Repérer les dérives

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Repérer les dérives ne suffit pas. C’est néanmoins important. Pour soi-même, et pour les autres si on veut respecter la logique de la poutre et de la paille !

Ces dérives peuvent concerner un individu, petit ou grand ; mais aussi une église, un pays, une génération. Les prophètes ont été envoyés à cause des dérives, par amour. L’esprit prophétique n’est pas moins important aujourd’hui.

Ce qui est désigné comme une dérive n’est pas forcément une chose  mauvaise en soi. C’est souvent un mauvais usage de cette chose. Le professeur William EDGAR, par exemple, parle de l’hérésie de l’amour [1], non pas pour dire que l’amour serait hérétique (!), mais parce que le choix de « privilégier » l’amour en oubliant la sainteté constitue, lui, une hérésie, un gauchissement de l’équilibre biblique.

Ici, je voudrais désigner 5 dérives qui nous entourent et qui, peut-être, nous serrent de près.

1) La dérive spiritualiste 

La dérive spiritualiste focalise sur les visions, la louange et la guérison. Les visions, la louange et la guérison sont choses excellentes, qui manquent sans doute ici et là. On constate parfois, cependant, un engouement pour ces ‘activités’ qui peut paraître suspect, comme s’il s’agissait là du summum du ministère chrétien. Le risque de dérive est alors réel, d’autant plus redoutable que les intentions sont parées de haute spiritualité et toucheront maintes personnes pieuses. Ce qui doit alerter, c’est l’usage équivoque de l’Ecriture, dans bien des cas : au mieux on n’en retiendra que certains passages sans tenir compte de son enseignement global ; au pire on considèrera qu’il est préférable de recevoir des révélations directement plutôt que d’étudier sérieusement la Bible.

2) La dérive humaniste

La dérive humaniste focalise sur l’humanitaire et le social. Il n’est pas aisé de parler contre l’humanitaire et le social ! En fait, il n’y a rien à dire contre l’humanitaire et le social ; sauf quand ils se nourrissent d’un pseudo-évangile et d’une pseudo-espérance, en lieu et place des vrais. Le refus du caractère « scandaleux » de certains aspects de l’Evangile biblique, le désir d’être reconnues par les autres, intégrées, ont conduit maintes églises, catholiques et protestantes et même évangéliques à donner à l’humanitaire et au social une place qui n’est pas la leur. Que des chrétiens aient à coeur de s’investir dans ce domaine, c’est non seulement compréhensible, mais c’est même souhaitable. Mais où voit-on que le Seigneur donne un tel mandat à son Eglise en tant que telle ?

3) La dérive séculière

La dérive séculière focalise sur le fonctionnement associatif. Vive les associations ! Mais pas pour définir l’Eglise, ni les ministères, ni le programme des activités. Il ne s’agit pas d’être hors la loi, ni de favoriser un fonctionnement dictatorial ou anarchique. Il s’agit de ne pas troquer les injonctions de l’Ecriture contre les dispositions établies par le législateur, ni même de les placer à la même hauteur. Or, cette tentation de superposer exactement les deux a considérablement affaibli la vision biblique de l’Eglise et de sa vocation. Les anciens deviennent des conseillers, les pasteurs des permanents salariés, les assemblées générales des lieux de récrimination.

4) La dérive culturelle

La dérive culturelle focalise sur la culture chrétienne ou sur le Protestantisme. On aime le Protestantisme. Son histoire est parsemée d’épisodes et de faits remarquables. Malheur à ceux qui pensent que tout à commencé il y a 30 ans ! Cependant, qu’est-ce que le Protestantisme aujourd’hui ? Est-il à même de dessiner les contours de notre horizon ecclésial, de définir notre identité première et notre jugement ? Il y a au sein du Protestantisme des courants qui relativisent ou nient des vérités fondamentales de la foi chrétienne. La focalisation sur le « vivre-ensemble » et le « respect des autres » a rangé sous la rubrique ‘tradition’ des enseignements et des convictions pourtant sérieusement étayés par l’Ecriture.

5) La dérive psychologique

Je voudrais mentionner encore ce qu’on pourrait appeler la dérive psychologique, à grand renfort de ressources tirées des sciences humaines (sociologie, anthropologie, psychanalyse…), pour venir au secours de la théologie jugée desséchante et des doctrines jugées séparatrices. Il y aurait beaucoup à dire. Je retiens un des fruits de cette tendance : la victimisation. Tout être humain est principalement regardé comme souffrant et victime d’injustices. Chacun comprend la part de vérité contenue dans ce regard. Oui, tout homme, toute femme peuvent être regardés comme souffrants. Les animaux aussi, d’ailleurs, et cela est à même de mobiliser bien des comportements, bien des initiatives en termes d’assistance. La Bible nie-t-elle cela ? Non. Ce qu’elle  nie, c’est que l’homme soit essentiellement (ou uniquement) un souffrant. Toute l’Ecriture et même tout l’Evangile font apparaître que l’homme est essentiellement un pécheur, y compris le souffrant. Le premier mal, chronologiquement, n’est pas une blessure, c’est une transgression.

Je le répète : la louange, les vision et les guérisons, l’humanitaire et le social, le cadre associatif, le Protestantisme, la psychologie… ne sont pas des réalités mauvaises en soi, loin de là. Cependant, dès lors qu’elles ne sont plus à leur place, dès lors qu’elles tendent à devenir premières, elles contribuent à une forme de gauchissement de l’Evangile, à une dilution du message et de l’espérance chrétiens, à un amoindrissent de la notion biblique d’édification autour de la personne de Jésus-Christ. Cela mérite qu’on y soit attentif.

[1] William Edgar : « La discipline ecclésiastique et l’hérésie de l’amour ». La Revue Réformée n° 13761984/1

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