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Définition

Considérer la Bible à la fois comme la Parole de Dieu et comme un ensemble d’écrits rédigés par des hommes conduit à reconnaître pleinement la double dimension, divine et humaine, de l’Écriture, afin de mieux comprendre comment ces deux aspects sont liés l’un à l’autre.

Résumé

La Bible se présente elle-même comme la Parole de Dieu ; les Saintes Écritures portent ainsi l’empreinte de l’autorité divine, elles s’expriment en toute infaillibilité et elles manifestent une unité organique. Parallèlement, la Bible a été produite par l’entremise d’instruments humains, ce qui lui confère une grande diversité de genres et de styles et l’enracine pleinement dans l’expérience humaine. En dépit de la faillibilité et de la pluralité des points de vue de ses auteurs, les Saintes Écritures ont vu le jour sous le contrôle souverain de Dieu, de sorte qu’elles accomplissent son dessein en se révélant aux hommes et aux femmes. Les auteurs humains ont pu transmettre la Parole de Dieu grâce à l’inspiration du Saint-Esprit, qui a supervisé le processus de rédaction de la Bible, tout comme Dieu a souverainement créé et façonné les instruments humains en vue de cette œuvre. Tout en reconnaissant la nature humaine des Saintes Écritures et en en tirant profit, l’idée directrice demeure qu’elles sont la Parole de Dieu ; elles doivent donc être abordées avec respect et être reçues dans l’obéissance.

La Bible comme Parole de Dieu

La Bible elle-même affirme être la Parole de Dieu. Les prophètes déclarent : « La parole de l’Éternel m’a été adressée » (Jérémie 1:4). Il en ressort que Dieu lui-même est la source originelle des soixante-six livres des Saintes Écritures et l’auteur du message destiné à l’humanité. Cette origine divine apparaît dans les déclarations explicites des auteurs bibliques, qui présentent unanimement leur message comme venant de Dieu. Hébreux 1:1 confirme cette compréhension en affirmant : « après avoir autrefois, à de nombreuses reprises et de bien des manières, parlé à nos ancêtres par les prophètes ».

Dans son ‘auto-identification’ en tant que Parole de Dieu, la Bible inclut la manière dont les auteurs du Nouveau Testament se réfèrent aux parties antérieures des Écritures. Ainsi, Galates 3:8 déclare : « Or l’Écriture prévoyait que Dieu considérerait les non-Juifs comme justes sur la base de la foi, et elle a d’avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham : Toutes les nations seront bénies en toi ! » C’est assurément Dieu qui a formé le dessein de justifier les Gentils, tout comme c’est lui qui a annoncé ce message à Abraham. B. B. Warfield en conclut que de tels actes ne pouvaient être attribués à « l’Écriture » que par l’effet d’une identification habituelle, dans l’esprit de l’auteur, entre le texte sacré et Dieu en tant que locuteur.[1] De même, Hébreux 3:7, avant de citer Psaumes 95:7-11, déclare : « c’est pourquoi, comme le dit le Saint-Esprit ». Ainsi, l’auteur de l’épître aux Hébreux considère que le message du Psaume 95 ne provient pas de David, mais du Saint-Esprit de Dieu.

L’examen de la nature de la révélation biblique révèle avec évidence que son origine ne peut être que divine. Les Saintes Écritures ne consistent pas en un catalogue de réflexions humaines sur Dieu et l’éternité, mais constituent le récit et l’explication des actes rédempteurs de Dieu au cours de l’Histoire. La Bible relate la création du monde par Dieu, la chute de l’humanité dans le péché et l’œuvre accomplie par Dieu au fil de l’Histoire afin de sauver son peuple. Au regard de la nature rédemptrice et historique de ce récit, qui d’autre aurait pu inspirer les Écritures sinon le Dieu dont les actions y sont consignées ?

En dépit de ses affirmations explicites sur son origine divine, la conviction pleine et entière que les Écritures constituent la Parole de Dieu ne peut émaner que de Dieu lui-même. La Confession de foi de Westminster souligne qu’il existe de nombreuses raisons d’accepter la Bible comme Parole de Dieu, notamment sa majesté, son unité et sa puissance (à laquelle l’on peut ajouter l’accomplissement des prophéties). Pourtant, « notre persuasion et notre assurance quant à sa vérité infaillible et à son autorité divine proviennent de l’œuvre intérieure de l’Esprit Saint qui porte témoignage par et avec la Parole dans nos cœurs » (Confession de Foi de Westminster 1:5). Comme Paul l’affirme au sujet des vérités de la Parole de Dieu : « c’est à nous que Dieu l’a révélé, par son Esprit » (1 Corinthiens 2:10).

Conséquences de l’origine divine

La première conséquence de l’origine divine de la Bible réside dans le fait que les Écritures s’expriment avec l’autoritéde Dieu lui-même. Nous percevons cette autorité lorsque Jésus répond à une question sur le divorce en citant Genèse 2 : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, au commencement, a fait l’homme et la femme et qu’il a dit : C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux ne feront qu’un ? » (Matthieu 19:4-5). S’appuyant sur l’autorité de Dieu dans sa Parole, Jésus conclut : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni » (Matthieu 19:6). Ce principe doit s’appliquer à l’ensemble de la Bible. Jean Calvin affirme pour sa part : « Nous devons aux Écritures la même révérence que nous devons à Dieu, puisque c’est de lui seul qu’elle procède »[2].

À l’autorité divine de la Bible s’ajoute l’inerrance scripturaire. L’inerrance signifie que tout ce que la Bible affirme et déclare est vrai, pour la simple raison qu’elle est la Parole de Dieu. Geerhardus Vos explique : « Si Dieu est personnel et conscient, il est inévitable d’en déduire que, quel que soit le mode de révélation choisi, il exprimera infailliblement sa nature et son dessein ».[3] Le Psaume 19 célèbre la Parole de Dieu comme étant « parfaite », « vraie », « droite », « claire » et « juste » (Psaumes 19:8-10). Les chrétiens fidèles sont donc tenus de recevoir tout ce que la Parole enseigne — pourvu qu’elle soit interprétée correctement — comme faisant autorité sur leur conscience.

Une troisième conséquence de son origine divine réside dans l’unité des Écritures. Puisque Dieu est l’auteur ultime de chaque livre biblique, il est naturel d’attendre et de constater une unité fondamentale tant en matière de doctrine que de vision et d’enseignement moral. Cette approche n’exclut nullement un développement au sein des Écritures, où divers thèmes progressent dans une perspective rédemptrice à travers les différentes époques de l’alliance. Pourtant, malgré l’évolution des idées au fil de la révélation, il subsiste une connexion organique qui puise sa racine en Dieu lui-même. James Montgomery Boice écrit : « Derrière les efforts de plus de quarante auteurs humains se tient l’unique esprit parfait, souverain et directeur de Dieu »[4]. C’est pour cette raison que le principe fondamental de l’interprétation biblique réside dans le fait que les Écritures s’interprètent elles-mêmes : lorsque le lecteur se heurte à un passage obscur, sa ressource principale demeure l’enseignement dispensé par la Bible dans d’autres passages. En dépit des apparences contraires en surface, les Écritures ne peuvent se contredire et ne le font point. Conscients de l’unité des Écritures en tant que Parole de Dieu, la découverte de contradictions apparentes doit nous inciter à une réflexion plus attentive et respectueuse, dans une attitude de soumission à l’ensemble des enseignements bibliques.

L’humanité des Écritures

Le caractère humain des Écritures s’avère tout aussi manifeste que son origine divine, puisqu’elles ont été transmises par l’intermédiaire d’auteurs humains. Comme le souligne Hébreux 1:1, « Dieu a parlé autrefois à nos pères par les prophètes ». 2 Pierre 1:21 ajoute : « des hommes ont parlé de la part de Dieu ». Cette réalité explique la diversité fascinante que l’on trouve dans la Bible, laquelle comprend le récit historique, la poésie, les oracles prophétiques, l’histoire soigneusement documentée (voir Luc 1:1-4), ainsi que les lettres apostoliques, parmi d’autres genres littéraires.

En outre, la dimension humaine des Écritures intègre les expériences, les perspectives et même les émotions des différents auteurs. Dans le livre des Lamentations, Jérémie pleure la chute de Jérusalem, tout comme Paul, dans sa seconde épître à Timothée, se montre triomphant face à la mort, bien que préoccupé par l’influence de faux docteurs et ayant besoin d’un manteau pour se protéger du froid. Le livre des Psaumes, en particulier, embrasse toute l’étendue de l’expérience et du pathos humains. Cette dimension humaine implique également que divers auteurs relatent un même événement en apportant des détails variés et des récits complémentaires, ainsi qu’il est naturel de s’y attendre.

Il convient toutefois de comprendre que les limites et la faillibilité des auteurs humains n’altèrent en rien l’intégrité et la véracité de leurs écrits, puisque c’est Dieu lui-même qui s’est exprimé par leur intermédiaire. Ainsi, l’absence de connaissances scientifiques modernes ne saurait empêcher que le premier chapitre de la Genèse exprime une vérité historique au sujet de la Création. De même, les préjugés culturels de son époque à l’égard des femmes n’altèrent en rien l’enseignement de l’apôtre Paul sur les hommes et les femmes. Dans certains cas, comme dans les chapitres 10 à 12 du livre de Daniel, il arrive que l’auteur humain ne saisisse pas pleinement la portée du message qu’il transmet. Pourtant, les Écritures qu’il rédige demeurent vraies et trouvent leur explication en d’autres lieux de la Bible. Noel Weeks résume ainsi l’œuvre révélatrice de Dieu : « Les Écritures ne considèrent pas l’homme comme un obstacle à l’accomplissement du dessein divin. Même le péché et l’aveuglement de l’homme ne peuvent empêcher Dieu de réaliser son dessein »[5].

Des hommes ont parlé de la part de Dieu

Si nous nous demandons comment des hommes, avec toutes leurs limites, ont pu transmettre la Parole de Dieu, la réponse principale réside dans la doctrine biblique de l’inspiration. Paul explique dans sa seconde épître à Timothée, chapitre 3, verset 16 : « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu ». L’expression « inspirée » traduit l’idée que la Bible émane de la bouche de Dieu, bien qu’elle soit transmise par l’intermédiaire des hommes (voir aussi Ésaïe 55:11). L’idée n’est pas que les auteurs humains aient eu des pensées inspirantes, mais que Dieu a expiré sa Parole vers eux et par leur intermédiaire. Pierre précise encore « qu’aucune prophétie de l’Écriture n’est une affaire d’interprétation personnelle » (2 Pierre 1:20). Le contexte révèle que Pierre englobe l’ensemble des Écritures lorsqu’il emploie le terme « prophétie », réfutant ainsi l’idée que le message biblique ait pris naissance dans l’esprit de l’auteur humain. Il ajoute : « car ce n’est jamais par une volonté d’homme qu’une prophétie a été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pierre 1:21). Cette affirmation présente le Saint-Esprit comme l’agent actif du processus d’inspiration. Il agit par l’entremise des auteurs humains et les guide, de telle sorte que leurs écrits constituent la Parole même de Dieu.

Dans l’inspiration des Écritures, il est possible de percevoir une analogie avec l’incarnation de Jésus, en tant que personne possédant une nature divine et une nature humaine. Cette comparaison demeure toutefois imparfaite, car l’union hypostatique des deux natures de Christ ne saurait être attribuée aux Écritures. Pourtant, à l’image de l’humble humanité de Christ, qui heurtait ceux qui cherchaient à nier sa divinité, les Écritures se présentent sous une condition modeste pour communiquer la Parole de Dieu de manière accessible à tous, hommes et femmes. Les écrits bibliques sont pleinement humains dans leur réalisation, car ils ont requis du parchemin, de l’encre et un esprit humain pour mettre le message par écrit. Cependant, au cœur du mystère de l’inspiration du Saint-Esprit, la Bible constitue simultanément la Parole même de Dieu. Malgré toute l’humanité qui lie les Écritures à leurs lecteurs, J. Gresham Machen explique que « le Saint-Esprit a si bien éclairé l’esprit des auteurs bibliques qu’ils ont été préservés des erreurs qui altèrent tous les autres livres… Selon la doctrine de l’inspiration, le récit est en fait un récit vrai ; la Bible est une « règle infaillible de foi et de pratique »[6].

Les sceptiques de la Bible objectent parfois que la dimension humaine rend impossible une révélation directe de Dieu. On utilise alors l’analogie d’une grande cathédrale aux vitraux multicolores. Selon eux, bien que la lumière du soleil éclaire l’édifice, la clarté perçue à l’intérieur n’est que celle filtrée et transformée par le verre coloré des personnalités humaines. À en croire ces détracteurs, tout ce que l’on perçoit dans les Écritures ne serait que le reflet de l’influence de la Parole de Dieu sur les auteurs humains. Le véritable message divin ne pourrait alors se découvrir qu’en « dépassant » ces derniers par divers moyens savants. Ce qu’ils oublient, c’est que la cathédrale a un Bâtisseur. Warfield écrit : « Et si les couleurs des vitraux avaient été conçues par l’architecte dans le but exprès de donner à la lumière qui inonde la cathédrale précisément le ton et la qualité qu’elles lui confèrent ? »[7] Il applique ce même principe aux hommes qui ont rédigé les Écritures : « Et si cette personnalité elle-même avait été façonnée par Dieu pour devenir exactement ce qu’elle est, dans le but exprès de communiquer à la parole qui lui est confiée justement la coloration qu’elle lui donne ? »[8] L’illustration de Warfield nous rappelle que l’usage par Dieu des auteurs humains dépasse l’inspiration immédiate du Saint-Esprit. Il englobe chaque aspect de la contribution humaine, qu’il s’agisse du caractère, de la personnalité, de l’expérience ou d’une longue préparation. Ainsi, nous constatons que les contributions divine et humaine ne sont pas équivalentes, car le facteur divin conserve en tout temps le contrôle, comme l’affirme l’Épître aux Hébreux 1:1 : « [Dieu] a parlé à nos ancêtres par les prophètes ».

Le livre divin

Grâce au rôle souverain du Saint-Esprit dans l’inspiration des Écritures, et bien que nous reconnaissions et chérissions sa dimension humaine, la Bible est avant tout identifiée comme étant la Parole de Dieu. Les Écritures ne sont pas le message de leurs auteurs humains, mais la révélation de Dieu, Créateur et Rédempteur. Ici, l’analogie avec l’incarnation de Jésus s’avère instructive. Alors que l’humanité de Jésus est manifeste et découle nécessairement des Écritures, il est appelé Fils de Dieu. De même, si la connaissance de l’auteur, du contexte et du style littéraire influence notre interprétation de la Bible, notre principe directeur doit toujours reposer sur l’autorité, l’inerrance et l’unité qui reflètent l’origine divine. Dans notre respect profond pour la Parole de Dieu, en l’abordant avec un esprit soumis — à l’image de Moïse retirant ses sandales devant le buisson ardent (Exode 3:5) —, notre objectif principal doit être la fidélité à ce que Dieu a écrit, afin que sa gloire se manifeste par sa Parole. Selon la Bible, l’enseignant des Écritures est un intendant qui présente les ressources de notre Maître afin que son peuple soit nourri comme il se doit et que sa maison soit administrée conformément à sa volonté souveraine.

Bien qu’il s’agisse d’un ouvrage rédigé par des hommes et interprété de nos jours par des lecteurs et des enseignants humains, l’affirmation de B. B. Warfield demeure notre conviction directrice : « Les Écritures sont d’un bout à l’autre un livre divin, créé par la puissance divine et s’adressant, dans chacune de ses parties, directement au cœur des lecteurs, avec l’autorité divine. »[9] (B.B. Warfield, in Calhoun, Princeton Seminary, 2:402). Ainsi, tout en nous intéressant aux dimensions humaines de prophètes tels qu’Ésaïe, Osée, Ézéchiel et tous les autres, nous les rejoignons pour affirmer avec révérence, à propos des Saintes Écritures : « Ainsi parle l’Éternel ».

 

 

Notes de pied de page

1WARFIELD, Benjamin B. The Inspiration and Authority of the Bible. Phillipsburg. NJ : P&R, 1948, p 299-300.
2PIPER John. The Legacy of Sovereign Joy. Wheaton. IL: Crossway, 2006), p 137.
3VOS Geerhardus. Biblical Theology: Old and New Testaments. Phillipsburg. NJ : P&R, 1948, p 11.
4BOICE James Montgomery. Foundations of the Christian Faith: A Comprehensive and Readable Theology. Downers Grove. IL : InterVarsity, 1986, p 59.
5WEEKS Noel. The Sufficiency of Scripture. Edinburgh: Banner of Truth Trust, 1988, p 75.
6MACHEN J. Gresham. Christianity & Liberalism. Grand Rapids. MI : Eerdmans, 1923, p 74.
7WARFIELD, Inspiration and Authority of the Bible, p 156.
8Ibid.
9CALHOUN David B. Princeton Seminary: The Majestic Testimony. 1869-1929 (Edimbourg : Banner of Truth, 1996, p 402.

Lectures complémentaires

Lectures complémentaires en français :

Lectures complémentaires en anglais :


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