Radicalement ordinaire

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Un sur un milliard !

Nous sommes devant toi des étrangers et des immigrés, comme tous nos ancêtres. Nos jours sur la terre disparaissent comme l’ombre, sans espoir.

1 CHRONIQUES 29 : 15

L’homme ? Ses jours sont comme l’herbe, il fleurit comme la fleur des champs : lorsqu’un vent souffle sur elle, elle disparaît, et la place qu’elle occupait ne la reconnaît plus.

RADICALEMENT ORDINAIRE
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RADICALEMENT ORDINAIRE
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Éditions BLF. 176. 14,90 €.

Vivre et mourir sans que l’humanité ne vous remarque ?
Quelle profonde injustice !
Soyons honnêtes : nous brûlons d’envie de devenir quelqu’un. La preuve : nous dépensons toute notre énergie pour réussir, être admirés et laisser notre empreinte quelque part dans ce monde – n’importe où ! Le pire, c’est que nous tentons de masquer cela par des ambitions soi-disant spirituelles. Malheureusement, la plupart des chrétiens sont tombés dans le piège. Et nous sommes nombreux à ne pas nous en rendre compte.
Ce livre est un appel à suivre les traces de notre humble roi, à abandonner la vision humaine du succès et commencer à vivre de manière radicalement ordinaire. Je ne pouvais pas aborder ce sujet et, en même temps, me mettre en valeur. J’ai donc choisi de rester dans l’anonymat. Êtes-vous prêts, vous aussi à relever ce défi ?

PSAUMES 103 : 15-16

Sept milliards vingt-cinq millions quatre cent vingt mille trois cent quatre-vingt-dix.

C’est l’estimation la plus précise que nous avons de la population mondiale au moment où j’écris ces mots. Difficile de se sentir important avec ça. Nous avons du mal à imaginer ce que représente un tel chiffre, mais il nous arrive parfois de ressentir notre profonde insignifiance. Essayez donc de vous tenir tout en haut de l’Empire State Building à New York avec plus de huit millions d’habitants vivant juste en dessous. Ou assistez à un match de foot au Stade de France avec quatre-vingt mille personnes qui s’agitent autour de vous. Sillonnez aussi les rues de Monaco où trente-huit mille personnes s’entassent dans environ deux kilomètres carré. Si vous êtes déjà allé à Disneyland au mois de juin, dans une grande galerie commerciale en décembre, ou que vous avez essayé de faire du shopping le premier jour des soldes, vous savez probablement de quoi je veux parler. Il y a beaucoup de monde sur cette planète !

Vous est-il arrivé de vivre une expérience qui a fait voler en éclat toutes vos convictions quant à votre propre importance ? Pour ma part, cela s’est produit un vendredi après-midi, vers 15 h 30. Je me trouvais sur une autoroute complètement engorgée. Si au moins on avançait petit à petit… mais non ! On ne bougeait pas d’un pouce. Les voitures en sens inverse avançaient doucement (les chanceux !), et comme je n’avais rien d’autre à faire, j’ai commencé à observer tous ces gens au volant de leur voiture, fatigués après une longue journée de travail. Une femme vêtue d’une blouse en soie, visiblement nerveuse, se mettait du rouge à lèvres. Un sosie de James Dean discutait au téléphone dans sa Camaro flambant neuve. Un homme dans la trentaine chantait à tue-tête. Une dame asiatique plus âgée était vêtue de l’uniforme d’un supermarché. Une maman se disputait avec ses enfants. Et les voitures passaient… passaient… et passaient encore.

Au bout d’une centaine de voitures, j’ai commencé à me sentir un peu déprimé. Chacune de ces personnes avait une vie, un cercle de connaissances, une famille… Elles avaient toutes une histoire qui racontait leurs aspirations, leurs déceptions et leurs peurs. Pour qui est-ce que je me prenais, à me mettre dans tous mes états à cause des bouchons qui me retardaient pour je ne sais même plus quoi ? Qu’est-ce qui pouvait bien me laisser croire – moi ou qui que ce soit – que mon histoire, ma vie, était en quoi que ce soit différente, unique ou importante ?

Avez-vous déjà vécu cela ? Une fraction de seconde durant laquelle l’immensité de l’humanité vous réduit à un insignifiant grain de sable dans l’univers ? Un moment où la foule génère en vous un sentiment de désillusion, et vous vous dites alors : « Je n’ai aucune importance ! ». Si vous n’avez jamais vécu cela, cherchez une bonne occasion. Bien que ce soit une expérience plutôt inconfortable à vivre, il est bon pour notre âme de se sentir parfois insignifiant.

Salomon le savait bien. Au premier coup d’œil, son livre de l’Ecclésiaste a de quoi vous filer le bourdon, surtout pour les gens d’un naturel optimiste.

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanitédes vanités, tout est vanité.

Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord ; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie ; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire ; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise : « Vois ceci, c’est nouveau ! », cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Ecclésiaste 1 : 2-11 – Louis Segond

Je vous avais bien dit que c’était déprimant !

Mais attendez, ce n’est pas tout. Si l’existence de plus de sept milliards d’autres êtres humains et la réalité du schéma cyclique de l’histoire n’ont toujours pas réussi à vous convaincre de votre insignifiance, lisez ce qui suit.

Un monde vaste… très vaste

Dieu n’a épargné aucun détail en créant des milliards d’espèces qu’aucun être humain ne verra jamais. Les scientifiques ont fait de leur mieux pour nommer, catégoriser, décrire et étudier toutes les bestioles, les champignons, les bactéries et autres organismes en tous genres qui vivent sur et sous terre. Mais ils admettent volontiers qu’il est impossible de tous les compter. Les spécialistes estiment que le nombre d’espèces de champignons pourrait s’élever à 1,5 million ; et même si des dizaines de milliers d’espèces d’ascarides sont déjà connues, des millions n’ont probablement pas encore été découvertes. La prochaine fois que vous secouerez la terre avec vos gants de jardinage, imaginez les millions de bactéries qui vivent dans un seul gramme de poussière, représentant plusieurs milliers d’espèces3.

En bref, une quantité considérable d’organismes vivent et meurent sans jamais s’inquiéter de notre existence. Si cela ne détourne pas votre regard de votre petite personne, alors peut-être que vous devriez jeter un coup d’œil à l’étendue de l’univers. L’avez-vous fait récemment ?

Lorsque Dieu a créé les cieux et la terre, il n’a pas regardé à la dépense. D’ailleurs, l’immensité de ces derniers frôle l’exagération. La terre elle-même est déjà impressionnante, avec son orbite extrêmement précise, son atmosphère parfaitement équilibrée, les lois de la nature et de la physique, ses diverses formes de vie et sa biodiversité complexe. Mais la terre a une taille et une influence négligeables lorsqu’on la compare à la grandeur des cieux.

Si notre système solaire était représenté sur une règle de trente centimètres, notre soleil (qui a un diamètre plus de cent fois supérieur à celui de la terre) serait plus petit que le point à la fin de cette phrase. À la même échelle, notre galaxie, la Voie lactée, serait plus grande que l’Océan Pacifique. Mais ce n’est pas tout ! Si nous pouvions nous éloigner encore, nous nous rendrions compte que Dieu a créé une quantité innombrable de galaxies. Innombrable ! Notre propre galaxie contient plus de cent milliards d’étoiles, alors si on multiplie cela à l’infini4…

Une telle prise de conscience devrait donner un sens tout nouveau au verset 4 du psaume 147 : « Il compte le nombre des étoiles et leur donne à toutes un nom ». En Ésaïe 40 : 26, il est écrit : « Levez les yeux vers le ciel et regardez ! Qui a créé cela ? C’est celui qui fait sortir les corps célestes en bon ordre. Il les appelle tous par leur nom. Son pouvoir est si grand, sa force si puissante que pas un seul ne manque ». Et pourtant, la Bible dit : « Si tout cela ne représente qu’un aperçu de sa manière de faire, le faible écho qui nous en parvient, qui pourra comprendre le tonnerre de sa puissance ? » (Job 26 : 14).

Alors ? Vous commencez à vous sentir petit ? Si c’est le cas, vous êtes en bonne compagnie. Beaucoup d’hommes et de femmes de foi ont appris à se faire tout petits à la lumière de tout ce qu’est Dieu et de ce qu’il accomplit. Comme le disait Thomas a Kempis :

Celui qui veut apprendre à servir doit d’abord apprendre à faire peu de cas de lui-même […] « Bien se connaître soi-même et faire peu de cas de soi est la tâche la plus haute et la plus utile. Ne rien s’attribuer et, en revanche, avoir une bonne opinion des autres, c’est une grande sagesse et une grande perfection. »

Nous aimons l’idée de « perfection ». Nous pouvons tolérer l’idée d’« avoir une bonne opinion des autres ». Alors pourquoi rejetons-nous « la tâche la plus haute et la plus utile » qui consiste à « faire peu de cas de soi » ?

La nature de l’obscurité

Notre problème, et celui de l’humanité tout entière, n’est pas que nous manquions d’assurance comme la société nous le répète encore et toujours. Notre problème est bien plutôt que nous souffrons d’un sens surdéveloppé de notre propre importance. L’idée de n’être qu’un parmi les milliards d’êtres humains à avoir un jour foulé le sol de cette planète nous dérange, que nous en soyons conscients ou non. Nous avons une opinion de nous-mêmes tellement haute que le fait de vivre et de mourir en passant inaperçu nous semble terriblement injuste. Pourtant, pour la plupart d’entre nous, c’est à cela que Dieu nous appelle ! N’est-ce pas ? Le dictionnaire définit parfois le terme « obscur » de cette façon : « être relativement inconnu ». Cela résume bien ce que vit l’immense majorité de l’humanité, non ? Même les rares hommes et femmes qui ont laissé leur empreinte dans notre société – un orateur passionné, un athlète adulé, un politicien dynamique, un musicien doué ou un humanitaire dévoué – sont tout de même « relativement inconnus » à l’échelle de la conscience mondiale et surtout à celle de l’histoire. Même nous, les auteurs, ne pouvons échapperà cette obscurité. À chaque fois que je me balade dans une grande librairie, j’ai envie d’arrêter d’écrire pour de bon. Les mots de Salomon m’obsèdent alors que je regarde fixement cette quantité phénoménale de livres : « On n’en finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres » (Ecclésiaste 12 : 12) !

En fait, si nous prenons un peu de recul, nous comprenons que nous vivons tous dans l’obscurité. Mais nous avons du mal à nous le rappeler dans nos petits cercles d’influence. Il est facile de se dire que nous sommes quelqu’un quand nous sommes connus au sein de notre Église, au travail ou même à l’école de nos enfants. Quand nous possédons un beau portfolio, une quelconque distinction honorifique ou une plaque commémorative à notre nom quelque part dans un petit parc, l’orgueil s’infiltre en nous et nous pousse à vouloir plus : plus de reconnaissance, plus d’admiration, plus d’influence, plus, plus, toujours plus. Peu de gens, moi y compris, ont déjà essayé d’en vouloir moins.

L’obscurité peut prendre deux formes : elle peut être imposée (par Dieu) ou choisie (par nous). Je ne sais pas lequel des deux est le plus difficile. Tout ce que je sais, c’est que du point de vue humain et plein d’orgueil, les deux peuvent vraiment nous tracasser. Nous ne voulons pas être une personne lambda dans une foule. Nous ne voulons pas être juste un énième individu qui vit dans un pavillon de banlieue comme tant d’autres un peu partout. Et nous ne voulons surtout pas mourir sans avoir laissé notre empreinte quelque part… n’importe où.

Une poignée de gens vraiment « hors du commun » sur cette planète seront immortalisés dans les livres d’histoire, parce qu’ils ont changé le monde. Mais il y a peu de chance que l’un d’eux ait une quelconque raison de lire les mots de votre humble serviteur. Je peux donc me permettre d’ignorer ce groupe pour l’instant. En ce qui nous concerne –

nous, les 99,9 % de l’humanité, qui formons la première catégorie –, notre lot d’obscurité nous a été imposé. Malgré nos protestations et nos revendications, nos plaintes et nos sautes d’humeur, nous ne serons tout simplement jamais un Alexandre le Grand, une reine Élizabeth, ou même une Mère Teresa ou un Billy Graham.

Et même lorsqu’une forme d’obscurité générale nous est imposée, nous devons encore choisir d’opter pour l’obscurité sur le plan personnel– une humilité de cœur autant qu’une humilité de rang ou de statut. Et je crois que c’est le message que Dieu a pour nous. Un message qu’il a incarné aussi bien qu’enseigné.

Un sacrifice obscur

Nous entendons sans cesse parler des « grands hommes et femmes » de la Bible, ces véritables « héros de la foi ». Mais je me demande s’ils ne sont pas devenus célèbres simplement parce qu’ils ont été immortalisés dans un document lu à travers le monde entier. Réfléchissez un peu : si les vies de Joseph, Rachel, Jonas, Abraham, Moïse, Néhémie ou même celles du roi David et de l’apôtre Paul n’avaient pas été divinement archivées dans nos Bibles, les connaîtrions-nous aujourd’hui ? Pas plus que d’autres hommes, femmes et martyrs fidèles des civilisations anciennes et modernes, qui reposent à présent sans nom sous terre. Une foi exceptionnelle ne garantit pas une notoriété intemporelle. Prenons par exemple la renommée du « jeune garçon » aux cinq pains et aux deux poissons.

Vous connaissez probablement le miracle de la multiplication des pains. La version « école du dimanche » donne à peu près cela : un jour, alors que Jésus enseignait et guérissait une grande foule, il se fit tard. Trop tard pour rentrer à temps pour le dîner, et les gens affamés (y compris les disciples) commençaient à être grincheux. Bien sûr, personne ne voulait rentrer chez soi et manquer une seule parole de Jésus. C’est alors que le « jeune garçon » entre en scène. Bizarrement, Jésus demande à Philippe où ils pourraient acheter du pain pour nourrir une telle foule. André répond sur un ton sarcastique :

— Hé ! ici il y a un gamin avec quelques miches de pain et deux petits poissons. Ha, ha ! on n’ira pas bien loin avec ça !

Évidemment, Jésus savait précisément ce qu’il allait faire avec le repas de ce garçon. Il l’avait su toute la journée. Il l’avait su toute sa vie. Il allait nourrir des milliers d’hommes et de femmes.

Maintenant, pensez à cet enfant avec moi quelques minutes. Non seulement il était assez mûr pour passer son samedi à écouter un sermon plutôt que de traîner au skate-park, mais en plus il a fait preuve de beaucoup de foi en donnant toute sa nourriture sans aucune promesse de retour. Qui sait ? Il était peut-être un peu contrarié de renoncer à son

repas. Mais comme je suis certain que les disciples ne l’ont pas maltraité pour le lui prendre, il a bien dû finir par le donner de son plein gré. Et tout comme le fils qui n’avait pas envie d’obéir mais finissait quand même par faire ce que son père demandait (cf. Matthieu 21 : 28-32), ce garçon a clairement obéi à Dieu, même si son cœur n’était peut-être pas complètementdisposé au départ (c’est rassurant, non ? Qui d’entre nous n’a jamais eu ce genre de difficulté ?). Qu’importe sa première réaction, son acte d’obéissance exigeait de sa part une grande foi ! Et pourtant, son nom n’apparaît dans aucun Évangile, et il n’est plus jamais question de lui ailleurs.

Vous a-t-on déjà posé cette question qui sert souvent à briser la glace dans un groupe de discussion : « Quel personnage de la Bible aimerais-tu être ? ».

L’auriez-vous choisi ? Auriez-vous envie d’être le « jeune garçon » ? Seriez-vous d’accord de rester anonyme et d’offrir votre maigre ration à votre Sauveur, sans aucune promesse de retour, ni aucune garantie de notoriété ? Désirez-vous obéir à Dieu en le laissant accomplir ses miracles avec votre modeste « déjeuner » ? C’est ce que signifie choisir l’obscurité : être satisfait d’être « relativement inconnu » pour que Jésus soit, lui, plus reconnu. Accepter d’avoir faim pendant un temps pour que beaucoup d’autres soient nourris.

Je veux conclure ce chapitre avec un texte qui vous sera très familier au fil des dix prochains chapitres. En lisant ces mots, émerveillez-vous face à la majesté et à la splendeur d’un Dieu qui a pu créer d’innombrables espèces en un mot. Un Dieu qui connaît des milliards d’étoiles par leur nom et qui pourtant a choisi de devenir « relativement inconnu » pour vous et moi.

Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ : lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix.

C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus chacun plie le genou dans le ciel, sur la terre et sous la terre.

Philippiens 2 : 5-10

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