Ce n’est pas tous les jours qu’un clown de cirque menace de vous envoyer à l’hôpital.
J’étais autrefois un militant écologiste en herbe, et avec quelques amis, nous manifestions devant un cirque qui (d’après ce qu’on nous avait dit) maltraitait un éléphant captif. Nous étions donc là, 4 ou 5, debout au bord de la route près de l’entrée, avec des pancartes et des affiches. Nous ne faisions rien d’illégal ou d’incivil, mais notre présence a naturellement incité certains membres du public à reconsidérer leur décision d’acheter un billet. Peu de temps après, l’un des artistes, le clown principal, comme il nous l’a dit (et heureusement, il n’était pas encore en costume), nous a clairement fait comprendre que si une autre voiture faisait demi-tour, il nous enverrait personnellement aux urgences. Comme si nous avions besoin d’une raison supplémentaire pour avoir peur des clowns.
Nous avons dû décider, sur le champ, si nous allions continuer ou nous arrêter là. Étions-nous suffisamment concernés par la question de la cruauté envers les animaux pour courir le risque d’être blessés ? Pas vraiment, en fin de compte, alors nous sommes rentrés chez nous. Nous n’étions pas tout à fait les militants écologistes engagés que nous imaginions être. À notre décharge, nous n’avions que 16 ans.
J’avais toujours voulu devenir écologiste. J’ai rejoint Greenpeace et participé à plusieurs de leurs campagnes et activités. Je me souciais de la planète. C’était au début des années 90, et nous parlions alors de choses comme les pluies acides et la couche d’ozone. Le réchauffement climatique était un sujet d’actualité, mais le changement climatique en tant que problème international urgent ne faisait pas encore partie des préoccupations des médias traditionnels.
À l’âge de 18 ans, je suis devenu chrétien. En l’espace de quelques semaines seulement, j’ai réalisé que si Dieu existait, je ne le connaissais pas, alors que j’aurais probablement dû. J’ai appris que Jésus était venu « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:10), et j’ai placé ma confiance en lui.
Quelque temps plus tard, j’ai parlé à l’un de mes amis, également aspirant écologiste, de ma récente conversion. Il était découragé. Selon lui, le fait que je devienne chrétien allait nuire à la cause écologique.
Ce qui soulève une question : avait-il raison ? L’Évangile nous détourne-t-il des préoccupations environnementales pour nous orienter vers des questions plus importantes et éternelles ? La santé de la planète nous importe-t-elle moins lorsque nous connaissons Jésus ? Adolescent, j’avais prévu de devenir militant écologiste. Au lieu de cela, je suis devenu pasteur et prédicateur. Avais-je laissé tomber la planète ?
Adolescent, j’avais prévu de devenir militant écologiste. Au lieu de cela, je suis devenu pasteur et prédicateur. Avais-je laissé tomber la planète ?
Beaucoup diront que devenir chrétien est mauvais pour la planète : que la foi chrétienne elle-même est l’un des moteurs de l’exploitation et de la dégradation de l’environnement et que le mandat créationnel incite à maltraiter le monde physique.
Le monde séculier insiste de plus en plus pour que nous exprimions notre préoccupation environnementale avec une quasi-hystérie, affirmant que rien n’est plus important que la préservation de notre habitat. Une partie du monde chrétien, en revanche, insiste sur le fait que le monde physique n’a aucune importance, qu’il est en train de périr. Par conséquent, puisqu’un monde nouveau et meilleur va arriver un jour, autant conduire la plus grosse voiture possible, car la planète va de toute façon partir en fumée.
Je ne trouve aucune de ces 2 opinions convaincante. Et ce, pour la même raison : Jésus. Sa relation avec le monde physique façonne celle de son peuple.
La création appartient à quelqu’un
Dans le film Le Roi Lion sorti en 1994, le roi Mufasa tente de préparer son fils Simba à succéder un jour au trône. À un moment donné, ils contemplent depuis un promontoire une vue imprenable sur la savane, et Mufasa dit : « Regarde, Simba. toute cette immensité baignée de lumière est notre royaume. » Simba, les yeux écarquillés d’admiration, demande : « Et tout cela sera à moi ? » « Tout », répond Mufasa.
25 ans plus tard, lorsque le remake du Roi Lion est sorti en salles, la scène avait été modifiée. Le décor était le même ; les 2 personnages étaient là, contemplant la même vue. Mais lorsque Simba demande si toute cette immensité baignée de lumière lui appartiendra, Mufasa répond : « Cela n’appartient à personne. »

On peut imaginer la raison de ce changement. Dans le monde occidental, en particulier, nous sommes sensibles aux problèmes qui peuvent survenir lorsque les gens s’imaginent détenir la propriété absolue de la terre. Il vaut mieux (pourrions-nous penser) ne l’attribuer à personne.
Mais la Bible présente une perspective différente. Le monde physique n’appartient pas à personne ; il appartient à quelqu’un, et ce quelqu’un n’est pas nous. « Le Fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. En effet, c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre, le visible et l’invisible, trônes, souverainetés, dominations, autorité. Tout a été créé par lui et pour lui » (Col. 1:15-16)
Jésus n’est pas simplement Dieu au-dessus de la création d’une manière abstraite, comme si ce monde était une chose parmi tant d’autres dans son portefeuille. Il n’est pas seulement le Créateur, celui par qui toutes choses ont été faites ; il est le but de la création. Toutes choses ont été faites pour lui.
La même idée est exprimée dans le fait d’appeler Jésus « le premier-né de toute la création ». Cela ne signifie pas que Jésus a été la première chose à être créée. Jésus est le Créateur. Le terme « premier-né » ne fait pas référence à la chronologie, mais à la primauté. Le premier-né est celui qui héritera un jour de toute la création. En d’autres termes, la création lui appartient. Tout appartient à Jésus. Tout a été fait pour lui. Et cela change tout.
Même si les chrétiens peuvent être en désaccord sur le niveau de responsabilité et d’action que nous devrions exercer sur la création, nous devons réaliser que le monde physique qui nous entoure n’est pas neutre. (Le mot « environnement » implique parfois que le monde physique n’est rien de plus que le cadre dans lequel nous existons par hasard.) Il ne nous appartient pas, comme si nous pouvions en faire ce que nous voulons. La terre n’a pas été créée pour nous (même si les responsabilités que Dieu nous a confiées à son égard sont importantes) ; le monde physique avec lequel nous interagissons et sur lequel nous avons une influence appartient au Christ que nous adorons. Reconnaître que la création appartient à Jésus devrait être la vérité qui nous incite le plus à en prendre soin.
Nous ne pouvons pas être de fidèles adorateurs de Jésus si nous sommes indifférents à la santé de l’environnement physique qui lui appartient. La façon dont vous traitez quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre en dit long sur la façon dont vous considérez cette personne. Nous ne pouvons pas dire : « Ce n’est que l’environnement, cela n’a pas d’importance » si, en réalité, la planète appartient à Celui que nous prétendons aimer par-dessus tout.
Reconnaître que la création appartient à Jésus devrait être la vérité qui nous incite le plus à en prendre soin.
En même temps, Colossiens 1 met au défi beaucoup de nos amis soucieux de l’environnement. Nous ne pouvons pas espérer prendre véritablement soin du monde physique si nous ignorons Celui à qui il appartient. Nous ne comprendrons pas correctement l’environnement ni ne comprendrons pourquoi il est important si nous ne connaissons pas Jésus, qui est le Seigneur de tout. Même les efforts bien intentionnés en faveur de l’environnement ne conduiront pas à une connaissance profonde de ce qu’est la création. Cela deviendra une question d’utilité – nous avons besoin que la planète soit en bonne santé pour notre propre survie, comme si nous étions la raison d’être ultime – ou une question de culte mal orienté, traitant la terre comme une chose ultime, l’humanité n’étant considérée que comme une menace à son égard et devant être réduite. C’est là que l’engagement des chrétiens envers le monde physique différera de celui des non-chrétiens (par exemple, dans les cas où, au nom de l’environnementalisme, nous avons recours au « contrôle démographique » comme moyen de « sauver » la terre).
Intendants, pas propriétaires
Dans plusieurs interviews et discours, la célèbre militante écologiste Greta Thunberg a répété une question qui, selon elle, l’a souvent intriguée : pourquoi les humains ont-ils cette capacité unique d’avoir un impact sur la planète ? Parmi toutes les espèces et tous les animaux qui peuplent notre monde, pourquoi les actions de notre espèce ont-elles des conséquences si particulières ?
Nous ne pouvons pas espérer prendre véritablement soin du monde physique si nous ignorons Celui à qui il appartient.
La Bible répond à cette question. Nous avons cette capacité unique d’avoir un impact sur la planète parce que Dieu nous l’a donnée. Le premier chapitre de la Bible, Genèse 1, parle de notre création à l’image de Dieu (Gen 1.27-31). Nous devons être les représentants de Dieu les uns envers les autres et envers sa création. L’humanité a pour mission de remplir la terre, de la soumettre et de la dominer. En Genèse 2, il nous est demandé de cultiver le jardin et de le garder (Gen 2.15). Cette responsabilité unique est confiée à tous ceux qui portent l’image de Dieu.
Il est révélateur que même les voix laïques qui pourraient dénoncer l’idée que l’humanité occupe une position privilégiée dans la création supposent néanmoins que nous sommes seuls responsables de relever les défis écologiques qui nous entourent. Quelles que soient les crises environnementales, c’est à nous qu’il appartient de les résoudre. En 1967, le professeur Lynn White Jr. de Princeton a écrit un essai influent dans Science intitulé « Les racines historiques de notre crise écologique». White attribue à Genèse 1 une grande partie de la crise écologique de son époque. Selon White, ce chapitre nous enseigne que nous sommes supérieurs à la nature et nous encourage donc à la mépriser, à l’utiliser pour satisfaire nos moindres caprices. White a compris Genèse 1 comme si c’était un mandat donné pour maltraiter la création.
Mais en lisant le texte de Genèse 1 et 2, on voit que ce n’est pas du tout le cas. Le message n’est pas tant que nous sommes supérieurs à la création, mais que Dieu est supérieur à nous et (comme on l’a vu) que tout a été fait par lui. Nous sommes ici pour gérer la création en son nom. Si nous avons un problème écologique, c’est parce que nous avons un problème spirituel. Et pour avoir une attitude plus saine envers la planète, il faut avoir une relation plus saine avec le Créateur.
Le mot « intendance » nous aide à comprendre notre rôle. Être intendant, ce n’est pas seulement prendre soin de quelque chose, c’est prendre soin de quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre.
Dans ma vingtaine, je partageais un appartement avec deux amis, dont l’un était très musicien et possédait plusieurs guitares, et j’en prenais souvent une pour jouer. Lorsque le moment est venu pour nous de déménager, il m’a donné la guitare pour que je l’emporte avec moi. Je l’ai acceptée avec gratitude. Plusieurs années plus tard (et je ne sais toujours pas comment cela s’est produit), elle est tombée par terre et son manche s’est complètement cassé. Pensant que c’était l’équivalent d’un diagnostic de phase terminale pour une guitare, je l’ai jetée à contrecœur et je n’y ai plus pensé. Jusqu’à ce que, 6 mois plus tard, ce même ami me contacte pour me demander s’il pouvait la récupérer.
Il s’est avéré que ce n’était pas un cadeau, mais un prêt. Ce n’était donc pas ma guitare que j’avais cassée, mais la sienne. Et pour ne rien arranger, il a ajouté : « C’est un héritage familial. » Ah.
Inutile de dire que je me suis senti très mal. Il s’est montré indulgent, mais cela me fait encore mal aujourd’hui, quand j’y repense.
Si j’avais cassé ma propre guitare, cela aurait été dommage. Mais casser celle de quelqu’un d’autre était bien pire. L’intendance peut impliquer un sens des responsabilités plus grand que la propriété. Savoir que la Bible confère à l’humanité un rôle unique dans la protection de la création ne fait que renforcer notre responsabilité d’agir avec diligence. Nous avons plus de raisons – et non moins – que les laïcs de prendre soin de ce monde physique.
L’avenir céleste de la terre
Dieu a des projets éternels pour sa création physique. Il ne l’a pas créée pour laisser les conséquences de la chute la dévaster, puis l’abandonner et passer à autre chose. Son plan de rédemption va bien au-delà de nous, englobant le cosmos lui-même.
L’un des premiers indices à ce sujet se trouve dans le récit du déluge en Genèse 6-9. C’est devenu l’un des épisodes les plus connus de l’histoire biblique : Dieu punit le péché humain parvenu à son comble en envoyant un déluge cataclysmique, mais épargne Noé et sa famille, ainsi que des couples d’animaux afin de repeupler la terre une fois les eaux retirées.
Si nous avons un problème écologique, c’est parce que nous avons un problème spirituel. Et pour avoir une attitude plus saine envers la planète, il faut avoir une relation plus saine avec le Créateur.
Mais le choix du déluge comme châtiment n’est pas seulement dramatique, il est profondément significatif. Lorsque nous lisons le récit des eaux déchaînées, il est clair que ce que nous voyons est l’inverse du processus que Dieu avait initialement utilisé pour créer le monde.
Le récit de la création avait commencé par un chaos aquatique (Genèse 1:2). Dieu a ensuite séparé les eaux d’en haut et les eaux d’en bas et a fourni une terre sèche où habiter (Gen 1 :6-10). Le récit du déluge inverse cette séquence. L’eau ne descend pas seulement du ciel sous forme de pluie torrentielle, mais remonte également du sol (Gen 7:11). Les eaux que Dieu avait séparées se rejoignent. La terre est engloutie par le haut et par le bas, et tout redevient un chaos aquatique. Le monde n’a pas seulement été inondé, il a été ‘dé-créé’.
Ainsi, lorsque, après le déluge, Dieu conclut une alliance promettant de ne plus jamais détruire le monde de cette manière, il ne promet pas seulement d’épargner à la planète une destruction par les eaux (tout en gardant d’autres options ouvertes). Il promet de ne plus jamais détruire sa création. Quelle que soit la manière dont il intervient pour punir le péché humain, la création elle-même ne sera pas victime de dommages collatéraux.
Cela est souligné par le fait que Dieu conclut cette alliance non seulement avec l’humanité, mais aussi avec la création elle-même (Gen 9:9-10). Dieu promet un avenir à ce monde physique. Il s’y engage.
Nous le voyons en Romains 8, où il est dit que la création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. Lorsque Dieu aura enfin achevé notre rédemption, la création sera libérée de tous les effets de notre péché (vv. 21-24). Cette création physique n’est donc pas un cadre malheureux dont nous devons nous échapper, mais quelque chose que Dieu rachètera pleinement pour notre avenir éternel.
C’est pourquoi la Bible se termine en Apocalypse 21, avec la merveilleuse vision d’une nouvelle Jérusalem descendant du ciel sur la terre (Ap 21 :1-2). Notre destin final n’est pas le ciel au-dessus, mais une terre renouvelée en dessous. En fin de compte, nous ne serons pas emmenés au ciel ; c’est le ciel qui descendra sur la terre. La création ne sera pas vaporisée, mais « célestisée ». C’est ce que nous attendons. Chaque fois que quelqu’un dit : « Le monde ne devrait pas être ainsi », ce qu’il dit en réalité (sans s’en rendre compte), c’est que la terre n’est pas assez céleste.
La création ne sera pas vaporisée, mais « célestisée
Jésus nous dit de prier pour que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme au ciel (Matthieu 6:10). Et Dieu nous donne un signe pour nous montrer qu’il fera exactement cela. En Genèse 9, le signe que Dieu respectera son alliance avec la création est un arc-en-ciel (Gen 9 :12-13). Dieu raccroche son arc de guerre ; la paix régnera enfin entre Dieu et ce monde. Et comme l’a souligné Charles Spurgeon, l’arc n’est pas dirigé vers la terre, mais vers le ciel. La prochaine fois que Dieu viendra punir le péché, c’est le ciel, et non la terre, qui en subira les conséquences. Et c’est ce que nous voyons lors de la venue de Jésus. Tout comme un arc-en-ciel est fait de lumière décomposée en ses éléments constitutifs, Jésus, la lumière du monde, a été brisé pour nous.
Cela peut sembler être un détail subtil, mais il existe une raison pour laquelle Jésus portait une couronne d’épines lors de sa crucifixion. Lorsque les premiers humains ont péché en Genèse 3, le signe de sa répercussion sur la nature a été l’apparition d’épines (v. 18). Lorsque Jésus est allé à la croix, même la couronne sur sa tête était une façon pour lui de porter notre malédiction, de porter la malédiction de la création, afin qu’un jour la création puisse être libérée.
Si vous voulez vraiment vous soucier de l’environnement, vous devez connaître Jésus. Et si vous connaissez Jésus, vous devez vraiment vous soucier de l’environnement. Devenir chrétien n’a pas effacé mon souci pour le monde physique ; cela lui a insufflé une nouvelle vie. Je n’ai jamais eu autant de raisons de me soucier de la planète.
