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Les chrétiens ont besoin de héros.

Je sais, bien entendu, que Jésus est le héros suprême. Il est le seul héros sans défaut, le seul héros substitut-pour-nos péchés, le seul héros qui meure et ressuscite. Mais cela ne veut pas dire que Jésus est la seule sorte de héros.

En tant que chrétiens, nous avons raison d’être inspirés par des frères et sœurs fidèles. Pour quelle autre raison Timothée et Tite étaient-ils censés montrer aux croyants un bon exemple ? Pour quelle autre raison nous sont énumérés les Héros de la Foi, en Hébreux 11 ? Pour quelle autre raison nous est-il dit en Hébreux 13:7 de nous souvenir de nos conducteurs, de considérer la fin de leur chemin de vie et d’imiter leur foi ? Dieu nous dit, tout à fait comme aux lecteurs de la lettre aux Hébreux : n’oubliez pas vos héros ; apprenez de leur exemple ; soyez semblables à eux en tout ce qui était bon.

Mais, comment pouvons-nous dire quels héros devraient réellement être des héros ?

Nous sommes tous d’accord pour dire que chaque héros, à l’exception de Jésus, est imparfait. Nous pouvons aussi convenir que de nombreux héros imparfaits ont des éléments de leur théologie, de leur pratique ou de leur courage qui sont dignes d’imitation. Mais, au-delà de ces truismes, qui a le droit d’être célébré ? Martin Luther est-il sorti des limites à cause des commentaires sur les Juifs faits dans sa vieillesse ? Ou Calvin à cause de Servet ? Ou Jonathan Edwards à cause de l’esclavage ? Dabney est-il un théologien digne d’être célébré même s’il était un raciste acharné ? Martin Luther King Jr. peut-il être loué même si sa théologie n’était pas évangélique et s’il a violé plusieurs fois le septième commandement ? Qui peut faire l’objet de biographies chrétiennes inspirantes ? Qui autoriserait-on à nous enseigner dans nos séminaires ? Qui mérite d’avoir des bâtiments, des écoles et des conférences (et des enfants !) nommés d’après leurs noms ? Qui pourraient être vos amis (ou amies) ?

Les conducteurs dans l’épître aux Hébreux

Une façon de répondre à la question est de regarder à nouveau Hébreux 13:7, « Souvenez-vous de vos conducteurs, qui vous ont annoncé la parole de Dieu. Considérez la fin de leur vie et imitez leur foi. » Certes, il y a des milliers de personnes, mortes et vivantes, de la vie desquelles nous pouvons apprendre. Vous pouvez célébrer le courage de Jackie Robinson, l’art de gouverner de Winston Churchill, ou la magnanimité d’Abraham Lincoln sans faire d’eux de saints patrons du christianisme évangélique. Mais, quand on parle de héros chrétiens pour un peuple chrétien, Hébreux nous apprend à regarder trois choses : ils enseignaient fidèlement la Parole, ils vivaient une vie exemplaire et ils se confiaient dans les promesses de Dieu.

Voilà un point de départ pour évaluer des héros et des héros potentiels. Nous avons tous des défauts. Nous avons tous des domaines de notre personnalité et de notre pratique que les autres feraient bien d’éviter. Mais les « conducteurs » dans l’épître aux Hébreux étaient, semble-t-il, au moins en termes généraux, des personnes dignes d’être imitées. Nous ne parlons pas de perfection, mais d’exemples. Posez-vous cette question : si davantage de personnes dans l’église croyaient ce que mes héros croyaient et vivaient comme mes héros vivaient, l’église serait-elle un lieu plus sain et plus saint ?

Quand on parle de héros chrétiens pour un peuple chrétien, Hébreux nous apprend à regarder trois choses : ils enseignaient fidèlement la Parole, ils vivaient une vie exemplaire et ils se confiaient dans les promesses de Dieu.

Bien entendu, même cette question peut recevoir des réponses variées, selon votre contexte et selon des éléments que vous pensez être les plus importants dans l’enseignement et la façon de vivre une vie chrétienne exemplaire. Il peut y avoir différents héros pour différentes époques et différents lieux. Mais nous ne sommes pas laissés entièrement à notre guise pour classer les vertus réellement importantes et les vices réellement mauvais. Peut-être pouvons-nous atteindre un terrain d’entente en classant un héros chrétien « dedans » ou « dehors » si nous considérons l’ensemble de la vie qu’il a vécue.

Les rois dans les Chroniques

Les verdicts sur les rois de Juda sont instructifs à cet égard. Considérons certains exemples.

Roboam : Il peut avoir été fort à certains égards, mais, par-dessus tout, il pratiqua le mal et ne chercha pas le Seigneur (2 Chron. 12:13-14)

Asa : Il fit ce qui était bien et juste aux yeux du Seigneur (2 Chron. 14:2). Asa fut l’un des meilleurs rois de Juda, même s’il fut loin d’être sans imperfection. Les hauts lieux ne furent pas ôtés d’Israël, mais le cœur d’Asa fut pleinement vrai durant tous ses jours (2 Chron. 15:17). Même si Asa a achevé son règne comme un roi insensé, cruel et orgueilleux, il lui a encore été accordé une place privilégiée dans sa mort et on fit un grand feu en son honneur (2 Chron. 16:14).

Josaphat : Il fut un autre bon roi qui fit ce qui était droit aux yeux du Seigneur. Mais, à nouveau, comme son père, il n’ôta pas les hauts lieux du pays (2 Chron. 20:32-33).

Joram : Celui-ci a été mauvais. Il fit ce qui était mal et mourut sans que personne ne le regrette. Il fut enterré dans la cité de David, mais pas dans les tombeaux des rois (2 Chron. 21:20).

Joas : Il fit ce qui était juste durant les jours de Jehojada le prêtre, mais une fois que Jehojada fut parti, Joas devint perfide. Quand il mourut, il fut enseveli dans la cité de David, mais pas dans les tombeaux des rois (2 Chron. 24:2, 25).

Ézéchias : Il fut un des meilleurs rois de Juda, faisant ce qui était juste aux yeux du Seigneur (2 Chron. 29:2). Même si ses derniers jours furent marqués par un orgueil mesquin, il fut honoré à sa mort (2 Chron. 32:33).

Manassé : Il a été l’un des rares rois qui a fini mieux qu’il n’avait commencé. Il fit le mal aux yeux du Seigneur, mais dans ses derniers jours, il s’humilia devant Dieu (2 Chron. 33:2, 12-13). Néanmoins, on se souvient de lui comme d’un exemple du mal, un roi dont le règne fut marqué par le péché et l’incrédulité (2 Chron. 33:19, 22).

Nous n’avons là qu’une liste partielle, seulement sept des vingt monarques du royaume du sud. Mais cette liste nous suffit pour renforcer notre idée principale : en cherchant à déterminer si un « conducteur » est digne d’honneur, nous devons considérer la totalité de sa vie. Joas ne fut pas un héros en Juda en ne se conduisant bien que durant la moitié de son règne. Le règne de Manassé ne fut pas racheté par son humilité finale, même si, du point de vue spirituel, Manassé s’est trouvé en une situation bien meilleure à la fin de sa vie. Dans le sens inverse, Asa reçut un grand honneur dans sa mort, même s’il a trébuché dans la dernière ligne droite. Ézechias aurait pu finir avec son effigie sur un T-shirt, contrairement à Roboam.

Des héros dans l’église

Alors, qu’est-ce que cela signifie pour nous et nos héros ? Pour commencer, nous devrions être honnêtes. Sincères au sujet des fautes des gens de valeur et honnêtes au sujet des choses que de mauvaises personnes ont faites et qui étaient justes. Plus que cela, les exemples dans les livres des Chroniques suggèrent que nous devrions faire la distinction entre les hauts lieux et les péchés à main levée. Au risque de choquer tout le monde, ma conviction est que l’esclavage est un haut lieu pour Edwards, alors que le racisme était un péché à main levée pour Dabney. L’esclavage occupait peu de place – encore moins une place centrale – dans la pensée et le ministère d’Edwards. Alors que les écrits de Dabney sont souvent remplis de racisme et animés par le désir de défendre l’esclavage. Cela veut-il dire que nous n’avons rien à apprendre de la théologie de Dabney ? Bien entendu non, mais cela signifie que je ne voudrais pas célébrer Dabney, comme je le ferais d’Edwards, comme l’un des grands héros de la foi.

Je réalise qu’un regard rapide sur Hébreux 13 et sur les Chroniques ne répondra pas à toutes les questions épineuses qui environnent nos héros imparfaits. Mais nous pouvons au moins voir que la Bible a une catégorie pour les héros, et une catégorie attenante pour ceux qui sont imparfaits. Que Dieu nous donne la sagesse, l’humilité et le courage pour être honnêtes quant à nos hauts lieux, tout en étant reconnaissants pour ceux – vivants et morts – que Dieu voudrait que nous honorions.

Kevin Deyoung sera l’un des orateurs principaux ce notre prochain séminaire à Genève 

 

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