"Redécouvrir l'Église locale" nous invite à revenir à la case départ et à nous interroger sur notre conception de l’Église. Il nous oblige à réfléchir à notre rôle en tant que membre, à notre rapport avec l’autorité, à notre besoin de relations significatives, ainsi qu’à notre responsabilité envers un monde en souffrance.

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De nos jours, la sexualité fait certainement partie des domaines les plus stigmatisés par diverses sortes de débats et de tensions dans notre société. Le débat lié au « mariage homosexuel » en est l’exemple le plus récent. Il est alors intéressant de noter que la culture contemporaine, en voulant bannir toute limite qui causerait une quelconque frustration dans sa vision de la sexualité, revendique la fin de la distinction masculin/féminin telle que Dieu la définit dans sa Parole.

Que ce soit le débat du mariage homosexuel, ou la place respective de l’homme et de la femme dans le foyer ou dans la société, toutes ces choses ont en commun un questionnement à propos de la différence, si différence il y a, entre homme et femme, entre masculin et féminin.

C’est ainsi que depuis la seconde moitié du XXe siècle s’est développée une démarche frénétique pour imposer une égalité totale entre l’homme et la femme en toute chose. Cette vague est d’ailleurs surprenante, car bien qu’elle veuille être une « juste » réponse à toute forme d’oppression et de ségrégation fondée sur le sexe de la personne, elle développe une nouvelle forme d’intolérance1. En effet, toute réaction contre ce mouvement d’égalité absolue est condamnée. La tolérance et la soif d’égalité que réclame la culture contemporaine est intolérante par rapport à toute vision qui rendrait illégitime et condamnerait sa nouvelle définition de ce que sont l’homme, la femme, le mariage, la sexualité … .

Au-delà de ce conflit inévitable, il convient alors de nous poser la question de savoir si nous, en tant qu’Église de Jésus-Christ, nous sommes cohérents dans la manière dont nous définissons et nous pratiquons cette différence homme/femme.

Je suis convaincu que l’Église fait une nouvelle fois face à un énorme défi dans lequel son témoignage et sa proclamation seront capitaux pour la préservation d’une définition juste et vraie de ce qu’est un être humain vis-à-vis de l’altérité sexuelle qui le caractérise.

Le cadre fondateur de la création

Nous ne devons jamais oublier que les catégories « homme » et « femme » possèdent un ancrage biblique, un ancrage historique précis. Elles font partie de l’acte même de création accompli par Dieu.

Lorsque Dieu créa l’homme et la femme, il créa d’abord un être « mâle », puis il créa un être « femelle » (Genèse 2.7 et Gn 2.8-20). Masculin et féminin (pour l’être humain) ne sont pas des catégories « abstraites » qui seraient le fruit d’une culture patriarcale primitive. Elles décrivent la réalité de la différenciation que Dieu a mise en œuvre lorsqu’il créa l’homme puis la femme. De plus, elles ne doivent pas non plus être comprises comme de simples catégories « biologiques » fondées sur les différences anatomiques. Dieu a formulé explicitement un but dans la création de l’homme tout comme dans la création de la femme. Tous deux ont été créés à l’image de Dieu, possédant ainsi la même valeur en tant qu’ « êtres » aux yeux de Dieu.

A cette égalité fut associée une complémentarité : la femme fut créée « après » l’homme pour être une « aide semblable à lui ». Ainsi, le fait d’être un homme, ou d’être une femme n’est pas une « étiquette » de la société. Elle est l’expression du plan parfait et souverain du Dieu Créateur du ciel et de la terre qui trouva bon de caractériser le fait d’être un « humain » à la fois par une unité en dignité (nous sommes créés à l’image de Dieu) et une diversité (altérité sexuelle, complémentarité des rôles).

Reconnaitre que l’être humain est un être créé à l’image de Dieu qui peut être « mâle » ou « femelle » est avant tout reconnaitre l’ « enracinement créationnel » de la définition même de ce qu’est un être humain.

Cette définition ne sera alors vraie que si elle comprend à la fois l’unité et la diversité que Dieu exprima lorsqu’il créa l’homme, lorsqu’il les créa homme et femme. Toute entreprise ayant pour but de mettre de la confusion dans cette altérité est ainsi un rejet manifeste du dessein établi par Dieu pour l’homme, une manifestation de l’idolâtrie qui gangrène le cœur humain et qui consiste à adorer et à mettre en « premier » la créature plutôt que le Créateur (Romains 1.18-25).

L’expression glorieuse du mariage

Les notions d’unité, de différences et de complémentarité sexuelle trouvent leur plus belle expression dans l’institution divine du mariage (Genèse 2.24, Matthieu 19.5, Ephésiens 5.28-29).

La Bible définit clairement le mariage comme une alliance irrévocable qui lie un homme et une femme afin de Le glorifier dans une marche commune caractérisée à la fois par l’amour et une dynamique de complémentarité (Ephésiens 5.25-31). Du point de vue biblique, le mariage est alors le cadre officiel qui légitime la plus grande intimité que peuvent vivre un homme et une femme. Le mariage ne doit pas être réduit aux seules notions de la relation amoureuse ou de la procréation. Il est la relation interpersonnelle qui s’inscrit dans le cadre d’une alliance. Cette alliance reflète avec gloire le plan originel de Dieu pour l’homme où l’unité et la diversité qui le caractérisent se trouvent alors inclues dans une nouvelle dynamique « à deux ». L’acceptation mutuelle des époux, alors scellée par le lien indéfectible du mariage, est la manifestation de la reconnaissance réciproque de leur égalité en leur qualité d’êtres humains créés à l’image de Dieu.

C’est essentiellement le fait que nous soyons tous des êtres créés à l’image de Dieu qui fonde à la fois la dignité et l’égalité de tous les êtres humains dès leur conception.  Ensuite, la différence « masculin » et « féminin »  sera alors témoignée dans le microcosme du couple, puis de la famille, par les relations, les charges et les responsabilités qui seront partagées.

Par exemple, l’émergence de la caractéristique de « père » pour « lui » et de « mère » pour « elle » (lors de la conception ou de l’adoption d’un enfant) est un événement où les caractéristiques d’« homme » et de « femme » s’épanouissent pour offrir une manifestation encore plus profonde de l’unité et de la diversité qui caractérisent l’être humain. Le mariage et la famille sont ainsi des expériences fondées par Dieu qui déclarent avec force et gloire la bonté et la générosité de Dieu dans son plan créateur. La distinction « homme », « femme » est inhérente à ce plan et fondamentale pour une juste appropriation de ce que sont le mariage et la famille.

La gloire de Christ et la beauté de son épouse

En Ephésiens 5.25-31, l’apôtre Paul déclare que la relation qui existe entre Jésus-Christ et son peuple est analogue à celle qui existe entre le mari et la femme au sein du couple. Paul fait ici clairement allusion à l’arrière-plan prophétique de l’Ancien Testament où Israël était souvent comparé, en tant que peuple de Dieu, à l’épouse de Dieu (comme par exemple dans le livre du prophète Osée).

Mais une telle analogie, en plus de souligner une continuité avec l’Ancien Testament, exprime aussi que des points de similarités existent entre ce qui caractérise le mariage et ce qui caractérise la relation entre Jésus-Christ et l’Église. Paul développe le fait que la complémentarité au sein du couple humain est un écho de celle qui définit la relation entre le Christ et son peuple.

Les maris, à l’image du Christ, sont appelés à témoigner un « amour sacrificiel » : ils se doivent d’aimer leur épouse comme leur « propre corps », et ceci en étant prêts à mourir pour le bien de celle-ci. Ceci inclut aussi le fait de mourir à certaines ambitions, certaines passions, certaines conceptions par amour pour leur épouse. Ceci est en opposition flagrante avec toute vision machiste et égoïste que possèdent malheureusement certains maris. Dieu exige de l’homme une attitude de leader au sein du couple. Cette attitude est alors définie par celle du Christ à la croix qui s’est livré et sacrifié pour son peuple, pour son épouse.

Puis, les épouses sont appelées à être soumises à leur mari. Cette soumission est alors définie par Paul, non comme une tyrannie où la femme n’aurait aucun droit de parole, mais comme un sain respect à donner à celui qui se doit de manifester une attitude sacrificielle envers elle, afin qu’elle puisse pleinement s’épanouir en tant que femme, épouse et mère, et que le couple et la famille puissent ainsi croître de façon saine et glorieuse.

L’altérité homme/femme qui caractérise le couple est une « ombre » humaine d’une altérité suprêmement glorieuse qui caractérise l’altérité Jésus-Christ/l’Église. L’alliance qui unit Jésus à son peuple est une alliance entre Dieu le Fils incarné et un peuple d’hommes et de femmes rachetés et sauvés par son œuvre à la croix.

Les catégories « masculin » et « féminin » possèdent ainsi une portée qui dépasse notre simple horizon terrestre. Elles existent aussi pour être une « image » de ces deux « catégories » distinctes que sont Dieu (Père, Fils et Saint-Esprit) et l’humanité, le Créateur et la créature. Ces deux « catégories » se trouvent alors unies au sein d’une alliance, sans mélange ni confusion, par la médiation exclusive du Fils qui s’est fait chair.

Il est essentiel de ne jamais oublier qu’une saine appropriation de la distinction entre masculin et féminin est nécessaire pour ne pas rendre confus ce grand « mystère » qu’est l’union qui existe aujourd’hui entre Jésus-Christ, pleinement homme et pleinement Dieu, et l’Église qui est son « corps » (Ephésiens 5.32). Ainsi, les caractéristiques d’altérité et de complémentarité sous-jacentes aux caractéristiques humaines de « mâle » et de « femelle » sont ultimement des analogies de type prophétique de l’altérité (Créateur/créature) et de la complémentarité (Chef(Tête)-Époux/corps-épouse) qui définissent l’union entre Jésus-Christ et l’Église.

Les catégories « masculin » et « féminin », « homme » et « femme » sont donc des distinctifs humains que l’Église de Jésus-Christ se doit de défendre en leur donnant une juste définition et une saine expression face au monde qui l’entoure. C’est un impératif  non négociable car, tout en étant une déclaration claire de la bonté, de la générosité et de la gloire du plan créateur de Dieu tel qu’il est révélé dans les saintes Écritures,  ces deux catégories sont aussi un écho du plan de la rédemption accompli dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ, de l’Époux pour son épouse l’Église.

La réponse chrétienne à la dysphorie de genre


1- A ce sujet, Donald Carson a écrit un livre très intéressant : The Intolerance of Tolerance, 2013, Eerdmans.

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