3 manières de répondre quand un conducteur d’église est reconnu coupable de faute grave

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Comment une église peut-elle accepter les révélations d’abus commis par un leader, surtout lorsque les accusations ont été établies comme des faits ?

En 1 Timothée 5 : 19, Paul écrit : « N’accepte pas d’accusation contre un ancien, à moins qu’elle ne soit établie sur la déclaration de deux ou de trois témoins. » Se référant à une loi de l’Ancien Testament, l’expression « deux ou trois témoins » est une formule biblique pour parler d’une attestation de la vérité de ces accusations, prudente et indépendante. Ceci reconnaît qu’il peut y avoir parfois de fausses accusations à l’endroit des responsables d’église.

Mais, comment devrions nous répondre quand l’accusé est reconnu coupable ? Bien entendu, il est de première importance de consoler, d’aimer et d’aider les victimes de cet abus. Et, il est aussi essentiel de demander quelles leçons une église particulière ou une institution peut apprendre de cette révélation tragique. Y a-t-il des éléments non reconnus au sein de l’église ou d’un autre ministère qui ont permis à cet abus de se produire ? Qu’est-ce qui peut être fait pour éviter que cela se reproduise ?

De telles questions vitales dépassent le cadre de cet article, mais je voudrais considérer trois directions plus larges quant à la façon dont nous devrions répondre quand un dirigeant influent, et que beaucoup respectent, est dénoncé pour avoir commis des abus sur ceux dont il devait prendre soin.

1. Nous devons garder nos propres cœurs

Des révélations d’abus suscitent en nous l’incrédulité, puis la consternation, le choc et l’horreur. Avec raison nous prenons nos distances à l’égard des comportements abusifs et nous voyons combien ils sont redoutablement mauvais. Pourtant, au moment où nous faisons cela nous sommes en grand danger et nous devons nous garder nous-mêmes :

  • Contre la propre-justice. Il n’y a pas de place pour la propre-justice (Luc 18 : 914). Le danger, en exprimant notre horreur et notre révulsion devant des comportements abusifs, est de glisser dans une complaisance pharisaïque et suffisante, remerciant Dieu de ce que nous ne sommes pas coupables de péché grave. Nous ne devons pas faire ainsi. Nous n’avons pas été coupables de l’abus qui a été démasqué ou nous n’en avons pas été complice – gloire à Dieu. Mais il y a de nombreux péchés dont nous avons été coupables.
  • Contre un intérêt malsain. Dans une situation où un chrétien serait « pris en faute pour une transgression, » Paul exhorte ses lecteurs : « Prends garde à toi-même de peur que tu ne sois aussi tenté » (Gal. 6 : 1). Nous ne devons pas être tentés par les caractères hideux d’une pratique particulière d’abus. Mais il est facile de commérer, et il y a un danger à s’adonner à un intérêt immodéré et à l’envie d’en savoir plus. Un comportement de péché de quelque sorte que ce soit nous colle comme de la poussière ; en réalité, connaître des actes horribles est un peu la même chose que la pornographie — elle se cache dans nos souvenirs et nous entraîne dans nos pensées et nos émotions. Nous avons besoin de réentendre l’exhortation : « Que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est recommandable, s’il y a quelque chose d’excellent, s’il y a quelque chose qui est digne de louange, pensez à ces choses » (Phil. 4 : 8).
  • Contre une joie tordue. Quand Juda tomba sous le jugement de Dieu durant l’exil à Babylone, les prophètes eurent une parole spéciale de condamnation pour les Édomites, qui avaient acclamé les Babyloniens et s’étaient réjouis du désastre qui s’était abattu sur Juda. « Mais ne te réjouis pas du jour de ton frère au jour de son malheur, ne te réjouis pas du peuple de Juda au jour de sa ruine » (Abd. 12 ; cf. Prov. 24 : 17–18). Tel est le danger que nous courons, peut-être particulièrement quand un dirigeant chrétien tombe.

2. Nous devons faire face à nos désillusions en nous confiant en Christ seul

Le choc de toute révélation d’abus est particulièrement violent quand celui qu’elle concerne a été une bénédiction pour beaucoup. Comment quelque chose de si bon peut-il être intimement associé avec quelque chose de si mauvais ? Cela désoriente profondément de trouver qu’un homme que nous pensions connaître – peut-être un homme que certains considéraient comme une figure paternelle – n’est pas celui que nous pensions qu’il était. C’est comme si on sapait nos fondations. On ressent avec peine une grande perte, comme un deuil. Comment allons-nous pouvoir donner du sens à cette convergence du bien et du mal en une seule personne qui n’a apparemment pas de sens ?

Nous devons nous souvenir de la profondeur et de l’étendue de notre propre dépravation. Les héros de l’Écriture étaient des personnes qui avaient des défauts. Le grand Roi David a commis adultère (si ce n’est un viol) et fut complice d’un meurtre (2 Sam. 11). Salomon avait une grande sagesse et pourtant il a terriblement échoué. Et nous restons profondément pécheurs même en tant que personnes régénérées (Rom. 7). Chacun d’entre nous est capable de commettre de terribles péchés. Si nous pensons que nous n’en sommes pas capables, nous devons prendre garde de peur de tomber (1 Cor. 10 : 12).

Tout cela est vrai, mais cela n’explique pas entièrement la tragédie particulière d’abus commis par un responsable d’église. Le péché est incroyablement trompeur et nous devons nous confronter à ce fait.

Pour y arriver nous devons commencer par un modèle sain de soin pastoral. Un pasteur qui est un chrétien plus mûr, prend en charge le soin de croyants plus jeunes. Il prie pour eux. Il les instruit et les encourage. Il garde le contact avec eux. Il les rencontre et les exhorte à continuer à suivre Jésus fidèlement.

Mais si nous ne sommes pas vigilants, même cette sorte de relation peut devenir mauvaise. Peut-être le soin aimant est-il si intense que l’amitié devient un peu exclusive. L’aîné peut commencer à considérer le plus jeune croyant comme « sien » – pas seulement sa responsabilité pastorale, mais même comme sa prérogative, de sorte que personne d’autre n’est réellement autorisé à encourager cette personne plus jeune.

Il n’est pas difficile de voir comment un soin pastoral sain peut se transformer en quelque chose de plus sombre, et finir par le fait que le disciple plus jeune est utilisé pour les projets du pasteur plus âgé au lieu que ce soit le pasteur plus âgé qui le serve dans un esprit de sacrifice. Qui connaît les pensées et les intentions du cœur dans ce processus ? Le leader n’en est vraisemblablement pas pleinement conscient lui-même, car c’est là qui réside la tromperie du cœur humain.

En Christ, nous voyons le contraire de toute forme d’abus.

Quels sont donc les signes d’avertissement de ce sombre changement ? L’exclusivisme peut en être un. Le favoritisme peut en être un autre. Lorsque l’on a l’impression que certains sont les « favoris » et que les autres ne le sont pas, le danger rôde.

Dans le livre The Four Loves (Les quatre amours), C. S. Lewis explique comment les expériences humaines qui imitent le plus fidèlement le caractère de Dieu conduisent parfois à confondre ces expériences avec Dieu. Imaginez que vous soyez presque arrivés à la maison, à la fin d’un long voyage, nous dit Lewis, pour vous retrouver bloqués au sommet d’une falaise surplombant votre maison. Vous êtes tout près de la maison, mais vous devez encore marcher un bon moment pour y parvenir.

Lewis applique ce point à la fois à l’amour érotique, et à l’amour patriotique qu’on a pour son propre pays, les deux sont semblables à l’amour de Dieu – pourtant éloignés de lui. De même, le type de soin pastoral proche et affectionné qui se rapproche du soin que prend Jésus, peut commencer à réclamer des prérogatives d’autorité et d’influence qui appartiennent à Jésus seul. Et ainsi, par une alchimie diabolique, quelque chose de sain et de nourrissant se transforme en quelque chose d’abusif.

Mais même si nous commençons lentement à saisir quelque chose de la façon dont l’abus a pu arriver – et une telle compréhension sera hésitante, car nous ne pouvons pas voir le cœur de l’autre – nous devons faire face à la réalité effrayante que les bénédictions que nous avons pensé avoir expérimentées au travers de ce dirigeant, pourraient ne pas être les vraies bénédictions du tout. Ne pourraient-elles pas, d’une certaine manière, être invalidées par ces révélations, contaminées au-delà de toute restauration possible, par le péché auquel nous savons qu’elles ont été associées ? Ce sont des questions qui font vraiment réfléchir, car ces bénédictions sont liées au salut et à la destinée éternelle.

Paul encourageait Timothée à « persévérer dans les choses que tu as apprises et crues fermement, sachant de qui tu les as apprises » (2 Tim. 1 : 5 ; 3 : 14), ce qui signifiait probablement les pieuses mère et grand-mère de Timothée, et l’apôtre lui-même. Comme Timothée se souvenait de la piété et de l’intégrité de ceux de qui il avait appris la foi en Christ, il était encouragé à continuer dans le sentier de la foi. Mais, qu’en est-il quand nous découvrons que celui de qui nous avons appris les choses de Christ n’avait pas l’intégrité et la piété dont nous pensions qu’elles étaient siennes ? Cela n’est-il pas profondément troublant ? C’est bien le cas.

Et pourtant vous devez revenir à la vérité fondamentale que toutes nos bénédictions nous viennent par Christ seul, le Sauveur en qui il n’y a pas de péché, dans la vie duquel nous voyons la pure bonté, un service sacrificiel des autres et l’opposé absolu de toute forme d’abus.

L’Écriture nous avertit de façon répétée de ne pas mettre notre confiance dans les personnes autres que Dieu et son Christ. « Il vaut mieux chercher son refuge dans le SEIGNEUR que de se confier dans les princes » nous avertit le roi dans le Psaume 118 : 9. « Ne vous confiez pas dans les princes, » nous avertit le psalmiste, car la bénédiction n’est accordée qu’à celui « dont l’aide est le Dieu de Jacob, dont l’espérance est dans le SEIGNEUR son Dieu » (Ps. 146 : 3–5).

Écrivant depuis la prison à l’église de Philippes, Paul est attristé de ce que certains « prêchent Christ par envie et esprit de rivalité. » Et pourtant, il tire consolation de ce que, quelles que soient leurs motivations, « Christ est proclamé et en cela je me réjouis » (Phil. 1 : 15–18). Les canaux par lesquels nous entendons la bonne nouvelle de Jésus ne seront jamais parfaits ; parfois, ils se révéleront profondément défectueux, que ce soit par de mauvaises motivations ou même au travers de l’horreur de l’abus. Mais la bénédiction nous vient de Jésus-Christ, et aucun des défauts du canal ne peut nous enlever de la pure bonté, de la beauté et de la gentillesse de Dieu qui nous ont été données en Jésus.

Aucun des défauts du canal ne peut nous enlever de la pure bonté, de la beauté et de la gentillesse de Dieu qui nous ont été données dans la Source.

Supposez que quelqu’un vienne à la foi en Christ au moyen du ministère de tel dirigeant maintenant tombé, ou que quelqu’un d’autre se souvienne d’une période de croissance dans la grâce qu’il a expérimentée par sa prédication, ou qu’un autre soit maintenant dans le ministère grâce à son encouragement. Comment ces personnes peuvent-elles voir leur conversion, leur croissance dans la grâce, ou leur engagement actuel dans le ministère ?

La réponse est, je pense, celle-ci : ces personnes peuvent être reconnaissantes à Dieu pour sa bonté stupéfiante envers elles, de ce qu’il a prévu un canal par lequel elles ont entendu l’évangile, par lequel elles ont grandi dans la grâce, par lequel elles sont entrées dans le ministère. Rien de ce qui concerne ces bénédictions n’est invalidé par la triste découverte du comportement défectueux de ce leader. Toutes ces bénédictions reposent sur Christ ; pas une ne repose sur le caractère de ce conducteur ou de quelque autre.

Pour certains, il faudra peut-être une période de réajustement pénible. Nous pouvons avoir besoin d’entendre à nouveau l’exhortation à ne pas mettre notre confiance dans les « princes » (ce qui inclut des dirigeants chrétiens dynamiques). Nous pouvons avoir besoin de nous repentir si notre confiance a mélangé ce dirigeant et le Sauveur. Mais à la fin, nous devrions trouver une consolation renouvelée à cause de tout ce que nous avons en Christ.

3. Nous devons nous lamenter, nous repentir et être humiliés – ensemble

Quand le peuple de Dieu de l’Ancien Testament tomba sous le jugement que représentait l’exil à Babylone, ceux qui étaient vrais, et même sans reproche, furent pris dans le jugement de même que ceux qui étaient des idolâtres arrogants. Nous entendons les voix de ces vrais croyants en bon nombre de textes. Dans le Psaume 79, par exemple, provoqué par la destruction du temple et la dévastation de Jérusalem, le psalmiste, inspiré par l’Esprit, pleure quand les nations environnantes se moquent d’eux avec cette question sarcastique : « Où est leur Dieu ? » (v. 10). Cela est dit aux idolâtres et au psalmiste.

Dans sa prière de Daniel 9:1–19, l’homme pieux qu’est Daniel se lamente de la « honte publique » qui est venue « sur nous » (v. 7­–8), car tous nous sommes « en opprobre parmi tous ceux qui nous entourent » (v. 16). L’homme pieux Néhémie se lamente du fait que, à cause de l’impiété du peuple, « nous sommes des esclaves » (Néh. 9 : 36). En d’autres termes, nous tous sommes tombés sous l’ombre de la discipline de Dieu, que nous ayons personnellement été coupables d’avoir brisé l’alliance et d’idolâtrie ou non.

Les moqueurs se moqueront

Quand l’abus d’un dirigeant d’église est exposé, toute l’église de Jésus va être l’objet de la moquerie du monde. Nous allons être qualifiés sarcastiquement d’hypocrites. On rira de nous quand nous parlerons de vertus bibliques et de la loi de Dieu.

Nous ne devrions pas être surpris.

Certains qui sont de toujours des ennemis de l’évangile, utiliseront ces tristes événements comme un moyen pour rendre la vie des chrétiens misérable. D’autres – et ceci est plus tragique – qui pourraient avoir un authentique intérêt pour la foi chrétienne seront repoussés par un message dont les messagers leur apparaissent maintenant comme des hypocrites ou pire.

Tout cela est désespérément douloureux, mais nous devons nous y attendre. Comme le peuple de Dieu le fit après l’exil, nous devons nous aussi apprendre à nous lamenter ensemble pour le triste état de l’église. Nous pleurerons pour les victimes et chercherons à les aimer et à prendre soin d’elles du mieux que nous pouvons. Nous pleurerons pour l’honneur de Christ.

Et pourtant, même quand nous sommes en train de nous lamenter et de nous repentir à nouveau de nos propres péchés, nous nous accrochons aux promesses invincibles de Dieu. Car Jésus a promis qu’il bâtira son église et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle (Matt.16 : 18). Cette promesse persiste même dans notre jour le plus noir. Encourageons-nous donc les uns les autres à tenir fermement à l’évangile de Jésus-Christ. Il est notre seule espérance.

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