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« La personne non née n’a pas de droits constitutionnels. » Hillary Clinton (3 avril 2016)

C’est mal de tuer une personne, mais admissible d’exterminer un rat. Avec cette logique, le Nazi moyen pouvait se convaincre que tuer des Juifs était possible puisque les Juifs étaient des « rats », des rats dangereux et transportant des maladies. C’est ce qu’observe David Livingstone Smith dans son livre de 2012, Less than Human: Why We Demean, Enslave, and Exterminate Others. (Moins qu’humain : pourquoi nous dénigrons, asservissons et exterminons les autres.)

L’observation de base du livre de Smith est que les gens déshumanisent leurs ennemis avant de les asservir, de les torturer ou de les tuer. Les Hutus du Rwanda regardaient les Tutsis comme des « cafards » et les ont matraqués à mort par centaines de milliers. Les Blancs Américains appelaient les Indiens d’Amérique « sauvages », et les Noirs Américains « propriété » pour justifier le viol, le vol et les tas de cadavres. Les dossiers historiques s’accumulent, jusqu’à remonter à la littérature de la Chine antique, de l’Egypte ou de la Mésopotamie.

C’est dur de tuer ou d’asservir sa propre espèce, dit Livingstone. C’est plus facile de tuer quelque chose de sous-humain, surtout s’il s’agit de meurtres systémiques et légaux. Un régime assassin n’a pas seulement besoin de puissance, il a également besoin de légitimité, d’un argument moral, d’un sens de ses… droits.

Si nous faisons un saut jusqu’à aujourd’hui, est-ce surprenant, alors, que les partisans pro-choix appellent « entité » ce qui se trouve à l’intérieur de l’utérus d’une femme… eh bien, comment devrait-on l’appeler ? Un fœtus ? Des tissus organiques ? Le contenu utérin ? Un amas de cellules ? Une partie du corps de la femme, comme un appendice ?

De plus, nous ne devrions pas être surpris que les partisans pro-choix emploient nos valeurs américaines les plus sacrées pour maintenir leur régime : « choix » ou « liberté », ou « les droits d’une femme ». Il n’y a de plus grand argument que ceux-là dans l’univers moral américain. Sauf, peut-être, la vie. Donc cette chose ne doit pas vraiment être une vie humaine, pas vrai ?

Vous voyez comment l’argument fonctionne. Il suit le même schéma que presque tous les autres régimes d’esclavage ou de génocide dans l’Histoire.

Humain, mais pas une Personne

Hier, les oppresseurs utilisaient le langage de la science, appelée la science des races, pour déprécier l’humanité de leurs victimes ou de leurs esclaves. Les Noirs Américains n’avaient pas de « sang blanc ». Les Nazis prétendaient avoir développé un test pour révéler le sang « non aryen ».

Aujourd’hui, les féministes pro-choix et les philosophes admettront que l’entité non née possède de l’ADN humain. Après tout, il n’a pas l’ADN d’un chien ou d’un cafard. Nous sommes plus futés que les Nazis. Mais ces auteurs emploient la catégorie philosophique de la personne, pour maintenir la distinction entre l’entité non née et un humain possédant des droits. Etre une personne requière une « viabilité » ou une « sensibilité », ou quelque chose comme ça.

D’une façon ou d’une autre, que ce soit dans le langage de la science (qu’est-ce qu’un humain ?) ou de la philosophie (qu’est-ce qu’une personne ?), nous trouvons une façon de déprécier « ça ». Le zygote, l’embryon, le fœtus – des mots qui appartiennent à un film sur les extraterrestres – ne sont pas complètement nous. Ironiquement, le lobby pro-choix se positionne comme un mouvement pour l’équité, le progrès et la protection des opprimés. En attendant, les cliniques d’avortement proposent un menu déroulant sur leur site internet avec des parties de fœtus à vendre : langue, yeux, poumons, tête, ovaires, cuir chevelu (comme on peut le voir sur le document Exhibit C3, p9).

Le lapsus d’Hillary Clinton

Quelle négligence, par conséquent, de la part d’Hillary Clinton, de s’égarer hors du schéma en avril. « La personne non née n’a pas de droits constitutionnels » a-t-elle dit dans une interview à la MSNBC. Est-ce qu’elle n’avait pas reçu le mémo du Planning Familial International recommandant aux partisans pro-choix de ne pas utiliser le mot en « P » ?

La secrétaire Clinton s’est encore plus enfoncée en utilisant ensuite le mot en « E » : Le fait que ces personnes non nées n’ont pas de droits constitutionnels, a-t-elle continué, « ne signifie pas que nous n’allons pas faire tout notre possible dans la grande majorité des cas pour, vous savez, aider une mère qui porte un enfant et veut être sûr que cet enfant sera en bonne santé, à recevoir le support médical approprié. » Attendez, c’est un enfant ?

Eh bien, pas un enfant à part entière, apparemment. Vous pouvez avoir un certain niveau d’obligation morale envers un enfant sous-humain. Vous allez nourrir les enfants de vos esclaves, par exemple. Donc, parfait, parfait, « remplissez vos obligations », concède Clinton, mais souvenez-vous que ça « n’inclut pas de sacrifier les droits de la femme à prendre des décisions. » Ah, nous y voilà, en sécurité de retour au schéma.

Tu es une personne si je veux que tu le sois.

Supposons pour un moment hypothétique que tuer une « personne » est quelque chose de mal. Qu’est-ce qui fait d’une personne une personne ?

Une définition encore populaire remonte à la Grèce antique : l’homme est un animal rationnel. Contrairement aux autres bêtes, les humains peuvent penser (parfois). Une théorie simple mais qui n’est pas suffisante moralement. Le fait d’être une personne transcende le don de certaines facultés intellectuelles. Si le fait d’être une personne dépend de la rationalité, que faisons-nous des handicapés mentaux, ou de ceux qui souffrent de démence sévère, des comateux ou, dans le cas présent, de celui qui n’est pas encore né ?

Voyons les choses de façon plus basique. Tout ce qui est nécessaire pour être une personne est d’être membre d’une espèce. Un humain est tout simplement une personne, de façon irrévocable et inconditionnelle. Par conséquent, cela n’a aucune importance que quelqu’un soit handicapé, inconscient ou « viable ».

Considérons l’autre aspect. Si l’appartenance à une espèce n’est pas le standard, alors il incombe à  celui qui a le plus de pouvoir d’établir les critères pour savoir quelles personnes « sont des personnes », et quelles personnes « ne sont pas des personnes ». Si vous possédez toutes les armes, ou toutes les matraques, ou tous les terrains, ou une majorité à la Cour Suprême, vous avez le droit d’établir les standards pour savoir qui est et qui n’est pas une personne. Ça semble effrayant ?

En fait, si vous êtes une mère, vous avez alors exactement ce pouvoir.

Dans l’affaire Roe vs Wade, sept juges ont déterminé qu’une femme a « un droit au respect de sa vie privée » basé sur le fait que son corps et ses organes reproducteurs lui appartiennent. Elle doit être traitée comme étant autonome et possédant le droit d’éliminer un enfant qui n’est pas encore « viable » (qui ne pourrait pas survivre) en dehors de son utérus. En d’autres termes, la dépendance de l’enfant non né à sa mère est corrompue pour signifier que la mère possède une complète autorité pour déterminer si l’enfant est une personne viable ou non. Une mère peut déshumaniser si elle le veut. Préfère. Désire.

A partir de là, d’autres philosophes ont raisonnablement étendu un pas plus loin cette logique allant du désir au pouvoir, accordant aux parents la même autorité sur leurs nourrissons. Et pourquoi pas, si l’appartenance à une espèce n’est pas le standard ?

Enlevez toutes les politesses des discours « liberté et droits » du 4 Juillet, et nous voici avec le cœur de l’argumentation pro-choix : Tu n’es pas une personne humaine si je ne veux pas que tu le sois. Et j’ai le pouvoir qu’il en soit ainsi.

Le régime pro-choix n’a rien de plus profond, rien de plus rationnel, rien de plus humain. Voilà toute l’argumentation. Je ne veux pas que tu sois une personne.

Est-ce que toutes les vies sont égales ?

Ce qui nous amène à une interprétation plus sombre du lapsus de Clinton. Peut-être que ce n’était pas un lapsus du tout. Peut-être qu’elle a vraiment voulu dire « personne, « enfant », qu’elle a voulu habituer nos oreilles à entendre ces mots appliqués à l’avortement. Elle sait que les débats autour de l’humanité et la personnalité de l’enfant sont inévitables. Alors habituons-nous y.

« Je crois que c’est ce qu’est un fœtus : une vie humaine » admet un auteur de l’équipe de Salon.com. « Et ça ne me rend pas un iota moins solidement pro-choix. » Après tout, « toutes les vies ne sont pas égales. »

Est-ce que c’est vers là que Clinton et le mouvement pro-choix se dirigent ? Reconnaître librement que nous tuons des humains ?

Quand nous jouons à Dieu

Déshumaniser vos ennemis n’est pas la seule façon de justifier le meurtre. Vous pouvez aussi endurcir votre conscience. Oui, c’est une personne humaine que je tue. Ainsi soit-il.

« Ce qui est le plus déroutant au sujet du phénomène nazi n’est pas que les Nazis étaient des fous ou des monstres », dit Smith. « C’est qu’ils étaient des êtres humains ordinaires. »

Entre deux campagnes militaires meurtrières, dit Smith citant Mark Twain, l’humanité « lave le sang sur ses mains et travaille pour « la fraternité universelle de l’humanité » avec sa bouche ».

De la même manière, C. S. Lewis observe :

« Le plus grand mal n’est plus fait dans ces sordides « repaires du crime » (…) ou même dans des camps de concentration ou de travaux forcés (…) Il est conçu et orchestré (…) dans des bureaux propres, tapissés, chauffés et bien éclairés, par des hommes tranquilles en cols blancs, manucurés et bien rasés qui n’ont pas besoin d’élever la voix. »

Peut-être, par exemple, dans les bureaux du Sénat ? Ou dans le bureau du médecin ?

Non, pas nous, certainement nous ne sommes pas si mauvais, n’est-ce pas ?

En fait, finalement, l’explication de Smith ne va pas assez loin. Ce n’est pas juste que nous déshumanisons les autres ; nous nous divinisons. On serait des dieux. On jugerait qui est et qui n’est pas humain. On s’accorderait la puissance d’attribuer la vie et la mort.

Voir aussi : L’animation la plus réaliste au monde du développement d’un bébé dans le ventre de sa mère

Note de l'éditeur : 

Cet article est initialement paru dans Canon and Culture.

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