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Signaler un abus ne devrait pas être contesté. C’est biblique.

Plus par Jennifer Greenberg

J’avais l’impression qu’on m’avait menti, que les pasteurs en qui j’avais confiance m’avaient trahie. C’était un sentiment de noyade. Un mélange de panique et de chagrin.

Depuis les débuts de ma vingtaine, j’avais l’impression que les responsables de mon église avaient obéi à la loi de l’État du Texas et avaient dénoncé mon père et d’autres agresseurs d’enfants aux forces de l’ordre. Cependant, lorsque mon éditeur et moi avons travaillé à la rédaction de mon livre racontant mon expérience, nous avons vérifié tout ce qu’on m’avait dit.

Nous avons interrogé des pasteurs, des membres de la famille et des amis, et nous avons découvert que jamais mon père n’avait été signalé par eux, en dépit du fait que bon nombre d’entre eux étaient conscients qu’il commettait des violences sexuelles, qu’il était violent et côtoyait des enfants. En fait, certains responsables de l’église savaient que ma mère avait invoqué ses abus sexuels sur moi comme motif de divorce. Au lieu de le signaler, ils n’ont rien dit et ont permis à mes jeunes frères et sœurs de vivre avec un prédateur.

En apprenant cela, j’ai dit à mon pasteur à quel point je me sentais trahie. À cause de ces échecs, les abus avaient pu se poursuivre et plus d’enfants avaient été blessés. Certains de ces enfants étaient devenus suicidaires et d’autres avaient perdu leur foi en Dieu. Comme aucune mesure n’était prise, j’ai commencé à alerter d’autres responsables d’église et à parler publiquement de la vérité, jusqu’à ce que finalement quelqu’un m’écoute.

À cause de ces échecs, les abus avaient pu se poursuivre et plus d’enfants avaient été blessés.

En réponse à mes interventions, un ancien des églises presbytériennes (PCA) lança une enquête. Cette dernière dévoila que près de 15 pasteurs avaient en réalité violé la loi de l’état du Texas en négligeant de signaler mon père. Des courriels vieux de plusieurs décennies décrivant des péchés et des crimes avaient été balayés sous le tapis. Dans une réponse à la prière attendue depuis longtemps, un pasteur a déposé un rapport de police contre l’homme qui avait terrorisé ma famille pendant plus de 30 ans.

Puis, j’ai reçu une lettre de ma session [NDE : dans l’église presbytérienne américaine, les Anciens réunis pour délibérer sont appelés une « session ». Voir descriptif des OPC ici]   :

« Chère Jennifer, En avril 2020, votre session vous a avertie plus d’une fois de cesser de porter des accusations publiques et non fondées contre d’autres personnes…. Considérant que vous, Jennifer Greenberg, êtes reconnue coupable par des preuves suffisantes du péché de violations répétées du 9e commandement… Au nom et par l’autorité du Seigneur Jésus-Christ, je vous déclare suspendue indéfiniment des sacrements de l’Église… Jennifer, vous êtes en grand danger vis-à-vis du Seigneur. »

Personne n’avait demandé mon point de vue sur cette histoire. Mais ils n’auraient pas dû avoir besoin de le faire. La protection des enfants ne devrait pas être un sujet de controverse dans la famille de Dieu.

De nombreux survivants font face à l’opposition et à la censure lorsqu’ils disent la vérité à l’église. Nous pouvons apprendre à faire mieux que de supposer que leurs rapports sont des ragots ou des calomnies.

Ma condamnation a été considérée comme une malversation par d’autres anciens et annulée, mais ma session a ensuite porté d’autres accusations contre moi. Après avoir répertorié des preuves vérifiant chaque détail de mes récits, y compris des rapports de police, des dossiers judiciaires et le témoignage de 10 autres victimes, toutes les accusations ont été abandonnées.

J’ai pu rejoindre une autre église de l’OPC [organisation des églises presbytériennes] où je suis conseillée avec amour et où l’on s’occupe de moi. Cependant, mon ancien pasteur a diffusé un courriel diffamatoire à l’ensemble du conseil presbytéral en m’accusant d’être une menteuse et une fausse survivante d’abus.

Bien que la Bible soit pleine de rapports justes sur le mal, mon expérience est loin d’être unique. De nombreux survivants font face à l’opposition et à la censure lorsqu’ils disent la vérité à l’église. J’espère qu’en étudiant quelques exemples scripturaires, nous pourrons apprendre à faire mieux que de considérer leurs rapports comme des commérages ou des calomnies. Nous pouvons apprendre à prendre ces rapports au sérieux et à les traiter de manière responsable.

Abigaïl : « Mon mari est un méchant insensé »

Dans 1 Samuel 25, nous lisons le récit qui nous dit comment David rencontra Abigaïl. Abigaïl était mariée à un homme « dur et méchant » nommé Nabal (v. 3). Après que Nabal se soit moqué de David, ce dernier a décidé de tuer Nabal et tous les hommes de sa famille (v. 22).

Il y a trois exemples de rapports dans ce chapitre. Tout d’abord, les hommes de David « rapportent tout ce que Nabal a dit » contre David (v. 12). Ensuite, les serviteurs de Nabal ont rapporté l’incident à Abigaïl (v. 14). Enfin, Abigaïl rapporte à David : « Que mon seigneur ne prenne pas garde à ce méchant homme, à Nabal, car il est comme son nom ; Nabal est son nom, et il y a chez lui de la folie. » (v. 25)

Abigaïl avait-elle tort de dire la vérité au sujet de son époux ? Était-elle en train de commérer, de calomnier ou d’être insoumise ? Bien au contraire, l’Écriture (et donc Dieu lui-même) la loue pour son « bon sens » (v. 3). David la bénit également pour avoir fait preuve d’un « bon sens » (v. 33) et finit par l’épouser.

Paul: « Méfie-toi d’Alexandre »

En 2 Timothée 4:14–15, Paul avertit Timothée ainsi : « Alexandre le forgeron m’a fait beaucoup de mal ; le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Méfie-toi de lui, car il s’est fortement opposé à notre message ».

On ne sait pas clairement en quoi Alexandre a nui à Paul. Peut-être s’est-il « fortement opposé » à l’évangile en répandant de faux enseignements. Peut-être même a-t-il dénoncé Paul à des autorités anti-chrétiennes ou antisémites. Quoi qu’il en soit, Paul considérait Alexandre comme dangereux. Sur la base de ses expériences et avec le grand discernement qui était le sien, il cherchait à protéger Timothée.

Jean : « Je vais le rappeler à l’ordre »

En 3 Jean 1:9–10, l’apôtre avertit ainsi : « J’ai écrit quelques mots à l’Église ; mais Diotrèphe, qui aime à être le premier parmi eux, ne nous reçoit point. C’est pourquoi, si je vais vous voir, je rappellerai les actes qu’il commet, en tenant contre nous de méchants propos ; non content de cela, il ne reçoit pas les frères, et ceux qui voudraient le faire, il les en empêche et les chasse de l’Église ».

Jean signalait que Diotrèphe était dangereux, notamment parce qu’il « répandait des absurdités malveillantes » et utilisait la discipline de l’église contre les croyants. Comme si le fait d’écrire des lettres n’était pas suffisant, Jean promettait d’ « attirer l’attention sur ce qu’il [faisait] » lorsqu’il arriverait en personne. Mais là encore, il n’a pas attendu. Il a averti les autres de toute urgence, aussi vite qu’il le pouvait.

6 signes d’un rapport plein de justice

Abigaïl, Paul et Jean avaient tous des paroles fortes en ce qui concernait des personnes qui commettaient des abus contre d’autres personnes. Ils n’ont pas gardé ces abus secrets ni murmuré à leur sujet derrière des portes closes. Ils ont publiquement certifié ces abus dont ils avaient été témoins et dont ils avaient souffert.

Voici six éléments-clefs que ces signalements avaient en commun :

1. Véracité

Ils ont été honnêtes, même lorsque la vérité était embarrassante ou pénible. Ils ne se souciaient pas de savoir si cela pouvait nuire à l’image de marque de l’église ou donner une mauvaise image de l’agresseur.

2. Compte-rendu public

Aucun de ces rapports n’était privé. Qu’elle soit de nature spirituelle, verbale ou physique, Dieu considère la maltraitance comme un péché que nous devons dénoncer publiquement. Cela est conforme à 1 Timothée 5:20, qui dit : « Quant à ceux qui persistent dans le péché, reprends-les en présence de tous, afin que les autres soient dans la crainte ». D’autres personnes sont averties – non seulement pour leur éviter de tomber elles-mêmes dans le péché – mais aussi pour éviter qu’on fasse confiance à une personne indigne de confiance.

3. Urgence

Ils n’ont pas attendu que d’autres personnes soient blessées. Au contraire, ils se sont appuyés sur leur expérience personnelle pour démontrer la culpabilité d’une personne dangereuse. Bien qu’il semble que l’apôtre Jean ait eu en tête une sorte de procès ou d’action disciplinaire de l’église, il n’a pas attendu d’être arrivé pour témoigner de ce dont il avait été témoin, et encore moins qu’un procès soit terminé, pour avertir les autres.

4. Protection

Tout comme Abigaïl a protégé sa maison de l’imprudence de Nabal, Paul a protégé d’Alexandre Timothée et l’église, et Jean a protégé de Diotrèphe Gaïus et l’église. De même, lorsque nous rencontrons une personne qui commet des abus ou un faux-enseignant, nous devons protéger les autres, en particulier les enfants (cf. Matt. 18:10).

5. Justice

Abigaïl, Paul et Jean n’ont rien fait par vengeance, manipulation ou tromperie. Ils ont demandé justice à juste titre. Après la mort soudaine de Nabal, David s’est réjoui en disant : « Le Seigneur a fait retomber le mal de Nabal sur sa propre tête » (1 Sam. 25:39). Dans le même esprit, Paul a dit à Timothée : « Le Seigneur rendra à [Alexandre] ce qu’il a fait » (2 Tim. 4:14). Jean a promis de confronter Diotrèphe en personne à son péché. Pour nous aujourd’hui, cela peut signifier avoir recours à la discipline d’église et, en cas de crime ou de danger physique, à alerter les autorités.

6. Amour

Abigaïl, Paul et Jean ont parlé par amour ; par amour pour Dieu et par amour pour le peuple de Dieu. En Jean 13:35, Jésus a dit : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». En revanche, Jean a expliqué que ceux qui commettent et perpétuent les abus ne sont pas de Dieu, en disant : « Cher ami, n’imite pas ce qui est mauvais, mais ce qui est bon. Quiconque fait ce qui est bon vient de Dieu. Celui qui fait le mal n’a pas vu Dieu » (3 Jean 1:11).

C’est le pécheur – et non la personne qui dénonce le péché – qui est responsable de la division et de l’agitation. En dénonçant la vérité, nous favorisons la paix et l’unité entre les croyants

C’est le pécheur – et non la personne qui dénonce le péché – qui est responsable de la division et de l’agitation (Ézek. 18:20). En énonçant la vérité, nous favorisons la paix et l’unité entre les croyants.

Bien que les auteurs d’abus puissent prétendre aimer Dieu avec leur bouche, leurs actions racontent une histoire différente. Par conséquent, nous n’abritons pas les auteurs d’abus et ne leur permettons pas d’agir au nom de Jésus. Au contraire, nous rejetons leurs actions infructueuses issues des ténèbres et les exposons à la lumière (Éph. 5:11).

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