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Définition

Les êtres humains sont composés à la fois d’un corps et d’une âme, distincts mais inséparables, sauf dans la mort, les deux étant d’importance égale pour la vie et l’expérience humaines.

Résumé

Les êtres humains sont composés à la fois d’un corps et d’une âme. Ces deux parties sont distinctes mais inséparables dans notre état naturel. Elles seront séparées par la mort, mais cette séparation est une conséquence de la malédiction et ne durera pas indéfiniment. Le corps n’est pas moralement inférieur, comme le prétendent certaines sources non chrétiennes, mais il ne constitue pas non plus la totalité de la personne humaine. L’âme est immortelle, non par nature, mais par la volonté de Dieu, et possède des facultés telles que la raison, la volonté et diverses émotions. Le corps et l’âme fonctionnent de manière interdépendante et forment ensemble la personne humaine. Le cœur est une métaphore biblique courante pour désigner la personne humaine, tandis que la question de savoir si c’est l’intellect ou la volonté qui prime chez l’être humain fait l’objet d’un débat depuis un certain temps.

Dans sa correspondance avec les Corinthiens, Paul présente deux conceptions différentes mais complémentaires de la résurrection, l’une mettant l’accent sur la résurrection du corps qui se relèvera de la terre et l’autre sur la venue d’en haut de la résurrection. En 1 Corinthiens 15, la résurrection est une recréation du corps mort et décomposé, que Paul appelle le « corps spirituel », en corps incorruptible, doté d’une « gloire » particulière (1 Co15:41-[d’un éclat-S21]). Cela est garanti par la résurrection de Christ, par qui les croyants seront rendus à la vie, et contraste avec notre condition actuelle, où nous avons des « corps terrestres », faits « de poussière » (15:47-48), mortels et sujets à la décomposition. Notre « corps actuel » est comparé par Paul à une « tente » (2 Corinthiens 5:4). Les corps spirituels sont « immortels », signe que « la mort a été engloutie dans la victoire » (1 Co 15:54). Cette doctrine a des conséquences éthiques. Si notre mort inévitable était définitive et s’il n’y avait pas de résurrection, il serait alors rationnel « de manger et de boire, puisque demain nous mourrons » (1 Co 15:32 ; probablement une citation du poète Ménandre).

Dans son second passage (2 Co 5:1-10), l’accent est mis sur le ciel, notre « habitation céleste », que nous devons « revêtir » au moment où le mortel « sera englouti par la vie ». Ici, ce n’est pas tant la résurrection de Christ qui est la garantie de la résurrection, mais plutôt l’œuvre de l’Esprit dans nos vies dans l’instant présent (5:5).

Le corps

Nous pouvons tirer certaines conclusions générales sur le corps et l’âme à partir de ces passages, qui sont corroborés par l’ensemble des Écritures. Premièrement, le corps n’est pas moralement inférieur à l’âme. Le corps n’est pas « non spirituel ». Le corps et l’âme sont tous deux des dons du Créateur. Dans le Nouveau Testament, le terme « chair » peut signifier « la chair et le sang », tandis que dans les écrits de Paul, « chair » sert plus souvent à désigner l’impiété, comme en Galates 5:16.

Attribuer au corps une place éthique inférieure trouve son origine dans le paganisme, car selon les Écritures, l’âme et le corps constituent ensemble l’image de Dieu. L’unité du corps et de l’âme est soulignée dès le premier récit de la création de l’homme. L’homme n’est pas une âme « emprisonnée » dans un corps, malgré l’analogie biblique de la « tente » pour parler du corps (2 Co 5:1) ou l’analogie de la « prison » comme le soutenait Platon. L’analogie de la tente indique que le corps est périssable dans la vie présente, mais que dans la vie à venir, il sera impérissable, un « corps spirituel » (1 Co 15:44). Les questions de continuité entre cette vie et la vie future sont complexes. Ce que signifiera être désincarné puis posséder un « corps spirituel » ne semble pas encore nous avoir été révélé. Étant donné que le corps du croyant est déjà reconnu comme étant le temple de Dieu où se déploie son œuvre (Éph. 2:21), la signification de l’expression « un corps spirituel » demeure ambigüe, puisqu’elle fait référence à une ère eschatologique qui n’a pas encore été vécue. Nous pouvons toutefois affirmer que notre vie chrétienne présente n’est pas comparable à « la gloire qui va être révélée pour nous » (Romains 8:18). Le croyant possède actuellement un « avant-goût » de l’Esprit et « gémit du fond du cœur » en attendant la rédemption de son corps (Romains 8:23 OST). Ainsi, quoi qu’il en soit, le « corps spirituel » sera un perfectionnement inimaginable de notre « corps de misère » actuel, à l’image du « corps glorieux » du Sauveur glorifié (Phil 3:21).

Dire : « Je suis une âme et j‘ai un corps » est une erreur. Votre corps vous est propre et ne peut être comparé à une paire de lunettes, à un cœur artificiel ou à une perruque. Si votre corps est blessé, vous l’êtes aussi. Votre maturation depuis l’enfance est rendue possible par la croissance de votre corps. Il vous est propre, et dans cette vie, il est vous, tandis que dans la vie à venir, il sera encore vous.

L’âme

L’âme survit à la mort du corps : est-elle donc immortelle ? Oui et non. Les Écritures font allusion à son immortalité, mais elle n’est pas immortelle au point que Dieu lui-même ne puisse mettre fin à la vie d’une âme. Elle est immortelle parce que telle est la volonté de Dieu. Seul Dieu possède l’immortalité nécessaire ; il est la source de l’immortalité de toute créature immortelle (1 Tim. 6:16). La Bible ne fait pas de déclaration claire sur l’immortalité de l’âme humaine, mais on y trouve des déclarations générales qui la soutiennent (Eccl. 3:11), en particulier dans les récits bibliques de la résurrection des morts, ce qui inclue aussi bien la vie des méchants que celle des justes (par exemple Jean 5:21, 1 Cor. 15:49, Phil. 3:21 et 2 Tim. 4:8).

On pourrait dire que l’âme est physiquement « simple » dans la mesure où elle n’est pas composée de parties, contrairement au corps, mais qu’elle possède des facultés intellectuelles, volitives et autres. Le cœur physique est distinct des poumons et des autres organes, et chacun joue un rôle vital dans la vie du corps, la vie physique. L’âme, quant à elle, n’est pas composée de parties physiques, mais de facultés telles que la raison, la volonté et diverses émotions. Elle a également des fonctions de mémoire et de conscience. Cependant, dans la vie présente, l’âme est intimement liée au cerveau ; il existe entre les deux une interaction et une adaptation merveilleuses et encore peu comprises. Une lésion cérébrale peut inhiber l’âme, et sa guérison ou sa croissance, affecte son fonctionnement, tout comme lorsqu’un nourrisson devient un enfant. Le cerveau affecte l’âme par des événements tels que la perte de conscience suite à une blessure ou à l’administration d’une anesthésie, ou une incapacité causée par des souffrances subies durant l’enfance. Lorsque le corps est au repos ou immobilisé suite à un AVC, l’âme peut demeurer active à travers les rêves et autres activités mentales, alimentées par la mémoire. La mémoire est merveilleuse, un réservoir de connaissances et de compétences. Le lien intime existant entre le cerveau et la conscience se manifeste également par le fait que l’âme se commande à elle-même grâce à des répertoires d’« actes fondamentaux », des actes immédiatement réalisables. Si la vue fonctionne correctement, une personne peut voir un arbre en le regardant. Elle n’a pas besoin de se préparer, d’effectuer un acte pour en déclencher un autre, comme bouger la main pour signer un document avec un stylo.

Le cœur

La Bible utilise souvent le terme « cœur » dans un sens métaphorique pour désigner le centre de l’être humain, comme dans « car il calcule au fond de lui: ´Mange et bois, te dira-t-il, mais son cœur n’est pas avec toi.» (Prov. 23.7) « le cœur est tortueux plus que tout, et il est incurable » (Jérémie 17:9). Elle fait également référence à la raison (Esaïe 1:18), à la volonté (2 Pierre 1:12), et à la conscience (Romains 9:1), comprise comme une « opération » pratiquée par Dieu de façon réfléchie et secrète, ainsi qu’à la mémoire (Jean 15:20). Il existe différents points de vue quant à la primauté de l’une ou de l’autre de ces facultés, opposant les tenants de l’intellect (les « intellectualistes ») à ceux de la volonté (les « volontaristes »). Certains, influencés par le stoïcisme, ont cherché à réprimer ou à dompter les passions, considérées comme « incontrôlables » et susceptibles de mener à l’irrationalité. Jonathan Edwards a adopté une approche plus positive, affirmant que « la religion authentique est enracinée en grande partie dans les affections ». Il convient de noter que dans le Nouveau Testament, les « passions » ont une connotation négative.

L’intelligence

Tous reconnaissent que l’intelligence a un double rôle : contemplatif ou théorique, d’une part, visant à assimiler des croyances vraies sur le monde, et pratique, d’autre part, dans lequel la raison a pour mission d’acquérir la connaissance à propos de la meilleure façon d’atteindre une certaine fin. C’est ce qu’on appelle la raison pratique. De telles conceptions accordent naturellement le rôle principal à la raison pratique pour ce qui est du fonctionnement de l’esprit humain. La plupart des théologiens réformés, à la suite de Thomas d’Aquin, considèrent la raison comme la force centrale de l’âme, présente chez les humains mais absente chez les animaux. Des interprétations plus récentes de cette image, la situant dans la relation homme-femme ou les relations inter-trinitaires, ont été proposées, bien que l’accent trinitaire apparaisse déjà chez Augustin.

On s’est intéressé à la vie désincarnée de la conscience après la mort, en s’inspirant des rêves. Le corps est actuellement la source de nombreuses émotions, et dans les instants qui suivent la mort, il n’existera plus d’expérience corporelle, comme la fatigue ou la peur, ni d’action de la pensée visant à les revivre, même si l’on peut s’en souvenir. Nous savons peu de choses à ce sujet, mais le croyant sait qu’il sera transformé à l’image de Christ, car « lorsque Christ apparaîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est » (1 Jean 3:2).

Lectures complémentaires

Cet essai fait partie de la série Concise Theology. Les opinions exprimées dans cet essai sont celles de l’auteur. Cet essai est mis à disposition gratuitement sous licence Creative Commons Attribution-ShareAlike, permettant ainsi aux utilisateurs de le partager sur d’autres supports/formats et d’adapter/traduire son contenu à condition d’inclure un lien vers la source, d’indiquer les modifications apportées et d’appliquer la même licence Creative Commons à ce matériel.

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