« Marriage Story » et la violence du divorce

©️Wilson Webb

« Le divorce, » me disait ma grand-mère, « est contraire à la nature. C’est comme effacer l’histoire. » Ma grand-mère a été un témoin direct de cet effacement – deux de ses cinq enfants ont divorcé.

Notre société a essayé de rendre le divorce plus facile et plus confortable, en introduisant des changements légaux comme le raccourcissement des périodes de séparation d’instance, ou la création du divorce sans faute. Certains ont même essayé d’adoucir le coup en rebaptisant le divorce « découplage conscient. » Mais mettre fin au mariage pour quelqu’un ne sera jamais une chose facile ou simple. Même si vous vous sentez complètement justifié quant à vos raisons et que, des années après, vous regardez à votre divorce comme à une grande décision, il y reste encore une inévitable impression de quelque chose de sombre. Et même si vous n’avez pas de cadre religieux qui vous fait comprendre le mariage comme une alliance, un divorce marquera toujours une fin absolue à une époque, et ce n’est pas une petite chose. C’est quelque chose que l’on doit déplorer. Ceci est la thèse du nouveau film de Noah Baumbach, Marriage Story (maintenant sur Netflix).

Une déploration personnelle

Marriage Story est sans doute l’apogée de la carrière cinématographique de Noah Baumbach. Baumbach — un auteur new yorkais connu pour faire des films introspectifs au sujet d’individus urbains verbeux et instruits – apporte un pathos approprié à chacun de ses projets. Son premier long métrage, Kicking and Screaming (1995), a identifié la signification culturelle du cynisme de la génération X diplômée, face au mécontentement professionnel et aux difficultés de devenir adulte (thèmes revisités dans le film Frances Ha de 2012). The Squid and the Whale (2005) est un regard de Baumbach sur l’influence du divorce de ses parents sur sa propre enfance. Avec Marriage Story, Baumbach réfléchit sur son propre mariage avec l’actrice Jennifer Jason Leigh et le divorce qui y a mis fin. Avec une touche personnelle et tendre, Baumbach dirige habilement la distribution pour dépeindre le chagrin et la violence émotionnelle du divorce – une expérience que lui, ses parents et ses amis ont tous vécue.

Du début à la fin, la position du film face au divorce est empreinte d’ambivalence et de regret. Le drame de Marriage Story démêle lentement les choses, comme une tragédie grecque. Au début, le couple, joué par Adam Driver et Scarlett Johansson, discute d’une séparation à l’amiable. Plus tard, ils commencent à rencontrer leurs avocats respectifs afin de construire une stratégie gagnante. Finalement, ils se rejouent les torts et se crient dessus, comme dans une scène de Who’s Afraid of Virginia Woolf ? À la toute fin, le couple ne décide de devenir méchant que parce que le système juridique l’y encourage.

Tragiquement, l’enjeu majeur du conflit n’est pas leur appartement à Brooklyn, l’argent ou les équipements – c’est avant tout la garde de leur fils (Azhy Robertson), ce qui nous rappelle que le divorce a toujours des effets d’entraînement au-delà du couple. Après que tous les papiers aient été signés, Marriage Story nous laisse avec le sentiment persistant et indéniable que le divorce est à la fois contre nature et indésirable. L’auditoire est laissé avec la question, Cela en valait-il vraiment la peine ? Baumbach, un homme divorcé et fils de parents divorcés, reconnaît que le divorce n’est pas idéal.

Ce que Dieu a joint

Il est évident que ceci ne devrait pas surprendre les chrétiens, car l’Écriture ne voit pas le divorce favorablement. Nous savons que « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen. 2:18) et que dans le mariage, un homme et une femme « deviennent une seule chair » (Gen. 2:24 ; Marc 10:8). Nous savons que le divorce n’est pas la pensée de Dieu. Les instructions de Moïse pour le divorce existent, Jésus nous le dit, à cause de notre « dureté de cœur » (Marc 10:5). Nous savons de la part de Paul que le divorce n’est même pas conseillé quand nous sommes mariés à une épouse incroyante (1 Cor. 7:13). Même si l’Écriture nous donne quelques bases raisonnables pour le divorce (par exemple : l’infidélité, l’abandon du domicile conjugal), la sagesse biblique nous implore de préserver le mariage quand cela est possible. Le divorce semble contraire à la nature, parce qu’il est contraire à la nature. C’est une tragédie, ce que, en vertu de la grâce commune, même les personnes les plus irréligieuses reconnaissent. Mais le chrétien voit qu’il s’agit de plus qu’une simple tragédie ; c’est une mutilation violente, une déchirure d’une entité en « une seule chair », c’est-à-dire l’amputation d’un membre ou le sciage en deux. « C’est pourquoi ce que Dieu a joint, que l’homme ne le sépare pas, » a dit Jésus (Marc 10:9). Ces paroles ne sont pas à prendre à la légère.

Le divorce semble contraire à la nature, parce qu’il est contraire à la nature. C’est une tragédie, et, en vertu de la grâce commune, même les personnes les plus irréligieuses le reconnaissent.

Il est fascinant que la culture populaire, comme la sagesse biblique, identifient la signification du mariage et les pièges du divorce. Le mariage n’est pas une petite chose ; il est sacré et métaphysique, quelque chose qui, mystérieusement,vise au-delà de lui-même, vers Dieu lui-même (Éph. 5:32). Il n’y a pas de façon désinvolte de « découpler » un mariage, tout comme il n’y a pas moyen de couper une partie de son corps et de s’attendre à ce que ce soit sans effusion de sang. Tenter de défaire « ce que Dieu a uni » (Marc 10:9) c’est comme si on découpait un morceau de béton armé et qu’on essayait de le remodeler dans un autre but.

Il importe peu que la société essaie de minimiser, ou de redéfinir le mariage, ou d’adoucir le processus du divorce. Les humains sauront toujours instinctivement que le mariage compte, et que le divorce est affreux. Nous trouvons cette vérité dans l’Écriture, mais nous la trouvons aussi dans les livres que nous lisons et les films que nous regardons. Quand des films tels que le Marriage Story de Noah Baumbach sortent – qui saisissent l’importance du mariage et font transparaître le traumatisme du divorce de manière très vivante — les chrétiens devraient les accueillir. Même si c’est dur à regarder, le film nous offre un regard nécessaire, qui fait réfléchir et qui est incontournable sur une horreur au sujet de laquelle la société a tenté de dire que ce n’est pas toujours une horreur.

Traduit de : ‘Marriage Story’ and the Violence of Divorce

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