Photo by Ethan Sykes on Unsplash
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Le rôle du mentor

Le mentor a besoin de « permissions » accordées par son mentoré

C’est la grande différence avec la formation de disciples. Celui qui accompagne des disciples connaît clairement l’objectif et les étapes de la formation qu’il propose.

Illustration ; « Un survol chronologique des quatre Évangiles permet de reconstruire la méthodologie que Jésus a employée pour former ses disciples. Les disciples passent tour à tour de spectateurs à croyants (« Venez et voyez » Jn 1.35-51), de croyants à engagés (« Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » Mt 4.18-22), d’engagés à apprentis (« Il en établit douze pour les avoir avec lui » Mc 3.18-19) et d’apprentis à co-ouvriers (« Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie » Jean 20.21). »[1] Le formateur  de disciples « fait avec ». Il ne transmet pas seulement des connaissances théologiques, il est modèle et conducteur du futur disciple.

En revanche, le mentor ne peut accompagner un protégé, que si celui-ci lui a accordé des « permissions ». En particulier, celle de lui poser des questions intimes, précises, qui touchent ses « angles morts ». Poser ces questions sans un accord préalable serait pour moi impossible, et même frise l’intrusion spirituelle.

 

Un de mes collègues pose souvent cette question à ses mentorés :

– Quand as-tu fais l’amour avec ta femme la dernière fois ?

Vous trouvez cette question déplacée ? Elle ne l’est pas ! L’équilibre dans la vie de couple de ceux qui sont engagés – quand ce n’est pas sur-engagés– dans le ministère, est un facteur essentiel.

Demandez aux épouses de serviteurs de Dieu, vous verrez si ce n’est pas pour elles une question importante[2] !

Pour des raisons précises, j’ai moi-même posé parfois cette question à certains de mes protégés. Ce n’était pas facile, vous l’imaginez !

Chaque fois, voyant mes hésitations et les précautions que je prenais, mes mentorés m’ont répondu :

  • Alain, je t’ai donné le droit de me poser toutes les questions que tu juges utiles ! J’espère que tu conserveras cette liberté de me poser ce type de question, chaque fois que tu le jugeras nécessaire !

 

Le mentor s’intéresse aux « angles morts »

J’ai appris par l’expérience l’importance de cet aspect. Un de mes mentorés m’a dit un jour :

  • Dans mon ministère je travaille en équipe, j’ai un cahier des charges, je suis évalué chaque année, mais qui s’intéresse à « mes angles morts » ?

En voiture, c’est des « angles morts », que peuvent surgir les plus grands dangers. Dans le ministère aussi. Celui qui peut s’intéresser aux « angles morts » est précisément celui qui a reçu la permission de le faire. Il y aurait beaucoup à dire de cet aspect de la vie spirituelle. Par exemple du danger de la pornographie, qui est un fléau parmi les serviteurs de Dieu. Il y a quelques années, j’avais effectué un sondage parmi les étudiants d’une école biblique. Les résultats étaient très inquiétants et significatifs de la gravité du problème.

Le mentor formule une offre de redevabilité

En accordant au mentor le droit de poser toutes les questions et de s’intéresser aux « angles morts », le mentoré choisi d’être redevable envers son mentor. C’est ce qui implique – entre autres raisons –que le protégé puisse choisir son mentor. Plusieurs de ceux que j’accompagne ont désiré se rendre redevables de leur utilisation d’internet, en particulier de la fréquentation de sites illicites. Ils ont installé sur leur ordinateur ou smartphone, un programme qui m’envoie régulièrement un rapport des sites consultés. Ainsi ils se sont rendus redevable envers moi de leur pureté sexuelle.

D’autres ont choisi de me partager leur agenda, afin que je puisse les interroger sur leur pratique du sabbat, sur le temps qu’ils consacrent à leur épouse et à leur famille.  Etc.

Il est clair que cette redevabilité n’est pas toujours possible – voire peu souhaitable– dans le cadre d’une relation hiérarchique, même dans un contexte du ministère chrétien. Ni même, pour certains leaders, dans le cadre de la même église.

Un exemple : si un pasteur traverse des difficultés de couple, les conditions de confidentialité et de confiance seront-elles réunies dans l’église, pour qu’il puisse partager sereinement ses questions ? Les attentes dont il est l’objet, lui permettent-elles de partager ses difficultés dans ce cadre sereinement ?

Accompagner plutôt qu’inciter à modifier un comportement

Le mentor ne coach pas son mentoré. Il lui pose des questions, l’aide à réfléchir, l’incite à prendre des mesures dans sa vie, le renvoie vers Christ, mais il ne chercher pas à provoquer le changement chez son protégé. Le mentor se cantonne à son rôle d’accompagnateur, de référent, voire d’exemple. Le mentoré doit rester maître de ses choix, de ses actions dans sa relation avec Christ. Le mentor doit les respecter, et ne pas lui faire sentir une quelconque forme de désapprobation ou de reproche, si celui-ci décide d’agir différemment.

Récemment un de mes protégés m’a demandé mon avis sur un sujet précis, et je lui ai déconseillé une certaine démarche. Il m’a téléphoné pour m’informer qu’il choisissait d’effectuer malgré tout cette démarche. Loyal et respectueux ! Sur le coup j’ai respecté son choix, sans le contredire ni lui laisser sentir ma désapprobation. Malheureusement cette démarche a été le point de départ d’un douloureux imbroglio conflictuel, qui porte atteinte à la réputation de mon protégé. J’ai dû l’assister dans une demande de réparation. Cependant j’ai vivement regretté de lui avoir dit, après coup :

  • Tu n’en serais pas là si tu m’avais écouté !

Je n’aurais pas dû lui dire cela. Je ne suis pas mentor pour donner des directions, des directives. Mon rôle est d’accompagner à Jésus… comme Jésus !

Apporter des idées et des points de vue

Le mentor, qui agit par petites touches, comme j’aime à le dire, possède un certain recul par rapport au ministère et à l’engagement de son mentoré. Il est en position de poser des questions simples, de bon sens, parfois naïves, souvent évidentes, que le protégé oublie de se poser, parce qu’il a le « nez dans le guidon » ! La confrontation des points de vue différents, est souvent féconde. À de nombreuses reprises mes mentorés m’ont dit :

  • Ah mince je n’avais pas vules choses ainsi ! Ou :
  • Je ne m’étais pas posé ce genre de questions !

Je suis parfois étonnéque des questions, de mon point de vue évidentes, mais pourtant oubliées ou occultées, viennent très efficacement enrichir le raisonnement de mon protégé. L’un d’eux me qualifie affectueusement de « poil à gratter indispensable ! » Parce que les points de vue ou les idées que je lui apporte, l’obligent à revisiter ses certitudes et à revoir certains aspects pas suffisamment mûris.

 

Le mentor est modèle de réorientation de la conscience pour ses protégés…

Je traiterais cette question plus complètement dans un autre article. Cette idée découle de ce que Paul détaille dans 1 Cor 11 : 1 Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ. Le mentoré a besoin,dans une culture chrétienne et un exercice du leadership, parfois éloignés des valeurs de l’Évangile, de voir Christ incarné, à la manière de Paul. Afin de s’orienter lui-même sur le modèle de Christ.

 

Et vous ?

  • Qu’y a-t-il dans vos « angles morts » qui exigerait que vous donniez le droit à quelqu’un de vous poser des questions saines et précises ?
  • Qui a votre oreille, qui a la possibilité de vous présenter un autre point de vue que le vôtre, auquel vous êtes bien accroché ?
  • À qui êtes-vous redevable ? Vous êtes pasteur, ancien, responsable… Bien trop de leaders ne se rendent, en profondeur, redevable à personne pour leur vie intime‘! C’est une immense faiblesse, un réel danger pour le leadership.

 

[1]L’ABCD de la formation de disciples, http://www.disciples.fr/accompagnement-spirituel consulté le 31 juillet 2019.

[2]J’ai tenté cette expérience récemment au Congo, lors d’une formation au mentorat pour 4 pays de la sous-région. J’étais surpris par la manière dont les épouses ont confirmé l’importance de la question.

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