Le mentorat Kesako ?

Ce premier article risque de vous paraître un peu indigeste. Parce qu’il est nécessaire de débuter par quelques définitions, ce qui sera, je l’espère, une série sur le thème du mentorat.

Avant même de définir le mentorat spirituel, il est nécessaire de situer cette forme d’accompagnement dans le processus de notre formation spirituelle qui a pour but ultime, on est bien d’accord, de nous rendre semblable à Jésus-Christ.

 

1. Comment Dieu nous forme-t-il à l’image de Jésus-Christ ? [1]

 

Notre formation s’opère dans une continuité en trois étapes d’inégale durée :

  • Évangélisation : notre vie chrétienne, quelle que soit notre histoire, débute par une exposition à l’Évangile. À cette étape nous comprenons l’amour de Dieu, le sens de la croix, et nous y répondons de manière personnelle, nous plaçons notre foi en Jésus, nous passons par le baptême, nous intégrons une communauté.
  • Suit le discipulat qui nous conduit à développer notre attachement à Christ, qui induit un engagement visible, et produit des actions concrètes conformément à Matthieu 28 19 et 20b.
  • Notre formation spirituelle, conformément à Romains 12 est une constante réponse à la grâce de Dieu, une écoute permanente du Saint-Esprit, qui nous permet de développer une orthodoxie, une orthopraxie, et une orthopathie. cela suppose la réalité d’une obéissance cachée. Cette formation spirituelle dure toute notre vie.

 

2. Quels vecteurs Dieu utilise-t-il pour cette formation spirituelle ?

Exclusivement deux vecteurs.

Les disciplines spirituelles :

« Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces. » Col 4 : 2.

« Les disciplines spirituelles rendent visibles nos valeurs spirituelles. Elles sont à la fois spécifiques et concrètes. Elles sont autant de vecteurs qui nous rendent attentifs à la grâce de Dieu. Elles s’imposent à nous par notre propre discernement, ou par le conseil d’autrui, comme pertinentes pour notre formation continuelle dans la voie de l’Esprit » (Jonathan Edwards)

Focus et réponse : Piété personnelle

 

Les relations spirituelles :

« Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. » 2 Tim 2.2.

Parmi les différentes relations spirituelles (Couple, Église, famille, amitiés,…), le mentorat offre une constellation de relations mentorales au sein de laquelle une personne (le protégé ou mentoré) cherche à devenir plus comme Christ et s’entoure de mentors qui le guident dans ce processus (formateur de disciples, directeur spirituel, mentor, coach, tuteur, sponsor etc.)

Focus et réponse : Communauté – Amitiés – Mentorat

 

Deux remarques ; le mentorat est au cœur de notre formation spirituelle, au cœur des relations spirituelles. Il revêt des formes très variées.

 

3. Définitions :

En s’inspirant de B. Clinton[2], et dans le contexte posé, le mentorat spirituel peut se définir ainsi :

 Le mentorat est une expérience relationnelle dans laquelle une personne (le mentor) capacite[3] une autre personne (le protégé/mentoré) en vue de l’exercice de responsabilités dans l’Église, en partageant avec elle des ressources données par Dieu.

Qu’est-ce qu’un leader ?

Toujours en s’inspirant de B. Clinton : « Un leader est, dans le contexte biblique, une personne qui possède une capacité reçue de Dieu, qui assume une responsabilité confiée par Dieu et influence un groupe spécifique du peuple de Dieu, pour que celui-ci atteigne les objectifs de Dieu pour ce groupe ».

 

De ces définitions il ressort que le mentorat mentorat spirituel a pour vocation l’accompagnement des leaders dans l’Église, à la fois dans leur développement personnel et dans l’orientation de leur ministère. C’est une relation à long terme

 

4° Questions :

Chaque chrétien a-t-il besoin d’un mentor spirituel ?

Non : Chaque chrétien a besoin de relations spirituelles qui vont l’influencer dans sa croissance à l’image de Christ. La vie de couple, la vie d’Église, participer à un groupe de croissance, bénéficier d’un accompagnement pastoral ou d’une relation d’aide biblique… autant de connexions spirituelles formatrices indispensables, dont chaque chrétien peut bénéficier.

 

Chaque leader, responsable dans l’Église de Jésus-Christ, a-t-t-il besoin d’un mentor ?

C’est ce que je pense. Dans une enquête intitulée « Quitter ou non le ministère ? », Lucie Bardiau-Huys écrit : « Plus d’un pasteur sur deux a déjà envisagé de quitter le ministère. Mon enquête sur le terrain montre que plus de la moitié des pasteurs en exercice en paroisse l’ont envisagé, au moins une fois, certains souvent au cours des années passées, et que peu ont eu la possibilité ou le courage d’en parler. […] La franchise des pasteurs qui ont répondu à mon enquête m’a surprise plus d’une fois. Certains ont véritablement déversé un trop-plein de frustrations accumulées, dans un langage parfois très cru. Beaucoup dénoncent le manque de lieu de paroles : où un pasteur peut-il dire, reconnaître que son métier ne lui rapporte pas que des joies, qu’il ne suffit pas de prier pour que les nuages à l’horizon se dissipent et que le fardeau devienne plus léger ? Auprès de ses collègues, confrères ? Les pasteurs témoignent d’un climat parfois bien concurrentiel. Auprès des responsables de secteur, de région, de commissions des ministères ? Là aussi, il y a un risque : se voir bloqué dans la poursuite du ministère, dans l’avancement de la carrière. »[4]

La liste des questions que rencontrent les serviteurs de Dieu souligne, si besoin était, la nécessite d’une relation mentorale sûre qui offre le cadre sécurisé pour les aborder avec franchise, transparence et sans jugement.

 

NB : Si je viens d’illustrer le besoin de mentor des pasteurs, je n’entends pas qu’eux seuls aient besoin d’un mentor. Ni qu’eux seuls doivent être considérés comme leaders. Relisez la définition ci-dessus, elle parle de ceux « qui possèdent une capacité reçue de Dieu, qui assument une responsabilité confiée par Dieu ». Donc tous ceux qui exercent un « ministère », une responsabilité, sous une forme ou sous une autre, ou qui possèdent un don particulier, sont concernés par ce besoin d’un mentor. Il nous faut, sur cette question, dépasser notre culture ecclésiale.

 

5. Pour conclure

Voici ce que souligne un site séculier consacré au mentorat, ReseauM.com[5] : Conseiller, coach, consultant ou mentor ?

La perception des rôles du coach, du consultant, du conseiller et mentor est souvent confuse.

Le conseiller oriente…

Le coach développe une compétence spécifique…

Le consultant recommande

… et le mentor partage son expérience, accompagne et motive.

Voilà un bon résumé de ce qu’est le mentorat spirituel !


[1]            Concept formulé par ma collègue le Docteur Mary-Kate Morse à retrouver sur :http://www.disciples.fr/blog/comment-sommes-nous-formes-limage-du-christ consulté le 22 janvier 18

[2]            La croissance du Leader. R. Clinton. A paraître Chez BLF Éditons mars 2018.

[3]            En anglais : empowerment : équiper, donner l’autorité, le pouvoir d’agir ou capacitation. Ceci recouvre plusieurs notions : autonomisation, responsabilisation, montée en puissance, développement de la capacité de décision et d’action.

[4]            Les Cahiers de l’école pastorale, N°90 4eme trimestre 2013

[5]            https://www.reseaum.com/mentor-ou-coach consulté le 20 janvier 18

 


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