sa mort sur la croix, Jésus a dit : « Tout est accompli » (Jean 19:30).
Après une promesse concernant l’œuvre du Messie à venir, Gabriel parla à nouveau de la destruction du temple : « Le dévastateur commettra les pires monstruosités jusqu’à ce que l’anéantissement et ce qui a été décidé se déversent sur lui » (Da 9:27b). Le lieu des abominations serait le temple de Jérusalem, détruit par les Romains en l’an 70 après J.-C. Le « dévastateur » pourrait être Titus, le général romain qui a dirigé la destruction. Mais Dieu avait décrété un jugement pour le dévastateur également, s’assurant ainsi que les méchants soient amenés à rendre compte de leurs actes.
Daniel avait prié pour le pardon et la restauration, et la bonne nouvelle annoncée par Gabriel était qu’un grand jubilé allait venir pour les pécheurs, lorsque l’Oint promis scellerait une alliance et donnerait sa vie en rançon pour beaucoup, expiant l’iniquité et menant l’objectif du temple physique à son terme.
La révélation de Gabriel entendue par Daniel (9:24-27) fait partie des versets les plus contestés de la Bible. Pourtant, le contexte biblique (Lévitique 25:1-22) et l’œuvre expiatoire de Jésus, ainsi que sa promesse de destruction du temple, constituent le contexte le plus probable pour comprendre l’accomplissement des paroles de Gabriel. Daniel avait prié pour le pardon et la restauration (Da 9:1-19), et la bonne nouvelle annoncée par Gabriel était qu’un grand jubilé allait venir pour les pécheurs, lorsque l’Oint promis scellerait une alliance et donnerait sa vie en rançon pour beaucoup, expiant l’iniquité et menant l’objectif du temple physique à son terme.
Les actions futures des empires perse et grec (10:1—12:13)
10:1–4 La vision finale décrite dans le livre commence en 10:1 et se développe dans tout le reste du livre. La coupure au chapitre 11 mentionne l’année d’un roi, mais cette coupure est malheureuse car la mention de l’année et du roi fait partie de la vision déjà en cours. La dernière vision de Daniel a eu lieu la « troisième année de Cyrus, roi de Perse », soit environ en 536 av. J.-C. Le prophète avait alors dans les 80 ans. La « parole » qui a été révélée est digne de confiance et concerne un « grand combat ». Les détails de cette « parole » commencent à se déployer en Da 11:2.
Quand la vision a été communiquée à Daniel, il venait de mener deuil pendant trois semaines, s’abstenant de viande et de vin ainsi que des actes de toilette habituels (10:2–3). Le fait de jeûner pouvait accompagner la tristesse et le deuil, ce qui était le cas pour le prophète. Bien qu’il ne nous explique pas les raisons qu’il avait de mener deuil et de jeûner, l’époque de cette vision est significative. Une vision lui fut accordée « le vingt-quatrième jour du premier mois » qui était le mois de Nisan. Les jours du deuil et du jeûne se sont poursuivis durant la fête de la Pâque et celle des pains sans levain qui la suit immédiatement. Daniel est bouleversé.
Parallèlement à l’époque où Daniel se trouvait au bord du Tigre (environ en 536 av. J.-C.), la Terre promise connaissait une apathie spirituelle. Des milliers d’Israélites étaient revenus sous la direction d’un homme nommé Zorobabel, et ils avaient commencé à réparer les fondations du temple et l’autel des sacrifices. Mais la reconstruction avait été interrompue. Il y avait une opposition à la reconstruction qui sapait le moral des troupes (Esdras 3-4). Des milliers d’exilés étaient rentrés dans le pays, mais Daniel a peut-être été informé que tout n’allait pas bien à Jérusalem.
10:5–9 Daniel vit un personnage exalté et glorieux. Un homme lui apparut, vêtu de lin, comme un prêtre, avec une ceinture d’or autour de la taille (Da 10:5). Le corps de l’homme était comme de la chrysolite, son visage brillait comme un éclair, ses yeux comme des flambeaux, ses bras et ses jambes comme de l’airain, et le son de ses paroles était comme le bruit d’une multitude (10:6). Jusqu’à présent, dans le livre, aucun ange n’a fait l’objet d’une description aussi détaillée. Daniel ne rencontrait pas un ange créé. Il était en présence de l’Ange de Yahweh, le messager divin.
Les détails donnés sur l’apparence de l’Ange sont destinés à enflammer l’imagination et à la remplir à la fois d’admiration et d’effroi. Et Daniel eut peur. Les hommes qui se trouvaient avec Daniel n’ont pas pu voir la vision, mais ils ont tout de même fui pour se cacher (10:7). Seul Daniel a vu cette vision écrasante, et sa force l’a quitté et ses traits se sont décomposés (10:8). Cet ensemble de descriptions est la source des paroles de Jean au sujet de Jésus dans Apocalypse 1. Jean y a vu le Fils de Dieu exalté qui avait des yeux comme le feu, des pieds comme l’airain et une voix rugissante (Apocalypse 1:14-15). Le visage du Christ était resplendissant, et lorsque Jean l’a vu pour la première fois, il est tombé à ses pieds comme mort (Apocalypse 1:16-17).
Le fait que Jean fasse usage de l’imagerie tirée de Daniel 10 pour décrire Jésus dans sa vision peut confirmer que le personnage de l’Ancien Testament était divin et non un ange créé. En effet, Jean a vu que le Fils de l’homme, dans la vision qu’il recevait, portait une longue robe avec une ceinture d’or autour de la poitrine (Apocalypse 1:13), et ce détail fait allusion à ce qu’a vu le prophète Daniel, un homme vêtu de lin avec une ceinture d’or fin autour de la taille (Da 10:5). En lisant ces chapitres de l’Ancien et du Nouveau Testament ensemble, les lecteurs peuvent conclure que non seulement le prophète Daniel a vu une figure divine, mais que cette figure divine était le Fils de Dieu avant son incarnation.
10:10–14 Ce personnage céleste a fortifié Daniel, le relevant de sa position de prostration (10:9–10). L’apparition venait en réponse à la prière du prophète. En fait, dès le premier jour où Daniel avait commencé à rechercher la compréhension des choses (probablement trois semaines plus tôt ; voir 10:2), Dieu a écouté ses paroles. Une partie de ce que Daniel devait comprendre, c’était le combat spirituel qui se déroulait alors. Une puissance angélique-démoniaque, que le personnage appelle le « chef du royaume de Perse », s’était opposée au personnage que voyait le prophète pendant vingt et un jours, ce qui correspondait à la période de deuil et de jeûne de Daniel. Une guerre spirituelle s’était engagée dans le monde spirituel et Daniel l’apprenait par le personnage divin qui apparaissait dans cette vision.
Une partie de ce que Daniel devait comprendre c’était le combat spirituel qui se déroulait alors.
L’ange Michel arriva pour s’opposer aux puissances spirituelles sataniques (10:13), ainsi le personnage que Daniel voyait dans cette vision venait pour lui donner l’intelligence de « ce qui doit arriver à ton peuple dans l’avenir » (10:14). Le contexte de tension spirituelle et de guerre suggère, pour les Israélites, des troubles dans le présent et dans le futur. L’« avenir » renvoie à une époque distante des jours de Daniel.
10:15–11:1 Daniel pressentait qu’il allait y avoir la révélation de troubles et se tourna vers la terre sans parler (Da 10:15). Le personnage céleste toucha les lèvres de Daniel. Ce dernier mentionna les douleurs et le manque de force ressentis suite à la vision (10:16-17). Par un autre toucher, le personnage le fortifia et affirma qu’il était aimé (10:18-19). Daniel n’avait pas à craindre ; il pouvait être fort. Il s’était préparé à recevoir les détails de la vision (10:19).
Le messager divin allait revenir pour s’opposer aux puissances sataniques de la Perse, mais l’empire de la Grèce finirait par arriver (10:20). L’empire grec est le centre de la révélation du messager. Il donnera à Daniel une certaine compréhension de « ce qui est écrit dans le livre de vérité » (10:21), ce qui fait référence aux conseils secrets de Dieu. Le messager avait des révélations sur la guerre céleste et terrestre à venir et celle qui était déjà en cours. L’ange Michel était le « prince » ou « chef » angélique des Israélites (10:21) et, pendant la première année de Darius (environ 539-538 av. J.-C.), le personnage céleste avait confirmé et fortifié Michel pour le travail spirituel (11:1).
Le moment où a lieu cette « remise en forme » est important parce que la victoire de Darius sur l’empire babylonien (en 539 av. J.-C.) allait conduire à la libération des Israélites de leur exil. Ainsi, quand le messager divin a fortifié Michel (le leader angélique affecté à Israël), cette action était une préparation pour le combat qui devait s’en suivre sur un plan terrestre. Quand les Israélites faisaient face à des tensions, à de l’opposition et à une hostilité ouverte, ces problèmes correspondaient à l’affrontement entre les forces spirituelles et les autorités dans les lieux célestes (Éphésiens 6:12).
11:2–20 Alors que le dixième chapitre s’est concentré sur la figure céleste qui est apparue à Daniel, c’est maintenant que débute la présentation du contenu de la révélation elle-même. Daniel apprend que d’autres rois perses viendront, dont l’un provoquera le royaume de Grèce (11:2). Un puissant roi- Alexandre le Grand- se lèvera et vaincra les Médo-Perses en 331 av. J.-C. (11:3). Mais plusieurs années plus tard, ce puissant roi grec mourra et son empire se divisera aux quatre coins du ciel (11:4).
Le royaume d’Alexandre allait être divisé entre ses rois (généraux). Ces rois devenaient les nouveaux chefs de lignées de rois distinctes. Le roi du nord s’appellerait Séleucos et la lignée des rois issus de lui s’appellerait les rois séleucides. Le roi du sud s’appellerait Ptolémée et la lignée des rois issus de lui s’appellerait les rois ptolémaïques (ou « lagides »). Les directions « nord » et « sud » se définissent par rapport à la Terre promise. Les rois séleucides allaient régner au nord de cette dernière et les rois ptolémaïques au sud. L’emplacement de la Terre promise impliquait que chaque fois que les rois du nord et du sud s’affronteraient, il pourrait y avoir des implications pour la Terre située entre les deux.
À partir de 11:3 (qui correspond à la montée d’Alexandre le Grand) jusqu’à 11:20, le messager céleste prophétise sur une période de l’histoire grecque qui couvre approximativement 150 ans (de 331 à 175 av. J.-C.). Les rois du nord et du sud vont s’affronter. Les souverains séleucides et ptolémaïques comploteront et feront la guerre, se tromperont les uns les autres et se livreront au pillage. Les prophéties du personnage ne nomment pas les souverains en question ; ils sont simplement appelés « roi du sud » ou « roi du nord ». Mais si le messager passe rapidement sur 150 ans de guerre entre les rois grecs, c’est pour ralentir le rythme avec l’avènement d’un roi grec méprisable qui allait infliger de terribles atrocités aux Israélites.
11:21–35 La principale révélation de la dernière vision de Daniel concerne une période de persécution future contre les Israélites, qui allait être provoquée par un roi séleucide particulier. Dans l’histoire, nous savons que cet homme est Antiochos IV Épiphane. Antiochos IV devint roi en 175 av. J.-C. et fut un souverain redoutable (11:21-24). Sa domination s’est accrue et il s’est montré féroce dans sa vengeance. Il s’est attaqué au roi ptolémaïque dans le sud, mais n’est pas sorti victorieux (11:25-27). De retour sur son territoire, Antiochos a tué de nombreux Israélites (11:28). Il envisagea de s’attaquer à nouveau au pays des Ptolémées, mais cette fois-là, des navires de Kittim aidèrent le roi du sud et Antiochos IV se retira, furieux (11:30). Il s’attaqua alors au peuple d’Israël à Jérusalem.
En 167 av. J.-C., Antiochos IV profana le temple de Jérusalem en offrant un sacrifice païen. Il interdit aux Juifs de suivre les lois de la Torah et exigea qu’ils abandonnent leur allégeance à Yahweh. Il ordonna l’exécution de ceux qui refusaient les compromis. De nombreux Juifs abandonnèrent leur alliance avec Dieu (11:30, 32). Un groupe de Juifs connu sous le nom de Macchabées résista à l’armée grecque et, en 164 av. J.-C., les Macchabées reprirent le temple et le consacrèrent de nouveau au culte et aux sacrifices. La dédicace du temple est devenue une fête annuelle connue sous le nom de Hanoucca.
Les années de persécution (167–164 av. J.-C.) furent violentes et horribles. Les hommes perspicaces (les sages)- ceux qui connaissent le Seigneur- ont instruit le peuple et sont restés attachés à leur espérance en Dieu, tandis que certains Juifs ont rejeté leur foi dans les Écritures. Quand des opportunistes ont vu les Macchabées vaincre l’armée grecque, ils se sont joints aux combattants juifs en usant de flatterie (11:33–34). Alors que bien des Juifs fidèles ont péri au cours de ces années de persécution sous Antiochos IV, la promesse était que le peuple de Dieu serait purifié et affiné (11:35). L’espoir d’une justification à la fin des temps allait les pousser à rester fidèles malgré les persécutions actuelles.
11:36—12:3 Les interprètes ont parfois dit que ce passage annonçait un futur Antichrist qui persécutera le peuple de Dieu, mais qui sera vaincu lors du retour de Christ. Le langage qui ouvre ce passage n’indique cependant pas un changement de sujet. Le messager divin dit à Daniel « Le roi fera ce qu’il voudra » (11:36a). L’annonce d’un roi audacieux et blasphémateur (en particulier en 11:21-35) a été réalisée à travers Antiochos IV Épiphane. Il se peut donc que 11:36 évoque également de ce roi hostile.
Le problème avec le « roi » en 11:36, s’il s’agit encore d’Antiochos, est que les versets qui suivent ne peuvent être en continuité chronologique avec ce règne. Certains interprètes ont conclu que Daniel avait rapporté une prophétie sur Antiochos, mais que les prophéties n’étaient pas totalement fiables. Mais que dire si 11:36 parle toujours d’Antiochos, mais ne reprend pas chronologiquement là où 11:35 s’est arrêté ? Que dire encore si les lecteurs peuvent affirmer que les paroles concernant Antiochos en 11:21-35 et en 11:36-12:3 sont dignes de foi ?
En raison de la correspondance des thèmes entre 11:21-35 et 11:36-12:3, il semble que le contenu et la chronologie de 11:21-35 soient récapitulés dans 11:36-12:3. En d’autres termes, à partir de 11:36, l’orateur revient sur ce qui a été initialement abordé en 11:21-35. Un procédé littéraire tel que la récapitulation expliquerait comment 11:36-12:3 concerne toujours Antiochos, mais aussi comment il s’agit d’une prophétie digne de confiance.
En 11:36-39, le messager divin prophétise sur les actions blasphématoires et militairement ambitieuses du méchant roi. En 11:40-41, nous entendons à nouveau parler de la manière dont ce roi combattra le roi du sud (un souverain ptolémaïque) et de la manière dont le retour dans son propre pays s’accompagnera de l’assassinat de nombreux Israélites. Le personnage céleste mentionne que ce roi méchant montrera plus d’hostilité envers l’Égypte (11:42-43), et qu’après cela, le roi dirigera sa fureur vers le peuple de la Terre promise (11:44-45). Ces actions du souverain séleucide se sont concrétisées lorsque Antiochos IV Épiphane a persécuté les Israélites à Jérusalem et profané leur temple (167-164 av. J.-C.).
Au milieu de la persécution qui allait venir, Dieu a promis son aide et de l’espérance : « À cette époque-là se dressera Michel, le grand chef, celui qui veille sur les enfants de ton peuple. Ce sera une période de détresse telle qu’il n’y en aura pas eu de pareille depuis qu’une nation existe jusqu’à cette époque-là. À ce moment-là, ceux de ton peuple qu’on trouvera inscrits dans le livre seront sauvés » (12:1). La guerre céleste sera accompagnée par une justification sur la terre. Grâce à la contre-offensive des Macchabées, les Israélites ont pu vaincre les forces séleucides et consacrer à nouveau le temple de Jérusalem à un culte conforme à la loi en 164 av.J.-C.
Tout comme 11:21-35 se terminait par un espoir de purification et de justification, 11:36-12:3 s’achève sur les mêmes notions. Sous le règne brutal d’Antiochos IV, de nombreux Juifs allaient périr à cause de leur fidélité à Dieu. Mais leur mort n’allait pas être le dernier mot. L’avenir du peuple de Dieu allait être une vie de résurrection : « Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l’horreur éternelle » (12:2). La résurrection des morts signifierait la vie et la paix éternelles pour le peuple de Dieu, mais la honte et le jugement éternel pour les ennemis de Dieu (voir Jean 5:28-29 ; Actes 24:15).
Les sages (les perspicaces) « brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice à beaucoup brilleront comme les étoiles, pour toujours et à perpétuité » (Da 12:3). Le personnage céleste dépeint la gloire de l’existence des ressuscités. Paul montre comment cette espérance est déjà inaugurée pour les saints en Christ, car nous sommes appelés à être « irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans défaut au milieu d’une génération perverse et corrompue. C’est comme des flambeaux dans le monde que vous brillez parmi eux » (Philippiens 2:15). En Christ, les saints sont la lumière du monde et ont déjà commencé à briller. Mais la gloire de la vie de résurrection est la promesse faite pour tous ceux qui appartiennent à Dieu. La mort est peut-être notre avenir, mais la résurrection corporelle est également prévue et fera éclater les liens de la mort. Christ reviendra et «Il transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps glorieux par le pouvoir qu’il a de tout soumettre à son autorité » (Philippiens 3:21).
12:4–7 Tandis que le personnage céleste est encore présent dans la vision qui est accordée à Daniel, 12:4–13 fournit une sorte d’épilogue à la scène. Daniel reçoit des instructions finales et le livre arrive à sa fin. Le messager ordonne à Daniel de sceller son livre jusqu’au temps de la fin (12:4), ce qui se réfère aux temps d’accomplissement dans un horizon éloigné de son époque. La révélation récente, en particulier, ne s’accomplira pas avant des siècles. Daniel peut donc sceller le livre, sachant que la compréhension de son contenu augmentera avec le temps. C’est ainsi que « beaucoup seront perplexes, mais la connaissance augmentera » (12:4). La « perplexité » est une recherche de compréhension (voir Amos 8:12), et « la connaissance augmentera » au fur et à mesure que les lecteurs discerneront les accomplissements historiques des prophéties contenues dans le livre.
Daniel vit deux autres personnages qui se tenaient sur les deux berges du fleuve (Da 12:5). Ces « autres » sont des anges. L’un d’eux parle à l’homme vêtu de lin, disant : « Quand viendra la fin de ces événements extraordinaires ? » (12:6). L’homme vêtu de lin (10:5) se tenait au-dessus des eaux du fleuve (12:7) ; cette position confirme encore sa stature divine. Dans l’Ancien Testament, Dieu est celui qui plane au-dessus des eaux (Genèse 1:2 ; Job 9:8 ; Psaumes 29:3). L’ange s’enquiert des « événements extraordinaires » (Da 11:2-12:3), et le personnage élevé répond que ce sera pour « un temps, deux temps et la moitié d’un temps » et qu’ensuite l’anéantissement du peuple saint devrait prendre fin (12:7). La persécution devait être temporaire. Si « un temps [1], deux temps [+2] et la moitié d’un temps [+0,5] » est un ensemble d’années, alors le nombre 3,5 peut être exact. Si 3 ans et demi est bien la signification, alors cette période s’est accomplie de 167 à 164 avant J.-C., lorsque Antiochos IV a terrorisé les Juifs.
12:8–10 Daniel ne comprit pas tout ce qui lui avait été dit et il s’interrogeait sur l’issue- ou le but- de ces événements extraordinaires (12:8). Le personnage élevé dans le ciel lui dit : « Vas-y, Daniel, car ces paroles seront tenues cachées et marquées du sceau du secret jusqu’au moment de la fin » (12:9). Daniel devait continuer à être fidèle et ne pas s’inquiéter des choses qui occupaient son esprit. Le but de la vision, après tout, dépassait les jours de ce prophète.
Le messager divin partagea avec lui la parole selon laquelle : « Beaucoup seront purifiés, épurés et affinés » (12:10a) ; cela semble être une partie de la réponse à la question de Daniel au sujet de l’« issue » de la persécution (12:8). Les fidèles se montreront fidèles. Au travers de la persécution, Dieu purifiera son peuple. Leur souffrance ne sera pas vaine. Cependant les méchants se montreront sous leur vrai jour en manifestant leur manque de sagesse (12:10b). La persécution des saints révélera les justes et les injustes.
12:11–12 Daniel entendit dire que les atrocités futures (qui s’accompliront sous l’empire grec, lorsqu’Antiochos IV persécutera les Juifs) devaient durer 1290 jours (12:11). C’est la période qui suit l’interruption de l’holocauste perpétuel et la mise en place d’une abomination. En termes d’années, les 1290 jours représentent environ 3,5 ans. Cela correspond aux années 167-164 av. J.-C., lorsque la persécution d’Antiochos a perturbé le culte juif au temple.
Alors que les 1290 jours désignent une période de difficultés et d’épreuves, « Heureux celui qui attendra et qui arrivera jusqu’à 1335 jours ! » (12:12). Cette béatitude s’adresse à ceux qui traversent l’épreuve. La différence entre les deux nombres est de 45 jours. Lorsque Caleb est entré dans la terre promise et qu’il a reçu son héritage, il a dit : « Maintenant voici que l’Éternel m’a fait vivre, comme il l’a dit. Il y a 45 ans que l’Éternel a dit cela à Moïse, à l’époque où Israël marchait dans le désert, et je suis aujourd’hui âgé de 85 ans » (Josué 14:10 ; voir Nombres 14:30). Caleb était passé du désert à l’héritage, et le nombre 45 était significatif à cet égard.
Le peuple de Dieu est appelé à persévérer au travers du désert de l’épreuve et de la souffrance et il le fera en vue de la bénédiction de Dieu, car l’héritage promis sera le leur. Dieu ne manque pas à ses promesses. L’héritage des saints montrera la fidélité de Dieu qui s’étend jusqu’aux cieux.
12:13 Daniel allait mourir en dehors de la Terre promise, mais cela ne l’empêcherait pas de recevoir l’héritage que Dieu avait en réserve pour lui. Pour le moment, Daniel allait poursuivre sa route et reposer dans la mort (Da 12:13). Mais il allait se relever avec les saints et briller comme les étoiles. Son lot -son héritage- sera la nouvelle création, ce que préfigure la Terre promise.
Daniel, vieil homme recru de jours, mourra dans l’espérance. Les visions qu’il avait entendues et vues allaient s’accomplir aux temps fixés, le peuple de Dieu allait être confronté à des périodes de souffrance, et les structures politiques et sociales changeraient et seraient ébranlées. Mais à travers tout cela, le Dieu souverain, celui qui tient notre souffle dans ses mains, glorifierait la pierre qui n’a pas été taillée par la main de l’homme. Daniel allait reposer dans la mort pendant le règne des Médo-Perses, mais il ressuscitera dans la gloire pour un royaume éternel.
Bibliographie (en français)
Arnold, Daniel Le destin des nations, une étude littéraire du livre de Daniel, Ed MB et Emmaüs, 2020
11 La troisième année du règne de Jojakim sur Juda, Nebucadnetsar, le roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et en fit le siège. 2 Le Seigneur livra entre ses mains Jojakim, le roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu. Nebucadnetsar emporta les ustensiles dans le pays de Shinear, dans le temple de son dieu; il les mit dans la maison du trésor de son dieu. 3 Le roi donna l’ordre à Ashpenaz, le responsable de ses eunuques, de faire venir quelques Israélites de sang royal ou de famille noble. 4 Ce devaient être de jeunes garçons sans défaut physique, beaux, doués de perspicacité et de sagesse, instruits et intelligents, capables de servir dans le palais du roi. On leur enseignerait la littérature et la langue des Babyloniens. 5 Le roi leur réservait pour chaque jour une portion des plats servis à sa table et du vin de ses banquets. Il voulait les former pendant trois ans à la suite desquels ils entreraient à son service. 6 Il y avait parmi eux des Judéens: Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. 7 Le chef des eunuques leur donna des noms: à Daniel celui de Beltshatsar, à Hanania celui de Shadrak, à Mishaël celui de Méshak, et à Azaria celui d’Abed-Nego. 8 Daniel prit la ferme décision de ne pas se souiller en consommant les plats servis à la table du roi et le vin de ses banquets. Il demanda alors au chef des eunuques de ne pas l’obliger à se souiller. 9 Dieu gagna à Daniel la bienveillance et la compassion du chef des eunuques. 10 Ce dernier dit à Daniel: «Je redoute mon seigneur le roi. C’est lui qui a fixé ce que vous devez manger et boire. Pourquoi devrait-il vous voir arborer une moins bonne mine que les jeunes gens de votre âge? A cause de vous, je risquerais ma tête auprès du roi.» 11 Daniel dit alors à l’intendant auquel le chef des eunuques avait confié la responsabilité de lui-même, Hanania, Mishaël et Azaria: 12 «Fais donc un essai avec tes serviteurs pendant 10 jours: qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire. 13 On examinera ensuite devant toi notre apparence et celle des jeunes gens qui mangent les plats servis à la table du roi. Puis, agis avec nous, tes serviteurs, en fonction de ce que tu auras constaté.» 14 Il leur accorda ce qu’ils demandaient et fit un essai avec eux pendant 10 jours. 15 Au bout de 10 jours, ils avaient meilleure apparence et avaient pris plus de poids que tous les jeunes gens qui mangeaient les plats servis à la table du roi. 16 L’intendant retirait donc les plats et le vin qui leur étaient destinés, et il leur donnait des légumes à la place. 17 Dieu accorda à ces quatre jeunes gens de la connaissance et de la perspicacité dans tout ce qui concernait la littérature et la sagesse. De plus, Daniel était capable d’expliquer toutes les visions et tous les rêves. 18 Au moment fixé par le roi pour qu’on les lui amène, le chef des eunuques les présenta à Nebucadnetsar. 19 Le roi discuta avec eux et, parmi tous ces jeunes gens, il n’en trouva aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. Ils furent donc admis au service du roi. 20 Sur tous les sujets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence et sur lesquels il les interrogeait, le roi les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues présents dans tout son royaume. 21 Telle fut la situation de Daniel jusqu’à la première année de règne de Cyrus.
Daniel
Introduction
Quels sont le cadre et la signification du livre de Daniel ?
Les prophètes de Dieu ne s’étaient pas tus : si les Israélites poursuivaient leur trajectoire de péché et de rébellion, le jugement par la captivité et par l’exil tomberait sur le peuple divisé et chancelant. En 722 av. J.-C., l’armée assyrienne conquit le royaume du nord appelé Israël, tout à fait comme Dieu l’avait promis (Osée 11:5–6). Le royaume du sud appelé Juda subsistait, bien que ses habitants ne se soient pas détournés de leurs péchés et n’aient pas recherché l’Éternel avec fidélité. Au temps marqué, le Seigneur suscita l’armée de Babylone pour qu’elle vienne attaquer son peuple. La conquête du royaume du sud, toutefois, ne fut pas immédiate. Des années de siège accablèrent le peuple.
En 605 av. J.-C., Nebucadnetsar, roi de Babylone, commença le siège de la ville de Jérusalem (Daniel 1:1). Il souhaitait déporter des jeunes qui appartenaient à des familles de l’élite et à la famille royale. Un de ces jeunes hommes nommé Daniel faisait partie de ceux qui partirent en exil. Le livre de Daniel porte le nom de ce jeune homme qui devint un prophète de Dieu pour son peuple déplacé. Il interprète les rêves et voit des visions. Il fait l’expérience de choses merveilleuses et fait preuve d’un grand courage face aux autorités terrestres. Bien que Daniel ait dû quitter le pays, il n’a jamais délaissé le Seigneur. Daniel s’est consacré à Yahweh en dépit de mises à l’épreuve et de menaces.
Le livre de Daniel raconte la fidélité et la souveraineté de Dieu envers son peuple. Le prophète apprend à connaître des nations qui sont au-delà du régime babylonien et reçoit des révélations sur le royaume éternel que Dieu établira. Le monde peut être rempli de gens qui se disputent le pouvoir et oppriment les plus vulnérables, la justice de Dieu n’en vaincra pas moins les méchants. Les saints seront justifiés et même la mort sera vaincue. Daniel reçoit ces prophéties tout au long de son exil. Sa dernière vision dans le livre a lieu en 536 av. J.-C. (Da 10:1), de sorte que les événements de ces douze chapitres se déroulent entre 605 et 536 av. J.-C. Emmené en captivité alors qu’il était adolescent, Daniel sera octogénaire avant la fin du livre. Il est probablement mort en dehors de la Terre promise, sans jamais revenir avec les exilés qui ont rebâti la ville de Jérusalem.
Comment le livre de Daniel est-il structuré ?
Il est important pour le lecteur de considérer la structure du livre de Daniel afin de l’interpréter correctement. Il existe de multiples façons valables pour en tirer les grandes lignes. J’en proposerai deux. Premièrement, les chapitres 1 à 6 sont des récits et les chapitres 7 à 12 sont des visions. Ce plan en deux parties est la manière la plus simple de diviser le livre. Deuxièmement, on rencontre un changement de langue significatif : les chapitres 2 à 7 sont écrits en araméen, tandis que les chapitres 1 et 8 à 12 sont écrits en hébreu. Ce changement de langue place les chapitres 2 à 7 dans leur propre structure, qui présente une inversion symétrique connue sous le nom de « chiasme ». Le chapitre 1 introduit donc le livre et est suivi d’une section araméenne dans les chapitres 2 à 7. Selon ce schéma, les chapitres 8 à 12 sont des chapitres hébreux qui ont également une structure en chiasme. Le présent commentaire suivra ce schéma qui tient compte des changements de langue.
But du livre
Les histoires et les prophéties contenues dans le livre de Daniel sont destinées à aider les exilés et ceux qui souffrent à persévérer dans la foi en se confiant en un Dieu souverain dont le pouvoir sans égal et la domination éternelle vaincront les méchants et justifieront les justes.
Verset clé
« A l’époque de ces rois, le Dieu du ciel fera surgir un royaume qui ne sera jamais détruit et qui ne passera pas sous la domination d’un autre peuple ; il pulvérisera tous ces royaumes-là et y mettra fin, tandis que lui-même subsistera éternellement ».
— Daniel 2:44
Grandes lignes
I. L’exil et la mise à l’épreuve de Daniel et des autres à Babylone (1:1–21)
II. Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (2:1–49)
III. La protection miraculeuse des fidèles (3:1–30)
IV. Le jugement divin d’un roi arrogant (4:1–37) [3 :31-33 puis 4 :1-34 pour les versions S21et BDS]
V. Le jugement divin d’un roi arrogant (5:1–31) ) [5 :1-30 puis 6 :1 pour les versions S21et BDS]
VI. La protection miraculeuse du fidèle (6:1–28) [6 :2-29 pour les versions S21et BDS]
VII. Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (7:1–28)
VIII. Les actions futures des empires perse et grec (8:1–27)
IX. La promesse de Dieu d’un Jubilé ultime et du pardon(9:1–27)
X. Les actions futures des empires perse et grec (10:1—12:13)
L’exil et la mise à l’épreuve de Daniel et des autres à Babylone (1:1–21)
1:1–7 Dans les dernières années du 7ème siècle av. J.-C., le grand conquérant qui domine l’ancien Proche-Orient est Nebucadnetsar. Et en 605 av. J.-C., il a en vue le peuple de Jérusalem. Depuis la période du livre de l’Exode, le Seigneur s’est manifesté comme un Dieu qui combat en faveur de son peuple, le délivrant de toutes sortes de détresses et d’angoisses. Mais, cette fois-ci, Dieu n’a pas combattu contre Nebucadnetsar pour épargner la nation en détresse. Dieu avait déjà amené les Assyriens contre le royaume du nord, Israël, en 722 av. J.-C., et maintenant il amène les Babyloniens contre le royaume du sud. Le roi de Babylone a réussi sa campagne contre les Israélites parce que Dieu avait prononcé son jugement contre eux (Da1:2).
Jérusalem était la ville où se trouvait le temple construit par Salomon, et ce précieux sanctuaire fut soumis au pillage arrogant des Babyloniens. Nebucadnetsar ordonna qu’on emportât au pays de Schinear (autre nom du pays de Babylone) une partie des ustensiles du temple, et il entreposa ces ustensiles dans le trésor de son propre dieu (1:2). La prise des ustensiles du temple représentait, pour les Babyloniens, une défaite du Dieu d’Israël. Nebucadnetsar n’avait pas seulement conquis la Terre promise et ses habitants, il avait aussi vaincu Yahweh qui les y avait amenés.
Nebucadnetsar ordonna au chef de ses eunuques, nommé Ashpenaz, de déporter certains Israélites : intelligents et physiquement beaux, issus de famille royale, de l’élite et de la noblesse (1:3–4). Il était prévu que ces jeunes gens apprennent les idées et la vision du monde de Babylone. Il leur fallait recevoir une instruction en langue et en littérature, ce qui comprenait la connaissance des dieux et des pratiques religieuses des Babyloniens. Le but était clairement indiqué dans l’ordre de Nebucadnetsar : prends de jeunes Israélites et fais d’eux des Babyloniens. Le roi voulait des gens qui pourraient se tenir devant lui et servir à sa cour. Aussi, durant trois ans, ces jeunes Israélites allaient être plongés dans le cursus de formation de Babylone. L’éducation est une formation de disciples et Nebucadnetsar voulait avoir des disciples qui œuvreraient pour ses propres projets et pour sa propre gloire.
Une partie du programme de réorientation de Babylone consistait à changer les noms des jeunes Israélites. Quatre noms hébreux- Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria-devinrent quatre noms babyloniens (1:6–7). Chacun de ces noms hébreux contenait une référence à Dieu, et cette référence était masquée par les noms babyloniens. Nebucadnetsar voulait que l’allégeance de ces jeunes soit entièrement transférée. Il voulait qu’ils se rendent compte des opportunités privilégiées qui s’offraient à eux. C’est la raison pour laquelle il leur donna de la nourriture royale à manger et de son vin à boire (1:5). Le programme de trois ans impliquait un traitement spécial et une attention particulière, conduisant les jeunes Israélites à devenir des Babyloniens de cœur. Nebucadnetsar avait déjà conquis des peuples avant les Israélites, et il ne fait donc aucun doute qu’il pensait que ses méthodes avaient fait leurs preuves. La question est de savoir comment Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria allaient se comporter dans leur nouveau statut d’exilés. Les pressions exercées par leur nouveau lieu de vie et leur programme d’endoctrinement seraient-elles couronnées de succès ?
1:8–14 Dans la première scène du livre mettant Daniel en avant, nous le voyons faire preuve d’une fidélité inaltérable au Seigneur. Il a résolu de ne pas se souiller avec la nourriture et le vin du roi et demande au chef des eunuques d’en être dispensé (1:8). Bien que le fonctionnaire ait refusé la demande de Daniel, le Seigneur a accordé à Daniel la faveur de ce dernier. Le fonctionnaire ne l’a pas dénoncé, même si Daniel avait demandé à être exempté de la nourriture assignée par le roi. Le fonctionnaire s’est rendu compte que sa propre tête serait menacée si le programme de trois ans prenait fin et que Daniel souffrait de malnutrition (1:10).
Bien que la première tentative de Daniel ait été infructueuse, il a fait preuve de réflexion et de sagesse et a réorienté sa demande vers une autre personne. L’intendant, qui avait été affecté à Daniel et aux trois autres jeunes Hébreux, accepta de mettre ces hommes à l’épreuve pendant dix jours. Pendant ces dix jours, Daniel et ses amis ne mangeraient que des légumes et ne boiraient que de l’eau. Daniel était d’accord pour que l’intendant décide, à l’issue des dix jours, de la poursuite ou non des ajustements alimentaires (1:13).
Pourquoi Daniel voulait-il éviter la nourriture et la boisson royales ? Il avait déclaré qu’il ne voulait pas se souiller (1:8). Peut-être que le menu royal contenait des aliments qui auraient violé les règles alimentaires imposées aux Israélites (voir Lévitique 11). La boisson qui leur était assignée était du vin et celui-ci n’était pas prohibé pour les Israélites. En fait, plus loin dans le livre (voir Da 10:3), Daniel apparaît comme ayant mangé de la viande et bu du vin, même s’il y a eu une courte période de jeûne où il s’est abstenu de ces choses. Sa préoccupation en 1:8 portait-elle sur le fait de manger quelque chose qui avait été offert aux idoles ? C’est possible, mais d’autres aliments comme les légumes pouvaient avoir aussi ce caractère. Daniel était-il un naziréen (Nombres 6:3–8) ? Le texte est muet sur ce point. S’il avait fait un vœu de naziréat avant le temps de Daniel 1:8, il l’avait achevé lors des événements de 10:3.
Bien que Daniel n’explique pas la nature de la souillure possible en 1:8, le lecteur peut au moins conclure que ce refus montrait en quelque sorte sa fidélité ultime à Yahweh. Avec les trois jeunes Hébreux, il voulait agir de telle sorte que les efforts du roi pour les amadouer et les conformer à ses volontés échouent. Le programme de trois ans révélerait quels jeunes devraient se tenir devant le roi, mais la dévotion la plus profonde de Daniel était pour le Seigneur.
1:15–21 Un miracle intervint. Le fait de manger des légumes et de boire de l’eau ne devait pas rendre quelqu’un plus gras dans son allure par rapport à ceux qui mangeaient la nourriture royale et buvaient de son vin ; pourtant Daniel et ses amis montrèrent une plus belle allure que les autres jeunes impliqués dans le programme de formation (1:15). Selon les termes du marché (1:12–13), l’intendant décida de ce qu’il fallait faire à partir de ce moment-là, et il donna aux quatre jeunes Hébreux des légumes et de l’eau (1:16). L’effet inhabituel sur Daniel et ses amis- à savoir qu’ils étaient plus en chair que les autres- a révélé que la main du Seigneur était sur eux. Le Seigneur a honoré leur résolution de ne pas se souiller.
Non seulement le Seigneur accorda-t-il une meilleure allure à Daniel, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, mais encore les équipa-t-il en leur donnant la capacité d’apprendre et d’avoir des talents en littérature babylonienne ; quant à Daniel, il allait manifester de l’intelligence vis-à-vis des visions et des songes (1:17). Le commentaire du narrateur au sujet de Daniel annonce le reste du livre parce que, à ce stade, Daniel n’a interprété aucun songe ni aucune vision. Mais il va le faire- et le faire très bientôt (voir Daniel 2). À la fin du programme de trois ans, Nebucadnetsar évalua tous les jeunes et jugea Daniel, Shadrak, Méshak et Abed-Nego supérieurs à tous les autres (1:19-20). Ils furent donc appelés à servir à la cour du roi. Daniel, en particulier, pour servir l’administration babylonienne jusqu’à ce qu’elle prenne fin -une fin que Cyrus le Perse provoquera en 539 av. J.-C.
Dans le premier chapitre du livre, le lecteur voit la détermination de Daniel et de ses amis, détermination dans laquelle ils persévéreront au cours des années à venir. Ils sont fidèles au Seigneur et le Seigneur leur est fidèle. Ceux qui cherchent à faire pression sur eux et à les contraindre à compromettre leur dévotion à Yahweh échoueront. La faveur de Dieu et sa main vengeresse seront sur ses serviteurs, ici à Babylone.
Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (2:1–49)
2:1–13 Approximativement en 602 av. J.-C., le roi Nebucadnetsar eut un songe qui le troubla. Quand un roi d’autrefois avait un songe qui le troublait, une idée communément admise était que les dieux essayaient de lui communiquer quelque chose au sujet du futur. Et comme le roi ne pouvait pas prédire l’avenir, il devait convoquer ceux qui étaient censés pouvoir le faire (2:2). Mais lorsque les magiciens et les enchanteurs se rassemblèrent à sa cour pour interpréter son rêve, ils entendirent une directive inattendue : Nebucadnetsar voulait qu’ils racontent d’abord son rêve et qu’ils en donnent ensuite l’interprétation, faute de quoi il les tuerait tous (2:5). L’interprète, en revanche, serait richement récompensé (2:6).
Il est compréhensible que les sages de Babylone aient voulu gagner du temps et convaincre le roi de baisser ses exigences (2:7). Mais la décision de Nebucadnetsar était ferme : dites-moi d’abord le songe puis son interprétation ou vous mourrez. Leur vie étant menacée, les sages de Babylone insistèrent en disant que personne sur la terre ne pouvait répondre à cette exigence et qu’aucun grand roi n’en avait jamais fait de semblable auparavant (2:10) ! Seuls les dieux qui avaient donné ce songe pouvaient être capables de le révéler ; or ils n’habitaient pas parmi les hommes (2:11).
Le lecteur sait qu’il existe un Dieu qui habite avec les pécheurs. Malgré les affirmations des magiciens et des enchanteurs, le tabernacle d’Israël avait été une confirmation mobile que le Créateur habitait parmi ses créatures. Les gens de la cour de Nebucadnetsar ne croyaient pas que les dieux étaient accessibles, mais nous verrons bientôt que la foi de Daniel témoigne d’une conviction différente. L’espoir de Daniel repose dans le fait de savoir que le Dieu du ciel et de la terre peut entendre son peuple et agir en sa faveur. Pendant ce temps, le roi de Babylone était furieux contre les conseillers ineptes qui se trouvaient devant lui. Il décréta alors la mise à mort de tous les sages de Babylone (2:12). Ce décret s’appliquait même à ceux qui étaient absents de la cour à ce moment-là, à savoir Daniel et ses compagnons.
2:14–23 Nebucadnetsar avait probablement convoqué des soldats pour mettre en œuvre son plan de destruction. Le responsable des gardes, Arjoc, vint trouver Daniel et était apparemment prêt à exécuter d’urgence l’ordre du roi. Daniel demanda alors pourquoi le décret était si urgent, puis apprit ce qui s’était passé (2:15). Il est implicite, dans le texte, que Dieu a accordé sa faveur à Daniel : Arjoc ne l’a pas tué. Au contraire, Daniel a pris rendez-vous avec le roi pour lui faire connaitre ce qu’il demandait (2:16).
L’objectif de ce rendez-vous était antérieur à la connaissance que Daniel avait du rêve du roi et de son interprétation, de sorte que le rendez-vous ainsi fixé était un réel acte de foi. Daniel savait que sa propre vie- et celle de ses amis et de tous les sages de Babylone- était en danger. S’il pouvait répondre à la demande déraisonnable et aux attentes démesurées du roi, lui et tous les autres seraient alors épargnés. S’il ne pouvait pas comprendre le rêve du roi et son interprétation, la mort serait certaine.
Le peuple de Dieu appelle le nom de l’Eternel (Genèse 4:26). Daniel retourna chez lui et expliqua la situation à ses trois compagnons. Ils avaient besoin de la miséricorde de Dieu, ce qui -dans ce cas- signifierait que Dieu les sauve de la mort. Ils avaient besoin que le Dieu du ciel révèle à Daniel ce qui allait répondre à l’exigence de Nebucadnetsar. Daniel et ses amis prient, ils cherchent la compassion de Dieu (Da 2:18–19). Et quand on cherche, on trouve. Le Seigneur leur révéla, dans une vision, le mystère du songe de Nebucadnetsar.
La réponse appropriée à une prière que Dieu a exaucée est la louange, aussi, Daniel bénit le nom du Seigneur et exalta sa puissance et sa souveraineté sur toutes choses (2:20–23). La sagesse et la force appartiennent à Dieu et, selon sa sagesse et par sa puissance, il surveille et dirige les réalités politiques et sociales sur terre. Dieu a désigné les rois qui règnent, et ils ne régneront pas au-delà de sa volonté. La sagesse vient aux sages de la main bienveillante de Dieu, et celui qui est intelligent reçoit une connaissance plus abondante (2:21). L’expérience de Daniel le confirme, car Dieu a répondu à la prière et a doté le jeune homme de la connaissance du rêve de Nebucadnetsar et de sa signification.
Seul Dieu connaît le futur et, ainsi les choses profondes et cachées lui appartiennent (2:22). La pensée de Dieu est pleinement éclairée par la connaissance. Daniel, cependant, ne pouvait pas connaître l’avenir, et les choses profondes et cachées étaient donc hors de sa portée. Dieu, dans sa miséricorde, a fait connaître ce que les humains ne peuvent pas voir dans l’obscurité. Daniel offrit des louanges à Dieu parce qu’il est parvenu à savoir- par la révélation divine de la vision (2:19)- ce qui allait épargner sa propre vie et celle des autres sages babyloniens (2:23). Il devait maintenant transmettre ces informations vitales au roi.
2:24–30 Daniel rencontra alors Arjoc, le capitaine des gardes royaux et lui demanda de faire cesser le plan de mise à mort des courtisans du roi de Babylone. Arjoc amena alors Daniel devant Nebucadnetsar et le présenta comme un homme de Juda qui faisait partie des exilés (2:25). Le roi demanda expressément si Daniel pouvait faire connaître à la fois le rêve et son interprétation (2:26), ce à quoi Daniel répondit par l’affirmative. L’ignorance des enchanteurs et des astrologues babyloniens était humainement insurmontable, mais Dieu qui est dans les cieux, révèle les mystères (2:27-28).
Le mystère qui occupe le chapitre 2 ne porte pas seulement sur les détails du songe du roi, mais aussi sur l’avenir qu’il prédit. Nebucadnetsar a entrevu « l’avenir » (2:28), une expression qui se réfère à un avenir lointain. Dieu- celui qui révèle les mystères- a montré au roi « ce qui arrivera » (2:29). Ce même Dieu révèle maintenant à Daniel ce que le roi a vu, et cette connaissance n’est pas due à une sagesse innée de Daniel (2:30). Aucune intelligence humaine ne peut accéder aux détails de l’avenir, qui est enveloppé de ténèbres. C’est bien Dieu qui a répondu à la prière de Daniel pour que le roi connaisse et comprenne le rêve.
2:31–35 La description du songe du roi fut à la fois brillante et effrayante. Une puissante statue se dressait avec une tête d’or, une poitrine et des bras d’argent, un ventre et des cuisses de bronze, des jambes et des pieds de fer et de fer/argile (2:32-33). Ces différents matériaux sont disposés par ordre de valeur décroissante, de la tête d’or aux pieds de fer et d’argile. Les pieds sont également fragiles, car le fer et l’argile ne se mélangent pas, ce qui rend la statue très déséquilibrée. Ces matériaux rappellent des éléments du tabernacle et du temple. Les ustensiles du tabernacle étaient faits d’or, d’argent et de bronze. Dans le temple, il y avait aussi du fer (1Chroniques 22:16). Ces matériaux sont peut-être une parodie de l’adoration et du règne véritables, puisque le tabernacle et le temple d’Israël rappelaient au peuple la présence et le règne de Dieu au milieu de lui.
La statue puissante du songe de Nebucadnetsar s’effondra sous le pouvoir écrasant d’une pierre. Cette pierre se détacha « sans le secours d’aucune main », ce qui signifie qu’elle avait une origine céleste (Da 2:34 LSG). Les pieds de fer/argile ont été brisés par cette pierre étonnante et toute la statue s’écroula en morceaux (2:35). Quoi qu’aient pu représenter ces matériaux, quelque chose de céleste les a vaincus. Les débris devinrent comme de la bale sur une aire de battage, là où le vent sépare la bale du grain battu (2:35). Dans l’Ancien Testament, le soufflage de la bale représente parfois le jugement de Dieu (voir Psaumes 1:4).
La pierre victorieuse a établi sa domination : elle est devenue une montagne qui a rempli toute la terre. Les montagnes sont faites de terre et de pierres de différentes tailles, de sorte que la croissance pour devenir une montagne est en continuité avec la pierre d’origine céleste. La pierre remplit la terre, une action qui rappelle Genèse 1:26-28, lorsque les porteurs de l’image de Dieu devaient soumettre la création et exercer leur domination. Dans Ésaïe 2:2, le prophète parle de la montagne de la maison de Dieu qui sera établie comme le « sommet des montagnes. Elle s’élèvera au-dessus des collines et toutes les nations y afflueront ». Une montagne puissante représentait l’espérance du règne de Dieu ainsi que le véritable culte parmi les nations. Nebucadnetsar avait rêvé de matériaux terrestres tombant sous le jugement d’une puissante pierre céleste qui exerçait sa domination sur toute la terre.
2:36–45 Comme Nebucadnetsar l’avait souhaité, un des sages à Babylone (un Israélite en fait) a fourni les détails du songe. En voilà maintenant l’interprétation (Da 2:36–45). Le roi avait vu en songe une succession de royaumes et chacun de ces royaumes terrestres était représenté par les matériaux composant la statue.
Le roi Nebucadnetsar- et, donc Babylone- était la tête d’or (2:38). Un second royaume (l’argent) allait venir, puis un troisième (l’airain/le bronze) succéderait au second (2:39). Le quatrième royaume (fer/argile) allait être supérieur aux trois précédents (2:40). Le mélange d’argile et de fer suggère un royaume fragile, instable et vulnérable (2:41-43). Ensuite, le Dieu des cieux va établir son royaume avec la pierre non taillée par la main de l’homme (2:35, 44-45). La pierre représente le royaume tant attendu qui ne finira jamais (2:44).
Lorsque les lecteurs étudient l’interprétation du rêve de Nebucadnetsar à la lumière de l’histoire, ils constatent que le royaume babylonien (or) a été vaincu et conquis par le royaume médo-perse (argent), qui a été vaincu par le royaume grec (bronze), lequel a été vaincu par les Romains (fer/argile). Daniel a dit à Nebucadnetsar que la pierre céleste avait frappé les pieds de fer/argile (2:34), et c’est sous le règne de César Auguste qu’est né le Seigneur Jésus (Matthieu 1:18-25 ; Luc 2:1-7). Ces quatre royaumes – Babylone, royaume médo-perse, Grèce et Rome- constituent l’interprétation traditionnelle du rêve du roi et sont plus vraisemblables que d’autres suggestions. En fait, Jésus s’est identifié à une pierre écrasante (Luc 20:18) et il a exercé son ministère sous le règne du quatrième royaume mentionné par Daniel.
La promesse de Daniel 2:44-45 était que Dieu établirait un royaume sans fin, et cet espoir rappelle la promesse de Dieu faite à David : un fils de sa lignée recevra le trône et régnera pour toujours (2 Samuel 7 :12-13). Les prophètes avaient annoncé qu’un descendant de David allait régner : Nebucadnetsar a rêvé de la même chose. Ce rêve s’est produit alors que le jugement de Dieu s’abattait sur la terre promise par l’intermédiaire des Babyloniens, timing parfait qui confirme que Dieu ne reniait pas son alliance avec David. Bien qu’Israël soit en exil, cet exil ne serait pas permanent. Dans l’avenir, un roi allait venir et son règne ne prendrait jamais fin.
Dans la prédication de Jésus, on trouve un thème central qui est l’annonce selon laquelle « le royaume des cieux est proche » (Matthieu 4:17). Il parcourait le pays promis « proclamant la bonne nouvelle [l’évangile] du royaume » (Matthieu 4:23). Si l’on trouvait dans l’Ancien Testament l’espérance que Dieu allait établir un royaume indestructible (voyez 2 Samuel 7:12–13 ; Da 2:44–45), Jésus, lui, annonçait qu’il l’introduisait. Il était le fils de David qui avait été promis (Matthieu 1:1–17) et la pierre qui allait vaincre les royaumes méchants et tous les royaumes terrestres (Luc 20:18).
Les lecteurs du livre de Daniel attendaient avec impatience l’accomplissement des prophéties de Dieu au sujet des empires et du royaume éternel, mais nous, lecteurs modernes, regardons en arrière, vers la marche de l’histoire, de Babylone, au royaume médo-perse, à la Grèce et à Rome, lorsque le Fils de David est né à Bethléhem, qu’il est mort sur une croix à l’extérieur de Jérusalem, qu’il est ressuscité des morts le troisième jour, qu’il est monté au ciel à la droite de Dieu et qu’il règne maintenant victorieusement en ayant ‘mis tous ses ennemis sous ses pieds’ (1Corinthiens 15:25).
2:46–49 Après avoir entendu les détails de son songe rapportés de façon précise et avoir reçu l’interprétation de ce qu’ils signifiaient, Nebucadnetsar tomba sur sa face devant Daniel. Il s’écria que le Dieu de Daniel était vraiment ‘le Dieu des dieux, le Seigneur des rois et celui qui dévoile les secrets’ (Da 2:47). Cette réponse nous indique que Nebucadnetsar croyait que Daniel avait vraiment reçu une révélation divine et l’avait communiquée. Comme le roi l’avait promis auparavant, il donna à Daniel des honneurs et des récompenses, l’établissant gouverneur de toute la province de Babylone et chef suprême de tous les sages de Babylone (2:48). De ce fait, la vie de Daniel avait été épargnée, tout comme celle de ses trois amis et des autres conseillers du roi.
Fort de ses nouveaux honneurs et de sa nouvelle position, Daniel demanda de nouvelles nominations pour ses amis, ce que Nebucadnetsar accepta. Shadrak, Méshak et Abed-Nego furent désormais chargés des affaires de la province de Babylone, tandis que Daniel restait à la cour du roi (2:49). Non seulement les amis de Daniel ont été épargnés, mais ils ont été promus ! La main vengeresse de Dieu était sur ces Israélites fidèles qui dépendaient de lui pendant leur exil.
La protection miraculeuse des fidèles (3:1–30)
3:1–7 La statue que Nebucadnetsar bâtit était en relation avec la statue qu’il avait vue dans son rêve. Mais, alors que dans le songe, seule la tête était d’or, la statue du chapitre 3 était entièrement faite de ce métal. Le projet de construction ne comportait pas de l’or, de l’argent, du bronze, du fer et de l’argile, mais seulement de l’or. Cette décision concernant le matériau venait de ce roi défiant et arrogant qui rejetait ainsi l’interprétation du songe par Daniel. Nebucadnetsar ne croyait pas que la volonté des dieux était inébranlable et sa statue faite d’or révélait une attitude d’invincibilité et d’illusion.
D’une hauteur d’environ 30 mètres et large de 3 mètres, la statue dominait la vallée de Dura (3:1). Tous les fonctionnaires de ses provinces vinrent assister à sa dédicace et un héraut ordonna à tous de se prosterner au son d’un orchestre (3:2-5). Les victoires de Nebucadnetsar lui ont permis de régner sur des peuples, des nations et des langues différents. Ceux qui se prosternaient représentaient une manifestation multinationale d’idolâtrie. Dieu avait créé les nations et les langues pour glorifier son propre nom, et non pour se prosterner devant une idole morte.
Une fournaise ardente était bien utile pour fondre et façonner l’or en vue de la construction de l’image, et elle servait aussi à la destruction. Le roi décréta que quiconque refuserait de se prosterner devant la statue serait condamné à mourir dans la fournaise ardente (3:6). Lorsque la musique retentissait, tous les peuples et toutes les nations se prosternaient et adoraient la statue-enfin, presque tous.
3:8–18 Shadrak, Méshak et Abed-Nego étaient trois Israélites qui refusèrent d’obéir au décret du roi, parce qu’adorer la statue aurait été une adoration perverse et donc une violation des commandements divins (voir Exode 20:1–6). Certains Babyloniens dénoncèrent ce refus auprès de Nebucadnetsar qui donna alors l’ordre que ces rebelles comparaissent en sa présence (Da 3:12–13). Alors que leur vie était en jeu, les trois Israélites eurent une nouvelle occasion de se prosterner au son de la musique. Dans leur seul discours rapporté dans le livre de Daniel, ils ont déclaré leur confiance dans le pouvoir que Dieu avait de les délivrer, et ont exprimé leur volonté de mourir plutôt que d’adorer la statue d’or (3:16-18).
Les trois Israélites ne pouvaient pas garantir que Dieu sauverait leur vie. Mais l’idée de se détourner de lui pour adorer des idoles était pire que la mort. La menace de la fournaise ardente était une mise à l’épreuve de leur dévotion au Seigneur, et leur détermination a montré que leur dévotion à Dieu l’emportait sur leur instinct de survie. Jésus a dit : « En effet, celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » (Marc 8:35). Ces hommes savaient à quoi ressemblait un gain plus important : si Dieu les épargnait de la fournaise, il les délivrerait de la mort ; et si Dieu ne les épargnait pas du feu, il les délivrerait au travers de la mort. Quelle que soit l’issue, leur détermination était ferme.
3:19–23 Le roi enragé ordonna alors de chauffer la fournaise plus que de coutume. Les trois hommes y tombèrent ligotés et habillés (Da 3:21). Cette condition signifiait qu’ils ne pouvaient pas échapper aux soldats et qu’ils succomberaient à la fureur des flammes. Lorsque les soldats eurent jeté les fidèles Israélites dans la fournaise, la chaleur excessive tua ces soldats : voilà donc les Israélites face à leur terrible destin (3:22).
Dans un premier temps, il semble que Nebucadnetsar ait eu raison de dire qu’aucun dieu n’était capable de délivrer les Israélites de ses mains (3:15). Le roi voulait faire de ces trois Israélites un exemple, alors qu’il les avait auparavant promus dans son administration (2:49). Il montrait aux provinces que personne ne peut défier ses ordres en toute impunité. Et il entendait prouver qu’aucun dieu ne pouvait empêcher le succès de ses plans de punition.
3:24–27 Le roi bondit quand il vit dans la fournaise quatre personnes, au lieu de trois, et quatre hommes qui marchaient au milieu du feu (3:24–25). Le quatrième personnage était comme un ‘fils des dieux’ (3:25). Quelque chose d’origine divine était en train de se produire. Les trois Israélites n’avaient plus leurs liens et ne présentaient aucune blessure ; le roi se trouvait de façon subite face à la vérité que leur Dieu était capable de les délivrer du châtiment.
La quatrième personne qui se trouvait dans la fournaise pouvait être une créature angélique ou peut-être l’Ange divin de Yahweh. Au cours de l’histoire de l’Église, les commentateurs ont considéré ce personnage comme étant le Fils de Dieu avant son incarnation. Même si l’identification exacte du quatrième personnage peut être inconnue, il est certain qu’on a clairement affaire à une intervention divine.
Nebucadnetsar appela les trois Israélites hors de la fournaise et ils en sortirent sans aucun effet du feu ni odeur de fumée sur leur tête ou sur leur manteau. Dieu avait opéré une délivrance complète de leurs corps. Dieu est capable de sauver son peuple, de la mort et au travers de la mort. Les rois terrestres le défient en vain. Le Seigneur des cieux rit (Psaumes 2:4). Il se moque de leurs vains efforts d’accroissement de leur pouvoir personnel.
Les saints de Dieu peuvent lire la délivrance de Shadrak, Méshak et Abed-Nego et, de ce fait, se réjouir de la puissance de Dieu à vaincre les projets des méchants. Ce que certains conçoivent pour faire le mal, Dieu le transforme en bien (Genèse 50:20). Dieu a montré que son pouvoir est supérieur à celui du roi de Babylone. Cette victoire préfigure le moment où Dieu délivrera son peuple de la mort lors de leur résurrection corporelle. Le Dieu qui est plus grand que Nebucadnetsar est plus grand que les tombes. Et le retour des morts à la vie par la puissance divine est représenté par le retour de Shadrak, Méshak et Abed-Nego.
3:28–30 Le roi de Babylone loua alors le Dieu des Israélites. Il résuma ce qui s’était passé : Dieu a délivré ses serviteurs qui ont ignoré l’ordre royal et qui ont été prêts à livrer leur corps aux flammes plutôt que d’adorer autre chose que leur Dieu (3:28). Un nouveau décret fut publié : quiconque parlerait contre le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Nego serait mis en pièces (3:29). Ce nouveau décret fut une réaction excessive, mais il correspondait au type de personnalité de Nebucadnetsar tel qu’il était décrit dans le livre jusque-là.
Ce chapitre se termine de la même façon que les chapitres 1 et 2 : par une promotion (3:30). Les trois Israélites montent en dignité dans la province de Babylone ; cette élévation est la confirmation du fait que la main de Dieu est en permanence sur les fidèles. Non seulement Dieu les a délivrés de la colère du roi et des flammes de la fournaise mais les voilà maintenant dans une meilleure position à Babylone qu’auparavant.
Le jugement divin d’un roi arrogant (4:1–37/3 :31-33 et 4 :1-34 S21)
4:1–3 (3 :31-33 S21) Le roi Nebucadnetsar a une histoire à partager. On voit ici le témoignage de première main d’une humiliation et d’une restauration. Daniel peut avoir reçu ce témoignage de Nebucadnetsar lui-même, puisqu’il servait dans l’administration du roi. La majeure partie du récit est racontée à la première personne.
Les premiers mots sont une annonce universelle. Nebucadnetsar veut que tout le monde, partout, entende son histoire. Il évoque « les signes et les miracles que le Dieu très-haut a accomplis vis-à-vis de moi » (4:2/3 :32 S21). Ces miracles impliquent à la fois le jugement et la restauration. Le roi vante les miracles de Dieu qu’il décrit comme étant grands et puissants. Bien que Nebucadnetsar n’ait pas apprécié l’idée que son règne terrestre prendrait fin, il commence son récit en déclarant que le royaume de Dieu est un royaume éternel. Puisque la domination sans fin appartient à Dieu, elle n’appartient pas au roi de Babylone. Cet aveu est à la fois vrai et choquant en raison de l’attitude et des actes de Nebucadnetsar dans les chapitres 1 à 3. Le récit du chapitre 4 justifiera la nouvelle perspective adoptée par le roi de Babylone.
4:4–9 (4:1-6 S21) Comme dans le chapitre 2, Nebucadnetsar a eu un songe qui l’a effrayé (4:5/4:2). Et comme au chapitre 2, il a ordonné à ses conseillers de l’aider à comprendre ce songe (4:6/4:3). Cette fois-ci il ne leur a pas demandé de lui raconter d’abord le songe (voir 2:5). Il leur en a donné le contenu et avait besoin d’une interprétation. Les magiciens, astrologues et devins de Babylone ont avoué leur ignorance ; c’est alors que Daniel est arrivé. Comme au chapitre 2, l’ignorance des conseillers fut surpassée par la sagesse de Daniel qui interpréta le songe du roi.
Nebucadnetsar considérait que Daniel avait « l’esprit des dieux saints » (4:8/4:5) ; cette formulation ne se trouve en dehors de ce livre qu’en Genèse 41:38, où il est dit que Joseph a ‘l’Esprit de Dieu’ (ou « des dieux »). Un souverain païen-le pharaon d’Égypte- a reconnu la capacité de Joseph, et maintenant un autre souverain païen- le roi de Babylone- a reconnu la capacité de Daniel. Joseph et Daniel ont tous deux servi des cours païennes en dehors de la terre promise. Tous deux pouvaient interpréter les rêves. Tous deux se sont conduits de manière à sauver la vie d’autres personnes. Tous deux avaient l’Esprit de Dieu.
4:10–18 (4:7-15 S21) Nebucadnetsar décrivit alors son rêve. Un arbre grandit au centre de la terre, atteignant jusqu’au ciel et étant visible de toutes les extrémités de la terre (Da 4:10–11/4:7-8 S21). Ses nombreux fruits et feuilles fournissaient de l’ombre et de la nourriture aux oiseaux et aux animaux (4:12/4:9). La scène était luxuriante, extravagante, abondante. Mais le rêve prit alors une tournure négative. Un saint- un ange- descendit du ciel et ordonna que l’arbre soit abattu, que ses branches soient coupées, que ses feuilles soient arrachées et que ses fruits soient dispersés (4:13-14/10-11). Cette série d’actions constituait un terrible renversement du statut de l’arbre.
Il ne resta plus qu’une souche dans la terre, et autour d’elle fut fixé un cercle de fer et d’airain. La description du roi passe ensuite de la souche à la mention de quelqu’un qui allait être « trempé par la rosée du ciel » (4:15/4:12). Quelqu’un qui allait habiter avec les bêtes et avoir l’esprit d’une bête pendant un certain temps (4:16/4:13). Ce changement était un jugement du ciel, et son but était d’exalter le règne de Dieu qui est souverain sur les royaumes terrestres et sur leurs rois (4:17/4:14).
En Genèse 1:26–28, nous lisons que Dieu a fait l’homme à son image et lui a donné le mandat de gouverner la création et d’exercer la domination sur les animaux. En Daniel 4, le personnage qui est jugé devait devenir comme un de ces animaux. La violence infligée à cet arbre somptueux suggère un déclin de la grandeur et une humiliation du pouvoir. Nebucadnetsar avait besoin de l’aide de Daniel pour comprendre la signification du rêve (4:18/4:15).
4:19–27 (4:16-24 S21) Le souvenir du songe que rapporte Nebucadnetsar était alarmant, et Daniel a bâti sa réponse avec des mots qui préparaient le roi à recevoir une explication très négative (4:19/4:16). L’arbre représentait le roi de Babylone. Comme la tour de Babel dans Genèse 11, l’arbre de ce rêve s’étendait vers le ciel. Nebucadnetsar était devenu grand et fort, avec une domination et une majesté immenses (Da 4:20-22/4:17-19). Mais le rêve annonçait un jugement sur le roi. L’observateur -un ange saint- appelait à la destruction presque totale de l’arbre (4:23/4:20). La souche laissée dans l’herbe représentait l’état dans lequel Nebucadnetsar allait se trouver pendant un certain temps. Il allait devenir comme les bêtes des champs.
L’élévation que Nebucadnetsar faisait de lui-même allait le conduire à l’humiliation. Au lieu de continuer à vivre au milieu du peuple, il allait vivre tout le contraire de la vie de celui qui porte l’image de Dieu. Sa nourriture et son habitat allaient être ceux des animaux. Sa pensée ne fonctionnerait plus correctement et son comportement allait refléter ce grand changement. Le but de ce jugement serait de manifester le règne du Très-Haut qui donne et ôte la royauté aux rois de la terre (4:25/4:28). Nebucadnetsar pensait qu’il était intouchable, mais, en réalité, il était vulnérable. À la fin de cette période de jugement, Nebucadnetsar allait recouvrer sa domination et son royaume (4:26/4:23).
Daniel expliqua au roi comment il devait se comporter en réponse à ce songe troublant : se repentir. Au lieu de continuer à pratiquer le péché, Nebucadnetsar devait rechercher la justice. Au lieu d’opprimer son peuple, il devait lui manifester de la miséricorde. Le songe avait pour but d’avertir le roi contre la poursuite de la pratique de ses iniquités. C’était maintenant le moment de se détourner du péché et de pratiquer la justice. Peut-être le repentir allait-il conduire à une prolongation de la prospérité du roi et non à un jugement humiliant (4:27/4:24).
4:28–33 (4:25-30 S21) Une année s’écoula (4:29/4:26). Malheureusement, les paroles et les voies du roi ne changèrent pas. Le récit décrit Nebucadnetsar sur le toit de son palais, se promenant et exultant de fierté devant la grandeur de son royaume : « N’est-ce pas Babylone la grande, celle que j’ai moi-même construite, pour en faire la résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma majesté ? » (4:30/4:27).
Le songe devint une réalité. Dieu déclara que le royaume était ôté à Nebucadnetsar pour un temps et que le roi allait devenir comme une bête et demeurer avec les bêtes (4:31–32/4:28-29). Soudainement la puissance du roi disparut. La posture que le roi avait prise en s’exaltant lui-même se révéla vaine. Le Dieu des cieux abaissa Nebucadnetsar, au point qu’il mangea de l’herbe comme un bœuf (4:33/4:30). Son corps devint tout souillé et ses cheveux poussèrent. Tout ce que le Seigneur avait promis se réalisa (voir 4:25/4:28).
4:34–37 (4:31-34 S21) Le songe de Nebucadnetsar portait sur un jugement qui allait durer « sept temps » (4:16/4:13), mais la durée exacte est incertaine. Il peut s’agir d’années ou de mois. Comme ses cheveux et ses ongles sont devenus très longs (4:33/4:30), la période a certainement duré plus de quelques semaines. Mais lorsque le temps imparti fut écoulé, Nebucadnetsar reprit ses esprits. Il loua le Seigneur et prononça des paroles exaltant la domination et la puissance de Dieu (4:34-35//4:31-32). Le royaume de Nebucadnetsar était instable, mais la domination de Dieu était éternelle (4:34/4:31). Comparés à Dieu, qu’étaient les habitants de la terre, même les puissants souverains comme Nebucadnetsar ? Comparés à Dieu, tout et tous sont comme rien (4:35/4:32).
Comme Daniel l’avait dit, le Seigneur restaura la gloire et la splendeur du royaume de Nebucadnetsar (4:25–26, 36/4:22-23,33). En fait, tout comme les chapitres 1–3 s’achevaient avec une sorte de prospérité des personnages, le chapitre 4 se termine avec l’accroissement de la grandeur du roi (4:36/4:33). Son témoignage se termine par un engagement à louer et à honorer le Seigneur, en qualifiant ses actes de « vrais » et ses voies de « justes » (4:37/4:34). Les lecteurs doivent espérer que ce témoignage provient d’un cœur converti. Peut-être l’humiliation de Nebucadnetsar a-t-elle conduit cet homme à se consacrer à la louange de Yahweh, bien qu’il soit impossible d’en être certain.
L’essentiel de ce chapitre se trouve dans le dernier verset : « il peut abaisser ceux qui marchent dans l’orgueil » (4:37/4:34). Nebucadnetsar avait marché dans l’orgueil, se vantant de ses réalisations et de l’immensité de son pouvoir. Mais il a appris à quel point sa puissance était vulnérable face au Souverain des cieux qui domine les dirigeants de la terre. Dieu l’a humilié en abattant l’arbre de sa grandeur et en dépouillant les branches de ses vantardises. Et pourtant, dans sa miséricorde, Dieu a restauré le royaume du roi après cette précieuse leçon. Mieux vaut marcher dans l’humilité devant Dieu, car l’orgueil mène à la destruction. L’exaltation de soi est le chemin du jugement.
Le jugement divin d’un roi arrogant (5:1–31/5:1-6:1 S21)
5:1–4 Nous sommes en l’an 539 av. J.-C. Une décennie plus tôt, Cyrus le Grand avait vaincu les Mèdes et constitué la puissante armée médo-perse. Le voilà maintenant à diriger son armée vers les frontières des Babyloniens. À Babylone, le roi Belshatsar et son père Nabonide sont corégents de leur empire. Alors que Nabonide est en déplacement, Belshatsar organise un banquet : ce sera son dernier.
Cette festivité babylonienne fut organisée pour les seigneurs dépendant de Belshatsar ainsi que pour ses femmes et ses concubines (5:1–2). Il ordonna que les vases, qui avaient été enlevés du temple de Jérusalem (par Nebucadnetsar lors du siège de la ville de Jérusalem), soient sortis pour être utilisés. Le roi, ses seigneurs, ses femmes et ses concubines portèrent des toasts et louèrent leurs dieux avec les vases sacrés.
5:5–9 Dans une situation à l’allure de cauchemar, une main -non reliée à un bras- apparut et écrivit des mots sur un des murs éclairés par le chandelier (5:5). La vision était si bouleversante, si terrifiante, que le roi devint tout faible et, selon la langue originale, incontinent. Il ne comprenait pas ce que les mots signifiaient. Il est possible qu’il ait pu lire les mots, mais qu’il n’ait pas pu en discerner la signification, ou qu’il n’ait pas pu lire l’écriture en raison de sa forme déroutante. Quoi qu’il en soit, il avait besoin d’aide.
Les magiciens et les enchanteurs entrèrent dans la salle et Belshatsar leur promit de récompenser celui qui allait pouvoir lire l’écriture et en donner l’interprétation. La récompense devait être constituée d’un manteau de pourpre, qui est la couleur de la royauté, d’une chaîne d’or, ce qui, probablement indiquait l’autorité et la dignité, et la position de troisième personnage dans le gouvernement du royaume, puisque les positions une et deux étaient déjà occupées par Belshatsar et par son père Nabonide (5:7).
Tout comme aux chapitres 2 et 4, les sages de Babylone ne comprirent pas ce qui était écrit sur le mur (5:8). Toutefois, compte tenu du modèle établi aux chapitres 2 et 4, l’ignorance des magiciens et des enchanteurs prépare le terrain pour le discernement et la sagesse de Daniel qui se manifesteront par la suite.
5:10–12 Daniel n’était pas présent au banquet. La mère de Belshatsar- la reine- survint et assura à son fils qu’un homme nommé Daniel serait capable d’expliquer ce qu’on voyait sur le mur. La confiance de la reine était fondée sur la connaissance qu’elle avait eue, dans le passé, de la capacité qu’avait Daniel d’interpréter les songes. Dans les jours de Nebucadnetsar, Daniel avait fait preuve d’intelligence et de sagesse et il était devenu le chef des conseillers babyloniens (5:11). La reine déclara que Daniel avait en lui « l’esprit des dieux saints » (5:11), ce qui est une idée que Nebucadnetsar avait aussi affirmée (4:18/4:15).
À ce stade du livre, le lecteur sait que Daniel peut interpréter les rêves. Mais l’écriture sur le mur n’était pas un rêve. Lorsque la main est apparue en 5:5, la scène n’est pas attribuée à une vision dans l’esprit de Belshatsar. D’autres ont pu voir l’écriture sur le mur, sans pouvoir l’interpréter (5:8). Contrairement aux visions qui n’étaient pas claires dans l’esprit de Nebucadnetsar, ici, sur le mur, il y avait un affichage objectif. Il s’agissait plutôt d’une énigme, d’un puzzle. Mais la reine croyait que Daniel pouvait « expliquer les énigmes » et « résoudre les questions difficiles », de sorte que l’écriture sur le mur ne lui poserait aucune difficulté (5:12).
5:13–24 Alors qu’il a approximativement 80 ans à cette époque, Daniel fait son entrée dans la salle du banquet. Il n’avait pas la même relation administrative avec Belshatsar que celle qu’il avait eue avec Nebucadnetsar. Le lecteur ne sait pas quels changements sont intervenus, si ce n’est l’âge de Daniel et le fait que le roi de Babylone est un homme différent qui s’est sans doute tourné vers des conseillers différents. Du fait que ce soit la reine qui apporte tant d’informations au sujet de Daniel (5:11–12), il semble que Belshatsar ait eu peu d’interactions directes avec cet homme dans le cadre de son administration.
Belshatsar répéta les paroles que la reine avait formulées à Daniel (5:13–14). Et il lui promit les mêmes récompenses que celles mentionnées auparavant aux sages de Babylone (5:15–16). Mais Daniel refusa ces privilèges (5:17). Il allait interpréter l’écriture sur le mur sans demander de contrepartie.
Daniel commença son discours en rappelant la gloire et la grandeur de Nebucadnetsar et en racontant comment l’orgueil de ce roi l’avait conduit à l’humiliation pour un temps (5:18-21). Les paroles de Daniel faisaient allusion aux événements du chapitre 4, lorsque Nebucadnetsar était devenu comme une bête et avait par la suite confessé le pouvoir de Dieu d’humilier les orgueilleux. Puis Daniel donna l’application de son récit : Belshatsar a su ce qui était arrivé à Nebucadnetsar, mais il n’a pas humilié son propre cœur (5:22). Au contraire, le cœur de Belshatsar s’est élevé contre le Seigneur, comme en témoignent l’idolâtrie et le blasphème (5:23).
L’adoration des idoles était futile parce qu’elles devaient être fabriquées par la main de l’homme (à partir de matériaux comme de l’or, du bronze, du fer et de la pierre) et qu’elles ne peuvent ni voir, ni entendre, ni connaître quoi que ce soit (5:23). Ces dieux ont été les objets de la louange de Belshatsar et des convives lors de ce banquet. Le roi a manqué de reconnaître que la main de Yahweh tient le souffle de chaque homme. Belshatsar est mortel et vulnérable. Les dieux qu’il adorait ne pouvaient pas le sauver. Le roi a méprisé son Créateur au lieu de l’honorer (voyez Romains 1:18–25). La main divine, qui tient le souffle de Belshatsar, est apparue et a écrit sur le mur (5:24).
5:25–28 Les mots araméens qu’on a vus sur le mur étaient : Mene, Mene, Tekel, et Parsin. Chaque mot est lié à la notion de jugement sur Belshatsar et Babylone. Daniel expliqua alors l’énigme au roi. Le mot « Mene » ressemble au mot « nombre », puisque Dieu a mis fin aux jours comptés de Babylone. Le mot « Tekel » signifie « pesé », et lorsque Dieu a mis le roi sur la balance, ce dernier n’a pas fait le poids. « Peres » (le singulier de « Parsin ») sonne comme le mot qui veut dire « diviser », parce que Dieu allait enlever le royaume babylonien à Belshatsar et le donner aux Médo-Perses.
L’écriture sur le mur était l’annonce que le jour du jugement était arrivé pour Babylone. Le puissant empire qui avait conquis et ravagé des peuples et des nations et qui avait fait captifs les Israélites en 586 av. J.-C., allait maintenant s’écrouler. Dieu change les temps et les saisons et il enlève et installe les rois (2:21). Vers la fin du chapitre 5, Dieu est en train de changer les temps et de déplacer les empires. Nebucadnetsar avait dit qu’il n’y a « personne qui puisse lui résister » (4:35/4:32). Et la main de Dieu avait écrit sur le mur du banquet ce qui allait arriver à Babylone. Personne ne résisterait à sa volonté souveraine.
5:29–31 Bien que Daniel ait refusé les récompenses promises par Belshatsar (5:16-17), ce dernier a ordonné qu’elles lui soient tout de même accordées (5:29). Daniel reçut des vêtements de pourpre, une chaîne d’or au cou et le roi déclara que Daniel était le troisième chef du royaume. L’avantage providentiel de cette reconnaissance visible était que le roi qui allait conquérir le pouvoir allait voir Daniel comme un élément important de l’administration ; cette reconnaissance a permis à Daniel de faire partie intégrante du nouvel empire (6:1-3). La nuit du banquet fut celle de la mort de Belshatsar (5:30). Le dernier roi de Babylone était tombé.
Qui est Darius le Mède ?
Le conquérant médo-perse est appelé Darius le Mède (5:31/6:1 S21) et c’est probablement le même que Cyrus le Grand. Certains personnages dans le livre ont deux noms, aussi le fait qu’il y ait deux noms pour Darius ne parait pas déplacé. D’anciens récits aussi confirment que Cyrus le Grand avait un parent perse et un autre qui était mède, ce qui peut expliquer l’usage de deux noms reflétant chacun des arrière-plans. Autre élément important dans cette discussion sur l’identité de Darius : aucun document babylonien ne mentionne la conquête de Babylone par un certain Darius en 539 avant J.-C. Cyrus le Grand, lui, en a été le conquérant et le nom de Darius est donc synonyme du vainqueur connu. L’âge de Darius est significatif : il conquiert Babylone alors qu’il est « âgé d’environ soixante-deux ans » (5:31/6:1). Puisque les archives anciennes montrent que Cyrus est mort à l’âge de 70 ans en 530 av. J.-C., il aurait eu « environ 62 ans » en 539, ce qui permet d’identifier encore mieux les personnages- Darius le Mède et Cyrus le Grand- l’un à l’autre.
Le chapitre 5 nous raconte l’accomplissement de la prophétie divine, car Dieu avait dit à Habakuk que le jugement allait tomber sur Babylone (Habakuk 2:16–17). Même si Dieu a utilisé une nation méchante pour juger les Israélites au VIe siècle avant J.-C., il ne minimise pas l’iniquité de cette nation conquérante. En comptant la déportation de Daniel en 605 av. J.-C., la période qui s’est écoulée jusqu’en 539 av. J.-C. (correspondant à la chute de Babylone) représente presque 70 ans. C’est cette période de 70 ans que Jérémie avait prophétisée au peuple exilé (Jérémie 25:11-12). La chute de Babylone signifiait donc que la libération et la restauration des Israélites étaient imminentes.
La protection miraculeuse du fidèle (6:1–28/6:2-29 S21)
6:1–5 (6:2-6 S21) L’empire médo-perse avait de nouvelles tâches administratives à accomplir. Des satrapes ont été mis en place, ils devaient rendre des comptes à trois responsables, Daniel étant l’un d’eux (6:1–2/6:2-3). Daniel n’ayant jusque-là jamais eu de relations avec Darius, cette nouvelle responsabilité était un énorme acte de confiance de la part du roi. Daniel avait servi le régime babylonien pendant des décennies, et maintenant il était l’un des trois responsables de l’administration de l’empire médo-perse.
Il est caractéristique de Daniel qu’il se soit conduit avec fidélité et intégrité. Les deux autres responsables ont remarqué cette différence et l’excellent esprit dont il faisait preuve ; mais ils lui en ont voulu parce que le roi avait de plus grands projets pour Daniel (6:3/6:4). Ils voulaient compromettre Daniel et cherchaient des raisons de l’accuser auprès de Darius. Mais c’est en vain qu’ils ont cherché une cause légitime (6:5/6:4). Daniel n’était pas sans péché, mais il travaillait avec un tel dévouement et une telle fiabilité que les autres responsables des administrateurs (satrapes) ont dû changer leurs plans. Ils se sont rendu compte qu’ils allaient devoir utiliser la dévotion de Daniel à Yahweh contre lui (6:5/6:6). Daniel était entièrement dévoué à ses tâches administratives, mais il avait donné l’impression que sa dévotion religieuse comptait plus que tout.
6:6–9 (6:7-10 S21) Après s’être consultés, tout en conspirant contre Daniel, les responsables et les administrateurs se présentèrent devant Darius avec l’idée d’un décret au sujet de la prière : le roi devait ordonner que la prière soit faite uniquement à sa destination durant les trente prochains jours ; quiconque violerait cet édit serait jeté dans la fosse aux lions (6:7/6:8). Cette proposition allait certainement flatter l’égo du roi et cela ne devait durer qu’un mois. Les responsables et les administrateurs savaient qu’un décret royal médo-perse était irrévocable, aussi, l’accord que donnerait le roi allait sceller le destin de Daniel (6:8/6:9). Le roi embrassa leur recommandation et l’ordre fut confirmé (6:10/6:11).
6:10–11 (6:11-12 S21) L’édit royal ayant été rendu public, Daniel l’apprit. Mais le décret n’altéra pas sa dévotion. La prière était un acte d’adoration et de dépendance, et Daniel savait que prier le roi violerait la loi de Dieu (Exode 20:3). Bien que Daniel ait accepté de servir dans des administrations païennes, il devait obéir d’abord au Seigneur si l’obéissance aux autorités terrestres signifiait transgresser les commandements de Dieu (voir Actes 5:29). Pendant ses temps de prière, Daniel priait donc Dieu, ce sur quoi les conspirateurs comptaient (6:11/6:12).
Daniel priait en ayant les fenêtres de sa chambre ouvertes, tourné en direction de Jérusalem (6:10/6:11). Cette direction honore les paroles de Salomon dans 1 Rois, lorsqu’il dédia à Dieu le temple nouvellement construit à Jérusalem. Si les Israélites devaient être un jour exilés de la terre promise en raison de leur mépris flagrant des commandements de Dieu, ils devaient prier en direction de Jérusalem et implorer le ciel d’entendre, de pardonner et de restaurer (1Rois 8:46-51). Comme la captivité de 70 ans touchait à sa fin, Daniel intercédait en faveur des Israélites, obéissant ainsi aux instructions du roi Salomon. Le roi Darius avait certes promulgué un édit sur la prière, mais les instructions du roi Salomon étaient bien plus importantes, plus respectueuses de Dieu et plus porteuses d’espoir.
6:12–18 (6:13-19 S21) Les ennemis de Daniel, comme on peut s’en douter, allèrent au plus vite auprès du roi Darius avec ces informations. Ils ont d’abord rappelé au roi l’ordre qu’il avait donné en ce qui concernait la prière ainsi que la sanction qui devait frapper les transgresseurs (6:12/6:13). Puis ils annoncèrent que Daniel avait violé l’édit du roi (6:13/6:14). Même si Daniel était un des trois responsables des administrateurs de tout l’empire médo-perse, ses ennemis le nommaient seulement « l’un des exilés de Juda », cherchant ainsi à l’abaisser aux yeux du roi (6:13/6:14). Mais, à cette nouvelle, le roi Darius fut plongé dans la détresse et il voulut délivrer Daniel de la mort dans la fosse aux lions (6:14 /6:15).
Craignant que leur complot ne soit déjoué par le roi lui-même, les ennemis de Daniel rappelèrent au roi que les injonctions médo-perses ne pouvaient être révoquées (6:15/6:16). Le roi renonça donc à ses efforts pour trouver un moyen de délivrer Daniel. Il ordonna que le châtiment prévu par le décret ait lieu et déclara à Daniel : « Que ton Dieu, que tu sers avec persévérance, veuille te délivrer ! » (6:16/6:17).
Après avoir servi les administrations de Babylone pendant des décennies alors qu’il était un des exilés de la Terre promise, Daniel fut jeté dans la fosse aux lions. On roula une pierre sur l’entrée de la fosse pour empêcher toute fuite ou l’arrivée de tout secours et le roi scella la pierre avec son propre sceau et celui de ses seigneurs, empêchant quiconque de perturber la scène (6:17/6:18). De retour dans son palais, le roi fut agité et jeûna (6:18/6:19). Il était préoccupé par ce qui s’était passé et par l’état de Daniel. Il ne voulut aucune distraction et ne dormit pas.
6:19–23 (6:20-24 S21) Le matin arriva, et le roi accourut. Il se précipita vers la fosse aux lions et s’écria : « Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu que tu sers avec persévérance a-t-il pu te délivrer des lions ? » (6:20-21/6:21-22). La réponse lui parvint d’en bas et Darius entendit ces mots : « Roi, puisses-tu vivre toujours ! Mon Dieu a envoyé son ange et fermé la gueule des lions. Ils ne m’ont fait aucun mal » (6:21-22/6:22-23). Comme les trois Hébreux du chapitre 3, Daniel a été épargné par la mort grâce à une délivrance divine.
Ravi d’apprendre que Daniel était vivant, le roi ordonna sa libération. Après tout, le roi avait respecté le principe de la loi médo-perse puisqu’il n’avait pas révoqué la peine consistant à jeter un contrevenant dans la fosse aux lions. Après avoir ordonné que Daniel soit jeté dans la fosse (6:16/6:17), il ordonna qu’on le remonte. La délivrance divine avait été si complète qu’il n’y avait aucune trace de blessure sur le corps de Daniel (6:23/6:24), tout comme les trois Hébreux étaient sortis de la fournaise ardente sans aucun dommage dû au feu ou à la fumée (3:27).
6:24–28 (6 :25-29 S21) Des ordres royaux furent ajoutés. Darius ordonna que les adversaires de Daniel fussent jetés dans la fosse, eux et leur maisonnée (6:24/6:25). Les lions affamés brisèrent les os de ces gens avant même qu’ils aient touché le fond de la fosse (6:24/6:25). Cette issue violente confirme que Daniel a survécu non pas parce que les lions étaient rassasiés ou malades, mais parce que Dieu était intervenu miraculeusement dans une situation mortelle. La mort des ennemis de Daniel illustre l’ironie des renversements de situation que l’on retrouve tout au long de l’Écriture : les ennemis succombent au châtiment même qu’ils avaient prévu pour Daniel (voir Esther 7:10 ; Proverbes 1:17-18).
Le roi Darius publia un décret ordonnant que tout le monde tremble devant le Dieu de Daniel (Da 6:25-26/6:26-27). Daniel servait « le Dieu vivant » qui possède un royaume éternel (6:26/6:27). Comme le prouvait la délivrance de Daniel, ce Dieu sauve et accomplit des prodiges, et il avait sauvé Daniel de la griffe des lions (6:27/6:28).
Quatre royaumes terrestres et un royaume éternel (7:1–28)
7:1 Le septième chapitre du livre contient un changement de genre littéraire, on passe d’une partie essentiellement narrative à une partie consacrée avant tout à des visions et de genre apocalyptique. Les chapitres 7–12 sont plus difficiles à interpréter que les chapitres 1–6, et cette difficulté plus grande est due au fait que le style d’écriture apocalyptique est hautement imaginatif et contient des symboles, des nombres, des figures et des descriptions qui contribuent à la signification du texte.
La vision du chapitre 7 n’est pas la suite chronologique des événements du chapitre 6. Au contraire, elle ramène le lecteur à l’époque de l’empire babylonien. Vers 550 av. J.-C., au cours de la première année du règne de Belshatsar, Daniel a eu un rêve et l’a écrit (7:1). Lorsque Nebucadnetsar a eu des rêves de la part du Seigneur, Daniel a pu les interpréter. Mais dans les chapitres 7 à 12, les visions de Daniel auront besoin d’un interprète en plus de lui-même (7:16).
7:2–8 Des figures de bêtes surgissent d’une mer agitée. Dans les livres des prophètes de l’Ancien Testament, les animaux peuvent être des symboles de nations et c’est le cas dans ce que Daniel a vu. Comme au chapitre 2, la vision de Daniel porte sur quatre royaumes terrestres qui se succèdent et qui sont suivis par l’établissement d’un royaume éternel.
Le premier animal était semblable à un lion qui avait des ailes d’aigle, bien que ses ailes lui aient été arrachées et que cette créature se redresse sur la terre sur deux pieds (7:4). Le texte nous dit : « un cœur d’homme lui a été donné » (7:4) et rappelle ainsi le jugement et la restauration de Nebucadnetsar (4:33–34/4:30-31) ; cela confirme que le premier animal représente le royaume babylonien.
Le second animal était semblable à un ours dressé sur le côté et ayant trois côtes entre les dents (7:5). Les côtes sont les restes d’une proie que l’ours a réussi à vaincre. Et l’ours va poursuivre son comportement de prédateur. Une voix lui dit : « Lève-toi, mange beaucoup de viande ! » (7:5). Puisque la créature de 7:4 était Babylone, l’ours est l’empire médo-perse qui a conquis Babylone en 539 av. J.-C. (voir 5:30-31/5:30-6:1).
Le troisième animal ressemblait à un léopard avec quatre ailes d’oiseau sur le dos (7:6). Plus grotesque encore, la bête avait quatre têtes et recevait la domination (7:6). Si nous poursuivons l’examen de la succession des royaumes terrestres, les Médo-Perses sont tombés aux mains des Grecs en 331 avant J.-C., de sorte que ce léopard aux ailes d’oiseau représente le royaume grec. Si les quatre têtes représentent des dirigeants grecs, il peut s’agir de ceux qui se sont partagé le royaume d’Alexandre après sa mort.
Le quatrième animal nous est décrit comme terrifiant et fort, avec des dents de fer et opérant des actes de destruction (7:7). La référence faite au fer nous rappelle le quatrième royaume figuré dans la statue du songe de Nebucadnetsar (2:33, 40–41). Ce quatrième animal avait dix cornes, mais leur sens symbolique est incertain. Au milieu de ces cornes grandit une petite corne qui avait des yeux comme un homme et une bouche qui parlait avec arrogance (7:8). L’interprétation confirmera que le discours de la petite corne est déshonorant pour le Seigneur et probablement blasphématoire (7:25). Puisque les Romains ont vaincu les Grecs, cette quatrième bête de la vision de Daniel représenterait l’Empire romain, et la petite corne l’un de ses dirigeants.
7:9–12 La scène se déplace alors de la mer vers le ciel. Un tribunal se réunit et un jugement est rendu. L’Ancien des jours prend place sur l’un des trônes (7:9). Ses vêtements sont blancs, rappelant au lecteur sa pureté et sa sainteté. Ses cheveux sont comme de la laine, ce qui indique qu’il est l’Ancien, plein de sagesse. Les flammes ardentes de son trône symbolisent probablement la présence divine, puisque le feu qui conduisait les Israélites et le feu qui est descendu sur le mont Sinaï représentaient Dieu lui-même.
Devant les anges qui se tiennent devant lui et qui le servent, Dieu prononce un jugement fondé sur l’information contenue dans « les livres » (7:10). Ces livres sont l’enregistrement des œuvres et les œuvres de la petite corne conduisirent à sa destruction (7:11). Puisque la vision fait état de l’action divine contre le quatrième animal et sa petite corne, le lecteur peut s’interroger sur les animaux précédents. Leur domination leur a été retirée, mais les habitants des royaumes terrestres ont été absorbés par la nation qui les a conquis à l’époque, de sorte que « leur vie s’est prolongée pour un certain temps » (7:12).
7:13–14 Tout comme les royaumes terrestres dans la vision du chapitre 2 furent suivis par l’établissement d’un royaume éternel, Daniel voit ici quelqu’un « qui ressemblait à un fils de l’homme » s’approcher de l’Ancien des jours et recevoir l’autorité et la domination sur toutes choses (7:13–14). « On [l’] a fait approcher » : ce personnage, a peut-être accompli quelque chose de particulier. La victoire sur la quatrième bête et sa petite corne (en 7:11-12) semble être à l’origine de la présentation de celui qui est semblable à un fils d’homme (7:13). Si la quatrième bête a été jugée, le personnage semblable à un fils d’homme a reçu la victoire et a été justifié. Le royaume de ce personnage est éternel, et tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servent (7:14).
Au cours du ministère terrestre de Jésus, sa désignation la plus courante était « Fils de l’homme », et ce titre s’inspirait de Daniel 7:13-14. Jésus croyait qu’il était celui qui établirait un royaume éternel et recevrait toute autorité sur toutes les nations (Matthieu 4:17 ; Matthieu 28:18). Lors de son ascension, il s’est approché de l’Ancien des jours et s’est assis (Da 7:13 ; Hébreux 1:3). Jésus avait scellé la nouvelle alliance promise (Jérémie 31:31-34 ; Luc 22:20). Les Romains l’ont crucifié, mais il est ressuscité en vainqueur le troisième jour (Jean 20:1-20). Dans sa vision apocalyptique, Jean a vu l’agneau vainqueur se rendre auprès de celui qui était assis sur le trône et prendre le rouleau (Apocalypse 6 :6-7).
Bien que la vision de Daniel ait été future pour son époque, l’inauguration du règne de Christ est dans le passé pour nous. C’est lui qui règne avec toute autorité (1Corinthiens 15:25). Il est le Fils de l’homme justifié dont la domination ne s’arrêtera jamais. Comme la pierre qui devint une montagne pour remplir la terre (Da 2:35), le royaume de Christ ne peut être détruit et il accomplira la mission confiée jadis au premier Adam (Genèse 1:26-28). Jésus est le dernier Adam qui soumet ses ennemis.
Lorsque Jésus a parlé à ses disciples de ce que ferait le Fils de l’homme, il a enseigné qu’ « il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les chefs des prêtres et par les spécialistes de la loi, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après » (Marc 8:31). Bien que la vision de Daniel voie la présentation du Fils de l’homme et l’attribution subséquente de toute autorité à celui-ci, Jésus enseigne comment cette réalité allait s’accomplir : elle allait s’accomplir par la souffrance et la mort du Fils de l’homme. Jésus vainc en mourant. Et dans sa résurrection et son ascension, il règne en tant que roi d’un royaume sans fin.
7:15–28 Daniel était perturbé par des éléments de cette vision, particulièrement à cause du quatrième animal terrifiant et de sa redoutable petite corne (7:15, 19–20). Un ange lui expliqua que les quatre animaux étaient des dirigeants terrestres et que Dieu a prononcé un jugement en faveur des saints (7:18, 22). La victoire du Fils de l’homme signifie la victoire de son peuple. Cette victoire est souhaitable car la petite corne a fait la guerre aux saints et les a vaincus (7:21). Mais leur mort n’est pas une défaite définitive, car la victoire du Fils de l’homme assure la justification et le règne de son peuple (7:22).
Le terrible quatrième royaume possédera un vaste empire et détruira les peuples qui s’opposeront à lui (7:23). Le souverain qui s’oppose à Dieu- la petite corne- s’opposera aux saints et troublera leur adoration de Dieu pendant un certain temps (7:25). Malgré la persécution du peuple de Dieu par la petite corne, le jugement divin aura raison de ces tentatives terrestres (7:26). Ceux qui auront été persécutés et opprimés recevront le royaume éternel du Fils de l’homme (7:27). Bien que la vision de Daniel affirme la victoire et le règne finaux du peuple de Dieu, Daniel est resté alarmé par l’hostilité de la quatrième bête et de la petite corne malveillante à l’égard des saints (7:28 ; voir 7:19-22).
À l’époque de l’Empire romain, le Seigneur Jésus est né, a vécu, est mort, est ressuscité et est monté au ciel, inaugurant le royaume éternel du Fils de l’homme. La « petite corne » antagoniste pourrait représenter un persécuteur de l’Église du premier siècle, comme l’empereur romain Néron. Certains interprètes ont suggéré que la petite corne est un Antichrist futur qui persécutera l’Église. Même si les interprètes ne parviennent pas à un consensus ou à une certitude sur l’identité de la petite corne, la victoire du Fils de l’homme est claire, le royaume éternel a été inauguré et les saints hériteront de tout ce que le Christ a accompli en leur faveur.
Les actions futures des empires perse et grec (8:1–27)
8:1–7 Durant la troisième année du règne du roi Belshatsar, approximativement en 548 av. J.-C., Daniel eut une autre vision. Dans celle-ci, il était à Suse, qui était une ville fortifiée et il se trouvait plus précisément sur le canal de l’Oulaï (8:1–2).
Sur le bord du canal se trouvait un bélier qui avait deux cornes (l’une étant plus haute que l’autre) et ce bélier attaquait avec ses cornes dans diverses directions, sans opposition (8:3–4). Personne ne pouvait entraver les attaques du bélier. Mais alors survint un bouc qui avait « une corne impressionnante entre les yeux » et qui venait de l’ouest survolant la terre sans toucher le sol (8:5). Une collision entre les deux animaux était inévitable. Le bouc courut sur le bélier et le piétina, lui brisant les cornes (8:6–7). Personne ne pouvait vaincre le bouc et personne ne pouvait sauver le bélier de la puissance du bouc (8:7).
8:8–14 La grandeur du bouc s’accrut. La corne se brisa et fut remplacée par quatre cornes (8:8). De l’une de ces cornes une petite corne émergea et grandit de manière démesurée, même jusqu’au « plus beau des pays » (8:9). Dans le livre, « le plus beau des pays » désigne le pays d’Israël. La petite corne grandit aussi vers l’armée des cieux et piétina certaines étoiles (8:10). La scène de violence n’était pas terminée.
La petite corne s’éleva contre le Prince de l’armée, faisant disparaître le sacrifice perpétuel et renversant le sanctuaire (8:11). L’image d’une « petite corne » au chapitre 7 prépare l’interprète à découvrir un personnage malveillant qui s’oppose à Dieu et au peuple de Dieu. En 8.9-12, les Israélites et leur culte sont la cible de la petite corne. La référence au « sacrifice perpétuel » (8:11) concerne le culte dans le sanctuaire de Dieu (Lévitique 1), que la méchante petite corne contrecarre apparemment.
La scène de persécution et d’opposition a poussé un saint à demander à un autre saint combien de temps durerait cette atrocité. Et l’autre saint de répondre : « Encore 2300 soirs et matins, puis le sanctuaire sera purifié » (8:14). Apparemment, Daniel avait été témoin d’un jugement temporaire dont les Israélites feraient l’expérience sous un empire futur. Le saint déclara que l’atrocité durerait 2300 soirs et matins. Certains interprètes peuvent voir « soir » et « matin » et supposer qu’il s’agit de jours. Mais les soirs et les matins pourraient faire référence aux périodes de sacrifice. Après tout, la vision mentionne déjà le sacrifice perpétuel (en 8:12 et 8:13). Dans un contexte où les sacrifices ont été évoqués, les 2300 peuvent faire référence à 2300 offrandes du soir et du matin. Si le nombre comptait chaque offrande, le nombre de jours serait plutôt de 1150, soit la moitié de 2300.
8:15–19 Daniel ne comprit pas ce qu’il avait vu dans cette vision (8:15). Une voix dit à Gabriel d’aider Daniel à comprendre, aussi l’ange s’approcha de lui (8:16–17). Probablement bouleversé par la vision d’un être angélique, mais également horrifié par la violence annoncée à l’encontre des Israélites, Daniel était effrayé (8:17). Mais Gabriel l’assura que la vision « concerne le moment de la fin », au-delà des jours de Daniel. Le « moment de la fin » ne signifie pas nécessairement la fin de toutes choses ; il s’agit probablement d’une expression signifiant un « avenir lointain », comme l’expression « les derniers jours » (2:28). La « fin » peut être la fin d’un empire spécifique ou se référer au « terme de la colère » mentionné en 8:19.
8:20–25 Daniel, qui luttait encore physiquement et émotionnellement avec cette vision, a été aidé par le toucher de l’ange (8:18). L’interprétation arriva ensuite. Le bélier à deux cornes représentait les rois médo-perses (8:20), et le bouc à la corne unique était le roi de Grèce (8:21). Puisque le bouc a piétiné le bélier, l’interprète s’attend à ce que les Grecs l’emportent sur les Médo-Perses. Ainsi, en 331 av. J.-C., Alexandre le Grand a vaincu les Médo-Perses. Alexandre était la corne unique sur la tête du bouc. Mais Alexandre est mort et la corne a été brisée. A sa place, quatre autres cornes sont apparues, et ces cornes peuvent représenter les quatre généraux qui se sont emparés de différentes parties du royaume d’Alexandre (8:22).
Un de ces généraux, nommé Séleucos, était le premier de la lignée des rois séleucides. Bien des années passèrent avant qu’un des rois séleucides nommé Antiochos IV arrive au pouvoir en 175 av. J.-C. C’est lui la petite corne (8:9, 23). Il a été audacieux, agressif et blasphémateur. Vers 167 av. J.-C., Antiochos IV souilla le temple de Jérusalem en offrant un sacrifice païen. Il bouleversa le système des offrandes et interdit aux Juifs de circoncire leurs enfants mâles et de pratiquer les lois de la Torah en général. Il l’emporta sur le peuple et séduisit les Juifs pour qu’ils fassent des compromis. S’ils étaient fidèles à Antiochos, ils vivraient. S’ils étaient fidèles à Yahweh par-dessus tout, ils mourraient (8:24-25).
Mais un groupe d’hommes, connus sous le nom de Maccabées a vaincu les forces d’Antiochos et a purifié le temple, le consacrant à nouveau à un culte approprié en 164 av. J.-C. Cette période d’environ trois ans correspond à la réponse de l’ange : « 2300 soirs et matins » avant que le sanctuaire ne soit restauré dans son état légitime (8:14). Bien qu’Antiochos ait été un dirigeant diabolique, c’était un roi terrestre que le Seigneur a renversé : « il sera brisé sans aucune intervention extérieure » (8:25).
8:26–27 L’ange dit à Daniel de sceller la vision, ce qui veut dire de l’enregistrer et de la préserver pour l’avenir : la vision « concerne une époque éloignée » (8:26). Daniel a été prophète durant le 6è siècle avant Jésus-Christ et la montée au pouvoir d’Antiochos IV ne se produirait pas avant des siècles plus tard, au cours du 2nd siècle avant Jésus-Christ. Daniel n’allait pas devoir être confronté aux horreurs qu’Antiochos allait infliger aux Israélites, il a tout de même été bouleversé par ce qu’il avait vu dans la vision. Selon le témoignage de Daniel lui-même, il a été malade pendant plusieurs jours avant de retourner aux affaires de l’administration babylonienne (8:27).
La promesse de Dieu d’un Jubilé ultime et du pardon (9:1–27)
9:1–2 La vie de prière de Daniel se poursuivit après la chute des Babyloniens devant les Médo-Perses. La première année de Darius le Mède (539 av. J.-C.), Daniel était en train de lire les prophéties de Jérémie. Le prophète Jérémie avait communiqué avec les exilés à Babylone (voir Jé 29:1–23) et Daniel apprit que la captivité, jugement sur le peuple, devait durer soixante-dix ans (voir Jé 25:11–12 ; 29:10). Nebucadnetsar avait commencé à assiéger Jérusalem vers 605 av. J.-C., Daniel et d’autres ont été en captivité pendant près de soixante-dix ans. L’heure de la libération approchait. Daniel réfléchit aux paroles de Jérémie, et celles-ci le poussèrent à prier.
9:3–14 Intercédant pour les Israélites, Daniel invoqua le Seigneur et se mit à confesser leur infidélité. Dieu avait été ferme et il était resté fidèle à l’alliance, mais les enfants d’Israël avaient fait le mal et s’étaient détournés des commandements divins (Da 9:4–5). Bien que Dieu ait envoyé des prophètes pour avertir le peuple et les dirigeants, ses paroles n’avaient reçu aucune attention (9:6). Le jugement par l’exil était donc venu.
Dieu était juste dans ses relations avec Israël. L’exil a montré la justice de Dieu et a rendu publique la honte du peuple (9:7-8). L’exil n’était même pas la pleine conséquence de ce que leurs transgressions méritaient. Dieu avait épargné un reste et il avait promis un retour au pays. Le peuple avait été perfide, mais lui, Dieu, ferait preuve de miséricorde et de pardon (9:8-9). Les prophètes avaient prononcé les paroles de Dieu lui-même, mais les Israélites avaient rejeté les prophètes et donc la voix de Dieu (9:10-11). La malédiction de l’exil est une démonstration de la fidélité de Dieu à son alliance, car il a accompli les avertissements qu’il avait donnés (voir Lévitique 26:14-45). La calamité de la destruction et de la déportation d’Israël est une manifestation terrifiante de la colère divine (Da 9:12-14).
9:15–19 Après avoir reconnu, dans une confession corporative, que les Israélites avaient violé les lois de Dieu et ignoré les prophètes, Daniel supplia le Seigneur d’user de miséricorde. Il voulait que Dieu agisse en faveur des enfants d’Israël, tout comme il les avait sortis d’Égypte par sa main puissante (9:15). Les Israélites avaient besoin d’un nouvel exode, d’une nouvelle délivrance.
La cité de Jérusalem était une montagne sainte que Dieu avait frappée par l’armée babylonienne, et maintenant, Daniel priait Dieu de se détourner de sa colère (9:16). Retirer le jugement équivaudrait à un retour et à une restauration. Le prophète souhaitait ardemment que la face de Dieu brille à nouveau sur le temple, ce qui devait signifier une reconstruction et une nouvelle consécration du sanctuaire en ruines (9:17). Daniel pria pour que Dieu agisse « pour l’amour du Seigneur » (9:17), ce qui signifie que Dieu manifeste sa gloire par l’octroi de sa miséricorde et de sa faveur. Alors que la défaite des Israélites devait susciter le mépris et la dérision de leurs ennemis, la justification d’Israël renforcerait la puissance du Dieu d’Israël.
Daniel priait et plaidait, mais il fallait que Dieu voie et entende (9:18). Si Dieu refusait la prière du prophète, les exilés resteraient dispersés et vaincus. Les Israélites n’avaient pas de justice à faire valoir pour faire mouvoir la miséricorde de Dieu. Ils avaient besoin que leur désolation soit surmontée par une délivrance divine qui exalterait la puissance et la gloire de Dieu (9:18-19). Daniel souligna que Jérusalem est « ta ville » et que les Israélites sont « ton peuple », appelé de « ton nom » (9:19). Après avoir envoyé les Israélites en exil par sa main, allait-il maintenant, par cette même main, les ramener dans leur terre promise ?
9:20–23 Daniel n’avait pas encore terminé sa prière, mais Dieu avait déjà envoyé une réponse. Un messager angélique nommé Gabriel survint tandis que Daniel était en train d’intercéder pour les Israélites (9:20–21). Le moment était celui « de l’offrande du soir » (9:21), pratique qui renvoyait aux jours du tabernacle et du temple. Daniel n’offrait pas de sacrifices au temple pendant son exil, mais sa discipline de prière conservait les rythmes du système sacrificiel. Il priait pour obtenir la faveur, la justification et le pardon, et il le faisait au moment où un prêtre, avant l’exil, offrait un sacrifice à l’Éternel.
Gabriel est venu en réponse à la prière de Daniel afin que le prophète puisse mieux comprendre ce que recouvrait sa demande de libération et de pardon (9:22). Dieu aime Daniel, lui dit-il, et a envoyé l’ange pour lui annoncer « une parole » qui allait être dévoilée dans les versets suivants (9:23). Cette « parole » constitue la troisième de la série de visions de la seconde moitié du livre (voir Daniel 7, 8, 9 et 10-12). La troisième vision de Daniel est uniquement auditive (9:24-27). La révélation de Gabriel comprend certains des versets les plus difficiles, non seulement du livre, mais aussi de toute la Bible.
9:24 Daniel a lu ce qui concerne les soixante-dix ans de captivité (9:2), et Gabriel lui parle de soixante-dix septennats, un jeu de mot très clair sur les années de l’exil. Alors que Daniel a prié pour que l’exil se termine avec la faveur de Dieu et la liberté, Gabriel lui parle d’un temps futur où il y aura une bénédiction extraordinaire. Les soixante-dix septennats doivent conduire à l’arrêt de la transgression, à la fin du péché, à l’expiation de l’iniquité, à l’introduction de la justice éternelle, à la confirmation à la fois de la vision et du prophète, et à l’onction de quelque chose (ou de quelqu’un) d’important (9:24).
Le langage lié aux multiples de sept est enraciné dans le livre du Lévitique. Les Israélites comptaient sept ans pour savoir quand donner à leur terre un repos sabbatique (Lé 25:1-7). Ils devaient également compter sept septennats d’années- sept fois sept- afin de savoir quand arriverait l’année du Jubilé (Lévitique 25: 8-22). L’année du Jubilé était une période de libération et de liberté, de célébration et de restauration. L’année du Jubilé était l’année de la faveur du Seigneur, et elle est devenue une espérance eschatologique que le libérateur désigné par l’Esprit de Dieu devait apporter (Ésaïe 61:1-3).
L’année du Jubilé (Lévitique 25:8-22) est à l’origine des « soixante-dix septennats » de la vision de Daniel (Da 9:24). Les Israélites allaient revenir dans leur pays du temps de Daniel, et la liberté et la restauration étaient donc à l’horizon proche. Mais la liberté et la restauration étaient aussi à l’horizon lointain. Dieu allait accomplir quelque chose de plus que ce pour quoi Daniel priait. Un jour viendrait où Dieu s’occuperait des transgressions de son peuple et accomplirait l’expiation. Si sept septennats conduisent à l’année du Jubilé (Lévitique 25:8-22), soixante-dix septennats (Deutéronome 9:24) conduisent à un Jubilé décuplé, un temps de miséricorde et de pardon glorieux et sans précédent. Les choses promises par Gabriel (9:24) sont les réalités de la Nouvelle Alliance que les autres prophètes ont annoncées (voir Jérémie 31 ; Ézéchiel 34).
C’est sous la domination des Médo-Perses que les Israélites allaient retourner dans leur pays. Mais le peuple avait besoin de plus que de l’abolition de sa captivité physique. Il avait besoin que ses péchés soient expiés. Il avait besoin de justice. Il avait besoin d’un oint, d’un roi qui pourrait accomplir une œuvre de sacrifice surpassant toutes les autres et qui puisse dire « Tout est accompli » (Da 9:24 ; Jean 19:30). Il avait besoin de Jésus et de son œuvre de Nouvelle Alliance (Luc 22:19–20). Jésus allait être un libérateur plus grand que Darius le Mède et il allait réaliser une restauration après une captivité plus profonde que l’exil physique. Jésus allait délivrer les pécheurs de l’exil spirituel, de la captivité du péché et de la mort. Jésus est venu pour accomplir le Jubilé annoncé par les soixante-dix septennats.
9:25 Après avoir annoncé ce que Dieu accomplirait lors du plus grand Jubilé (Da 9:24), Gabriel ajouta des détails sur la période qui s’étend du jour de Daniel au jour où l’expiation sera achevée. Depuis le moment où un décret a été prononcé au sujet de la restauration jusqu’à la venue d’un Oint, il y aura soixante-dix septennats que Gabriel divise en trois parties (9:25-27). Avant d’examiner ces trois parties, notons que Gabriel appelle l’Oint « un prince », et cette équivalence sera importante pour la suite de la révélation. Notez également que le terme « Oint » signifie « Messie », et que ce personnage est le Fils promis à David qui doit régner sur le trône pour toujours (2 Samuel 7:12-13). Les promesses de Daniel 9:24 allaient être accomplies par l’Oint de Daniel 9:25.
Dans la première partie des soixante-dix septennats, Gabriel parla de sept semaines (ou sept septennats). Cette première partie fait écho à la division qu’on trouve en Lévitique 25:8. Le décompte de ces « sept» commence avec l’envoi de « la parole (qui) a annoncé que Jérusalem serait restaurée et reconstruite » (Da 9 :25a). Cette « parole » est venue de Cyrus le Perse (également connu sous le nom de Darius le Mède) vers 538 av. J.-C. (voir 2 Chroniques 36:22-23 ; Esdras 1:1-4). Le décompte de la première série de sept est probablement symbolique de l’époque qui englobe le retour des exilés israélites et la reconstruction du sanctuaire et de la ville de Jérusalem.
Dans la deuxième partie des soixante-dix septennats, Gabriel a parlé de soixante-deux semaines (ou soixante-deux septennats) qui sont associées à la fortification de la ville avec des places et un fossé dans des temps troublés (Da 9:25b). Le décompte de cette série de septennats est probablement symbolique de la période allant de l’époque de Néhémie jusqu’à la venue de Christ. Sous la direction de Néhémie, les Israélites ont reconstruit la muraille autour de Jérusalem, et ils l’ont fait au milieu de l’opposition et des troubles (voir Né 4-6), achevant la muraille vers 444 av. J.-C. Mais les années qui suivirent allaient apporter leur lot de problèmes aux Israélites, en particulier sous l’empire grec.
9:26 Si sept septennats se sont écoulés depuis le retour des Israélites jusqu’à l’époque de Néhémie, et si soixante-deux septennats se sont écoulés de l’époque de Néhémie jusqu’à celle de l’Oint, alors le dernier septennat- pour faire le compte des soixante-dix septennats- est l’époque de l’œuvre de l’Oint. Comment ce personnage allait-il accomplir l’expiation et la justice dont Gabriel a dit qu’elles allaient venir (Da 9:24) ? Le Messie « sera exclu et il n’y aura personne pour lui venir en aide » (9:26a). Être « exclu » fait partie du langage du rejet et de la malédiction. Paul enseigne que le Christ a porté la malédiction de la loi à notre place (Galates 3:10-14).
Gabriel a prédit la dévastation future de la ville de Jérusalem et de son temple : « Le peuple d’un prince qui viendra détruira la ville et le sanctuaire » (Da 9:26). Puisque le « prince » est « l’Oint » (9:25a), le peuple du prince pourrait être le peuple juif. Les guerres des Juifs avec Rome (66-70 ap. J.-C.) ont entraîné la dévastation de la ville et la destruction du temple. Gabriel promit : « puis sa fin arrivera comme par une inondation. Il est décidé que les dévastations dureront jusqu’au terme de la guerre » (9:26b). Dieu avait promis une destruction future du temple, et elle eut lieu en 70 après J.-C. par les Romains. Le temple fut de nouveau confronté à la désolation. La guerre la précédera, et le jugement est décrété.
Ce verset, dans la révélation donnée par Gabriel porte sur l’œuvre expiatoire du Messie et sur le jugement qui doit tomber sur Jérusalem et son temple. Jésus lui-même a parlé de son expiation qui allait venir aussi bien que d’un jugement futur sur le temple. Jésus allait donner sa vie en rançon pour beaucoup (Marc 10:45) et les pierres du temple allaient être renversées par une armée (Marc 13:2 ; Luc 21:20–24). L’œuvre achevée de Christ coïncidera avec la déchirure du voile du temple (Marc 15:38), une déchirure qui montrait que le but pour lequel le temple existait était achevé.
9:27 Dans le dernier verset du chapitre 9, Gabriel revient sur les sujets du verset précédent (Da 9:26). On est en présence d’un schéma A-B-A’-B’ en 9:26-27. En 9:26, Gabriel a parlé de l’œuvre du Messie et du jugement du temple, puis en 9:27, il a parlé à nouveau de l’œuvre du Messie et du jugement du temple. L’utilisation d’un schéma A-B-A’-B’ est un procédé rhétorique typique chez les prophètes et le fait de noter l’utilisation de ce procédé ici aidera les lecteurs à comprendre les références qu’on trouve en 9:27.
Gabriel a parlé d’un Oint qui « imposera une alliance d’une semaine à beaucoup, et au milieu de la semaine il fera cesser le sacrifice et l’offrande » (9:27a). Cette forte alliance est la Nouvelle Alliance. Les « beaucoup » font référence aux pécheurs pour lesquels Jésus meurt (voir Ésaïe 53:12 ; Marc 10:45). Cette « semaine » fait référence au soixante dixième septennat qui amène le jubilé suprême (Daniel 9:24). Il « fera cesser le sacrifice et l’offrande » (9:27a), ce vers quoi Gabriel a promis que les soixante-dix-septennats conduiraient (9:24). Au dernier moment, avant sa mort sur la croix, Jésus a dit : « Tout est accompli » (Jean 19:30).
Après une promesse concernant l’œuvre du Messie à venir, Gabriel parla à nouveau de la destruction du temple : « Le dévastateur commettra les pires monstruosités jusqu’à ce que l’anéantissement et ce qui a été décidé se déversent sur lui » (Da 9:27b). Le lieu des abominations serait le temple de Jérusalem, détruit par les Romains en l’an 70 après J.-C. Le « dévastateur » pourrait être Titus, le général romain qui a dirigé la destruction. Mais Dieu avait décrété un jugement pour le dévastateur également, s’assurant ainsi que les méchants soient amenés à rendre compte de leurs actes.
Daniel avait prié pour le pardon et la restauration, et la bonne nouvelle annoncée par Gabriel était qu’un grand jubilé allait venir pour les pécheurs, lorsque l’Oint promis scellerait une alliance et donnerait sa vie en rançon pour beaucoup, expiant l’iniquité et menant l’objectif du temple physique à son terme.
La révélation de Gabriel entendue par Daniel (9:24-27) fait partie des versets les plus contestés de la Bible. Pourtant, le contexte biblique (Lévitique 25:1-22) et l’œuvre expiatoire de Jésus, ainsi que sa promesse de destruction du temple, constituent le contexte le plus probable pour comprendre l’accomplissement des paroles de Gabriel. Daniel avait prié pour le pardon et la restauration (Da 9:1-19), et la bonne nouvelle annoncée par Gabriel était qu’un grand jubilé allait venir pour les pécheurs, lorsque l’Oint promis scellerait une alliance et donnerait sa vie en rançon pour beaucoup, expiant l’iniquité et menant l’objectif du temple physique à son terme.
Les actions futures des empires perse et grec (10:1—12:13)
10:1–4 La vision finale décrite dans le livre commence en 10:1 et se développe dans tout le reste du livre. La coupure au chapitre 11 mentionne l’année d’un roi, mais cette coupure est malheureuse car la mention de l’année et du roi fait partie de la vision déjà en cours. La dernière vision de Daniel a eu lieu la « troisième année de Cyrus, roi de Perse », soit environ en 536 av. J.-C. Le prophète avait alors dans les 80 ans. La « parole » qui a été révélée est digne de confiance et concerne un « grand combat ». Les détails de cette « parole » commencent à se déployer en Da 11:2.
Quand la vision a été communiquée à Daniel, il venait de mener deuil pendant trois semaines, s’abstenant de viande et de vin ainsi que des actes de toilette habituels (10:2–3). Le fait de jeûner pouvait accompagner la tristesse et le deuil, ce qui était le cas pour le prophète. Bien qu’il ne nous explique pas les raisons qu’il avait de mener deuil et de jeûner, l’époque de cette vision est significative. Une vision lui fut accordée « le vingt-quatrième jour du premier mois » qui était le mois de Nisan. Les jours du deuil et du jeûne se sont poursuivis durant la fête de la Pâque et celle des pains sans levain qui la suit immédiatement. Daniel est bouleversé.
Parallèlement à l’époque où Daniel se trouvait au bord du Tigre (environ en 536 av. J.-C.), la Terre promise connaissait une apathie spirituelle. Des milliers d’Israélites étaient revenus sous la direction d’un homme nommé Zorobabel, et ils avaient commencé à réparer les fondations du temple et l’autel des sacrifices. Mais la reconstruction avait été interrompue. Il y avait une opposition à la reconstruction qui sapait le moral des troupes (Esdras 3-4). Des milliers d’exilés étaient rentrés dans le pays, mais Daniel a peut-être été informé que tout n’allait pas bien à Jérusalem.
10:5–9 Daniel vit un personnage exalté et glorieux. Un homme lui apparut, vêtu de lin, comme un prêtre, avec une ceinture d’or autour de la taille (Da 10:5). Le corps de l’homme était comme de la chrysolite, son visage brillait comme un éclair, ses yeux comme des flambeaux, ses bras et ses jambes comme de l’airain, et le son de ses paroles était comme le bruit d’une multitude (10:6). Jusqu’à présent, dans le livre, aucun ange n’a fait l’objet d’une description aussi détaillée. Daniel ne rencontrait pas un ange créé. Il était en présence de l’Ange de Yahweh, le messager divin.
Les détails donnés sur l’apparence de l’Ange sont destinés à enflammer l’imagination et à la remplir à la fois d’admiration et d’effroi. Et Daniel eut peur. Les hommes qui se trouvaient avec Daniel n’ont pas pu voir la vision, mais ils ont tout de même fui pour se cacher (10:7). Seul Daniel a vu cette vision écrasante, et sa force l’a quitté et ses traits se sont décomposés (10:8). Cet ensemble de descriptions est la source des paroles de Jean au sujet de Jésus dans Apocalypse 1. Jean y a vu le Fils de Dieu exalté qui avait des yeux comme le feu, des pieds comme l’airain et une voix rugissante (Apocalypse 1:14-15). Le visage du Christ était resplendissant, et lorsque Jean l’a vu pour la première fois, il est tombé à ses pieds comme mort (Apocalypse 1:16-17).
Le fait que Jean fasse usage de l’imagerie tirée de Daniel 10 pour décrire Jésus dans sa vision peut confirmer que le personnage de l’Ancien Testament était divin et non un ange créé. En effet, Jean a vu que le Fils de l’homme, dans la vision qu’il recevait, portait une longue robe avec une ceinture d’or autour de la poitrine (Apocalypse 1:13), et ce détail fait allusion à ce qu’a vu le prophète Daniel, un homme vêtu de lin avec une ceinture d’or fin autour de la taille (Da 10:5). En lisant ces chapitres de l’Ancien et du Nouveau Testament ensemble, les lecteurs peuvent conclure que non seulement le prophète Daniel a vu une figure divine, mais que cette figure divine était le Fils de Dieu avant son incarnation.
10:10–14 Ce personnage céleste a fortifié Daniel, le relevant de sa position de prostration (10:9–10). L’apparition venait en réponse à la prière du prophète. En fait, dès le premier jour où Daniel avait commencé à rechercher la compréhension des choses (probablement trois semaines plus tôt ; voir 10:2), Dieu a écouté ses paroles. Une partie de ce que Daniel devait comprendre, c’était le combat spirituel qui se déroulait alors. Une puissance angélique-démoniaque, que le personnage appelle le « chef du royaume de Perse », s’était opposée au personnage que voyait le prophète pendant vingt et un jours, ce qui correspondait à la période de deuil et de jeûne de Daniel. Une guerre spirituelle s’était engagée dans le monde spirituel et Daniel l’apprenait par le personnage divin qui apparaissait dans cette vision.
L’ange Michel arriva pour s’opposer aux puissances spirituelles sataniques (10:13), ainsi le personnage que Daniel voyait dans cette vision venait pour lui donner l’intelligence de « ce qui doit arriver à ton peuple dans l’avenir » (10:14). Le contexte de tension spirituelle et de guerre suggère, pour les Israélites, des troubles dans le présent et dans le futur. L’« avenir » renvoie à une époque distante des jours de Daniel.
10:15–11:1 Daniel pressentait qu’il allait y avoir la révélation de troubles et se tourna vers la terre sans parler (Da 10:15). Le personnage céleste toucha les lèvres de Daniel. Ce dernier mentionna les douleurs et le manque de force ressentis suite à la vision (10:16-17). Par un autre toucher, le personnage le fortifia et affirma qu’il était aimé (10:18-19). Daniel n’avait pas à craindre ; il pouvait être fort. Il s’était préparé à recevoir les détails de la vision (10:19).
Le messager divin allait revenir pour s’opposer aux puissances sataniques de la Perse, mais l’empire de la Grèce finirait par arriver (10:20). L’empire grec est le centre de la révélation du messager. Il donnera à Daniel une certaine compréhension de « ce qui est écrit dans le livre de vérité » (10:21), ce qui fait référence aux conseils secrets de Dieu. Le messager avait des révélations sur la guerre céleste et terrestre à venir et celle qui était déjà en cours. L’ange Michel était le « prince » ou « chef » angélique des Israélites (10:21) et, pendant la première année de Darius (environ 539-538 av. J.-C.), le personnage céleste avait confirmé et fortifié Michel pour le travail spirituel (11:1).
Le moment où a lieu cette « remise en forme » est important parce que la victoire de Darius sur l’empire babylonien (en 539 av. J.-C.) allait conduire à la libération des Israélites de leur exil. Ainsi, quand le messager divin a fortifié Michel (le leader angélique affecté à Israël), cette action était une préparation pour le combat qui devait s’en suivre sur un plan terrestre. Quand les Israélites faisaient face à des tensions, à de l’opposition et à une hostilité ouverte, ces problèmes correspondaient à l’affrontement entre les forces spirituelles et les autorités dans les lieux célestes (Éphésiens 6:12).
11:2–20 Alors que le dixième chapitre s’est concentré sur la figure céleste qui est apparue à Daniel, c’est maintenant que débute la présentation du contenu de la révélation elle-même. Daniel apprend que d’autres rois perses viendront, dont l’un provoquera le royaume de Grèce (11:2). Un puissant roi- Alexandre le Grand- se lèvera et vaincra les Médo-Perses en 331 av. J.-C. (11:3). Mais plusieurs années plus tard, ce puissant roi grec mourra et son empire se divisera aux quatre coins du ciel (11:4).
Le royaume d’Alexandre allait être divisé entre ses rois (généraux). Ces rois devenaient les nouveaux chefs de lignées de rois distinctes. Le roi du nord s’appellerait Séleucos et la lignée des rois issus de lui s’appellerait les rois séleucides. Le roi du sud s’appellerait Ptolémée et la lignée des rois issus de lui s’appellerait les rois ptolémaïques (ou « lagides »). Les directions « nord » et « sud » se définissent par rapport à la Terre promise. Les rois séleucides allaient régner au nord de cette dernière et les rois ptolémaïques au sud. L’emplacement de la Terre promise impliquait que chaque fois que les rois du nord et du sud s’affronteraient, il pourrait y avoir des implications pour la Terre située entre les deux.
À partir de 11:3 (qui correspond à la montée d’Alexandre le Grand) jusqu’à 11:20, le messager céleste prophétise sur une période de l’histoire grecque qui couvre approximativement 150 ans (de 331 à 175 av. J.-C.). Les rois du nord et du sud vont s’affronter. Les souverains séleucides et ptolémaïques comploteront et feront la guerre, se tromperont les uns les autres et se livreront au pillage. Les prophéties du personnage ne nomment pas les souverains en question ; ils sont simplement appelés « roi du sud » ou « roi du nord ». Mais si le messager passe rapidement sur 150 ans de guerre entre les rois grecs, c’est pour ralentir le rythme avec l’avènement d’un roi grec méprisable qui allait infliger de terribles atrocités aux Israélites.
11:21–35 La principale révélation de la dernière vision de Daniel concerne une période de persécution future contre les Israélites, qui allait être provoquée par un roi séleucide particulier. Dans l’histoire, nous savons que cet homme est Antiochos IV Épiphane. Antiochos IV devint roi en 175 av. J.-C. et fut un souverain redoutable (11:21-24). Sa domination s’est accrue et il s’est montré féroce dans sa vengeance. Il s’est attaqué au roi ptolémaïque dans le sud, mais n’est pas sorti victorieux (11:25-27). De retour sur son territoire, Antiochos a tué de nombreux Israélites (11:28). Il envisagea de s’attaquer à nouveau au pays des Ptolémées, mais cette fois-là, des navires de Kittim aidèrent le roi du sud et Antiochos IV se retira, furieux (11:30). Il s’attaqua alors au peuple d’Israël à Jérusalem.
En 167 av. J.-C., Antiochos IV profana le temple de Jérusalem en offrant un sacrifice païen. Il interdit aux Juifs de suivre les lois de la Torah et exigea qu’ils abandonnent leur allégeance à Yahweh. Il ordonna l’exécution de ceux qui refusaient les compromis. De nombreux Juifs abandonnèrent leur alliance avec Dieu (11:30, 32). Un groupe de Juifs connu sous le nom de Macchabées résista à l’armée grecque et, en 164 av. J.-C., les Macchabées reprirent le temple et le consacrèrent de nouveau au culte et aux sacrifices. La dédicace du temple est devenue une fête annuelle connue sous le nom de Hanoucca.
Les années de persécution (167–164 av. J.-C.) furent violentes et horribles. Les hommes perspicaces (les sages)- ceux qui connaissent le Seigneur- ont instruit le peuple et sont restés attachés à leur espérance en Dieu, tandis que certains Juifs ont rejeté leur foi dans les Écritures. Quand des opportunistes ont vu les Macchabées vaincre l’armée grecque, ils se sont joints aux combattants juifs en usant de flatterie (11:33–34). Alors que bien des Juifs fidèles ont péri au cours de ces années de persécution sous Antiochos IV, la promesse était que le peuple de Dieu serait purifié et affiné (11:35). L’espoir d’une justification à la fin des temps allait les pousser à rester fidèles malgré les persécutions actuelles.
11:36—12:3 Les interprètes ont parfois dit que ce passage annonçait un futur Antichrist qui persécutera le peuple de Dieu, mais qui sera vaincu lors du retour de Christ. Le langage qui ouvre ce passage n’indique cependant pas un changement de sujet. Le messager divin dit à Daniel « Le roi fera ce qu’il voudra » (11:36a). L’annonce d’un roi audacieux et blasphémateur (en particulier en 11:21-35) a été réalisée à travers Antiochos IV Épiphane. Il se peut donc que 11:36 évoque également de ce roi hostile.
Le problème avec le « roi » en 11:36, s’il s’agit encore d’Antiochos, est que les versets qui suivent ne peuvent être en continuité chronologique avec ce règne. Certains interprètes ont conclu que Daniel avait rapporté une prophétie sur Antiochos, mais que les prophéties n’étaient pas totalement fiables. Mais que dire si 11:36 parle toujours d’Antiochos, mais ne reprend pas chronologiquement là où 11:35 s’est arrêté ? Que dire encore si les lecteurs peuvent affirmer que les paroles concernant Antiochos en 11:21-35 et en 11:36-12:3 sont dignes de foi ?
En raison de la correspondance des thèmes entre 11:21-35 et 11:36-12:3, il semble que le contenu et la chronologie de 11:21-35 soient récapitulés dans 11:36-12:3. En d’autres termes, à partir de 11:36, l’orateur revient sur ce qui a été initialement abordé en 11:21-35. Un procédé littéraire tel que la récapitulation expliquerait comment 11:36-12:3 concerne toujours Antiochos, mais aussi comment il s’agit d’une prophétie digne de confiance.
En 11:36-39, le messager divin prophétise sur les actions blasphématoires et militairement ambitieuses du méchant roi. En 11:40-41, nous entendons à nouveau parler de la manière dont ce roi combattra le roi du sud (un souverain ptolémaïque) et de la manière dont le retour dans son propre pays s’accompagnera de l’assassinat de nombreux Israélites. Le personnage céleste mentionne que ce roi méchant montrera plus d’hostilité envers l’Égypte (11:42-43), et qu’après cela, le roi dirigera sa fureur vers le peuple de la Terre promise (11:44-45). Ces actions du souverain séleucide se sont concrétisées lorsque Antiochos IV Épiphane a persécuté les Israélites à Jérusalem et profané leur temple (167-164 av. J.-C.).
Au milieu de la persécution qui allait venir, Dieu a promis son aide et de l’espérance : « À cette époque-là se dressera Michel, le grand chef, celui qui veille sur les enfants de ton peuple. Ce sera une période de détresse telle qu’il n’y en aura pas eu de pareille depuis qu’une nation existe jusqu’à cette époque-là. À ce moment-là, ceux de ton peuple qu’on trouvera inscrits dans le livre seront sauvés » (12:1). La guerre céleste sera accompagnée par une justification sur la terre. Grâce à la contre-offensive des Macchabées, les Israélites ont pu vaincre les forces séleucides et consacrer à nouveau le temple de Jérusalem à un culte conforme à la loi en 164 av.J.-C.
Tout comme 11:21-35 se terminait par un espoir de purification et de justification, 11:36-12:3 s’achève sur les mêmes notions. Sous le règne brutal d’Antiochos IV, de nombreux Juifs allaient périr à cause de leur fidélité à Dieu. Mais leur mort n’allait pas être le dernier mot. L’avenir du peuple de Dieu allait être une vie de résurrection : « Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte, pour l’horreur éternelle » (12:2). La résurrection des morts signifierait la vie et la paix éternelles pour le peuple de Dieu, mais la honte et le jugement éternel pour les ennemis de Dieu (voir Jean 5:28-29 ; Actes 24:15).
Les sages (les perspicaces) « brilleront comme la splendeur du ciel, et ceux qui auront enseigné la justice à beaucoup brilleront comme les étoiles, pour toujours et à perpétuité » (Da 12:3). Le personnage céleste dépeint la gloire de l’existence des ressuscités. Paul montre comment cette espérance est déjà inaugurée pour les saints en Christ, car nous sommes appelés à être « irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans défaut au milieu d’une génération perverse et corrompue. C’est comme des flambeaux dans le monde que vous brillez parmi eux » (Philippiens 2:15). En Christ, les saints sont la lumière du monde et ont déjà commencé à briller. Mais la gloire de la vie de résurrection est la promesse faite pour tous ceux qui appartiennent à Dieu. La mort est peut-être notre avenir, mais la résurrection corporelle est également prévue et fera éclater les liens de la mort. Christ reviendra et «Il transformera notre corps de misère pour le rendre conforme à son corps glorieux par le pouvoir qu’il a de tout soumettre à son autorité » (Philippiens 3:21).
12:4–7 Tandis que le personnage céleste est encore présent dans la vision qui est accordée à Daniel, 12:4–13 fournit une sorte d’épilogue à la scène. Daniel reçoit des instructions finales et le livre arrive à sa fin. Le messager ordonne à Daniel de sceller son livre jusqu’au temps de la fin (12:4), ce qui se réfère aux temps d’accomplissement dans un horizon éloigné de son époque. La révélation récente, en particulier, ne s’accomplira pas avant des siècles. Daniel peut donc sceller le livre, sachant que la compréhension de son contenu augmentera avec le temps. C’est ainsi que « beaucoup seront perplexes, mais la connaissance augmentera » (12:4). La « perplexité » est une recherche de compréhension (voir Amos 8:12), et « la connaissance augmentera » au fur et à mesure que les lecteurs discerneront les accomplissements historiques des prophéties contenues dans le livre.
Daniel vit deux autres personnages qui se tenaient sur les deux berges du fleuve (Da 12:5). Ces « autres » sont des anges. L’un d’eux parle à l’homme vêtu de lin, disant : « Quand viendra la fin de ces événements extraordinaires ? » (12:6). L’homme vêtu de lin (10:5) se tenait au-dessus des eaux du fleuve (12:7) ; cette position confirme encore sa stature divine. Dans l’Ancien Testament, Dieu est celui qui plane au-dessus des eaux (Genèse 1:2 ; Job 9:8 ; Psaumes 29:3). L’ange s’enquiert des « événements extraordinaires » (Da 11:2-12:3), et le personnage élevé répond que ce sera pour « un temps, deux temps et la moitié d’un temps » et qu’ensuite l’anéantissement du peuple saint devrait prendre fin (12:7). La persécution devait être temporaire. Si « un temps [1], deux temps [+2] et la moitié d’un temps [+0,5] » est un ensemble d’années, alors le nombre 3,5 peut être exact. Si 3 ans et demi est bien la signification, alors cette période s’est accomplie de 167 à 164 avant J.-C., lorsque Antiochos IV a terrorisé les Juifs.
12:8–10 Daniel ne comprit pas tout ce qui lui avait été dit et il s’interrogeait sur l’issue- ou le but- de ces événements extraordinaires (12:8). Le personnage élevé dans le ciel lui dit : « Vas-y, Daniel, car ces paroles seront tenues cachées et marquées du sceau du secret jusqu’au moment de la fin » (12:9). Daniel devait continuer à être fidèle et ne pas s’inquiéter des choses qui occupaient son esprit. Le but de la vision, après tout, dépassait les jours de ce prophète.
Le messager divin partagea avec lui la parole selon laquelle : « Beaucoup seront purifiés, épurés et affinés » (12:10a) ; cela semble être une partie de la réponse à la question de Daniel au sujet de l’« issue » de la persécution (12:8). Les fidèles se montreront fidèles. Au travers de la persécution, Dieu purifiera son peuple. Leur souffrance ne sera pas vaine. Cependant les méchants se montreront sous leur vrai jour en manifestant leur manque de sagesse (12:10b). La persécution des saints révélera les justes et les injustes.
12:11–12 Daniel entendit dire que les atrocités futures (qui s’accompliront sous l’empire grec, lorsqu’Antiochos IV persécutera les Juifs) devaient durer 1290 jours (12:11). C’est la période qui suit l’interruption de l’holocauste perpétuel et la mise en place d’une abomination. En termes d’années, les 1290 jours représentent environ 3,5 ans. Cela correspond aux années 167-164 av. J.-C., lorsque la persécution d’Antiochos a perturbé le culte juif au temple.
Alors que les 1290 jours désignent une période de difficultés et d’épreuves, « Heureux celui qui attendra et qui arrivera jusqu’à 1335 jours ! » (12:12). Cette béatitude s’adresse à ceux qui traversent l’épreuve. La différence entre les deux nombres est de 45 jours. Lorsque Caleb est entré dans la terre promise et qu’il a reçu son héritage, il a dit : « Maintenant voici que l’Éternel m’a fait vivre, comme il l’a dit. Il y a 45 ans que l’Éternel a dit cela à Moïse, à l’époque où Israël marchait dans le désert, et je suis aujourd’hui âgé de 85 ans » (Josué 14:10 ; voir Nombres 14:30). Caleb était passé du désert à l’héritage, et le nombre 45 était significatif à cet égard.
Le peuple de Dieu est appelé à persévérer au travers du désert de l’épreuve et de la souffrance et il le fera en vue de la bénédiction de Dieu, car l’héritage promis sera le leur. Dieu ne manque pas à ses promesses. L’héritage des saints montrera la fidélité de Dieu qui s’étend jusqu’aux cieux.
12:13 Daniel allait mourir en dehors de la Terre promise, mais cela ne l’empêcherait pas de recevoir l’héritage que Dieu avait en réserve pour lui. Pour le moment, Daniel allait poursuivre sa route et reposer dans la mort (Da 12:13). Mais il allait se relever avec les saints et briller comme les étoiles. Son lot -son héritage- sera la nouvelle création, ce que préfigure la Terre promise.
Daniel, vieil homme recru de jours, mourra dans l’espérance. Les visions qu’il avait entendues et vues allaient s’accomplir aux temps fixés, le peuple de Dieu allait être confronté à des périodes de souffrance, et les structures politiques et sociales changeraient et seraient ébranlées. Mais à travers tout cela, le Dieu souverain, celui qui tient notre souffle dans ses mains, glorifierait la pierre qui n’a pas été taillée par la main de l’homme. Daniel allait reposer dans la mort pendant le règne des Médo-Perses, mais il ressuscitera dans la gloire pour un royaume éternel.
Bibliographie (en français)
Bibliographie (en anglais)
Autorisations
Le texte de Daniel, à l’exclusion de toutes les citations de la Bible, est la propriété de The Gospel Coalition, © 2025. TGC Evangile21 vous donne la permission de reproduire intégralement cet ouvrage, sans y apporter aucune modification, en français, à des fins de distribution non commerciale dans le monde entier.
Toutes les citations bibliques, sauf indication contraire, sont tirées de la Segond 21 Copyright © 2007 – 2022 Société Biblique de Genève. Utilisée avec permission. Tous droits réservés
Si vous souhaitez traduire cet ouvrage dans une autre langue, merci de vous reporter à l’original : Daniel
Daniel 1
11 La troisième année du règne de Jojakim sur Juda, Nebucadnetsar, le roi de Babylone, marcha contre Jérusalem et en fit le siège. 2 Le Seigneur livra entre ses mains Jojakim, le roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu. Nebucadnetsar emporta les ustensiles dans le pays de Shinear, dans le temple de son dieu; il les mit dans la maison du trésor de son dieu.
3 Le roi donna l’ordre à Ashpenaz, le responsable de ses eunuques, de faire venir quelques Israélites de sang royal ou de famille noble. 4 Ce devaient être de jeunes garçons sans défaut physique, beaux, doués de perspicacité et de sagesse, instruits et intelligents, capables de servir dans le palais du roi. On leur enseignerait la littérature et la langue des Babyloniens. 5 Le roi leur réservait pour chaque jour une portion des plats servis à sa table et du vin de ses banquets. Il voulait les former pendant trois ans à la suite desquels ils entreraient à son service. 6 Il y avait parmi eux des Judéens: Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. 7 Le chef des eunuques leur donna des noms: à Daniel celui de Beltshatsar, à Hanania celui de Shadrak, à Mishaël celui de Méshak, et à Azaria celui d’Abed-Nego.
8 Daniel prit la ferme décision de ne pas se souiller en consommant les plats servis à la table du roi et le vin de ses banquets. Il demanda alors au chef des eunuques de ne pas l’obliger à se souiller. 9 Dieu gagna à Daniel la bienveillance et la compassion du chef des eunuques. 10 Ce dernier dit à Daniel: «Je redoute mon seigneur le roi. C’est lui qui a fixé ce que vous devez manger et boire. Pourquoi devrait-il vous voir arborer une moins bonne mine que les jeunes gens de votre âge? A cause de vous, je risquerais ma tête auprès du roi.» 11 Daniel dit alors à l’intendant auquel le chef des eunuques avait confié la responsabilité de lui-même, Hanania, Mishaël et Azaria: 12 «Fais donc un essai avec tes serviteurs pendant 10 jours: qu’on nous donne des légumes à manger et de l’eau à boire. 13 On examinera ensuite devant toi notre apparence et celle des jeunes gens qui mangent les plats servis à la table du roi. Puis, agis avec nous, tes serviteurs, en fonction de ce que tu auras constaté.» 14 Il leur accorda ce qu’ils demandaient et fit un essai avec eux pendant 10 jours. 15 Au bout de 10 jours, ils avaient meilleure apparence et avaient pris plus de poids que tous les jeunes gens qui mangeaient les plats servis à la table du roi. 16 L’intendant retirait donc les plats et le vin qui leur étaient destinés, et il leur donnait des légumes à la place.
17 Dieu accorda à ces quatre jeunes gens de la connaissance et de la perspicacité dans tout ce qui concernait la littérature et la sagesse. De plus, Daniel était capable d’expliquer toutes les visions et tous les rêves. 18 Au moment fixé par le roi pour qu’on les lui amène, le chef des eunuques les présenta à Nebucadnetsar. 19 Le roi discuta avec eux et, parmi tous ces jeunes gens, il n’en trouva aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria. Ils furent donc admis au service du roi. 20 Sur tous les sujets qui réclamaient de la sagesse et de l’intelligence et sur lesquels il les interrogeait, le roi les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et astrologues présents dans tout son royaume. 21 Telle fut la situation de Daniel jusqu’à la première année de règne de Cyrus.