Ce que j’aurais voulu savoir : réflexions sur 40 années de ministère pastoral

Depuis octobre 2013, Evangile 21 publie chaque semaine de nouveaux articles, ce qui constitue aujourd’hui une base de presque un millier d’articles. Nous désirons profiter de l’été pour revisiter nos archives et vous re-proposer quelques articles publiés au cours de ces années.


Cet article est tiré d'une conférence que j'ai récemment donnée. J'y énumère en 10 points ce que j'aurais voulu déjà savoir au début de mon ministère pastoral.

1. J'aurais voulu savoir qu'il est possible d'aimer Dieu, et de rechercher sa gloire avec autant, si ce n'est plus, de ferveur que moi, et ne pas s'accorder sur tous les points de doctrine. L'orgueil nous pousse à croire le contraire, et peut engendrer de graves problèmes dans le ministère, et ruiner tout effort de tisser des liens inter-dénomianationnels.

2. J'aurais voulu savoir qu'il n'existe pas de liste type qui raccroche les gens à notre ministère, ou les garde assidus les dimanches matins. Le croire produira indubitablement une immense frustration. J'aurais voulu être blindé pour faire face aux sentiments de trahison et de déception lorsque des personnes, auxquelles j'avais consacré tant d'amour, de temps et d'énergie, décidaient de quitter l'église pour des raisons souvent futiles.

3. J'aurais voulu savoir que les gens de manière générale souffrent. Étant né dans une famille chrétienne équilibrée, où on s'aimait, j'oubliais à quel point c'était une vraie bénédiction, et que beaucoup n'avaient pas eu cette chance. J'ai longtemps cru que si je ne souffrais pas, les autres ne souffraient pas non plus. Je me cachais derrière la chaire pour ne pas voir les souffrances et les problèmes de l'assemblée, au lieu de l'utiliser pour compatir aux souffrances de mon auditoire, et panser ses blessures grâce à la Parole de Dieu.

4.

“L'Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi un héros qui sauve ;

Il fera de toi sa plus grande joie ;

Il gardera le silence dans son amour pour toi ;

Il aura pour toi une triomphante allégresse.”

J'aurais voulu appliquer cette vérité de Sophonie 3 : 17  – dans ma vie, bien avant que je ne la découvre dans une chanson de Dennis Jernigan, un chanteur chrétien américain. Lorsque j'écris un livre, je suis flatté lorsqu'on me dit que ce dernier a été utile, ou qu'il a permis de mieux comprendre une vérité biblique. Pourtant il n'y a qu'à la lecture d'un seul de mes livres, The Singing God (Le Dieu qui chante), qu'on m'a dit « Ma vie en a été transformée ».  En disant cela, je n'essaie nullement de vendre plus de livres, mais je souhaite rappeler que beaucoup de personnes, y compris des pasteurs, pensent qu'elles déçoivent Dieu, ou qu'il est en colère contre elles, ou les deux à la fois. J'aurais aimé savoir combien Dieu aime chanter, pousser des cris de joie en pensant à eux, en pensant à moi.

5. J'aurais voulu savoir que les remarques des autres à mon égard feraient souffrir ma femme. Pendant des années, j'ai cru qu'elle était aussi forte que moi. Il faut savoir qu'une femme, quel que soit son caractère, souffrira toujours plus que son mari lorsqu'on le critiquera.

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6. J'aurais voulu savoir qu'il est essentiel de bien se connaître, et qu'agir en conséquence avec réalisme et humilité l'est tout autant. N'ayez pas peur d'être introverti ou extraverti, ou un mélange des deux. Prenez des mesures pour palier  vos faiblesses, en vous entourant de personnes qui ne vous ressemblent pas, qui combleront vos lacunes et vous aideront à analyser de manière perspicace ce que vous pouvez faire, et ce dont vous êtes incapable.

 

7. J'aurais voulu savoir qu'une vision complémentaire de la relation homme-femme est indubitablement biblique et qu'on peut enrôler les femmes dans quasiment tous les services de l'église. Au début de mon ministère pastoral, je craignais d'aller à l'encontre de principes bibliques en autorisant les femmes à exercer un ministère dans l'Église locale. Pourtant la Bible n'impose pas de telles restrictions. J'avais tendance à extrapoler des principes bibliques clairs, et adopter des applications erronées. Mis à part endosser toute forme d'autorité dans la direction de l'église (tâche qui revient aux anciens), et l'enseignement de l'Ecriture, rien, d'après la Bible, ne leur est interdit. Faites-moi confiance, les hommes ! On a besoin d'elles bien plus qu'on ne le croit !

8. J'aurais voulu savoir qu'il est normal de parler argent. N'ayez pas peur d'en parler ! Restez humble et biblique ! Ne le faites pas pour avoir une augmentation, à moins d'en avoir désespérément besoin ! J'ai longtemps négligé l'importance d'une bonne gestion financière comme faisant partie intégrante de la croissance chrétienne tant j'avais de l'aversion pour ces défenseurs de l'évangile de la prospérité. Je n'arrivais pas à demander un soutien financier à long terme sans paraître égoïste à mes propres yeux.

9. J'aurais voulu savoir que la confidentialité n'est qu'une illusion. Malheur à celui qui croit le contraire ! On peut, et on doit contrôler ce que l'on nous confie ; par contre on ne peut jamais contrôler ce que nous confions aux autres. Ne surestimez jamais la personne à qui vous confiez un secret même si elle vous jure la confidentialité. Soyez perspicace lorsque vous choisissez un confident, déterminez les termes de cette confidentialité (il y en a quasiment toujours), sélectionnez les sujets de cette confidence. « Sam, il semble que tu n'aies pas beaucoup confiance en la nature humaine ? » me direz-vous. Ce n'est pas que je ne lui fais pas confiance, mais plutôt qu'elle me terrifie car je crois ce qu'en dit la Bible !

10. J'aurais voulu savoir que lorsqu'on est pasteur et peu sûr de soi, les répercussions peuvent être désastreuses. Ne manquant pas forcément de confiance en moi, j'ai surtout pu en observer les conséquences chez mes confrères. Alors, en quoi est-ce si désastreux ?

  • Un pasteur peu sûr de lui est incapable de reconnaître et d'apprécier le travail des autres (anciens ou membres de son Église). En d'autres termes, il lui est très difficile d'encourager sincèrement les autres. Il voit leurs réussites comme une menace contre sa personne, son autorité et son statut. Par conséquent, il lui est impossible de prier pour leur épanouissement personnel !
  • Un pasteur peu sûr de lui ne soutient, n'encourage, et ne félicite un confrère que dans la mesure où ce dernier lui prête mainforte en cas de besoin, et ne nuise pas à son image !
  • Un pasteur peu sûr de lui n'apprécie pas qu'on fasse l'éloge des autres anciens ou diacres devant lui !
  • Un pasteur peu sûr de lui ne voit pas d'un bon œil les remarques constructives. Il les perçoit comme une menace, comme une marque de rejet pur et simple.
  • Un pasteur peu sûr de lui est incapable de reconnaître ses lacunes ou d'éventuels échecs. On ne peut par conséquent rien lui apprendre. Il refuse catégoriquement toute aide extérieure, tout complément d'information dans une situation donnée. Ainsi, il grandit peu spirituellement.
  • Un pasteur peu sûr de lui est maladroit dans ses interactions avec les autres.
  • Un pasteur peu sûr de lui veut tout contrôler, et gère les autres et les affaires de l'Église comme une petite entreprise.
  • Un pasteur peu sûr de lui ne donne pas la possibilité aux autres d'utiliser leurs dons à bon escient. Au lieu de leur donner le champ libre, il préfère les limiter.
  • Un pasteur peu sûr de lui a souvent des accès de colère.
  • L'orgueil est à l'origine du manque de confiance en soi.

En conclusion, le manque de confiance en soi provient d'un cœur qui ne veut pas croire ce que dit l'Évangile. La solution ? Croire dur comme fer que notre valeur dépend de Dieu, et non des autres, et que notre identité reflète ce que nous sommes en Christ. Ce n'est que lorsque nous saisirons l'amour que Christ a témoigné pour nous lors de son sacrifice sur la croix, que nous pourrons vraiment soutenir les autres sans craindre que leurs succès nous fassent de l'ombre.


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