Certaines difficultés de traduction obligent les traducteurs de la Bible à inclure des notes de bas de page pour indiquer les autres traductions possibles. Parfois ces notes n’existent pas, ce qui fait perdre quelque chose d’important pour la compréhension du texte. Le psaume 116 en est un exemple. La note explicative dans un cas, et son absence dans l’autre, méritent réflexion.
1° La Bible à la Colombe déclare : « J’ai cru quand j’ai parlé : J’étais très malheureux ! Je disais dans ma précipitation : Tout homme est menteur » (v. 10-11). La Bible du Semeur présente une variante : « Oui, j’ai gardé confiance même quand je disais… ». C’est une façon tout à fait plausible de rendre l’hébreu, et plusieurs versions récentes l’ont adoptée. Paul cite ce verset d’après la version grecque des Septante : « J’ai cru ; c’est pourquoi j’ai parlé » (2 Corinthiens 4.13).
Dans ce cas, les différentes traductions n’ont pas une grande incidence.
Le texte de la Septante est peut-être un peu plus fort : la raison pour laquelle le psalmiste se disait très malheureux était sa foi (« J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé… »). Autrement dit, rien d’autre que sa foi en Dieu-et la relation du psalmiste avec Dieu qu’une telle foi suppose – ne lui a permis de voir que lorsqu’il faisait face à une terrible souffrance, c’était uniquement une épreuve que Dieu lui envoyait. C’est d’ailleurs un point de vue fréquent aussi bien dans les Psaumes que dans le livre de Job: lorsqu’un individu se sent écrasé (v. 10), et tient ce langage, ce n’est pas parce qu’il est abandonné de Dieu. Au contraire, la libre expression de la douleur monte vers Dieu comme un témoignage de vie et de foi.
2° La Bible à la Colombe adopte la traduction suivante du verset 15 : « Elle a du prix aux yeux de l’Éternel, la mort de ses fidèles ». Cette parole est souvent citée à l’occasion de funérailles et elle exprime certainement une grande vérité. Mais il existe de bonnes raisons de penser que l’expression « elle a du prix », qui a ici le sens de « elle est précieuse », devrait être rendue par « elle coûte » comme l’indiquent d’autres versions, notamment la Bible de Jérusalem : « Elle coûte aux yeux de Yahvé, la mort de ses fidèles ». Comme le psalmiste vient de dire qu’il a été sauvé d’une mort imminente (v. 3, 8), cette dernière traduction est probablement plus juste. Jésus reconnaît, lui aussi, le coût de la mort d’un être humain (Matthieu 10.29-31).
Si le psalmiste évoque plus le « coût » que le caractère « précieux » de la mort, il est de la plus haute importance de comprendre que si Dieu, dans sa souveraineté absolue, règne sur toutes choses, y compris sur toutes les morts, ce règne n’est pas quelque chose de détaché et de froid. Il sait mieux que nous à quel point la mort est une réalité laide et anormale, qu’elle est irrémédiablement liée à notre rébellion et à la malédiction qu’elle a attirée sur nous. Il est alors très réconfortant de savoir que la mort des fidèles coûte beaucoup à Dieu. Plus merveilleux encore est le prix qu’il a payé pour supplanter la mort par la résurrection.