Je répandrai sur vous une eau pure

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Qu’est ce que la régénération ?

Lorsque l’on aborde une doctrine biblique, il nous faut particulièrement prendre garde de ne pas aller trop vite et de ne pas définir un concept sur la base exclusive du sens d’un ou de plusieurs mots. Tout d’abord, les risques d’erreurs sémantiques sont multiples1. Ensuite, l’existence d’une doctrine biblique ne dépend pas toujours de la présence de termes pour la qualifier. On cite souvent comme exemple celui de la Trinité : il est courant d’entendre que le mot lui-même ne se trouve pas dans le corpus biblique, néanmoins cette formulation synthétise l’ensemble des données textuelles sur la nature du Père, du Fils et du Saint-Esprit. D’ailleurs, en matière de régénération, si l’on devait s’en tenir à une approche strictement sémantique, nous n’aurions que peu de matière à travailler. Il n’existe, en effet aucune référence directe à la régénération dans l’Ancien Testament, tandis que dans le Nouveau Testament le terme grec original, palingenesia, n’est utilisé que deux fois (Mt 19.28 ; Tit 3.5). Les allusions indirectes sont cependant bien plus fréquentes qu’il n’y paraît de prime abord, comme nous aurons l’occasion de le voir dans les chapitres qui vont suivre.

Dans les cercles évangéliques, on limite souvent la régénération à l’opération intérieure du Saint-Esprit. Il ne s’agit cependant que d’une partie du tableau, car cette doctrine regroupe différentes manifestations qui sont toujours intrinsèquement liées entre elles. Le théologien australien Graeme Goldsworthy en distingue trois2:

  • La régénération objective, qui désigne l’œuvre de Dieu effectuée en Christ pour notre compte. Dieu accomplit objectivement en Christ ce qu’il réalise subjectivement chez le croyant (Ga 2.19, 20; Ro 6.4, 5; Ép 2.5, 6; 1 Pi 1.3; etc.).
  • La régénération subjective, qui n’est autre que l’œuvre souveraine du Saint-Esprit transformant le cœur (Tit 3.5), l’application de la régénération objective au croyant. Ce que Dieu réalise en Christ, il l’applique au croyant.
  • La régénération complète, qui est le renouvellement de toutes choses (Mt 19.28), le corollaire du renouvellement des croyants (Ro8.19-23), la plénitude du royaume de Dieu.

En bref, la régénération dépasse donc largement le cadre de l’expérience subjective, mais elle désigne plusieurs actes de Dieu se produisant à différents moments de la ligne de temps. Dans nos réflexions, c’est essentiellement à la notion de régénération subjective que nous ferons référence. La question que nous nous posons est celle du rôle du baptême d’eau dans cette expérience chrétienne introductive.

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Guillaume Bourin
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Quelle est la relation entre la régénération et le baptême ?
Le baptême, ce rite d’initiation à la foi chrétienne, est l’un des points majeurs de divergence parmi les chrétiens. Quelle est sa signification précise ? De quelle manière est-il connecté au salut ? Quand doit-il être administré ? Les principales dénominations chrétiennes apportent des réponses radicalement différentes à ces questions.
Dans cet ouvrage, Guillaume Bourin évalue la doctrine de la régénération baptismale, qui lie étroitement le salut individuel au baptême d’eau. Il y développe une argumentation convaincante, proposant d’interpréter les données bibliques non comme une forme de symbolisme baptismal, mais comme un moyen de grâce. Tout en s’attachant à démontrer cette conception du baptême, cet ouvrage propose d’en réformer l’application en la maintenant rigoureusement à l’intérieur des paramètres bibliques.

Puisque c’est sur cet aspect subjectif que nous nous focalisons, la définition de Wayne Grudem, bien que partielle, nous paraît appropriée: «La régénération est un acte secret de Dieu, par lequel il communique aux croyants une nouvelle vie spirituelle3.» En conformité avec la compréhension réformée, Grudem envisage la régénération comme un « acte secret de Dieu », d’initiative divine, dans lequel l’homme ne joue aucun rôle4. D’emblée, cette définition s’accorde mal avec la compréhension réaliste du baptême, dans laquelle l’acte d’immersion, d’aspersion, ou d’allusion constitue la cause instrumentale de la régénération. Il semble que l’un des points de désaccord est la place occupée par le Saint-Esprit dans ce processus : sa réception par le croyant coïncide-t-elle avec la régénération subjective, ou est-ce une expérience distincte ?

Régénration et réception du Saint-Esprit : une même expérience ?

Palingenesia, le terme grec généralement traduit par « régénération », signifie littéralement « nouvelle genèse », une expression qui n’est pas sans rappeler la «nouvelle naissance» chère aux mouvements mettant l’accent sur la conversion personnelle. En toute logique, la majorité des ouvrages évangéliques de théologie systématique envisage la régénération comme l’expérience décrite par Jésus dans Jean35. En d’autres termes, quand Christ dit à Nicodème « il faut que vous naissiez de nouveau d’en haut » (Jn 3.7 ; NBS), il lui dit en réalité « il faut que vous soyez régénérés ». De là à y voir une identification avec la réception du pneuma, l’Esprit de Dieu, il n’y a qu’un pas : après tout, ceux qui sont nés de nouveau ne sont-ils pas « [nés] de l’Esprit » (Jn 3.6, 8) ? Vu sous cet angle, régénération, réception du Saint-Esprit et nouvelle naissance seraient donc des expressions interchangeables désignant un évènement unique : le passage du croyant de la mort à la vie en Christ (régénération subjective).

Cependant, cette identification ne convient pas à tous, et le cloisonnement que les théologiens catholiques et orthodoxes établissent entre ces expériences pèse de manière décisive dans leur formulation de la régénération baptismale. En effet, les Églises sacramentelles dissocient nettement la régénération de la régénération de l’expérience de réception du Saint-Esprit. Si la première est associée au sacrement du baptême, la deuxième est liée à celui de la confirmation. De l’autre côté du spectre, dans le camp pentecôtiste, la doctrine du baptême du Saint-Esprit est décrite par certains comme une «seconde œuvre de grâce», dissociant potentiellement la régénération de la réception initiale du pneuma. La plupart des théologiens pentecôtistes contestent cependant cette stricte séparation et préfèrent distinguer la réception du Saint-Esprit (la régénération) du baptême du Saint-Esprit (la « deuxième expérience » en tant que telle).

Cet article est un extrait du livre « Je répandrai sur vous une eau pure : perspectives bibliques sur la régénération baptismale
 » de Guillaume Bourin


1 À titre d’exemple, voir les 16 principales erreurs sémantiques listées par Don Carson dans Erreurs d’exégèse, Trois Rivières, Éditions Impact, 2012, p. 27-64.

2 Graeme Goldsworthy, « Regeneration », dans New Dictionary of Biblical Theology, Downers Grove, InterVarsity Press, 2000.

3 W. A. Grudem, Théologie Systématique, Charols, Excelsis, 2010, p. 770-781.

4 Ibid.

5 Avec toutefois quelques exceptions notables, comme celle de Louis Berkhof que John Murray a certainement cherché à corriger. Voir à ce sujet le commentaire de Henri Blocher dans La doctrine du péché et de la rédemption, Vaux-sur-Seine, Édifac, 2001, p. 258, 261.

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